Biarritz

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BIARRITZ

Au pied du rocher de la vierge, l’océan se déchaîne. Le ciel, qui ce matin encore était couvert, quelques gouttes de pluie sont même tombées, est maintenant bien dégagé, ainsi le soleil peut luire sans retenue.
Les vagues forment d’impressionnants rouleaux, qui alignent leurs dos ronds de baleines argentées dans un furieux bouillonnement d’écume.
Quand Viviane, ma ravissante brunette, fonce vers la mer, dans laquelle elle se jette tête baissée, c’est pour se faire renverser par une montagne liquide qui la plaque aussitôt et la roule sans ménagements sur le sable râpeux. Paisiblement assis non loin de là, j’assiste, impuissant, à sa séance de tortures volontaires.
Quelques dizaines de minutes plus tard, la voici qui revient en claudiquant. Elle s’écroule sur sa serviette. « Oh, la machine à laver ! », me dit-elle en reprenant son souffle. Elle s’allonge sur le ventre. Je la regarde avec tendresse et admiration. Son dos est zébré de striures écarlates.
« Toujours sur le pont, cette gamine, elle est incroyable !» me dis-je.
« Toujours en tête à tête avec le danger, sans cesse à flirter avec lui, elle brave les plus impressionnants reliefs et les éléments naturels les moins amicaux ».
L’an dernier, c’est dans les calanques qu’elle m’a foutu la frousse de ma vie. Elle grimpait toujours plus haut sur les falaises pour effectuer de périlleux plongeons, des sauts avant, en position escarpée, ou groupée, des sauts périlleux, d’impressionnants sauts retournés.
Il y a deux ans, c’est à Belle-île-en-mer, qu’elle m’a fait une magistrale démonstration de ses talents, alors qu’elle bondissait comme un cabri de rocher en rocher le long de l’abrupte falaise de l’Apothicairerie. Combien de fois j’ai cru que j’allais la perdre, notamment à chaque fois que je l’ai vue dévaler ces impressionnantes pistes noires de l’Alpe d’Huez.
Je lui caresse tendrement le dos, les fesses, et les cuisses. Je prends sa tête à pleines mains, tourne son visage vers moi afin de m’emparer de sa bouche pour lui donner le plus gourmand des baisers. Je l’aime, c’est fou comme je l’aime !
Elle se dégage, rit, et court comme une folle vers les flots tumultueux.
Cette fois rien ne la retient. Elle franchit allégrement les rouleaux et part en crawl vers le large.
Le maître-nageur, perché sur sa vigie, m’ordonne de ne pas y aller, parce que c’est trop dangereux.
Je ne peux alors plus que m’approcher du bord, entrer dans l’eau pour me faire secouer comme un noyer, placer mes mains en porte-voix et hurler comme un possédé : « Viviane, VIVIANE, VIVIANE ! »
Mais personne ne me répond.
Une heure plus tard, ma douce amie n’est toujours pas revenue.
« Cette fois, je l’ai bel et bien perdue », me dis-je, désespéré, assis face à la mer en furie, quand je sens une main se poser sur mon épaule. « Heureusement que les gendarmes m’ont ramenée en zodiac, me dit-elle avec un immense sourire, sinon, cette fois je crois bien que j’y restais. C’était impossible de nager vers la plage, à chaque fois que je faisais dix mètres, le courant me ramenait vers le large ».
Ce soir, quand je lui ferai l’amour, je le ferai avec impétuosité, comme l’a fait cet océan avec elle, en me disant que c’est peut-être la dernière fois que je la tiens dans mes bras.

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