Les journées au grand air. Février 2017

couv Les journées au grand air

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Les journées au grand air

 éditions les trois clefs

collection Thrillers

 photo de couverture : ATlliot/Pixabay

 Oh oui j’adore ça, passer le plus souvent possible mes journées au grand air, mais bon sang, il était plus que temps que ce satané hiver se termine ! Pour quelle raison, allez-vous certainement me demander ? Mais, pour que je puisse enfin me livrer à mon activité favorite, pardi ! Cependant, aujourd’hui le temps est encore mitigé ; il fait un peu frais, tandis que quelques nuages gris se meuvent dans les cieux en une lente procession, poussés par un petit vent d’Est, mais je vais quand même tenter de taquiner mon poisson préféré, qui est le Black-bass…

Après avoir garé ma petite Citroën DS3 sur l’herbe tendre du parking, j’ai marché une bonne demi-heure dans les bruyères et dans les fougères, ma super canne Garbolino bien calée sur l’épaule, tandis que ma boite à matériel pendant au bout de mon petit bras musclé, alors que le soleil se levait à peine. Ainsi je viens juste d’arriver sur ce vaste étang, au-dessus duquel planent de légères nappes de brume, ce qui lui confère l’aspect mystérieux et envoûtant d’une sympathique « mare au diable ». C’est un étang que je ne connais pas encore, car il n’est ouvert à la pêche que depuis quelques semaines. Alors je ne sais pas trop ce qu’il y a là dedans, cela va être l’occasion de le tester, bien sûr.

De toute façon, je peux vous dire que je suis très bien, ici, au grand air, après avoir passé toute la semaine enfermée au bureau, avachie comme une grosse vache molle entre mon super ordinateur et mon téléphone méga-sophistiqué. Je ne sais toujours pas quel abruti a inventé cet engin de torture mais je vous jure, il ne devait pas ^être net net, le mec, pas vraiment franc du collier, parce que ça ne sert pas seulement à téléphoner, sa merde, ça sert aussi, et surtout, dirai-je à vous surveiller, à vous fliquer quoi !

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos poissons, si vous le voulez bien. Pour constater que, pour l’instant, du moins, l’eau est foncée, tandis que le ciel, lui, est un peu nuageux, ce qui me pousse à choisir un leurre souple de couleur claire. Les rives de l’étang sont densément peuplées d’un grand nombre d’arbres de toutes tailles et espèces, des frênes, des bouleaux, des peupliers, ainsi que quelques saules majestueux se disputent l’espace disponible. Je laisse s’envoler le héron qui semblait monter la garde au bord de l’eau et je commence à lancer délicatement ma ligne sous les branches. Je fais quelques passages rapides puis, j’en fais quelques uns un peu plus lents. Mais cela ne donne pas grand-chose, vraiment, pas grand chose ! Aussi je ne reste pas plus de cinq minutes par poste avant de me décaler. Quand soudain, je remarque un peu d’activité, à quelques mètres de moi, c’est un Black-bass, oui, me semble-t-il, qui vient de fondre sur je ne sais quoi, alors je me dirige immédiatement sur lui et je passe mon leurre au dessus de la bête.

– FFiissshhh , fait alors ma ligne, il a mordu, et un Black ! Un ! Il n’est pas très gros, mais ça me fait quand même immensément plaisir, vous savez, parce que le premier Black de la saison, ça se fête, ça !

Alors, remplie de courage et d’espoir, je continue, bien sûr ! Au bout d’une demi-heure, j’ai déjà parcouru un bon quart de l’étang. Je décide alors de changer de tactique, et cette fois je mets au bout de ma ligne un poisson nageur plongeant. Je lance au loin et je laisse couler mon leurre, parce que je souhaite connaître la profondeur de cette eau. Je tente maintenant ma chance dans plusieurs niveaux d’eau. Il n’y a rien au fond, rien entre deux eaux, en fait c’est en surface que ça tape. Hourra ! Un deuxième Black-bass vient de se faire prendre à mon hameçon, et il est un peu plus gros, cette fois. Il ne me paraît pas si mal, finalement, ce nouvel étang. Ainsi, c’est avec allégresse que je poursuis ma partie de pêche. J’arrive bientôt à mi-parcours, cette bordure du plan d’eau me permet de lancer contre les rives de la petite île qui s’étale en son milieu. Il y a des branches immergées, et des branches au ras de l’eau, ainsi il me semble que c’est vraiment l’endroit idéal, ça !
Bingo, car au premier lancer : fiiish !
Et au deuxième lancer, encore fiiish !
– Fiiish, fiiish, fiish…Mais, c’est de la folie douce : car en à peine trente minutes, j’ai sorti pas moins que cinq beaux poissons !

