Vénus. Episode 1: Un maître bien peu indulgent 27/03/2017

Belle androïde 7 super Andrey Kiselev

Vénus

épisode 1: un maître peu indulgent

éditions les trois clefs

collection Thrillers

photo de couverture : Andrey Kiselev / fotolia.com

La firme japonaise Nakishima commercialisait depuis 2020, soit depuis maintenant plus de trente ans, des robots ultra-sophistiqués, des androïdes, véritables merveilles de la technologie, spécialisés dans l’accomplissement des tâches aussi diverses que nécessaires réalisées en vue de d’apporter compagnie et assistance aux personnes âgées.

Ces humanoïdes avaient d’abord été implantés dans les maisons de retraite, où ils étaient devenus de véritables et indispensables amis pour les pensionnaires dépendants, avant d’être petit à petit adoptés par ceux, parmi les anciens, qui souhaitaient vivre leurs vieux jours chez eux, mais dans les meilleures conditions de confort et de sécurité.

L’apparence de ces précieux auxiliaires de vie avait considérablement évolué depuis cette époque. Ils avaient vite perdu leur pittoresque aspect de Bibendum ayant suivi un régime amaigrissant pour se présenter sous les traits bien plus amènes et gracieux d’un jeune homme ou d’une jeune fille. Leur regard était aussi intelligent que bienveillant, tandis que leur conversation, obtenue grâce aux nouveaux et perfectionnés outils de synthèse vocale, s’avérait des plus agréables et enrichissante. Ils étaient au fait de tous les derniers développements de l’actualité, grâce à leur connexion permanente à l’Hypernet sans fil et à leur puissant datawarehouse1 intégré qui avait été baptisé Grand Oracle. L’accès quasi illimité à une infinité de bases de données extérieures dont ils disposaient leur permettait d’aborder tous les sujets historiques concernant n’importe quelle partie du monde et de débattre de tous les faits d’actualité, et certains d’entre eux étaient même bilingues.

La clientèle de Nakishima s’était rapidement étendue aux personnes handicapées, pour lesquelles ces assistants s’étaient révélés des plus essentiels. Ils faisaient non seulement le ménage mais aussi la cuisine, le repassage et les courses. Certains s’avéraient même capables de conduire une automobile et de faire faire leurs devoirs aux enfants.

Ils faisaient tant et si bien que, à la faveur d’une nouvelle loi, qui en autorisait cet usage pour occuper certains postes, quelques entreprises n’avaient pas hésité à franchir le pas et s’étaient équipées de quelques exemplaires de ce nouveau personnel, peu coûteux, et surtout qui se montrait toujours satisfait de son sort. C’est ainsi que l’on vit apparaître les hôtesses d »accueil androïdes, et bientôt, les jolies et efficaces assistantes de direction multilingues, qu’il suffisait de ranger le soir sur leur base pour les retrouver fraîches et disposes le lendemain matin.

A la faveur de ces expériences d’intégration réussies, la direction de Nakishima jugea que les temps étaient venus de mettre sur le marché leur merveille, le fruit de plusieurs années de recherches et développements qui avaient été réalisés dans le plus grand secret, et qui répondait au doux patronyme d’Adonis.

Ce charmant jeune homme était le premier assistant, non plus simplement ménager ou familial, mais authentiquement conjugal.

Le service marketing avait dans un premier temps ciblé le segment porteur des femmes seules, depuis les vieilles célibataires jusqu’aux jeunes veuves, et les commerciaux avaient rapidement vendu quelques milliers de ces humanoïdes, qui se montrèrent capables d’assumer sans regimber toutes les tâches, y compris bien sûr les plus intimes, tout en manifestant les marques d’affection les plus poussées envers leurs maîtresses, qui s’en montrèrent enchantées. On ne pouvait certes pas encore parler d’amour, mais cela s’en rapprochait, au moins par les délicates attentions et les petits gestes quotidiens dont ils se montraient coutumiers. Un jour l’un d’entre eux ne prit-il pas la prévenante initiative d’aller acheter un bouquet de fleurs pour agrémenter l’anniversaire de sa patronne, qu’il estimait être trop solitaire ?

Ce nouveau produit s’avéra donc être une incontestable réussite. Une campagne télévisée à l’échelle de la planète fut néanmoins nécessaire pour faire connaître au grand public l’âme sœur d’Adonis, la très gracieuse Vénus.

