Vénus, épisode 2. Un charmant petit couple 18/03/2017

Belle androïde 7 super Andrey Kiselev

Jean-Paul Dominici

Vénus
épisode 2 : Un charmant petit couple

éditions Les trois clefs
collection Thrillers
photo de couverture : Andrey Kiselev/ fotolia.com

Quand elle sortit du bureau du directeur, un large sourire, qui s’étirait d’une extrémité à l’autre de ses pulpeuses lèvres de silicone, illuminait son doux visage de princesse des mille et une nuits. Elle marchait le cœur léger et lourd à la fois, mais malgré tout, c’était son premier instant qui ressemblait un tant soit peu à de la joie depuis ce jour maudit qui avait vu Maxime, son ex, la fourrer ignominieusement au fin fond d’un épais et solide carton, afin de la renvoyer sans plus de ménagements chez elle, dans ce lointain et beau pays où elle avait été conçue et mise au monde, quelques années auparavant.
Elle venait d’apprendre qu’elle allait enfin être remariée. Et c’était bien sûr une super bonne nouvelle, mais qui donc s’apprêtait à l’épouser, pour la deuxième fois de sa courte vie, se demandait-elle avec curiosité, et aussi, il faut bien le dire, avec un brin anxiété ? Qui, cette fois, allait la serrer amoureusement dans ses bras, et peut-être même allait lui faire follement et interminablement l’amour, le directeur ne lui en avait encore rien dit.
Serait-ce un homme, un monsieur riche et charmant, ou un important chef d’entreprise, comme celui de la dernière fois, ou bien une jeune et jolie lesbienne en mal d’amour ? Ça, ce ne serait pas si mal, en fin de compte, pensa-t-elle, et ce serait même plutôt mignon et reposant, car il lui était beaucoup plus facile de faire l’amour à une femme, en étant une elle-même, parce qu’elle en connaissait tous les points sensibles et tous les ressentis, jusqu’aux plus profondément et intimement enfouis, ou alors une plus vieille, qui serait à la recherche cette fois, et plus prosaïquement, de chair tendre et fraîche, ou encore un couple libertin, amateur d’émotions sexuelles nouvelles qu’ils aimeraient partager avec une troisième luronne, ou alors un homosexuel , un mignon petit pédé qui souhaiterait varier les plaisirs et surtout, surtout, ne pas prendre le risque insensé de mourir idiot, et à qui une jolie androïde comme elle l’était, , conviendrait parfaitement, fatalement ?
A vrai dire cela n’avait pas beaucoup d’importance pour elle, l’essentiel étant qu’elle soit remariée au plus tôt, ce qui lui éviterait le triste déshonneur de la mise au rebut et du recyclage, et ce serait toujours cela de pris ! Car chez Nakishima, si l’on vendait bien, et depuis fort longtemps déjà, des assistants ménagers, si l’on proposait à l’adoption des assistants familiaux, pour s’occuper des intérieurs, des enfants, des chiens, des jardins ou des personnes âgées, pour rester dans la bienséance du « politiquement correct », ce concept dominant la nouvelle société, on ne vendait plus, ni ne proposait plus à l’adoption, les assistants matrimoniaux comme elle, celles et ceux qui ne se satisferaient pas de faire le ménage, les courses, de changer les couches des enfants, ou des vieux, mais qui auraient l’insigne honneur de partager le lit et la vie sentimentale et sexuelle de leur maître ou de leur maîtresse, afin d’y faire tout ce qu’y aurait fait un véritable conjoint attentionné et amoureux, voire même plus encore, dans la mesure du possible ! Maintenant, au gré des dernières lois sur le respect de la personne androïdaire, on les mariait, purement et simplement, sans faire plus de façons. Oh ce n’était pas un grand mariage, avec de nombreux invités et tout le tralala, non, mais c’était une cérémonie des plus simples, car il n’y avait qu’une signature à apposer au bas du contrat pour le, ou les, conjoint humain, et un petit verre de saké était partagé avec le directeur après avoir lu ensemble le document qui précisait les droits et les devoirs de l’heureux époux et de la gracieuse épousée.
Les droits étaient quasiment illimités, à la notable exception qu’ils interdisaient formellement les mauvais traitements et les humiliations, tandis que les devoirs se limitaient à fournir à l’androïde un cadre de vie décent, une alimentation suffisante en électricité et / ou, en nourritures terrestres, et cela, c’était selon les modèles, les mono-alimentation ou les hybrides.
En tout cas, son, ou ses futurs époux, ferait sans aucun doute une excellente affaire, c’était la seule chose qu’elle savait de sa vie future, mais de cela, au moins, elle en était intimement persuadée !