Mon Dieu ce que je peux me régaler, en fait, tout ce que je peux vous certifier c’est que m’éclate comme une petite folle ! Et dire que je suis toute seule, ici !

Cette saison commence vraiment très, très bien, pourtant les eaux ne sont pas encore super chaudes. En fait, je pense que ces poissons, qui ont certainement été lâchés récemment, ne sont pas encore habitués aux leurres. C’est très important, ça, le choix du bon leurre, vous savez, car il faut qu’il soit suffisamment affriolant et appétissant pour exciter le poiscaille, mobile et mordoré, virevoltant, et surtout, follement intrigant ! Je finis tranquillement mon tour d’étang, manifestement il n’est pas encore très connu, cet étang, car je suis toujours le seul pêcheur sur place, et je viens de passer deux heures sans apercevoir le moindre quidam! Ce n’est pas plus mal, remarquez ! Non que je déteste bavarder avec les collègues, mais je trouve parfois un peu fatigant d’avoir à leur expliquer comment et pourquoi une jolie jeune fille comme moi s’est prise de passion pour la pêche au carnassier.

Ce soir, après avoir passé une journée au grand air, je n’aurai ainsi aucun scrupule à accompagner les copines en boite, pour danser, fumer et picoler comme des malades ! Deux ans que je suis seule, depuis que j’ai plaqué Adrien le bellâtre, mon dernier Julot, alors il serait peut-être temps que je me trouve un nouveau compagnon, un type sympa, drôle, mignon, un mec bourré de qualités, quoi, avec qui sortir, aller au resto, au ciné, et surtout, baiser, baiser comme des malades, comme des bêtes assoiffées de sexe et de câlins que nous serons alors, tous les deux !

Nous avons passé nos plus belles robes, moi j’ai mis la dernière Kookai que j’ai achetée au centre commercial du Pont des deux eaux, nous nous sommes soigneusement maquillées avec nos produits bios de chez Naturalforme, et nous avons tranquillement pris la route du Go-go Club, qui est notre discothèque préférée depuis quelques années. Nous avons garé la DS3 sur le parking et nous nous sommes dirigées en chaloupant sur nos hauts talons vers l’entrée de l’antre. Après avoir réglé le prix demandé, nous nous sommes avancées dans un tunnel obscur qui a rapidement débouché sur la vaste salle, éclairée à giorno par de nombreux spots multicolores, des boules à facettes tournoyantes, et les enivrants tourbillons des stroboscopes.

Les copines et moi, vous savez, nous n’avons pas pour habitude de faire tapisserie, vous savez, aussi nous nous sommes rapidement élancées sur la piste afin de nous mêler le plus intimement possible au chœur battant de tous ces danseurs et danseuses déchaînés.

Cette ambiance survoltée me change énormément du calme profond dans lequel ma journée a baigné, et j’en suis toute étourdie. Tout près de moi se démenaient quatre garçons sympathiques qui dansaient comme des dieux. Ils avaient l’air de bien s’amuser, ce qui ne les empêchait pas de jeter de fréquents coups d’œil dans notre direction.

Lorsque la musique se calma je fus toute étonnée que le DJ nous envoie un slow. J’avais presque oublié le rythme doux et lancinant de cette musique, tellement elle se fait rare, en boite.

