Le bal de la comtesse de Castiglione. Octobre 2017. version intégrale

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Jean-Paul Dominici

 

 

Le bal de la comtesse de

Castiglione

 éditions les trois clefs

  

collection Thrillers

 photo de couverture : Pierre-Louis Pierson


 «Vous ne le savez peut-être pas encore, monsieur, mais vous avez devant vous la plus belle créature qui ait existé depuis le commencement du monde», affirma-t-elle avec cette belle assurance dont elle était coutumière, alors qu’elle se tenait fièrement campée sur ses longues jambes de déesse, et qu’elle affichait comme à son habitude un sourire des plus renversants, au photographe portraitiste Pierre-Louis Pierson, l’homme de l’art qu’elle a choisi pour mener à bien son excentrique projet de toucher à l’immortalité. Nous étions alors à Paris, en juillet 1856. La jeune comtesse Italienne, qui était alors âgée de dix-neuf ans, venait poser sous la verrière du vaste atelier du photographe, situé sur le boulevard des capucines, pour la toute première fois.

 

Virginia Elisabetta Luisa Carlotta Antonietta Teresa Maria Oldoïni, la future comtesse de Castiglione, vit le jour sur la côte Ligure, par une magnifique journée de printemps, le 23 mars 1837, dans la douceur de l’une des plus jolies chambres d’un authentique palais de La Spézia, une pièce qui embaumait du parfum des fleurs magnifiques qui venaient d’être spécialement cueillies dans le parc afin de saluer avec tout le faste qui se devait son arrivée en ce monde. Elle naquit donc en un lieu au nom étrangement prédestiné, pour celle qui se révélera être non seulement « la plus belle femme de son siècle, » mais aussi, assurément, l’une des plus épicées.

Elle est la fille unique du marquis Filippo Oldoïni Rapallini, qui fut le premier député de La Spezia au Parlement du Royaume de Sardaigne, en 1848, avant d’être nommé ambassadeur Italien à Lisbonne, qui avait épousé sa ravissante cousine, Isabella Lamporecchi, et qui est littéralement en adoration devant sa merveilleuse enfant.

Voici ce que dit son contemporain Frédéric Loliée à propos de son épouse Isabella.

« Sa mère, une Lamporecchi, avait vu le jour dans la ville élégante et païenne surnommée la fille de Rome. Mollement inclinée au tempérament de sa race, qui est de faire les choses avec langueur et sans règle, et au demeurant d’une santé fragile, la marquise Oldoïni n’avait pas le devoir très actif, quant à l’économie générale de sa maison et aux soins particuliers de l’éducation familiale. Le marquis voyageait beaucoup pour ses affaires diplomatiques, ainsi que pour ses distractions personnelles. La marquise, quant à elle, se partageait entre les sollicitudes que réclamaient, au jour le jour, ses malaises physiques, et les plaisirs du monde, ainsi qu’elle les goûtait, c’est à dire sans agitation, et surtout sans fièvre excessive.

D’une culture superficielle, somnolente aux réflexions suivies, peu capable d’attention sérieuse et soutenue, elle vit avec quelque intérêt se produire, chez sa fille, et ce dès la prime enfance, les signes d’une intelligence rare, mais elle n’éprouva que faiblement le besoin d’y aider par une stimulation personnelle ou d’en régler les capricieux mouvements. L’éducation de Virginicchia Oldoïni se ressentit, naturellement, de l’insouciance avec laquelle on relevait, dans la satisfaction la plus prompte, et la plus complète, de tous ses désirs. La direction n’en fut pas de beaucoup changée, quand on eut confié à son grand-père, le célèbre avocat et jurisconsulte Lamporecchi, la mission, à vrai dire peu évidente, d’en remplir les soins. Dans l’une comme dans l’autre maison, elle grandissait en étant très adulée, malgré qu’elle ait dit, longtemps plus tard, n’avoir gardé qu’un souvenir mélancolique de ses premières années passées entre les murs sombres du palais Oldoïni. Une partie de la famille des Bonaparte en exil habitait alors le palais de son aïeul Lamporecchi. Les plus âgés la faisaient gaiement sauter sur leurs genoux et ils l’appelaient de son plus petit nom: Nini. Dans les mêmes conditions d’enfantillage, elle avait vu, lors de ses rares et furtives apparitions, le prince Louis, qui est devenu depuis Napoléon III, et dont Lamporecchi avait été le tuteur. Avec une affectueuse tendresse, il la levait dans ses bras et la disait être la plus ravissante petite fille du monde. Et ce fut encore le prince de Joinville qui, plusieurs fois, honora de sa présence la maison de ses parents, lui qui prenait grand plaisir à caresser interminablement ses délicieuses boucles dorées.

 

Lord Henry Richard Vassall-Fox, troisième Baron Holland, le célèbre politicien, pendant son séjour diplomatique à Florence, et lady Holland, la rencontrèrent aussi. Tout enfant on l’appelait par son diminutif, Nicchia, et elle garda ce petit nom sa vie entière. « Dès mon enfance, je fus sans bonheur, en ce sombre palais prédestiné », avait-elle coutume de dire.

D’autres hauts personnages aussi la connurent, alors qu’elle était une bien jeune enfant, la chérissant à l’extrême et l’appelant leur «Dearling beauty». Ils avaient tous été émerveillés par ses aptitudes, qui tenaient quasiment du miracle, de rapidement assimiler les langues étrangères, et ne devaient plus oublier le charme qu’ils avaient ressenti à l’entendre parler Anglais avec un accent irréprochable, au bout de quelques semaines seulement d’études auprès d’eux, et surtout qu’il était prononcé d’une si charmante bouche ! Cependant, la croissance de son être physique avait été aussi rapide que le développement précoce de sa nature morale. A douze ans, en effet, elle était déjà aussi grande et belle qu’elle le fut à vingt. Les grâces de son corsage fleurissaient déjà, et l’instinct de la coquetterie n’avait pas attendu bien longtemps avant de se manifester. De très bonne heure, on s’occupa beaucoup d’elle. Une cour d’admirateurs passionnés lui faisait cortège en permanence; et la petite marquise, qui était alors à peine une adolescente, excitait déjà l’envie de ses compatriotes les plus fêtées. Soit que les Oldoïni habitassent Florence ou résidassent en leur maison de la Spezia, les visiteurs affluaient chez eux, tant ils étaient attirés par l’extraordinaire beauté de la jeune Nicchia. Des officiers de marine de différentes nationalités y fréquentaient, particulièrement, quand on était à la Spezia. Singulière en tous temps, Virginia Oldoïni se plaisait à orner ses charmes des colorations chaudes, mais sévères, du violet.

La jeune fille n’était pas sortie de l’adolescence que, dès lors, elle était déjà très répandue, très admirée, et aussi bien sûr, follement désirée; Elle avait conservé de son enfance l’habitude de tout regarder en face, sans croire qu’elle dût continuellement avoir à baisser les cils, à la façon habituelle des jeunes filles de son âge. De ses yeux limpides et grands ouverts elle suivait, parmi les groupes juvéniles, l’éveil des tendres sentiments ainsi que les préludes des mariages qui se formaient, l’invitant à prendre la même direction vers le bonheur, et ce bien avant qu’elle eut quinze ans. Cette savoureuse langue de l’amour, elle l’entendait en effet dans les chuchotements au cours des promenades, ou dans la tiède atmosphère des réunions élégantes. Mais qui donc la lui parlerait, à elle, pour la toute première fois, se demandait-elle avec une certaine angoisse ? Et ce fut monsieur le comte de Castiglione qui s’offrit à la lui apprendre, dûment muni du plein assentiment maternel. Il se présenta donc. Son frais visage, sa fine moustache, et cet air ravi que portent avec eux, ordinairement, les Italiens heureux de se sentir vivre et d’aimer, ne produisirent pas l’impression qu’il en attendait. Car si l’accord des noms et de l’apparentage allait à souhait, l’entente sentimentale laissait quant à elle à désirer, comme il put s’en apercevoir aussitôt, à la froideur persistante de la jeune marquise. François Verasis de Castiglione avait les qualités et les dehors d’un parfait galant homme. Il se montrait, envers elle, doux, particulièrement prévenant, et animé d’un grand élan d’affection. Seulement, il n’avait pas, au regard de celle dont il avait demandé la main, cet attrait supérieur que les femmes intelligentes aspirent à trouver chez un mari, pour pouvoir l’aimer comme on aime un amant, et non comme elle aimait la jolie et mutine Veronica, sa servante et amie, dont le frais visage étoilé de tâches de rousseur l’avait faite craquer depuis longtemps déjà. Il lui manquait l’énergie du caractère, l’esprit de volonté, et par conséquent l’initiative entreprenante, qu’elle aurait désirés chez l’homme de son choix, de manière à devenir elle même la digne associée d’une existence ambitieuse et agissante; car, elle y pensait dès lors, ce n’était pas lui qui aurait dû venir, c’était l’autre, c’était cet homme encore inconnu delle ! Après s’en être longuement entretenue avec Veronica, dans le secret de sa chambre, tout en partageant avec elle mille et un baisers et tout autant de folles et voluptueuses caresses, aussi elle l’en avait aussitôt prévenu, dans un langage sans détours. Il avait égaré ses vues, lui dit-elle, en les portant de son côté ! Car leurs deux natures lui semblèrent être bien trop différentes pour pouvoir se fondre totalement l’une dans l’autre. Sans aucun doute il s’exposerait à bien des désabusements profonds en l’épousant, car elle n’avait pour lui aucun penchant véritable, car c’est tout juste si elle éprouvait à peine une vague sympathie, et qu’ainsi elle le pria de bien vouloir aller aimer ailleurs !