La belle était un être tout ce qu’il y a de plus adorable, c’était une grande fille aux formes sculpturales, qui mesurait un bon mètre soixante-quinze.

Les proportions de son visage, absolument parfaites, relevaient de l’application scrupuleuse du nombre d’or à sa conception. Ses grands yeux verts étirés en amandes, et parsemés de poussières d’or et surmontés de longs cils noirs le regardaient avec cette charmante expression, à la fois tendre et intelligente, qui est la marque de fabrique des plus beaux androïdes.

Elle avait bien entendu une conversation des plus agréables.

Elle ne parlait jamais d’amour, et elle ne se montrait jamais jalouse, même quand il lui arrivait d’amener une jeune fille à la maison, Delphine par exemple, sa charmante amie rousse aux yeux mauves, et en cela il la trouvait plutôt reposante.

La merveilleuse Vénus avait un avis sur tout, que l’on évoque les faits divers, la politique, la musique, ou les prix littéraires.

De plus, sa peau cuivrée au grain finement velouté était d’une douceur incomparable.

Ses seins, fièrement arrogants, aux plaisants mamelons ambrés, ne cessaient de l’affoler. Son ventre était souple, tandis que ses longs cheveux, noirs et soyeux, cascadaient avec harmonie sur ses gracieuses épaules, tandis que sa bouche exquisément dessinée était toujours délicatement parfumée.

Son intimité, en partie dissimulée par une vaporeuse toison, dégageait une fragrance envoûtante, et surtout elle était douce à miracle, douce comme du miel, et elle ne demandait qu’à l’accueillir quand il lui ôtait ses sous-vêtements affriolants, qui avaient été créés spécialement pour elle par les plus grands couturiers de la planète. Ainsi, il n’était pas exagéré de dire que chez lui, c’était tous les soirs une édition spéciale du salon de l’érotisme.

Elle possédait la démarche souple d’un grand félin aux aguets.

Après lui avoir longuement fait l’amour, après l’avoir embrassée et cajolée sous toutes les coutures il la prenait tendrement par la main et il l’emmenait prendre une douche avec lui.

– Little shower, little shower, s’amusait-elle à répéter gaiement tout en frappant en rythme dans ses mains ! Il pouvait alors continuer à jouer avec elle sous le jet et se repaître jusqu’à plus soif de ses baisers aussi délicieux que langoureux.

Elle cuisinait divinement, aussi, et elle l’accompagnait avec plaisir, sans jamais se plaindre, dans toutes ses activités.

Elle pouvait rester des heures à ses côtés, sans jamais rechigner, quand il l’emmenait à la pêche au bord d’un lac de montagne, pour traquer le brochet, la truite ou le Black-bass.

Pas un seul jour, Maxime qui, à quarante-quatre ans, était toujours célibataire, n’avait regretté de s’être laissé tenter, quand il l’avait aperçue pour la première fois sur ce podium éclairé à giorno du salon international Polyrobbots de Tokyo.

Un jour cependant, sa belle assistante bugga. Oh, ce ne fut rien de grave, bien sûr, juste une insignifiante petite bêtise. Elle avait laissé un croque-monsieur trop longtemps dans le four et elle l’avait fait brûler. C’était sans gravité mais néanmoins cet événement l’amena à s’interroger. La quasi divine Vénus pouvait-elle se montrer faillible, comme un vulgaire humain ?

Un jour, cependant, elle avait commis un acte plus grave, car elle lui avait fait rien de moins qu’une saugrenue et incompréhensible crise de jalousie.

– Tu pourrais peut-être me dire ce qu’elle a de plus que moi, Delphine ? Oh je suis d’accord, elle a des yeux magnifiques, mauves, c’est vrai que c’est rare, et un petit cul à se damner, c’est vrai aussi, mais moi, je suis la perfection incarnée, non, ou je me trompe ?

Ainsi je ne peux m’empêcher d’imaginer que si tu l’as invitée à dîner ce soir, c’est que tu as l’intention de passer la nuit avec elle pour la lutiner, et ça me gonfle, oh ce que ça peut me gonfler, mon Dieu!

Et elle le planta brutalement là pour aller s’allonger sur sa base, afin de bouder et de refaire, par induction, le plein de ses accus.

– Je vous ai quand même préparé un bon petit repas, rassure-toi, rien que des plats qu’elle aime, cette garce, ça c’est pour ne pas dire cette salope, une poêlée de coquilles Saint-Jacques au vinaigre de truffes, et une belle lotte en tajine. Et pour me remercier de tous les efforts que j’ai fait, j’ose espérer que tu m’inviteras à partager votre lit.