Aussi, quand un beau garçon brun, qui appartenait au groupe que j’avais remarqué quelques instants plus tôt, m’a attrapée par le bras et m’a entraînée au milieu de la piste pour me faire danser sur l’air de Scorpions « Still loving you », je me suis laissé faire et je fus même surprise d’en éprouver un certain plaisir. Cela faisait en effet suffisamment longtemps qu’un homme ne m’avait pas prise dans ses bras, pour que ce simple geste déclenche chez moi un torrent d’émotions, et me zèbre la peau de milliers de délicieux frissons. Je me suis laissé ensuite sereinement envelopper dans ses bras pour le slow suivant tandis que mes pieds se sont mis à se déplacer avec les siens au rythme de la musique et de la voix envoûtante de ce beau crooner américain.

Il a posé gentiment ses mains sur mes hanches et il les a ensuite remontées lentement le long de mon dos, jusqu’à atteindre mes épaules, qu’il a empoignées avec fermeté de façon à m’attirer encore plus près de lui. Mon visage frôlait maintenant le sien, et alors que je pensais qu’il allait essayer de m’embrasser, il n’en fit rien, et je dois vous avouer que j’en fus presque déçue.

Lorsque la série de slows se termina, il me libéra aimablement en me relâchant au milieu de la foule de façon à pouvoir s’en aller rejoindre ses amis. Je retournai quant à moi près des miennes et les encourageai un peu plus tard à se rapprocher du groupe turbulent dont était issu mon sympathique et charmant danseur.

Nous nous sommes ainsi agitées jusqu’à l’aube puis, épuisées et repues de décibels, nous sommes sagement rentrées chez nous.

Toute la nuit, je vous assure que l’image de ce charmant garçon m’a habitée, et tandis qu’à demi-éveillée je voyais son beau visage s’approcher tout doucement du mien, je me suis surprise à entrouvrir les lèvres, comme pour lui réclamer un baiser…

Le samedi suivant, après une nouvelle journée de pêche, pendant laquelle j’avais beaucoup pensé à mon père, cet homme attachant, bien trop tôt disparu, emporté par une sale maladie, qui m’avait initiée à ce sport, m’entraînant avec lui lors de ses escapades dominicales, ce qui lui permettait de s’éloigner pour la journée de son épouse, qui était certes une belle femme, mais qui était dépressive, bipolaire, alors que j’étais encore une toute petite fille, coiffée de nattes et chaussée de jolies bottes en caoutchouc roses, je passai prendre ma meilleure amie pour l’entraîner en boite.

« Tu ne le sais pas, mais je n’ai pas très envie de sortir, ce soir », me dit-elle. « Si, si, viens », insistai-je. « S’il est là, je te présenterai ce garçon dont j’ai fait la connaissance samedi dernier, tu vas voir, c’est un mec vraiment super, et en plus il est beau, mais beau, comme un dieu ! »

Vaincue par mon enthousiasme délirant, elle s’est finalement décidée à me suivre et nous sommes parties, en chantant à tue-tête comme d’habitude, pour la discothèque.

A peine arrivées, nous nous sommes dirigées vers le bar pour prendre nos consommations, une Marie Brizzard pour moi et un Martini-Coca pour mon amie Christelle, puis nous nous sommes acheminées vers une des petites tables rouges en formica qui étaient encore libres, disposées en rang d’oignons sur le côté de la piste. Aussitôt assises, mes yeux se mirent à balayer fiévreusement la salle, à la recherche de mon beau et sympathique cavalier. Dans un premier temps je ne distinguai pas bien les visages, dans l’obscurité, mais dès que mes yeux se furent habitués à la pénombre, je le vis, enfin. Il était là, accompagné d’un petit groupe de garçons et de filles. Des filles, oh mon dieu, des filles ! Mon instinct de prédatrice se mit instantanément en mode alerte. Bien sûr, suis-je nouille ! Un garçon aussi charmant devait certainement avoir en permanence autour de lui une cour de femelles aussi séduisantes qu’énamourées qui le convoitaient.

Comme je ruminais ces pensées négatives, je le vis prendre une de ses amies par le bras, comme il l’avait fait avec moi, et l’entraîner manu militari vers le centre de la piste.