Ce jour-là, prise d’une soudaine langueur, elle avait prié sa servante de bien vouloir lui faire couler un bon bain chaud, et surtout, de le partager avec elle. Elle regarda de ses grands yeux bien ouverts le joli tendron se débarrasser de sa jupe, de son jupon et de sa brassière avant de lui dire avec ravissement : « Oh, doux Jésus, mais, quel admirable petit cul tu as le bonheur de posséder, mon tendre amour ! ». « Peut-être bien, oui, peut-être, tandis que le vôtre, lui, est franchement merveilleux » rétorqua la charmante enfant en se glissant dans le bain afin de venir se coller contre le corps de sa ravissante maîtresse, sous la mousse parfumée, et vous êtes assurément la plus belle femme d’Italie ! ». « Tais-toi, friponne, et viens vite me donner ta petite langue rose et m’embrasser, au lieu de dire des bêtises qui sont assurément plus grosses que toi, vu que tu n’es pas bien épaisse, mon tendre amour ! » rétorqua Virginia en serrant très affectueusement son amie entre ses bras. Elle plaqua les petits seins blancs en forme de pomme de Veronica contre son opulente poitrine ambrée et elle entreprit de lui caresser amoureusement le dos, prolongeant le mouvement jusqu’à envelopper ses adorables petites fesses rondelettes de la paume de ses mains. Ses admirables mains, qu’elle laissa ensuite remonter le long du corps frissonnant de sa servante, de ses épaules, et ensuite de son cou, pour finir par capturer son frais minois qu’elle attira sans plus de tergiversations vers elle, collant ses lèvres pulpeuses à celles, qui étaient déjà remarquablement charnues, de la jeune fille. Veronica fit alors glisser sa langue rose et agile sur les lèvres de sa maîtresse, qui entrouvrit alors doucement la bouche afin de lui en autoriser le libre accès.

Leurs langues se rencontrèrent enfin, et ce fut pour se livrer à un tendre et langoureux ballet. « Mon Dieu ce que je peux aimer quand tu m’embrasses comme ça » roucoula la jeune marquise en promenant ses belles mains manucurées sur le corps frémissant de sa jeune et jolie amie, s’attardant, bien plus que de raison, oh oui, sur ses fesses et sur ses seins, « mais maintenant que tu as réveillé chez moi l’irrésistible envie que tu m’en donnes un peu plus, dis-moi, je te prie, si tu te sens prête à le faire, cette fois encore. ». « Voudriez-vous que je vous fasse ce que je vous ai fait la dernière fois que nous avons si aimablement et longuement batifolé ensemble » demanda la douce Veronica, qui perçut alors quelque chose comme une douce et vibrante onde de plaisir la traverser pour venir lui envahir tout le corps, du bas du ventre à la nuque, et plus particulièrement la région de sa délicieuse foufoune. « Mais bien sûr que oui, maîtresse, oh bien sûr que oui, et je le suis sans le moindre problème, répondit-elle, se régalant manifestement par avance de ce qu’elle s’apprêtait à faire. Mais pour cela il serait préférable de quitter le bain et de rejoindre sans plus tarder votre grand et confortable lit, ne le pensez-vous pas, madame ? » « Alors qu’attendons-nous, friponne, mais qu’attendons-nous ? Aide-moi à sortir de cette baignoire et sèche-moi promptement, parce que je t’assure que je n’éprouve pas spécialement l’envie de me refroidir ! Nous ne sommes que fin septembre, l’hiver est encore loin, certes, mais il fait déjà si froid ! Les deux jeunes femmes sortirent de l’eau en riant et en se chatouillant, Veronica enveloppa sa maîtresse dans une grande serviette en tissu éponge et elle la sécha aussitôt avec le plus grand soin. «Tu n’ignores pas, n’est-ce pas, ma chérie, que le conte de Castiglione a demandé ma main, et que mes parents sont favorables à ce mariage », lui dit la marquise en s’allongeant voluptueusement sur le dos en travers du lit à baldaquin, qui était protégé par une haute et fine moustiquaire. Elle étira ses longues jambes et elle les écarta lentement, oh très très lentement, bien sûr, mais ostensiblement. « Oh oui bien sûr que je le sais, et je crois bien que toute La Spézia ne parle que de ça, mais vous avez bien le temps d’y réfléchir, n’est-ce pas, et d’acquérir la certitude que c’est bien là l’homme qui serait capable d’assurer votre bonheur pour la durée entière de votre vie ?» répondit Veronica en rejoignant à pas feutrés sa maîtresse sur le lit. Une fois allongée près d’elle, elle lui caressa longuement, et avec une infinie tendresse, les jambes, puis les genoux, et elle laissa ses mains remonter le long de ses superbes cuisses, qui étaient aussi longues et douces que merveilleusement fermes. Lorsqu’elles atteignirent le bas de son ventre elles se mirent d’elles-mêmes à jouer avec sa discrète pilosité rougeoyante avant de se livrer à de nombreuses et savantes caresses, qui émoustillèrent la jeune fille. Puis ses doigts s’attardèrent sur les émouvants contours de son sexe charnu. Alors Veronica s’allongea sur Virginia de façon à se trouver dans la bonne position pour lui donner un long et sensuel baiser d’amour.

Ce fut, et cela je puis vous le certifier, un chaleureux et excitant baiser que Virginia reçut avec un enthousiasme particulier, se tordant et se cabrant de plaisir sous les assauts de la langue espiègle de sa délicieuse petite amie. Puis elle saisit le visage de sa servante entre ses mains, et elle planta ses yeux dans les siens. Elle lui jeta alors un regard implorant et si intense que Veronica comprit sans l’ombre d’une hésitation ce que la somptueuse Virginia attendait d’elle.

— Mouiii, oh mouiiiii miaula Virginia, oui, mon dieu, mais, c’est si bon, ça, continue, oh ouiii, mange-les moi encore, mon amour, oh oui, encore, et encore…

Veronica parcourut ensuite de sa bouche gourmande le ventre chaud, doux et palpitant de sa maîtresse, ce qui ne fit qu’accentuer les gémissements de plaisir qui furent émis par cette dernière. Elle se cabra, et elle se caressa voluptueusement les seins, comme elle le faisait presque tous les soirs, quand elle se trouvait seule au fond de son lit.

— Oh Veronica, cara mia, mais, quelle merveilleuse jouissance tu me donnes-là, psalmodia-t-elle, alors que de violents spasmes s’emparèrent de son périnée, et aussi de son anus, pour s’en venir irradier, à partir de sa vulve, l’intégralité de son bas-ventre. Sans qu’elle sache très bien de quoi il s’agissait, elle venait de vivre un intense et merveilleux orgasme, un orgasme qui fut sans doute le tout premier de sa vie, qui en connaîtra tant et tant d’autres, qui la laissa inerte et pantoise. Veronica lapa alors avec le plus grand soin la douce cyprine fluide et parfumée qui fut généreusement produite par Virginia au cours de son tout premier orgasme, elle qui en connaitra tant et tant par la suite, je ne crains pas de vous le redire, car elle sera, et ce n’est un secret pour personne, une très grande amoureuse, et elle bascula dans le lit de façon à positionner son bas-ventre brûlant sous les yeux et devant la bouche de la jeune marquise.

— Buvez, Virginia, buvez, et surtout régalez-vous, et ainsi donnez-moi un peu de plaisir, à moi aussi, par la même occasion, je vous en prie humblement, mon affectionné amour, donnez-moi tout le plaisir que vous serez en mesure de me procurer, oh ouiii !

— Te donner du plaisir, je ne sais si je saurai, mais te lécher en tous sens, ça oui, mon Dieu, je crois bien que je saurai le faire, et je pense même que j’y prendrai un certain plaisir, dit-elle en approchant sa bouche de la fraîche vulve qui lui était si gentiment offerte et qu’elle se mit à léchouiller avec une grande application, Veronica fut soudain prise de tremblements, tandis que sa mouille se fit plus abondante, et sa respiration plus courte et saccadée. Elle sembla capituler, se pâmer, et finalement lâcher prise quand elle miaula de façon déchirante : « Oh cielo, go, godoooo »[1] tout en émettant une adorable giclée de cyprine fraîche qui sauta gaiement au visage de sa partenaire.

Quelques semaines plus tard, Virginia avait presque renoncé à l’idée d’épouser le comte, mais l’espérance réveillera un sentiment plus complet, avec l’aide du temps, en cette âme rebelle qui, maintenant, par caprice, ou par coquetterie, peut-être, se refusait à lui, ce qui ne faisait que soutenir cet espoir et renforça encore son désir, et ainsi l’induisit à ne surtout pas abandonner son rêve fou ! François ne se laissa donc pas décourager. Haut les cœurs, se dit-il, et partons sans plus tarder à l’abordage de ce ravissant vaisseau pirate ! Car, quelles qu’en fussent les suites, qui lui semblèrent impossibles à anticiper, il serait néanmoins toujours certain de posséder, en l’épousant, la perle de l’Italie, et de détenir entre ses bras la plus belle parmi les plus belles des femmes de son temps. II la lui fallait donc et pour l’obtenir il redoubla de manœuvres et d’arguments pour parvenir à ses fins. Et ce fut ainsi que finalement on la maria sans lui laisser plus de temps pour chercher à connaître l’amour dans le mariage, Elle qui n’avait à ce jour connu que les bras câlins de la sensuelle et douce Veronica, elle finit par céder, en abandonnant le combat. « Particulièrement indolente, elle permit ainsi qu’on la traînât au sacrifice, mais ce fut en grand équipage, et en costume de gala !» Car je peux vous certifier que la cérémonie nuptiale fut en tous points magnifique, mes bons amis ! Les mets servis aux nombreux invités, qui n’avaient bien entendu d’yeux que pour elle, furent caractérisés par leur finesse et leur extrême préciosité, et, tout aussi délicats que somptueusement abondants, ils furent servis dans un magnifique service de porcelaine Bavaroise. L’orchestre de quatre-vingt musiciens jouera toute l’après-midi afin de faire danser les convives jusqu’à l’étourdissement. On n’en prononça que des louanges, sauf que l’on eut beaucoup d’étonnement à n’y point voir le marquis Oldoïni. Son père s’était en effet abstenu de se rendre au mariage de sa fille, comme si, instruit de certaines médisances, il n’eût pas eu la certitude assez complète qu’il mariait sa propre fille. Il n’avait donc pas quitté le Portugal, où il se trouvait en poste.