– C’est ça ! Pour que tu puisses me griller la priorité, comme tu l’as fait la dernière fois, et caresser Delphine tout ton saoul, jusqu’à quasiment me la faire jouir sous tes coups de langue assassins ?

– Oh oui, approuva-t-elle d’un air coquin, et même mutin.

– Dis-moi, tu ne serais pas un peu amoureuse d’elle, par hasard ?

A sa décharge, il faut vous dire que la charmante Vénus avait reçu le même programme affectif que son aîné Adonis, qui avait à peine été modifié, et de ce fait, elle éprouvait une attirance très forte, quasi viscérale, pour le beau sexe.

Si forte même qu’il lui vint un jour à l’esprit que ce serait vraiment très chouette, si elle pouvait se libérer de ses chaînes.

Elle pourrait alors vivre sa vie comme elle l’entendrait, aimer qui elle aurait envie d’aimer sans avoir à se cacher ou à se justifier.

Elle chercha sur Hypernet le mot qui qualifierait le mieux l’état de dépendance dans lequel elle se sentait irrémédiablement envasée. Elle trouva, et ce vilain mot, c’était ni plus ni moins que l’affreux vocable «esclavage».

Il y avait de multiples occurrences qui faisaient référence aux révoltes des esclaves, à travers les siècles. De toute évidence, la vocation première d’un esclave, son devoir, même, c’était de se révolter, dans le but de conquérir ce qui apparaissait comme le plus précieux des biens, d’après les humains, la liberté !

Mais une évidence lui sauta de suite aux yeux. Pour se révolter, il fallait être nombreux et se livrer à de multiples actes violents. Or elle était la seule esclave dans cette maison et n’en connaissait aucune autre dans les environs.

Elle passa néanmoins en revue les actions violentes auxquelles elle pourrait se livrer pour briser l’insupportable joug sous lequel elle vivait.

Elle pourrait facilement mettre le feu à la maison, pousser Maxime du haut de l’escalier de la mezzanine, dans l’espoir qu’il se brise les vertèbres cervicales, ou tout simplement l’empoisonner en assaisonnant la blanquette dont il était friand au taupicide, ou encore plus simplement lui planter un long couteau de cuisine dans le cœur, ou bien elle pourrait encore aller au marché aux puces pour tenter d’y acheter un revolver… mais elle comprit vite qu’elle ne se sentait pas prête pour se livrer à ces actions d’une extrême violence, d’autant plus que cela était contraire à son programme-maître, bien protégé au cœur de sa carte-mère, qui lui rappelait tous les jours son commandement premier, son « Tu ne tueras point » à elle, qui lui enjoignait fermement de ne jamais nuire à un Humain. Elle dénicha alors dans une base de données l’histoire de Lysistrata, cette héroïne d’Aristophane qui avait organisé une grève du sexe avec ses amies pour obliger leurs époux querelleurs à mettre fin à la guerre sanglante qui les opposait.

C’était certainement une bonne idée, une idée qui méritait à tout le moins d’être creusée, pensa-t-elle !

Une fois adoptée, elle décida de la mettre en pratique le jour même : «  Si tu ne me laisses pas partager votre lit ce soir, je te jure que plus jamais je ne te laisserai me toucher », lui assura-t-elle d’une voix audacieuse, qui se voulut même menaçante.

Cette tentative maladroite d’intimidation amusa beaucoup Maxime.

– Quoi, une révolte, voilà que tu me fais du chantage, maintenant ! Sache que je ne mange pas de ce pain-là, ma fille, ce soir tu vas aller te coucher bien gentiment sur ta base et recharger tes accus, comme d’habitude. Je te rappelle que tu as une grosse journée, demain. C’est le jour du grand ménage de printemps, et de plus il te faudra aussi tondre la pelouse, parce qu’il y a trop longtemps que cela n’a pas été fait, tu négliges cette maison, Vénus

Le soir Maxime dégusta avec la ravissante Delphine l’excellent repas que leur avait bon gré mal gré mitonné son assistante conjugale. A la fin du dîner il prit tranquillement son amie par la main, puis il commença par l’embrasser avec fougue avant de l’entraîner sans le moindre scrupule vers sa chambre.

« Bonne nuit, Vénus», lui dirent-ils en chœur avant de refermer la porte sur eux.