Je donnai un discret coup de coude dans les côtes de mon amie : « Il est là, lui dis-je, tu le vois, là, le brun aux cheveux longs, avec la chemise bleue et ce blouson en peau frangé. » «  Tu as raison, c’est vrai qu’il est super mignon, me confirma-t-elle, cependant, je ne voudrais surtout pas te décevoir, ma belle, mais il me semble que cette fille avec laquelle il danse, là, est en train de te le piquer. Tu vois comme elle le colle, et surtout, regarde bien les regards de braise qu’elle lui jette ! »

Vous devez bien imaginer que mon sang ne fit qu’un tour ! Serait-il en train de m’échapper, comme ce beau brochet qui a cassé mon fil, ce matin, après avoir donné un virulent coup de queue pour se libérer. Je n’allai quand même pas rester là, comme une sotte, à assister placidement au spectacle de ma déroute. Toutes les séries de slows ont une fin, n’est-ce pas, et celle-ci ne fit pas exception à la règle. Mon beau danseur abandonna donc sa cavalière pour se diriger avec nonchalance vers le bar.

« Viens, on va boire un coup », dis-je à mon amie.

— Mais, je viens juste de terminer mon Martini, me fit-elle remarquer tout en me jetant un regard en coin chargé de perplexité.

— Mais, ce n’est pas grave, ma chérie, tu en boiras un autre, voilà tout, surtout que moi, j’ai vraiment trop soif, et c’est moi qui paie, je te signale, alors j’y vais, tu viens ? »

Nous sommes donc parties vers le bar en chaloupant un peu sur nos talons et, comme guidée par un puissant radar, je me dirigeai vers le garçon.

Je m’accoudai au comptoir et me tournai vers lui, l’air de rien. Comme je n’étais pas sûre qu’il m’ait reconnue, je plantai solidement mes yeux dans les siens pour lui demander :« Comment vas-tu, depuis samedi dernier ? »

— Oh moi ça va, me répondit-il avec un ravissant sourire ; tu viens donc ici régulièrement, c’est drôle, ça, parce que je ne t’avais jamais remarquée, auparavant, pourtant je viens souvent dans cette boite, avec ma copine.

— Tu veux dire que cette jolie fille avec qui tu dansais, tout à l’heure, ce serait ta petite copine ?

— Oui, et c’est quasiment ma fiancée, même, pourquoi ?

— Oh, pour rien, comme ça, simplement, parce que je t’imaginais plutôt être du genre célibataire endurci.

Il éclata de rire avant de me dire :

— Endurci ! J’espère que tu rigoles, parce que, vois-tu, je vous aime beaucoup trop, vous les filles, pour pouvoir sérieusement envisager de me passer de vous plus d’une semaine, mais c’est vrai que si je pouvais passer à travers les mailles du filet, ajouta-t-il en me dédiant un sourire éclatant, du filet du mariage, ce ne serait pas plus mal, c(est vrai !

Mon tempérament de chasseuse, de pêcheuse, plutôt, se révéla à cet instant même dans toute sa splendeur et son impétuosité.

Ce beau garçon était manifestement sur le point de m’échapper, et si je le voulais vraiment, il fallait donc envisager de lui faire subir un siège en règles !

Désormais mon programme du samedi soir serait immuable mes amis. Car, après ma journée passée au grand air, à taquiner le carnassier, je prendrai inlassablement la direction de la discothèque.

Au bout de trois ou quatre semaines nous sommes devenus sinon les meilleurs amis du monde mais au moins des bons copains, et nous nous inscrivîmes à un concours de rock. Cependant cela n’était pas vraiment le but que je m’étais fixé, car ce garçon m’émoustillait trop, alors il m’en fallait plus, bien entendu, ‘et il m’en fallait même beaucoup, beaucoup plus !

Je réussis sans trop de difficultés à le monopoliser pour danser tous les slows dont nous gratifiait le Disc-jockey. Je me fis en dansant la plus langoureuse et la plus chatte possible, serrant sans vergogne ma généreuse et palpitante poitrine contre la sienne. Je fis tant et si bien qu’un soir, enfin, je réussis à lui arracher un baiser, un vrai, un long, un avec la langue, vous voyez, je pense, un baiser qui fut tendre, velouté, mais aussi excitant à souhait, excitant à m’en faire carrément  mouiller ma culotte, c’est tout dire !