Le comte installa sa jeune femme dans un magnifique petit château de Turin dont il avait fait les frais, à grand renfort de luxe et de préciosité. Elle aurait eu lieu, certes, d’être heureuse et fière, lorsqu’elle franchit, pour la première fois, le seuil de ces appartements spacieux, qui avaient décorés avec le goût le plus exquis et le plus raffiné. Parce que le palais qu’elle allait habiter, on ne l’avait certes pas construit avec des matériaux imaginaires ou légers. C’était, à l’intérieur, l’intimité luxueuse des longs tapis d’Ispahan aux dessins brodés dans les jardins du rêve, des rideaux à la soie brillante et déliée, des tentures en damas de Gênes, et les meubles les plus exquis. Tandis qu’un vaste lit, digne d’une favorite, était fin prêt pour recevoir tant de jeune et éclatante beauté. Des marbres florentins, des verreries de Venise, transparentes et irisées, des modèles précieux de l’art oriental, et, de toutes parts pour charmer sa vue, des gerbes de fleurs s’élevaient, légères, et aériennes au-dessus des vases les plus élégants. Elle avait, autour d’elle, les plus belles choses, et quelqu’un était là pour lui répéter, vingt fois à la journée, qu’elle les embellissait encore. Il y avait eu des moments difficiles en la maison de son père, tandis que maintenant, elle nageait dans une atmosphère d’opulence, éphémère, peut-être, mais qui avait vraiment été créée pour elle.

II lui restera, de ce luxe nuptial, après que bien des années se soient écoulées, après la séparation, et après la mort accidentelle de son mari, il lui en restera tout particulièrement un lit d’or et de pourpre qu’elle conservera jusqu’à la fin, en son palais désormais inhabité de La Spezia. Quarante années plus tard, elle en reparlera encore dans ses lettres, mais en quelles circonstances moins radieuses, qui furent celles où des hommes de justice la menaceront de vendre et ce sera, pendant une de ces phases critiques où nous la verrons se débattre, aux tristes jours assombris de son déclin. Mais nous n’étions encore qu’en 1855. Et elle poursuivait donc son voyage de noces, qui fut ravissant, superbe et véritablement enchanteur. Elle eut droit à son rêve de Venise. Son séjour aux Borromées, parmi l’échelonnement radieux des terrasses d’Isola Bella, lui procura «tous les enchantements qui se peuvent se goûter en ces climats de langueur.» Les îles Borromées, qui portent le nom de la famille Lombarde qui les a conquises au XIIème siècle, les Borromeo, sont, il est important de le savoir, les perles du lac Majeur, donc le lieu de villégiature pour un voyage de noces ! Elles sont au nombre de quatre, mais seules trois se visitent. La région bénéficie d’un microclimat qui apporte une douceur très appréciée dès le début du printemps. Elle prit ainsi un plaisir fou à parcourir Isola Madre, la plus grande, qui est couverte de merveilleux jardins exotiques. En parcourant Isola Bella, la plus célèbre, elle voulut s’attarder à visiter son délicieux château de style baroque du XVIIIème siècle. Il est en effet renommé pour ses salles richement décorées de peintures murales et de tableaux, qui sont signés notamment par le grand Léonard de Vinci, pour ses caves entièrement ornées de galets, ainsi que pour ses magnifiques jardins en terrasse qui sont couverts de plantes exotiques, parmi lesquelles s’épanouissaient de magnifiques orangers. Après la visite des lieux, elle put méditer à sa guise la devise de la famille Borromée : Humilitas.

Lorsqu’elle parcourut Isola dei Pescatori, qui est la plus petite, mais qui est unique en son genre, elle fut enchantée de pouvoir longuement flâner parmi ses ruelles si pittoresques et parmi ses adorables petites maisons de pêcheurs.

Elle avait reçu de ses parents, en dot, une maison, qui n’était certes pas très grande, mais qui était des mieux exposées, au-dessus de l’incomparable lac Majeur. Puis, ce furent la découverte des plaisirs du monde, pendant la saison d’hiver, réfugiée au Piémont. Il fallait voir comment, en sa ville natale, à la Cour de Turin, comme dans la bonne société de Florence, elle attirait sans cesse à elle les hommages et l’admiration de tous. Cependant, elle tendait avant tout à connaître d’autres succès, qui seraient, ceux-là, moins futiles, et surtout, moins passagers ! C’était l’époque où l’idée de l’unité italienne enflammait tous les cœurs, en la patrie de Gioberti, où Cavour en poursuivait par mille moyens la prompte réalisation, et où Victor-Emmanuel et son ministre appelaient à eux, de toute la force de leur désir, la coopération agissante de Napoléon III. Le grand homme d’état Piémontais eut alors l’idée de mettre en jeu une carte des plus inattendues, celle de la beauté flamboyante de Madame de Castiglione. Il la chargea donc d’aller en France, et de briller de tous ses feux à la Cour de Napoléon, afin de s’y établir avec adresse, et de s’y maintenir avec persévérance, afin de pousser l’Empereur aux résolutions décisives qu’on espérait de lui.

« Réussissez, ma belle cousine, lui avait-il intimé finement, réussissez, par tous les moyens qu’il vous plaira d’employer, mais je vous en conjure, réussissez !»

Elle arrivera dans la capitale française aux heures les plus souriantes du règne de napoléon III. Le succès de Madame de Castiglione aux Tuileries fut complet, dès sa première apparition, et ce fut assurément la période la plus triomphante de sa vie. «Des gens de loi, des huissiers, devaient vendre, aujourd’hui, mon berceau, et jusqu’à mon lit nuptial d’or et de pourpre.» (correspondance de Madame de Castiglione, lettre CCXXII.)

 

La séduisante Florentine fut particulièrement choyée pendant sa prime jeunesse. Virginia avait en effet reçu l’éducation soignée typique de la petite noblesse Piémontaise, apprenant rapidement l’Anglais et le Français, pratiquant avec assiduité la danse, la musique, le dessin et le chant. Consciente de son extrême, et quasiment surnaturelle, beauté, elle fut effectivement surnommée par son entourage La Perla d’Italia, alors que sa famille, elle, persista à l’appeler tout simplement «Nicchia» ! Voyons ce que dit à son sujet Frédéric Loliée, qui a eu la bonne fortune d’entrer en possession de la correspondance intime de madame la Comtesse de Castiglione.

« Par un matin enchanté, dans l’air bleuâtre et doux, Florence, la Ville des fleurs, respirait, au réveil, toutes les grâces du printemps. Déjà, sous les feuillages nouveaux des gàscines allaient et venaient paresseusement les promeneurs. De côté et d’autre, entre gens de connaissance, on échangeait des saluts et des sourires, quand tout à coup les regards se figèrent pour se tourner en même temps vers une charmante apparition. Descendue d’un équipage qui la suivait au pas, une jeune fille merveilleuse à voir en sa toilette, dont l’étoffe souple épousait harmonieusement les lignes de son corps, avançait dans la clarté de ce jour radieux. A sa démarche, à son air de tête, on la sentait déjà tout elle-même, heureuse d’être belle, d’être jeune, d’être riche, fière d’être Italienne et, par-dessus tout, Florentine ! D’un pas sûr et léger, elle côtoyait le bord des larges pelouses égayées de leurs bouquets d’arbres. Un murmure flatteur suivait sa trace. La grâce et la pureté de ses traits, l’éclat de ses longs yeux bleus, l’exquise délicatesse de son teint, la ravissante expression de son visage, ainsi que la perfection idéale de sa personne entière faisaient dire : « Il n’en est pas, ailleurs, d’aussi belle que Nina Oldoïni.» Plus éclatante et non moins séduisante on la reverrait, le soir, en sa loge de la Pergola, avec son regard lumineux, les promesses inouïes de sa taille, les fleurs de pourpre semées en sa chevelure aux tons d’or sombre, attirant et forçant l’attention d’une salle qui était pourtant emplie d’élégances. Telle se montrait, à son aurore, celle qu’on appellera «la divine Castiglione», l’amie des rois, la secrète ambassadrice, à la cour des Tuileries, des desseins ambitieux du grand ministre Piémontais Cavour et, après la chute de l’Empire, l’égérie, insuffisamment écoutée, il est vrai, des princes de la maison d’Orléans.

Le mystère, avec cette femme célèbre et, pour ainsi dire, fondamentalement inconnue, commence en fait dès sa naissance.

Car de nombreux nuages environnèrent son berceau. Elle-même, lorsqu’elle aurait pu le faire, n’aida point à les dissiper. Sans doute lui plaisait-il qu’il en fut ainsi ; car, au delà de sa jeunesse, en des conversations très intimes, dont l’écho nous est revenu dans certaines de ses lettres à nous envoyées ou transmises, elle en épaississait les ombres, comme par jeu. Ses versions de l’événement initial variaient ainsi selon les dispositions de son esprit, qui était particulièrement changeant. Tantôt elle ne permettait pas qu’on insinuât des doutes susceptibles d’altérer le bon renom maternel. Et, alors, elle se raillait de l’excès des suppositions, dont ses origines étaient l’objet. Ne l’avait-on pas faite descendre, tour à tour, des Napoléon de Florence, des ducs de Toscane, ou encore du chef de la maison de Savoie.