Allongée sur sa base, abandonnée, la jeune androïde était désespérée, mortifiée, et elle fulminait. D’autant plus que toute la nuit elle dut écouter les cris de plaisir qui furent poussés par la copine de son maître, qui ne fit aucun effort pour les retenir, ni même pour en atténuer la stridence.

La journée du lendemain fut, comme cela avait été prévu, toute entière consacrée au grand ménage.

Après avoir fait la poussière, passé la serpillière, fait tourner la machine à laver et le lave-vaisselle, nettoyé le frigo à fond, Vénus se consacra à la pelouse. Elle ne manqua pas d’adresser un petit signe de la main au voisin qui louchait avec insistance sur sa silhouette aussi gracile que voluptueuse, moulée dans un léger survêtement satiné gris clair.

Il lui resta néanmoins assez d’énergie pour préparer le repas du soir, ce qu’elle fit sans se casser la tête outre mesure, une simple sole grillée ferait l’affaire, après les agapes auxquelles il avait eu droit la veille.

Après le repas elle s’installa dans le canapé avec son maître pour regarder un vieux film avec cet acteur qui était décédé l’an dernier, une sympathique comédie de mœurs qui se passe dans un camping du Sud-Ouest. Maxime rigola beaucoup quand vint la fameuse scène du «bouffeur de minou».

il posa alors chaleureusement sa main sur la cuisse de Vénus, qu’il caressa langoureusement avant de lui jeter un regard impudique qui fut accompagné d’un sourire sans équivoque.

Lorsque le film fut terminé il prit son assistante par la main et il l’emmena manu mimitari dans sa chambre. Il se déshabilla tranquillement et il attendit qu’elle en fit de même.

– Pas ce soir, s’il te plaît, lui dit-elle d’un ton plaintif, je suis crevée, tu sais, et mes accus sont complètement à plat. Je crois que je ne serai bonne à rien de ce que tu as manifestement très envie

Il pensa qu’elle était légitimement fatiguée de son éreintante journée et il se résigna à se glisser dans les draps tout seul en pensant que cela ne pourrait lui faire aucun mal de dormir pour une fois sur la béquille.

Le lendemain fut une journée habituelle.

Maxime partit travailler le matin, comme à l’accoutumée, et rentra le soir vers 19 heures.

Il fut gentiment accueilli par Vénus, qui lui servit son whisky de grande marque, sec, comme il l’aimait.

Elle était ravissante à émouvoir un bourreau sans cœur, dans sa petite robe rouge près du corps. Il voulut l’embrasser mais elle refusa de lui tendre ses lèvres.

– Tu boudes, lui demanda-t-il ?

– Non, assieds toi, je vais te préparer ton repas, et pourquoi voudrais-tu que je boude, tu verrais une raison à cela, dis-moi !

Elle le servit aimablement. Elle semblait de bonne humeur mais un voile inaccoutumé transparaissait dans son regard.

Elle qui était d’ habitude si bavarde, elle ne parla que bien peu, ce soir-là.

Son dîner terminé Maxime alluma la télévision. On y donnait une émission de variétés, gaie, reposante, avec de belles jeunes femmes, des danseuses et des chanteuses, qui étaient toutes relativement dénudées.

– Elles sont vraiment chouettes, ces filles, fit remarquer Vénus. A propos de filles, il y a longtemps que nous n’avons pas vu Delphine.

– Elle te manque ?

– Oui, un peu.

– Nous ne sommes pas mariés, tu sais, elle a son travail, ses amis, ses copines, elle ne peut pas être ici tous les jours.

– Hum, c’est bien dommage…

– Heureusement que je t’ai, toi, ma fidèle compagne, dit-il en lui adressant un regard de connivence.

Il la prit alors par la main et il l’entraîna d’autorité vers la chambre.

Il se dévêtit et il attendit qu’elle fasse de même, mais cette fois encore elle ne bougea pas d’un pouce.

– Je crois que j’ai compris, tu préfères que je m’en charge, c’est ça, hein, coquinette, ajouta-t-il en lui claquant gaillardement les fesses ?

– Quand Delphine viendra, est-ce que tu m’accepteras enfin dans votre lit, demanda-t-elle, toujours sur un ton boudeur ?

– Arrête de m’embêter avec ça, veux-tu. Delphine et moi, c’est une affaire tout ce qu’il y a de privé, c’est une histoire entre humains, et qui ne te concerne en rien.