Lorsque nous eûmes repris notre respiration, il me prit par la main pour m’emmener au bar, où il m’offrit une consommation. Je demandai au serveur ma traditionnelle Marie Brizzard, sur de la glace pilée, On the rocks, et je dis à mon cavalier : « J’ai envie d’aller la boire dehors, parce qu’il fait super bon, ce soir, tu ne trouves pas ?

— Comme tu veux, ma chérie », approuva-t-il gentiment. Ma chérie, il avait bien dit ma chérie, et je ne l’avais pas rêvé !

C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés à bavarder de choses et d’autres, au calme, et au frais, au clair de lune, sous les plantureux platanes.

« Je ne sais même pas comment tu t’appelles, lui dis-je, tes copains t’appellent Pedro, mais ce n’est certainement pas ton vrai prénom, si ? »

— Mais si, c’est bien Pedro, me répondit-il du tac au tac !

— Pedro ! Alors tu serais donc d’origine espagnole?

— Oui, mais  suis Catalan, plus précisément.

— Ah, Catalan, c’est bien, ça Catalan, c’est mieux en tout cas qu’Espagnol du sud, parce que je trouve ces sortes d’espingouins énervants, et un peu trop machistes, à mon goût !

Il ne m’a pas semblé voir ton amie, ce soir, ajoutai-je avec une once de perfidie dans la voix.

— Non, elle n’est pas là, nous nous sommes un peu engueulés, alors elle n’a pas voulu sortir, elle a préféré rester chez elle pour regarder ce naze de Patrick Sébastien à la télé.

— Ce qui me permet de profiter de toi, et sans scrupules, ajoutai-je en lui offrant sans hésiter mon sourire le plus ravageur. Il se rapprocha de moi, et il posa avec nonchalance sa main sur ma cuisse avant de m’entourer les épaules de ses bras et de rapprocher ses lèvres des miennes pour me donner un second baiser. Celui-ci fut tout aussi délicieux que le premier, pour ne pas dire plus, et il m’enthousiasma au point que j’en eus les guibolles qui flageolèrent.

Le samedi suivant son amie était de retour, toujours aussi belle, toujours aussi rousse, mais elle me parut être plus flamboyante que jamais !

Après avoir dansé avec Pedro, je réussis à l’entraîner une nouvelle fois dehors.

« J’aimerais beaucoup avoir une histoire avec toi », finis-je par lui avouer, mais en tremblant un peu, tout de même.

— Oh ça, ça fait un moment que je l’ai compris, tu sais, me dit-il en me dédiant un ravissant et irrésistible sourire, mais dis-moi, tu n’oublierais pas Faustine, par hasard ? Elle aussi, elle tient beaucoup à moi, tu sais.

— Non, je ne l’oublie pas, surtout qu’elle est super mignonne, cette fille, et hyper sexye, aussi, mais dis-moi, qu’a-t-elle de plus que moi, au fond ?

C’était sûrement la question à ne pas poser car il éclata de rire pour me dire : « C’est à dire, non seulement elle est canon, Faustine, mais en plus, elle fait très bien l’amour…

— Mais, moi aussi, je fais très bien l’amour, m’offusquai-je !

Je pris mon sac, j’en sortis un stylo, puis un petit carnet ; j’en arrachai une page et je griffonnai rapidement mon adresse dessus. Je pliai le morceau de papier et je le laissai négligemment tomber au fond de la poche gauche de son blouson, celle que j’avais sous la main.

« Ça, c’est pour le cas où tu aurais envie de vérifier l’exactitude de mes dires », lui dis-je en rosissant, tant je fus effrayée par mon invraisemblable audace.

En rentrant chez moi je me traitai de tous les noms d’oiseaux qui soient possibles et imaginables, ça, vous pouvez me croire !

« Qu’est-ce que tu as fait, espèce de conne, tu t’es comportée comme une pute, comme une allumeuse, et qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? Maintenant je n’ai plus qu’à espérer bien qu’il ne viendra pas, et qu’ainsi il se montrera plus intelligent que moi, et l’affaire sera alors définitivement classée sans suites !»