Tantôt, elle déclarait, avec un complet désouci des conséquences imaginables de ses allégations, qu’elle ne-savait rien de très positif sur les lieux qui eurent l’honneur de l’avoir produite, et qu’elle eût été très embarrassée de devoir affirmer, sur la foi du serment, où, et surtout de qui ! Elle parlera souvent du marquis Oldoïni, son père; et, cependant, en des recoins ignorés de son âme, elle réservera le meilleur de ses affections filiales à un cher prince d’origine polonaise et d’extraction royale. Elle aura sur cet intéressant sujet, des rappels de mémoire, qui sembleront bien précis, du genre : «Mars, Enfin ! », s’exclamait-elle, « c’est mon mois, celui de Joseph, le dernier roi de Pologne, mon père ! Le seul qui m’aima bien, et dont je n’ai jamais trahi le secret. Vous n’avez donc jamais remarqué que je devais avoir une partie de sang royal dans les veines, une goutte, peut- être? » En l’ordre régulier des choses, elle appartenait effectivement à une grande famille, c’est-à-dire à celle des Napoléon habitant Florence à cette époque. Un roi qui ne régna point. Il s’agit évidemment de Joseph Poniatowski, qui était attaché à la cour du Grand-duc de Toscane, qui l’avait nommé prince de Monte-Rotundo.

 

François Verasis, le comte de Castiglione, qui se trouvait alors être veuf depuis peu, cherchait, au cours de l’hiver 1852-1853, une nouvelle épouse. A Londres, son ami Alexandre Colonna Walewski lui suggéra de se rapprocher de la famille Oldoïni, à Florence, et de s’intéresser de près à la jeune Virginia : « Vous aurez ainsi, assurément, monsieur le comte, peut-être pas la plus docile, mais sans aucun doute la plus belle femme d’Europe ! »

Particulièrement convoitée, la jeune fille, qui y fut fortement encouragée par sa famille, finit donc par succomber aux charmes et à la cour assidue, on aurait même pu, sans exagérer le moins du monde, parler d’une attaque en règle, et qui fut menée à la baïonnette et au canon, que lui livra le comte Francesco Verasis de Castiglione, qu’elle finit par épouser, en 1854, alors qu’elle n’était âgée que de 17 ans, et auquel elle donnera, le 9 mars 1855, un fils, qui sera prénommé Giorgio. Mais avant d’être enceinte il lui fallut bien sûr passer d’abord par la case « dépucelage », et ce ne fut pas, il faut bien le dire, la plus simple ni la plus évidente des affaires, et nous pourrions en parler un peu, si toutefois cela vous intéresse, la défloration de la jeune et ravissante Virginia. Particulièrement craintive, car elle était soucieuse avant tout de ne pas s’en trouver définitivement « abîmée », elle regimba devant la chose, qui lui sembla énorme, difforme et noueuse, que lui présenta le comte au soir de leurs noces, après l’avoir lentement et amoureusement déshabillée, longuement caressée et couverte de milliers de chaleureux baisers, de ses longs cheveux à ses adorables petits pieds.« Ne me dites pas, monsieur le comte, mon cher époux, que vous avez l’intention d’introduire en moi ce colossal objet, et qui plus est, m’est si peu ragoutant ! », murmura-telle dans un souffle, tout en serrant l’une contre l’autre ses lisses et magnifiques cuisses. Le comte, pour sa part, fut hypnotisé par les grâces de cette inconcevable beauté qu’il venait d’épouser, et qu’il trouva en tous points parfaite, sauf peut-être ses jambes, qui n’étaient pas aussi fuselées qu’on aurait pu l’imaginer en la voyant habillée, car ses genoux et ses chevilles manquaient en effet un peu de finesse. Bien qu’il jouisse d’une érection aussi solide que celle que pourrait avoie un jeune cerf en rut, il n’en fut pas pour autant moins bouleversé par tant de splendeurs qu’il lui était accordé de pouvoir contempler tout à son aise. Car la taille de sa jeune épouse était délicieusement fine, tandis que sa magnifique poitrine était palpitante et merveilleusement épanouie, ses mamelons, bourgeonnants et frémissants à souhait, et lorsqu’elle se tourna sur le ventre dans un mouvement souple et lascif, il reçut alors le choc de sa vie, au point qu’il manqua même de peu d’en débander, en contemplant la splendeur picturale inégalée, et qu’il jugea inégalable, de son affolant petit cul, qui était si rond, si lisse et surtout, si merveilleusement ferme ! Cependant, ce qui le subjugua le plus, ce fut l’étonnante matière présentée par sa somptueuse chevelure, qui était à la fois épaisse, noire et soyeuse, tout en étant adorablement bouclée, et dans laquelle il plongea longuement son nez afin de se repaître jusqu’à plus soif de l’envoûtante fragrance qui s’en dégageait. Il entreprit ensuite de promener ses lèvres gourmandes le long de son échine en descendant lentement jusqu’à ses fesses, sur lesquelles il s’attarda bien au delà du raisonnable. Geste qui arracha un grognement de reproches à la giovana sposata, qui s’en montra effarouchée. Il promena ensuite son sexe, qui se trouvait être dans une folle effervescence, le long du divin sillon, avant de se reculer afin de la retourner sur le dos et d’enfouir cette fois son visage au creux de son intimidante intimité. Là, il reçut un autre choc en humant le parfum cabalistique émis par cette vulve de rêve sur laquelle il posa longuement ses lèvres. « Mais que faites-vous donc, monsieur mon cher époux, voilà que vous jouez avec mes appâts intimes, maintenant ? » murmura-t-elle. Le comte lui adressa un sourire, qui fut mi paternel mi engageant, avant de lui dire en l’embrassant tendrement : « sachez que je ne m’occupe là que de vous préparer au mieux à me recevoir en vous, ma belle enfant ! ».

«Pourquoi, qu’est-ce donc que vous avez encore l’intention de me faire subir, monsieur mon époux ?», lui rétorqua-t-elle naïvement. Il la regarda avec une infinie tendresse et il s’allongea près d’elle, puis il prit sa petite main palpitante dans la sienne pour lui dire :

— Je me prépare en fait à vous honorer, ma toute belle, à vous faire, euh, subir, ce que nous appelons, de façon fort impropre, à mon avis, les derniers outrages, ma chère, ces mal-nommés outrages pour lesquels les caresses que je vous prodigue actuellement ne sont en fait que de galants et innocents préliminaires.

— Comment, ne sont que des préliminaires, mais que comptez-vous donc faire de plus, monsieur, alors que vous m’avez déjà honteusement pâturé le fondement et la minette, Pendant un moment Virginia avait cru que c’étaient les lèvres de la douce Veronica qui l’entreprenaient si gentiment et elle avait donc laissé sa nature amoureuse s’exprimer sans retenue et elle s’était tout naturellement laissée aller à mouiller généreusement les draps.

— Voyez, se plaignit-elle, mes pauvres cuisses en sont toutes trempées ! Elle évoquait ces célestes eaux intimes, dont le comte s’était largement délecté, tant sa mouille était fluide, légère et savoureusement parfumée. La bite en surtension, le comte ‘allongea entre les jambes, qui étaient à présent aimablement entrouvertes, de son épouse, afin de la pénétrer comme il se doit, et sans tarder davantage. Ce qu’il fit avec beaucoup de tact et de douceur, après avoir plaqué sa poitrine velue contre celle toute de douceur et de rondeurs de Virginia, n’arrachant même pas un cri à la jeune femme quand il poussa son puissant vit en son intérieur, afin de s’en aller pénétrer en son mystérieux vagin dans le but d’en perforer le fragile voile de l’hymen, et encore avant de se mouvoir avec une ardente douceur dans ce jouissif tabernacle, et ce jusqu’à la libération finale, la longue et jouissive éjaculation !

Le comte s’allongea ensuite près de son épouse et il continua à la caresser, promenant longuement ses mains sur sa merveilleuse poitrine, avant de s’enquérir, ce qu’il fit plutôt maladroitement, il me semble: « Êtes-vous bien, ma chère petite, et dites-moi, je vous prie, auriez-vous quelque peu joui ? » « Oh oui je suis bien, rassurez-vous, mais je ne sais pas si j’ai joui, oh ça non, je ne le sais pas, bien entendu ! »

En fait, la coquine savait bien qu’elle n’avait pas joui, car elle avait déjà connu ce merveilleux état, en étant lovée entre les bras câlins de la tendre Veronica et là, force lui fut de reconnaître que rien de tel ne s’était produit. « En fait je craignais que ce petit exercice, dont m’avait un peu parlé maman, ne soit bien plus désagréable, mais là je vous assure que ça va, tout va bien, parce que vous ne m’avez point fait de mal et je suis vraiment bien, à part un fait que je ne m’explique pas vraiment, c’est que je me sens tutta bagnata, voyez-vous, en mon intérieur. »

Le comte partit aussitôt d’un bon rire, franc et sonore, pour lui déclarer :

— Oh, ce n’est que cela ! alors rassurez-vous, c’est tout à fait normal, ma chère, et si vous êtes mouillée du dedans, c’est simplement parce que j’y ai divinement joui, moi, et c’est mon sperme, que j’ai émis en quantité considérable, il est vrai, que vous percevez, parce qu’il s’écoule maintenant en vos entrailles, et il humidifie par conséquent abondamment votre tendre et délectable minou.

— Ah, c’est donc cela, que l’on appelle jouir, pour un homme, s’étonna-t-elle. Je pensais, bien naïvement, sans doute, que cela se passait comme pour nous, les femmes, essentiellement dans la tête !

— Et ça se passe un peu dans le cul, aussi, me semble-t-il, ajouta-t-il avec un vilain rire de rustaud, avant de plonger dans un profond sommeil réparateur.