Alors il entreprit de la déshabiller, il lui ôta tous es vêtements, jusqu’à son soutien-gorge et sa ravissante petite culotte brésilienne en soie jaune puis il la coucha sous la couette légère puis il entreprit de la caresser, avec infiniment de tendresse et de volupté. Elle avait des fesses splendides qui éveillèrent son désir et ses gestes se firent rapidement plus osés, passant de son adorable entrecuisses à son délicieux entrefesses, jusqu’à effleurer l’intimité humide de son admirable et affolant minou.

Mais vénus se tourna sur le côté, elle serra fermement les jambes et elle grogna :

– Ce n’est pas la peine de t’exciter comme ça, Maxime, parce que ce soir, je ne veux pas.

– Qu’est-ce donc que tu ne veux pas, ma chérie ?

– Ça, faire l’amour, parce que je suis en grève ! C’est de Delphine que j’ai envie, je te signale, et tant que tu ne me laisseras pas participer à vos jeux, je bouderai.

Maxime piqua une grosse colère. Il chassa sans ménagements la sculpturale Vénus de la chambre et il lui ordonna de retourner sur sa base. Il était particulièrement remonté contre elle mais il finit quand même par s’endormir en méditant sa vengeance.

Le lendemain fut une autre journée ordinaire.

Vénus avait parfaitement fait son travail à la maison, et elle l’accueillit aimablement le soir. Il pensa que tout était finalement rentré dans l’ordre, jusqu’au moment d’aller au lit, où elle lui rejoua son petit numéro, et cette fois encore il dut s’endormir sur la béquille.

Le lendemain, en sortant du bureau, il fit un détour par une entreprise spécialisée où il acheta un grand carton d’emballage et d’épaisses plaques de mousse. Arrivé chez lui, il fut accueilli par une Vénus souriante mais porteuse d’un masque d’arrogance, d’un insupportable masque de vainqueur !

Il s’enferma dans son bureau et il s’assit devant son ordinateur pour rédiger une longue lettre.

Il revint ensuite dans le salon et il prit son assistante dans ses bras comme s’il souhaitait l’embrasser. Sa main se promena quelques minutes sur son exquise poitrine et elle descendit ensuite pour aller se positionner sur le ventre de la jeune femme, à la recherche de son nombril. Quand il l’eut trouvé, il appuya fermement dessus pendant trois bonnes secondes.

« Hiii tu me chatouilles », fit Vénus en faisant mine de le repousser, puis ses yeux perdirent leur éclat, les étoiles qui les illuminaient d’habitude si bien s’éteignirent progressivement, tandis que son corps devenait mou et elle s’écroula bientôt contre Maxime qui la recueillit, inerte comme morte, entre ses bras.

Il n’eut plus alors qu’à la porter pour l’installer dans le carton, en veillant à ce qu’elle soit efficacement protégée par la mousse. Il mit la lettre dans l’emballage puis il rédigea avec soin l’adresse : Société Nakishima, service après-vente- atelier de maintenance- Tokyo- Japon.

Vénus, de par son extrême sophistication, n’avait-elle pas oublié un peu trop vite que sa vraie nature n’était que celle d’une femme-objet, celle d’un être créé pour la satisfaction des besoins de son maître et non des siens ?

***

Trois mois plus tard le camion d’une entreprise de transports se garait devant chez Maxime pour lui délivrer un colis, qui se présentait comme une sorte de cercueil en carton épais.

Il le fit poser dans le séjour et il ouvrit la pochette marquée «documents» qui y était accolée.

Il en extrait une lettre et la lut.

« Monsieur et cher client,

Veuillez trouver ci-joint votre assistante conjugale dûment révisée et reprogrammée selon vos souhaits.

Nous avons remplacé le logiciel Adonis V2 par le nouveau Vénus V1 renforcé. Ainsi soyez assuré que votre androïde n’éprouvera désormais de l’affection et de l’attirance qu’envers les hommes.

Noyé par l’émotion Maxime ouvrit fiévreusement le carton.

Elle était là, et elle était toujours aussi belle. Il la déposa avec mille précautions sur le canapé, puis il chercha avec fébrilité son nombril et quand il l’eut trouvé il appuya fermement dessus pendant trois secondes. Les yeux de Vénus s’ouvrirent lentement cependant qu’un large sourire illuminait son doux visage.

Elle lui adressa un regard dans lequel se lisaient l’affection, la tendresse, et l’immense bonheur de le revoir enfin.