La semaine passa. Occupée par mon boulot très prenant de commerciale sédentaire, qui consistait à placer des contrats de mutuelle aux clients potentiels qui demandaient naïvement un devis par Internet, j’oubliais le garçon, jusqu’au vendredi soir, où on frappa à ma porte, à laquelle on frappa même avec une certaine insistance !

Tremblotante, j’allai ouvrir, et c’était lui, mon beau Pedro, planté comme un luminaire devant moi, avec une belle rose rouge à la main !

Je ne saurais pas vous décrire comment s’est déroulée la soirée, sauf un moment très particulier, quand, après que nous nous soyons longuement embrassés et caressés tout notre saoul, et après qu’il m’ait amoureusement déshabillée, et doucement retiré ma petite culotte brésilienne bleue tendre, quand je que lui ai tendu, toute émue, la petite boite en carton qui contenait les préservatifs, mes sésames pour l’amour sans risques, risques de maladies vénériennes, de grossesse, ou d’autres conneries dans le genre !

Je vous jure que j’étais déjà mouillée jusqu’en haut des cuisses quand il me demanda en se marrant  doucement : « Pourquoi me sors-tu ces bidules, aurais-tu le sida, mon amour ? »

— Mais non, qu’est-ce que tu vas imaginer, m’insurgeai-je ?

— Moi non plus, je ne l’ai pas, alors pas de ça entre nous, ma belle, et si tu veux bien, je vais te monter comme ça, à cru, à l’indienne, et ce n’en sera que meilleur, tu verras.

Je ne me souviens pas de tout ce qui a suivi, tellement j’étais perturbée, mais en tout cas, ce que je peux vous dire, c’est que ce fut une soirée fantastique, une soirée, et même une nuit, pendant laquelle je me suis super bien éclatée, de cela au moins je m’en souviens très bien, encore aujourd’hui !

Je me suis éclatée comme une bête fauve, en effet ! Et c’est ainsi que j’ai joui, joui et re-joui. En fait je conserve de cette expérience unique la douce impression d’avoir connu un orgasme interminable, car j’ai en effet le souvenir d’avoir vécu toute cette nuit en état de jouissance continue ! Et pour ajouter à mon bonheur cette soirée fut suivie de nombreuses autres, et bientôt mon beau Pedro ne rentra plus chez lui après nos délicieux ébats, mais il ne partait que le lendemain matin, après le petit-déjeuner, que je lui servais systématiquement au lit, comme il me l’avait si aimablement demandé.

Cet épisode heureux dura plusieurs semaines, au cours desquelles je me pris à rêver d’une union durable, et tant qu’à faire, d’un bébé à venir, puisque je ne prenais pas la pilule, et que nous n’utilisions jamais de préservatifs, car il disait qu’il adorait vraiment jouir dans ma chatte le sexe tout enduit de ma mouille !

Jusqu’à ce soir où il ne vint pas. Et il ne vint pas plus le lendemain, et le pire, ce fut qu’il ne téléphona pas, non plus !

Ainsi je commençai sérieusement à m’inquiéter.

Le troisième soir, enfin, il frappa à la porte.

Constatant le regard courroucé que je lui lançai en lui ouvrant, il me prit par les épaules et au lieu de m’embrasser, comme je m’y attendais, il me secoua comme un olivier et il me gratifia d’une formidable beigne qui me fit virer la tête d’un tour : « J’étais chez mon ex, j’étais chez Faustine », hurla-t-il, « alors ferme ta gueule, s’il te plaît, parce qu’elle est enceinte, figure-toi, enceinte de moi, et c’est pas une pute dans ton genre, elle ! Alors je vais te faire l’amour, une dernière fois, puisqu’il semble que t’aimes tant ça, et après, bye bye ma jolie !»

Un leurre ! J’avais été victime d’un leurre, frétillant, aguichant et coloré, et moi, comme une vulgaire perche royale, je m’étais jetée dessus, et sans hésiter le moins du monde, j’avais mordu à l’hameçon ! Mais maintenant, arriverai-je, dites-moi, à trouver au fond de moi, les forces qui me seront nécessaires pour donner le coup de queue salutaire qui me libérera de sa maléfique emprise ?

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