Après quelques courtes années d’une vie commune qui fut harmonieuse et relativement heureuse, une période au cours de laquelle le comte sacrifia une bonne partie de sa fortune à la ouvrir de cadeaux, qui furent tous plus fastueux les uns que les autres, de bijoux, de toilettes, car il ne lui fallait pas moins de deux tenues complètes, différentes et nouvelles, chaque jour, pour satisfaire son besoin de faste et de pompe, ainsi que son extraordinaire égotisme, à donner des bals pour lesquels tout le gratin de Toscane était invité, mais elle fut vite délaissée par ce mari au caractère réservé, qui était si contraire au sien, qui était si extravagant, et, devant souvent suivre le roi, elle prit bientôt pour amant le jeune officier Ambrogio Doria, qui la fera souvent grimper au septième ciel avant de faire, par la suite, une belle carrière politique, puis, peu après, ce fut au tour de son frère Marcello de la coucher dans son lit et de se repaître à son tour de ses charmants et ineffables charmes. Toutes ces aventures générèrent bien sûr une inévitable mésentente, qui s’installa petit à petit au sein de son couple.

Quelques semaines après ses couches, aux fins de servir en secret les intérêts du roi de Sardaigne Victor Emmanuel II, dont elle était devenue entre temps la maîtresse adorée, et dont elle suçait la royale bite avec une ardeur toute aristocratique, et aussi aux fins de servir l’unification de l’Italie, son cousin Camillo Cavour, qui sera un des pères de la patrie Italienne, avec Garibaldi et Mazzini, c’est-à-dire d’un nouvel état qui sera construit à partir du royaume de Sardaigne, lui demandera de se rendre à Paris, afin que cette jeune et séduisante femme de dix-huit ans devienne la maîtresse de l’Empereur Napoléon III, qui en avait alors quarante-sept. Son rôle serait alors d’influencer, par le meilleur des moyens qui puisse être, c’est à dire par la tendresse et sur l’oreiller, ses décisions politiques, et obtenir ainsi l’appui du gouvernement Français pour la création d’une Italie qui serait enfin unifiée et réellement indépendante.

La Comtesse, qui rêvait en secret, depuis longtemps déjà, de jouer un rôle politique majeur dans l’intérêt de son pays, après avoir longuement hésité, finit par accepter cette mission. Le couple partit alors rendre visite au comte Walewski, qui était l’ambassadeur de France à Naples, qui était alors un homme politique Français des plus influents, parce qu’il n’était rien de moins que le fils naturel que Napoléon 1er avait eu de Marie Walewska, bien qu’il ait été officiellement reconnu par le comte Athanase Walewski. Ils arrivèrent le 25 décembre à Paris pour rencontrer cet homme mystérieux, qui ressemblait de façon extravagante à son père, dont il était en réalité la copie conforme, et ils s’installèrent, au 10 de la rue de Castiglione !

Le 9 janvier 1856, la jeune comtesse fut présentée à la cour de Napoléon III et à l’impératrice Eugénie, lors d’un bal qui fut donné chez la princesse Mathilde, la fille de Jérôme Bonaparte. Ébloui par cette beauté aussi évanescente que sulfureuse, l’Empereur entreprit alors de lui faire une cour acharnée, l’invitant à souper dans ses appartements des Tuileries et la prenant souvent par le bras pour l’entraîner dans de longues promenades bucoliques au cœur des profondeurs discrètes du parc de Saint-Cloud, sous le prétexte de parler plus tranquillement de politique. C’est au cours de ces longues promenades que la comtesse exposa à son chevalier servant la cruelle situation dans laquelle se trouvait sa chère patrie.

« Votre majesté n’ignore certainement pas que l’Italie est l’héritière des cultures antiques, telles que celles des Sardanes, des Étrusques, ou encore des Latins, qu’elle est réceptrice de la colonisation Grecque et Carthaginoise, et que l’Italie a vu naître rien de moins que l’Empire Romain, qui fut l’un des événements majeurs de l’histoire du monde, et c’est cet empire qui fut le berceau de la culture occidentale. Et qu’après la chute de l’Empire, notre pauvre Italie a subi toute une série d’invasions germaniques, qui furent ponctuées de tentatives destinées à tenter de reconstruire l’unité de l’Empire Romain. Siège de la papauté, et ainsi source de légitimité Impériale, elle a été dans ces temps troublés un important foyer de discordes et d’invasions de toutes sortes…

Au fil de leurs promenades elle lui déroula inlassablement l’histoire de son pays. « Durant le Moyen Âge, l’Italie s’est morcelée en une mosaïque de villes-états qui luttèrent entre elles pour obtenir l’hégémonie sur le reste du bassin Méditerranéen, luttes qui furent agrémentées par les interventions fréquentes des puissances environnantes, et aussi bien sûr, de l’Église catholique.

Sa situation géographique privilégiée a fait qu’elle était la clef du commerce Européen, et cela a grandement favorisé le développement des Républiques Maritimes, telles qu’Amalfi, Pise, Gênes et Venise. Le pouvoir spirituel papal, qui avait son siège à Rome, a eu dans mon pays des répercussions tout à fait spéciales. C’est cette hérédité, qui est de grande importance politique, qui l’a transformé en un foyer central des luttes de pouvoir en Europe.

 

« De plus, le legs culturel classique et ecclésiastique a été le bouillon de culture de nouvelles tendances. Aux XVème et XVIème siècles, elle s’est transformée petit à petit en centre culturel de l’Europe, en donnant naissance à rien de moins que la Renaissance, qui fut ce merveilleux courant artistique qui a si vivement bousculé et revivifié le monde, qui était alors somnolent, des arts. Dans le même temps, elle constitua hélas l’un des champs de bataille Européens sur lesquels fut jouée la suprématie méditerranéenne de l’Empire Espagnol.

Après le déclin de la monarchie Hispanique, l’Empire Austro-hongrois s’est mis à contrôler la région, ainsi qu’une bonne partie de l’Europe centrale. Durant les guerres révolutionnaires Françaises, qui furent suivies de l’Empire établi par votre aïeul, l’Italie tout entière lutta farouchement pour obtenir son indépendance. Voilà pourquoi, Majesté, après la guerre que nous avons menée contre l’Autriche, et toujours dans un contexte nationaliste, nous continuons la lutte, avec mon cousin Camillo Cavour à notre tête, dans le but d’unifier enfin la péninsule Italienne, et ceci sous la houlette du Royaume de Sardaigne, et de son souverain Victor-Emmanuel II.

 

C’est dans ce parc, qui abritait leurs interminables et très importantes discussions politiques, que la relation charnelle de la comtesse avec Napoléon III se matérialisa, par une douce après-midi de printemps. L’Empereur s’était assis au milieu d’une clairière et il avait invité sa douce amie à en faire de même. Il l’avait alors chaleureusement embrassée et longuement caressée, allant jusqu’à approcher sa main conquérante de ses parties les plus intimes, de façon à être en mesure de percevoir la douce et cabalistique chaleur qui s’en dégageait.

 


 


 

Marnes la Coquette, le 27 juin 1856.

 

Ah, parce qu’elle va encore être infidèle à son époux, me demanderez-vous certainement ?

Oui, peut-être, enfin, tout dépend de ce que l(on appelle se montrer infidèle !

 

Eh bien, oui, l’empereur des Français et la comtesse étaient bel et bien mariés, mais cet aspect là de leurs vies était peut-être plus important en qui le concerne lui qu’en ce qui la concerne elle ! Quoi qu’il en soit, les amants, qui donc n’avaient manifestement pas l’intention de rester fidèles à une seule et même personne, mais qui préféraient tout aussi manifestement partager leurs sentiments amoureux avec d’autres, soit avec un homme irrésistiblement puissant pour elle, et avec une femme irrésistiblement charmante et désirable, pour lui, durent donc redoubler de précautions afin de pouvoir consommer le plus sereinement possible ce double adultère, auquel ils aspiraient tous deux, et cela est important, car c’est bien tous les deux qui souhaitèrent s’envoyer joyeusement en l’air avec l’autre, dans la sérénité ! Il se trouve qu’au centre de cette sympathique et charmante commune très boisée, qui fut créée par Odon de Sully, au cœur d’une forêt qui lui appartenait, l’empereur possédait le vaste domaine de Villeneuve-l’étang, au cœur duquel s’élevait un château, qui était relativement petit, certes, mais qui néanmoins était fort agréable et surtout, très confortable.

En ce beau dimanche, le monarque fit donc grimper celle qui n’était pas encore vraiment sa maîtresse dans un élégant cabriolet et il se fit conduire en ses profondes et discrètes terres. Arrivés au château, l’Empereur des Français prit tendrement sa conquête par la main et il l’entraîna vers le grand escalier afin de la conduire à l’étage, où se trouvaient les chambres, dont celle qu’il avait faite préparer en vue d’y abriter leurs amours illégitimes. C’est en tremblant un peu qu’il invita la comtesse à y pénétrer. Une fois dans la place, alors même qu’ils se sentaient à l’abri de toute mauvaise surprise, Napoléon put enfin se laisser aller. Ainsi, ce fut infiniment patiemment, après l’avoir débarrassée de son ravissant chapeau garni de plumes multicolores, qu’il se décida à enlacer étroitement sa belle et frémissante complice et il lui donna alors un long baiser fougueux tout en promenant avec une infinie volupté ses larges mains dans sa somptueuse chevelure, avant de se mettre à caresser ses gracieuses épaules et son dos, puis il descendit plus bas encore, et avec infiniment de volupté, il caressa longuement ses délicieuses fesses rebondies.

 

Il entreprit ensuite de délacer son corsage bleu turquoise avant de faire lentement glisser à ses pieds sa jupe de taffetas rouge, puis son délicat jupon de percale, et enfin de la débarrasser de sa légère crinoline, jusqu’à ce qu’elle lui apparût nue, simplement vêtue de son affriolante culotte panty de soie rose, qui lui moulait si plaisamment les fesses.