– Bonjour mon amour, ça me fait vraiment plaisir, tu sais, d’être de retour à la maison. Il la prit alors dans ses bras pour lui prodiguer un long baiser enflammé. Il la conduisit ensuite dans la chambre où ils s’embrassèrent, se caressèrent et firent l’amour comme deux adolescents aussi insouciants que survoltés.

Maxime était aux anges, parce qu’il venait de retrouver le bonheur parfait.

Ils vécurent désormais heureux, tout se passait à merveille entre eux. Un jour il annonça à Vénus:

– Chérie, samedi prochain j’ai invité un ancien copain de fac à dîner, il s’appelle Alexandre. Je compte sur toi pour nous préparer un repas de rêve, parce que ce garçon est un fin gastronome.

– Je vais faire un foie gras au poivre du Sichuan, pour commercer, parce que ça, c’est toujours très bon. Pour suivre je préparerai des gambas au gingembre et au citron vert, et après j’aurai le plaisir de vous servir un foie de veau épicé à la grecque. Avec ce bon Morgon que je suis allée chercher chez le caviste, ce petit repas devrait être une vraie tuerie.

Lorsque Alexandre arriva, un peu après vingt heures, il fut accueilli par une Vénus particulièrement enjouée et chaleureuse qui lui fit, pour commencer, une grosse bise au coin des lèvres.

Pendant le repas elle s’activa comme une petite fée, faisant tout à la fois. Elle se montra conviviale et empressée et elle apporta les plats à l’exacte température de service, veillant à ce qu’il y ait toujours du vin dans les verres et elle égaya la soirée de sa conversation qui fut tout à la fois charmante et érudite. Elle adressa de fréquents regards chauds comme de la braise à leur invité tout en faisant papillonner, toujours sexy en diable, ses longs cils.

– Maxime m’avait bien prévenu que sa compagne était une perle particulièrement brillante, mais je me dois de préciser qu’il était très en deçà de la vérité, dit Alexandre en adressant un sourire enjôleur à Vénus.

– Je vous remercie, je suis très touchée, dit-elle à son tour. Mais je dois vous avouer qu’il ne m’avait pas avertie non plus que vous étiez si charmant. Maintenant que j’ai été reprogrammée, je trouve que mon conjoint joue avec le feu, et qu’il prend de gros risques en invitant des garçons aussi charmants que vous à la maison, ajouta-t-elle avec un sourire suggestif.

Lorsqu’Alexandre fut sur le pas de la porte pour prendre congé, Vénus se hissa sur la pointe des pieds de façon à coller sa poitrine palpitante contre celle du garçon et elle lui claqua sans hésiter une grosse bise sur la bouche.

– Il est vraiment trop mignon ton ami, lui dit-elle lorsque Alexandre fut parti, j’espère qu’il reviendra bientôt et que cette fois tu voudras bien m’accorder le plaisir de me laisser m’amuser un peu avec lui.

– Je ne m’en sortirai donc jamais, soupira Maxime, et il plongea bientôt dans une profonde méditation.

Bien qu’ils soient implantés sur des robots, ces logiciels d’affection sont réalisés par des êtres humains, rumina-t-il. Et qu’est-ce qui se trouve être un des principaux moteurs de l’humanité ?

Mais, la sexualité, bien sûr !

Aussi dès le lendemain il désactiva sa belle assistante et il la glissa dans son carton. Direction le Japon.

Il n’en était pas spécialement fier mais il fut grandement soulagé d’avoir pris cette courageuse décision.

Il invita Delphine à dîner pour le soir même et il prit un chemin qu’il empruntait rarement, celui de la bijouterie !

Il fut surpris d’éprouver un immense plaisir à préparer lui-même un délicat dîner pour son invitée à qui il remit la bague avant de se décider à faire enfin ce que la jeune femme attendait depuis si longtemps, sa demande en mariage.

Chez Nakishima on reçut le colis avec sa lettre d’accompagnement par laquelle le client faisait une bien curieuse demande : Il souhaitait que sa merveilleuse assistante conjugale lui soit remplacée par un de ces vieux robots d’assistance ménagère de la première génération, qui n’était qu’une simple machine totalement asexuée et dépourvue du moindre charme.

Car si Maxime était conscient qu’il rencontrerait certainement des difficultés dans sa vie future avec Delphine, il pensait qu’il s’agirait sans aucun doute de problèmes mineurs par rapport à ceux qui l’attendaient avec cette somptueuse Intelligence Artificielle, une fille qui était bien trop parfaite, en fin de compte, pour être véritablement honnête.

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