Alors, pris d’un incroyable et étonnant accès de timidité, il resta lui-même habillé pour embrasser interminablement la sublime, mêler intimement sa salive à la sienne, jusqu’au moment où il fit glisser cet ultime rempart le long des jambes de Virginia et qu’il ressente alors une solide et impériale érection s’emparer de lui, érection qui lui rendit tout à coup ses vêtements affreusement inconfortables ! Il commença tout d’abord par ôter sa redingote et sa cravate avant de se décider à se débarrasser de sa veste et à se départir de l’étroit pantalon. C’est seulement à ce moment qu’il put présenter à la comtesse, qui n’en fut peut-être pas éblouie au point qu’il l’aurait souhaité, les trois pièces de son service grand siècle, qui aurait pu être de porcelaine, tant cette vigoureuse bite, qui était si fièrement dressée, apparut solide et herculéenne à la jeune Virginia.

Ce dernier se serra alors contre sa maîtresse et il l’entoura chaleureusement de ses bras avant de laisser ses mains cavalcader sur ses hanches, puis sur ses magnifiques fesses, qu’il empoigna fermement et qu’il massa dès lors avec la plus plaisante allégresse.

Alors il s’allongea sur elle, puis il l’embrassa et il la caressa encore et encore avec infiniment de passion, avant de la pénétrer sans plus de préliminaires. « Oh mon Dieu, que cette foune, si merveilleusement épilée, est douce et agréable à consommer », pensa-t-il en la besognant avec maestria, alors que sa poitrine était fermement plaquée contre l’admirable buste de la comtesse. Il fit ce jour-là preuve d’une virilité à toute épreuve, il me semble, car il la pratiqua longtemps, pendant près de vingt minutes, parvenant à se retenir, jusqu’à ce que Virginia semble enfin tourner de l’œil sous l’effet du plaisir ressenti, avant de fermer les yeux et d’ouvrir grand la bouche pour crier, et presque hurler, tout en agrippant les fesses charnues de l’empereur des Français : « Ciel, majesté, je, je, oui, je, je pars, oh dieu oui, ouiii je, oh mon Dieu, je jouiiiiis.. »

Cette femme, et cela vous pourrez aisément l’imaginer, pouvait bien, désormais, lui demander tout ce qu’elle voudrait, il était certain qu’il allait se mettre au moins en quatre en vue de satisfaire le moindre de ses désirs, après qu’elle eut si gentiment manifesté son plaisir et sa jouissance sous ses virils assauts.

Ils se rencontrèrent régulièrement par la suite, et c’est toujours le château de Marnes qui abritera leurs toujours frénétiques parties de jambes en l’air, qui devenaient parfois d’agréables et lascifs soixante-neufs, quand sa majesté ne se sentait pas dans une forme des plus olympiques. Cette relation, pour plaisante qu’elle fut pour les tendres amants, fit néanmoins scandale, ce qui contraignit rapidement le comte de Castiglione à devoir se séparer de sa femme. Mais, ruiné par le train de maison luxueux qui fut mené dans leur hôtel du 10 de la rue de Castiglione, il repartit finalement seul en Italie, où il fut contraint de vendre toutes ses possessions pour rembourser les dettes pharamineuses qui avaient été contractées par sa dépensière épouse. Ainsi, désormais libre, la comtesse put dès lors entretenir avec l’empereur des Français une relation sans retenue qui durera au moins deux ans, soit de 1856 à 1857. Néanmoins, d’après une rumeur persistante, la comtesse de Castiglione serait devenue, en 1862, la mère d’un fils illégitime, qui serait né des œuvres de l’Empereur, un fils qui deviendra le chirurgien-dentiste Arthur Hugenschmidt, un enfant qui avait été finalement reconnu, contre rétribution, par un des employés de la maison de l’Empereur !

Cet adultère impérial, qui défraya la chronique, eut néanmoins le mérite de lui ouvrir les portes des salons privés d’Europe, qui, en temps normal, lui seraient très certainement restés fermées. Elle y rencontrera les grands de cette époque : la reine Augusta de Prusse, le comte Otto Von Bismarck, ainsi que l’homme politique Adolphe Thiers. Cependant, aussi désespérément narcissique que follement capricieuse, snobant ignominieusement le reste de la cour, et se vantant même publiquement des cadeaux que l’empereur lui offrait, et qui étaient payés à partir des fonds secrets, elle finit par se rendre antipathique à tout le monde et elle lassa finalement Napoléon III, qui prit dès lors une nouvelle maîtresse, la comtesse Marianne Walewska, avec laquelle il ne consomma en réalité rien de plus qu’un aimable flirt un peu poussé. De plus, dans la nuit du 5 au 6 avril 1857, alors qu’il sortait de chez la comtesse de Castiglione, trois carbonari Italiens, les sieurs Grilli, Bartolotti et Tibaldi, accusés d’être à la solde du révolutionnaire Giuseppe Mazzini, tentèrent d’assassiner Napoléon III.

Soupçonnée, à tort bien entendu, de complicité, elle fut officiellement expulsée de France par des agents secrets, qui étaient en possession d’un décret qui fut signé à la hâte par le ministre de l’Intérieur. En réalité, elle ne fit que s’éloigner, et elle revint en grâce dès le mois suivant, par l’intermédiaire de la princesse Mathilde et de son complice et confident Joseph Poniatowski.

 

Malgré sa rupture avec Napoléon III, et après avoir vainement tenté de le reconquérir, elle prétendit néanmoins que son influence sur l’Empereur s’était concrétisée le 21 juillet 1858 lors de l’entrevue secrète qui eut lieu dans la cité thermale de Plombières les bains, dans les Vosges, entre Napoléon III et le comte de Cavour, qui aboutit effectivement au célèbre traité de Plombières, par lequel la France accorderait au royaume de Piémont-Sardaigne son assistance militaire en cas de conflit l’opposant à l’Empire d’Autriche. En contrepartie, la France obtiendrait le comté de Nice, ainsi que le duché de Savoie. Le Nord de l’Italie deviendrait ainsi le Royaume de la Haute Italie, comprenant la Lombardie, la Vénétie et les Romagnes, et il serait placé sous l’égide de la Maison de Savoie. Le reste de l’Italie serait formé des États Pontificaux et d’un royaume central. La Confédération Italienne naissante serait alors présidée par le pape Pie IX, et ce, toujours avec le soutien de la France.

Soutenue par son exceptionnelle beauté ainsi que par un charme irrésistible, mais aussi, et ce fut peut-être là sa force principale, par une intelligence aussi fine que subtile, la comtesse de Castiglione va petit à petit conquérir toutes les cours d’Europe, si bien que, durant la guerre Franco-prussienne de 1870, Napoléon III, qui était un homme désormais vieillissant, malade, et qui sera finalement vaincu, lui demandera une dernière fois de jouer de ses talents de diplomate pour s’en aller plaider la cause de la France auprès du Chancelier de Prusse Bismarck, dans le but d’éviter à Paris l’humiliation suprême que lui vaudrait une honteuse occupation par des troupes étrangères.

Lorsque, par une belle journée ensoleillée de juillet 1856, la Comtesse s’était rendue à l’atelier des frères Mayer et de Pierre-Louis Pierson pour y prendre ses premières poses, elle ne savait pas qu’elle vivait là les prémices d’une collaboration qui durera près de quarante ans !

Dans ses plus belles années, la comtesse se para de robes de bal ou de jour qui furent toutes plus somptueuses les unes que les autres, de bijoux magnifiques réalisés par les plus grands maîtres, et notamment par le joaillier Alexandre-Gabriel Lemonnie, qui était le bijoutier de l’Impératrice, de postiches et d’extravagantes perruques poudrées. Elle utilisera également un certain nombre d’accessoires pour recréer un personnage, une scène, ou pour exprimer un sentiment. Pierre-Louis Pierson ne réalisera pas moins de 450 portraits de la belle Italienne, pour lesquels elle organisera elle-même les mises en scène, et pour lesquels elle dépensera pratiquement toute sa fortune personnelle. C’est à lui qu’elle se décrivit un jour, sans rire le moins du monde, dans un moment de pure exaltation, en contemplant sa silhouette vaporeuse qui se reflétait dans un grand miroir, comme étant «la plus belle créature qui ait jamais existé sur Terre depuis le commencement du monde !».

Elle posera souvent dans de superbes costumes. Celui de la «dame de cœurs» était certainement l’un des plus beaux. La photographie, qui fut prise par Aquilin Schad, fut retravaillée à la gouache dans l’atelier Mayer et Pierson entre 1861 et 1863. Cette œuvre fut présentée à la section Française de photographie de l’Exposition Universelle qui s’est tenue à Paris en 1867. La Comtesse y fera d’ailleurs une visite remarquée le 1er mai, gracieusement pendue au bras du prince Georges de Prusse. La comtesse avait porté cette robe une première fois le 17 février 1857, au cours du célèbre bal qui fut donné au ministère des Affaires étrangères, un bal qui est resté dans toutes les mémoires !

Au point culminant de leur relation, qui est désormais connue de tous à la cour, Napoléon III, déguisé et masqué, avait bien essayé de s’y divertir incognito, mais les invités suivaient attentivement le moindre de ses faits et gestes. Cette soirée mettait en évidence un reflet du faste de la cour Impériale, qui était profondément marquée par la nostalgie de Versailles et de Trianon.

La reine Marie-Antoinette inspira en effet particulièrement Eugénie. Si bien que tous les invités portaient des costumes faisant référence à cette époque.

Mal vue à la cour à cause de ses frasques assumées avec l’Empereur, la comtesse portait ce jour-là « le costume le plus fantaisiste et le plus hardi qui puisse être imaginé !». Ce costume, moitié Louis XV, moitié actuel, portait pour titre : « La dame de cœurs». Les jupes retroussées sur le jupon de dessous, ainsi que le corsage, se trouvaient enlacées de chaînes formant de gros cœurs. La merveilleuse chevelure de la comtesse tombait en délicieuses cascades le long de son cou pour venir s’épanouir sur ses épaules. Le costume, éblouissant d’or, était, il nous faut bien le dire, spécialement magnifique ! A la vue du cœur central, qui avait été cousu sur la robe juste au-dessus du haut des cuisses de la comtesse, Eugénie s’exclama sèchement : « Le cœur est un peu bas, je trouve !» De fait, la tenue était adorablement indécente, car Virginia portait sa robe sans corset, et la gaze révéla presque le bout mutin de son adorable sein droit.

 

De 1856 à 1857, la prolixe comtesse de Castiglione composa un merveilleux album de photographies d’elle-même, qu’elle offrit à Costantino Nigra, un des héros de l’indépendance Italienne, qui était alors ambassadeur à Paris. Cet album contenait vingt-cinq photographies, toutes de tailles et de formats différents, qui avaient été réalisées dans l’atelier de son ami[i]. On pouvait y voir son fils prendre la pose, par exemple, comme garçon d’honneur portant la traîne de la robe de sa mère.

Nigra était dans le secret de la mission qui avait été confiée à la Castiglione. Il la soutenait afin qu’elle persuade Napoléon III de s’engager en faveur de l’Italie, mais aussi pour l’encourager à lui soutirer des informations concernant l’avancée des négociations du congrès de paix. Le jeune Nigra travaillait avec Cavour, qui était le cousin de la comtesse, et la tête pensante de la mission. Cavour était le représentant du Piémont au congrès de paix qui se tint à Paris, à la suite du succès de la Guerre de Crimée, en 1856, et où le sort de l’Italie devait être joué.

Tous les deux voulaient introduire la question de l’unification de l’Italie et gagner le soutien indéfectible de l’Empereur des Français.

Lorsqu’elle revint en France, en 1861, avec son fils Giorgio, commença alors pour la comtesse une intense période de créativité, qui durera jusqu’en 1863.

 

Pour la première fois, depuis son retour à Paris, en 1861, elle fut invitée aux Tuileries.

On ne saura sans doute jamais pour quelle raison l’impératrice Eugénie, qui était une femme très prude, la convia, malgré sa détestable réputation, à ce bal costumé qui fut donné aux Tuileries le 9 février 1863. Et ce fut à cette occasion qu’elle déclencha un scandale épouvantable. La belle comtesse s’y présenta en effet déguisée en Reine d’Étrurie. Là, il faut nous souvenir qu’elle était originaire de Toscane, une région qui était au cœur de l’antique territoire des Etrusques.

En fait de déguisement, elle n’était guère vêtue que de longs pans de tissus noirs et multicolores fendus jusqu’à la taille, et retenus aux épaules par des escarboucles d’or et de pierreries. Au moindre mouvement, on entr’apercevait son délicieux corps velouté, et comme elle ne portait bien entendu pas le moindre dessous, ses charmes les plus intimes sautèrent, tels de facétieux diablotins, aux yeux de l’assistance, qui en fut littéralement éblouie, pour ne pas dire qu’elle en fut effarée, surtout lorsqu’elle se glissa dans la salle pour s’en aller virevolter, follement sensuelle et impudique en diable, aux bras des hommes, qui furent tout à la fois surpris et émerveillés de cette bonne fortune et, comble de la provocation, elle s’était chaussée de semelles à lacets qui ne cachaient pas la nudité de ses admirables petits pieds, dont les orteils étaient tous ornés de précieuses et magnifiques bagues. Elle frissonnait, tout comme les autres femmes, lorsque des mains un peu plus aventureuses que les autres venaient se promener sur son corps et sur ses fesses, ou mieux, s’y attardaient avec langueur et volupté.

Car les femmes qui fréquentaient les Tuileries sous le Second Empire étaient bien loin d’être de pierre, vous savez ! car elles dissimulaient, sous leurs crinolines, de redoutables tempéraments, qui correspondaient parfaitement aux exigences démesurées de Napoléon III.

L’Empereur était, en effet, d’après les témoignages qui nous sont parvenus, un furieux érotomane, qui entrait en transes à la vue du moindre jupon qui soit un tant soit peu froufroutant et affriolant.

Ainsi, de 1852 à 1870, ces dames de la Cour furent-elles de fait les véritables maîtresses du pouvoir. Prises, avec ivresse, renversées les quatre fers en l’air sur des coffres, discrètement baisées entre deux portes, ou sur un coin de table, derrière un rideau, dans un fauteuil, contre un mur, sous le manteau d’une cheminée, par le travers d’un lit ou encore dans les recoins les plus discrets et obscurs d’un vaste placard, elles tirèrent de leur apparente faiblesse une puissance démesurée. Et l’on peut dire, aussi étrange que cela puisse paraître, que se sont ces adorables cuisses, qui étaient toutes plus légères les unes que les autres, qui constituèrent pendant dix-huit ans le bras séculier de la France.

 

Dès le lendemain, Nicchia se précipita à l’atelier de photographie dans le but d’immortaliser sa tenue. Persuadée de son immense succès, et ainsi de son retour dans les plus hautes sphères, elle prit des poses lascives et suaves, et elle mima plutôt joliment l’innocence propre à une enfant. Toutefois, son costume fit scandale. Comme elle était peu aimée à la Cour, la presse se déchaîna, et elle fut dès lors accusée de rien de moins que d’être apparue nue et extrêmement provocante à la fête. Son mari, le Comte François, qui se trouvait toujours en Italie, fit alors une grosse colère, et il menaça, depuis son exil volontaire, de rien de moins que de lui reprendre leur fils Giorgio ! Elle lui répondra en toute simplicité par, une photographie, nommée «La Vengeance» ! Et, bien sûr, elle gardera l’enfant. Sur cette photo, elle apparaissait vêtue du même affolant costume de reine d’Étrurie, mais elle était revêtue d’une cape qui couvrait cette fois ses épaules et ses bras nus, et elle tenait dans sa main un long et menaçant poignard particulièrement effilé.

Entre 1861 et 1867, pas moins de quarante nouvelles séances furent organisées, dans le but de réaliser 176 poses, qui furent toutes différentes les unes des autres.

Le comte de Castiglione mourut brutalement, en 1867, de façon accidentelle, et c’est alors que sa veuve se fit photographier en vêtements de grand deuil, toujours chez Pierson, puis elle sembla abandonner la photographie, du moins jusqu’en 1875.

Après la fin du Second Empire, après la mort de son mari, puis après celle de son fils, Virginia, désormais solitaire, s’enfermera au 26 de la place Vendôme, dans un grand appartement morne, triste et sombre. À la mort de son ami le Docteur Blanche, elle demanda à son fils, le célèbre portraitiste Jacques-Émile Blanche, de réaliser son portrait. C’est une chose qu’il fera, mais il ne le fera que bien après la mort de la Comtesse.

 

La folle de la Place Vendôme

Durant les dernières quinze années du XIX° siècle, la place Vendôme fut presque chaque soir, le théâtre d’un étrange spectacle : la nuit tombée, la porte du 26 bis s’entrouvrait. Une femme entièrement vêtue de noir, voilée, tirée par un ou deux chiens – généralement hideux – en sortait, s’arrêtait sur le seuil, jetait autour d’elle un regard méfiant, puis, si la route apparaissait libre, semblait se décider, refermait la porte derrière elle et s’avançait à petit pas. Elle allait, gagnant les arcades de la rue de Castiglione, puis s’engageant sous celles de la rue de Rivoli.

Elle continuait à inspecter, de dessous ses voiles épais, les alentours, Elle paraissait craindre on ne sait quoi, on ne sait qui. S’il survenait un passant dont le visage ou l’allure lui déplaisait, vite, elle s’engouffrait sous une porte cochère et, haletante, attendait que l’intrus fût passé.

Elle qui semblait tenir tant à son incognito, avait fini par devenir une attraction de quartier. Et même les enfants pouvaient nommer, avec un rire moqueur, la comtesse de Castiglione…

La promenade reprenait. La femme voilée, marchait durant des heures, elle rentrait, lorsque l’aube, au-dessus des toits, dissipait ces ténèbres qu’elle exigeait autour d’elle.

La femme qu’elle était devenue, celle dont elle écrivait qu’elle était « laide à faire peur », celle à qui manquaient toutes ses dents, refusait de la montrer aux passants; elle ne voulait pas non plus voir elle-même «touché par le temps, le visage qu’elle avait adoré ».

Malgré ses domaines qui valaient un million et à côté de ses bijoux qui en valaient autant, elle se croyait ruinée. De temps en temps, elle recevait d’Italie un peu d’argent qu’elle consacrait à régler des dettes criardes. Le roi Humbert continuait à lui servir la petite pension qu’avait fondée pour elle Victor-Emmanuel.

Les Rothschild qui, de bonne foi, la croyaient misérable, lui donnaient de petits secours; ceux-ci s’ajoutaient à une pension mensuelle de cent francs qu’elle allait chercher elle-même chaque fin de mois chez le baron Alphonse. En revanche, elle oubliait souvent de toucher la pension de deux mille francs par mois que continuait à lui verser le gouvernement italien.
La maladie – ou les maladies – dont elle souffrait l’accablaient cruellement, Elle demeurait la plupart du temps dans son lit aux draps de soie noire.

Elle écrivait là, toujours, d’innombrables lettres dont la majeure partie allait s’enfouir au château de Baromesnil, chez Estancelin; elle les écrivait au crayon parce qu’elle voulait en conserver des copies. Seul le crayon lui permettait d’utiliser un papier carbone.

Le moindre sujet était prétexte à d’infinis développements, où son esprit s’égarait. Ses luttes avec son propriétaire, avec ses voisins, devenaient sous la mine de son crayon de petites apocalypses. Elle revenait sur son passé, inlassablement, écorchant les noms, mêlant les dates et travestissant les faits.

Le soir venu, elle se levait, s’habillait, se voilait et partait dans la nuit, étrange « folle de la place Vendôme »  à la rencontre de l’inaccessible …

Lorsque mourut son propriétaire, M. Demonjay, le joaillier Boucheron, qui s’était rendu possesseur du rez-de-chaussée, offrit à la comtesse trente à quarante mille francs si elle acceptait de quitter rapidement son entresol avant l’expiration de son bail. Elle refusa mais l’heure vint où, légalement, elle fut obligée de quitter les lieux.

Il lui fallait trouver un autre logis. Ce qui, curieusement, lui importait le plus, c’était de ne pas quitter ce quartier. Depuis longtemps, elle faisait venir ses repas du restaurant voisin, rue Cambon. Au maître d’hôtel, elle dit sa détresse. Il lui proposa un petit logement au-dessus du restaurant : deux ou trois chambres sans lumière et sans air. Sans chercher plus avant, les yeux fermés, elle accepta.

Un dimanche – le 15 janvier 1894 – elle vint s’installer rue Cambon, au n° 14. La tristesse du lieu la frappa : «une basse-cour » dit-elle. Elle était devenue indifférente à tout. Elle écrivit : « Je ne demande qu’à un lit, la paix, le silence, et puis, à la grâce de Dieu, car ce n’est pas le logement qui change, c’est ma vie … »

Elle voyait mourir, l’un après l’autre, tous les témoins de sa jeunesse. Napoléon et Victor~Emmanuel n’étaient plus. Ni Poniatowski, ni La Tour d’Auvergne … Lorsque mourut Laffitte, elle écrivit : « C’est un ami de plus à rejoindre bientôt. Que fais-je, ici, encore? Je n’ai plus rien, ni personne, de ce et de ceux que j’ai eus à moi ou pour moi, depuis mon enfance … »

Par deux fois, elle avait fait le pèlerinage de Passy et, chaque fois, en une douloureuse circonstance : successivement le docteur Blanche et Mme Delessert avaient quitté cette terre.

Au cimetière, lorsqu’on avait mis en terre le docteur Blanche, elle était venue jeter des fleurs sur le cercueil et elle était allée embrasser le « petit Jacques » qui commençait à se faire un nom en peinture. Quelle n’avait pas été la stupéfaction de Jacques-Émile Blanche de s’entendre demander par la vieille amie de son père un rendez-vous! Elle se croyait, disait-elle, «encore à même, dans un certain éclairage, d’offrir quelques vestiges de sa splendeur ». Elle demandait au jeune peintre de faire son portrait

De cette ultime exigence de la comtesse, naquirent les deux admirables études où le peintre a su, avec tant de vérité, évoquer la silhouette désespérée de cette « petite vieille inconsolable de sa beauté et de son règne abolis ».

Le mois de novembre 1899 la trouva très mal. Bien des années auparavant elle avait écrit : « Le mois de novembre m’a toujours été fatal. Il finira par m’être funeste … »

Estancelin, très inquiet, s’informa auprès du docteur Hugenschmidt. Celui-ci ne put le rassurer : « Le pronostic est assez sombre, expliqua-t-il… Un déplacement de la colonne vertébrale qui peut survenir à l’occasion d’un brusque mouvement peut amener à tout instant, soit une paralysie de la moitié inférieure du corps, ou la mort subite. Son amaigrissement rapide, survenu depuis quelques mois, malgré une suralimentation (quoiqu’elle prétende ne rien manger) est très défavorable … »

Dans la nuit du 28 au 29 novembre 1899, en présence de sa vieille servante Luisa Corsi, et de garçons du restaurant voisin, Virginia de Castiglione s’éteignit doucement. L’un des assistants écrivit quelques heures plus tard à Estancelin : « La pauvre comtesse est morte, cette nuit, des suites d’une apoplexie cérébrale qui l’a frappée, dimanche, à deux heures, et qui a été aggravée d’une paralysie du côté gauche … Elle s’est éteinte, très doucement, cette nuit, à trois heures trente minutes. Elle m’avait encore reconnu à onze heures, et je crois que, vers trois heures, son regard s’est posé la dernière fois, lassé, sur ceux présents … »

Elle avait exigé, autour de sa mort, le silence. Elle fut obéie. Seuls les enfants du quartier de la place Vendôme surent qu’était morte la comtesse de Castiglione. On ouvrit ses placards. Les accessoires de cotillon qui les encombraient furent distribués aux enfants. La jeune place Vendôme joua pendant deux jours avec les vestiges des Tuileries.

Aux obsèques de la comtesse, dans le caveau de la Madeleine, il n’y eut que des domestiques silencieux et, seuls, deux anciens amis, informés par hasard : le vieux duc de Vallombrosa, et l’agent de change Meyrargues. Par le défaut de toute parenté, un avoué, Me Guillaume Desouches, s’était occupé de tout.

Qu’était-il advenu des derniers désirs et des dernières volontés de Virginia? On avait omis de la revêtir de la « chemise de nuit de Compiègne » ; on s’était gardé de lui passer autour du cou et aux bras des perles et des bracelets qui valaient une fortune.

Elle avait rêvé de reposer à La Spezia. Parfois son imagination lui avait fait édifier en songe une tombe à la frontière de l’Italie et de la France, ces deux pays objets de ses ambitions et de ses illusions politiques : une tombe de marbre blanc, Une épitaphe écarlate devrait rappeler aux générations à venir que là gisait la plus belle femme de son siècle … D’autres jours, elle avait parlé du cimetière de Passy.

Ce fut au Père-Lachaise que la conduisit son dernier voyage. Sa tombe – une triste pierre de granit – solitaire, oubliée, s’y peut encore découvrir; mais il ne se trouve jamais personne pour en demander l’emplacement aux gardiens. La dalle même est nue; les caractères de l’inscription sont effacés.

« Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloire, nul ne vous reconnaît.. » (Baudelaire.)

Source: Alain Decaux, La Castiglione, dans H, Paris, Le Cercle Historia, 1965, p. 145-277.

De 1893 à 1895, ne parvenant pas à faire le deuil de son succès passé, elle réalisera quatre-vingt-deux photos dans l’atelier parisien, pour lesquelles elle revêtit ses fastueuses tenues d’antan. D’une façon aussi pathétique que morbide, elle posa, comme avant, alors que sa légendaire beauté s’en était bien sûr allée, que son merveilleux corps s’était flétri et n’était plus que l’ombre de lui-même, et que de plus elle n’avait presque plus de dents, et qu’il ne restait presque plus rien non plus de sa somptueuse chevelure de jeune femme. Peu avant de mourir, le 22 mars 1913, son ami le photographe Pierson manifesta ainsi à un de ses amis son incommensurable regret de n’avoir en fait pas su capturer la véritable beauté de la Comtesse.

« Oh je m’en veux, mais si au moins tu savais comme je m’en veux. Je suis passé à côté, complètement à côté ! Il faut dire que cette femme était si incroyablement belle, que je n’ai jamais su à quelle partie de son corps, ou de son âme, il aurait fallu que je m’attache. Et elle était de surcroît si prodigieusement intelligente ! C’est grand préjudice, vois-tu, que tous ces dons ne lui aient finalement pas permis de trouver le bonheur, auquel elle aspirait si fort, car elle était profondément malheureuse, j’en suis persuadé, moi qui l’ai si intimement connue ! »

Après l’effondrement de l’Empire et l’établissement de cette Troisième République bourgeoise et pudibonde qu’elle exécrait, la comtesse, qui était désormais veuve, et ayant perdu prématurément son fils, qui est mort de la variole à la guerre, se sentit devenir inutile alors qu’elle vivait dorénavant dans un monde qui ne lui ressemblait plus. C’est alors que sa raison chavira et qu’elle fut victime de dépression, de crises d’hystérie et de paranoïa.

Dans les années 1880, esclave de son image, elle ne supporta pas de se voir vieillir, et elle souffrit d’une sévère neurasthénie qui fut accompagnée de violents accès de misanthropie. Elle se terra à l’abri de ses miroirs, qu’elle avait fait voiler de tentures noires, dans l’appartement parisien qu’elle louait au 26 de la place Vendôme, jusqu’à ce jour de 1893 où elle décida brutalement de déménager pour le 14 de la rue Cambon, où elle sombra dans l’anonymat et le dénuement. Elle ne sortait plus qu’à la nuit tombée, pour errer tristement, comme un fantôme, sur les boulevards, ou à l’abri des arcades de la rue de Rivoli, pour être sûre ne pas être reconnue et se trouver confrontée aux regards que les passants pourraient porter sur ces « ravages» que le temps, son maudit ennemi, d’après elle, avait fait subir à sa légendaire beauté. Elle décéda, alors qu’elle était devenue à moitié folle, en1899, à l’âge de 62 ans.

Carlo Sforza, qui était alors secrétaire de l’ambassade Italienne à Paris, et qui était accouru dans le but de brûler ses papiers, qui auraient pu se révéler potentiellement compromettants, découvrira alors l’horreur, qui lui fut représentée par le corps décharné de la Divine, qui était déjà en voie de putréfaction, étendu, entouré de ses miroirs toujours voilés de noir, entre les dépouilles empaillées de ses trois chiens.

La comtesse de Castiglione, la plus merveilleuse des courtisanes, celle qui fit les plus beaux jours du Second Empire, repose désormais au cimetière du Père-Lachaise, division 85, 2e ligne, tombe 83. Longtemps restée à l’abandon, cette tombe a été restaurée pour le centième anniversaire de sa mort, grâce au prix littéraire Grinzane Cavour, et une plaque de marbre, datée du 28 novembre 1999, y a été déposée.

De profundis clamavi ad te, Domine !

 

[1]Oh ciel, je jouis

[i] Voir la version illustrée en couleurs

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