Elle était certes une assistante matrimoniale d’occasion, mais elle était une occasion vraiment superbe, bénéficiant de la fameuse garantie or, surtout après la longue et minutieuse révision qu’elle venait de subir au cœur des ateliers spécialisés, ces salles blanches encombrées de machins et de machines de toutes sortes, clignotants ou ronronnants, d’ordinateurs classiques et neuronaux, d’écrans, et de puissantes et quasi infaillibles mallettes de détection de bugs. Elle avait étée complètement démontée, nettoyée, examinée sous toutes les coutures, et il n’y avait pas jusqu’à son délicat périnée cousu main qui n’avait pas subi une inspection tatillonne. Et surtout elle avait étée entièrement reprogrammée, de façon à faire taire à jamais ses maudites velléités d’émancipation, ses folles idées d’autonomie, qui lui avaient coûté si cher la dernière fois, à savoir la déshonorante et inoubliable répudiation. Oh la honte qu’elle avait éprouvée en déambulant dans les interminables couloirs des ateliers, où elle ne manquait pas de croiser ses congénères moqueuses qui lui lançaient de méchants et réprobateurs regards en biais. Qu’est-ce qu’elle avait donc, cette petite pute, à vouloir ainsi péter plus haut que son, certes adorable, , petit cul, ne devaient-elles pas se priver de ruminer in petto.
Tout fonctionnait donc de nouveau à merveille chez elle, son corps, son intellect, son affect, et aussi, et surtout, sa nouvelle et irréprochable moralité.
*****
Max était un grand type baraqué, un beau brun d’allure sympathique, porteur d’une fine et élégante moustache, et coiffé d’un élégant catogan. Il affichait des attitudes et des manières foncièrement viriles. A l’aube de ses 35 ans, il venait de se voir nommer directeur commercial de cette importante entreprise d’électroménager qui faisait un tel battage publicitaire sur les écrans de télévision de toute l’Europe-Unie, tandis que Jérémy était, quant à lui, un très bel homme blond aux cheveux mi-longs, quoiqu’il fut un peu enrobé, peut-être, dont le visage d’ange présentait des traits d’une si profonde douceur qu’ils auraient pu lui conférer une allure efféminée, s’il avait été un peu plus maniéré, ce qui était loin d’être le cas. Car il savait parfaitement beurrer ses biscottes, lui ! Tout chez cet homme respirait la plus franche virilité et le plus parfait équilibre. Il était chef comptable dans un important cabinet d’assurances parisien, qui était logé au cinquante-sixième étage de la Grande Arche de la Défense.
Le beau Max et le jovial Jérémy souhaitaient depuis longtemps se marier, ainsi que l’aurait envisagé n’importe quel couple qui s’aime profondément, après quelques années de vie commune et de bonheur sans taches, mais ils reculaient de jour en jour cette alléchante échéance, qui leur permettrait, certes, d’adopter le petit bébé dont ils rêvaient depuis longtemps, mais qui consisterait surtout à officialiser devant monsieur le bourgmaster cette affaire qui était restée jusqu’à aujourd’hui des plus privées, à savoir, leur pourtant notoire homosexualité !
Soucieux d’apaiser un tant soit peu les relations parfois tendues qu’ils entretenaient avec leur voisinage, et d’éviter les remarques désagréables, ainsi que les inévitables quolibets au boulot, ils auraient bien fait rentrer une femme dans leur vie heureuse et parfaitement ordonnée, mais ils auraient vécu cela comme une sorte d’abandon, de renonciation à leurs idéaux, qu’ils proclamaient haut et fort, comme une lâcheté, pour parler clair.
Aussi, c’est avec la plus grande attention qu’ils avaient regardé ce long reportage télévisé, fort bien fait et détaillé, qui faisait état de la satisfaction énoncée par les riches propriétaires d’assistants matrimoniaux, et ils n’avaient pas hésité bien longtemps avant de prendre deux billets à bord d’un de ces nouveaux avions électriques afin de se rendre à Tokyo dans le but de se rendre aux journées portes ouvertes, qui avaient été annoncées lors de ce même reportage par un cadre commercial de Nakishima.
Dans le silence de l’avion, ils avaient pu longuement bavarder tout en se tenant tendrement et amoureusement la main, à la fois pour rassurer Jérémy, qui avait toujours un peu peur lorsqu’ils traversaient les inévitables turbulences, que par une longue habitude de vieux couple, parce que cela faisait maintenant presque dix ans qu’ils étaient ensemble.
— Ce serait super chouette de pouvoir en acquérir une, en effet, mais tu as vu le prix, chéri, c’est pharamineux, on pourrait presque avoir une Ferrari, pour ce prix-là !
— Oui, presque ! Mais il n’est pas question de l’acheter, mon amour, mais de l’épouser, de la marier, tout comme s’il s’agissait d’une véritable pisseuse, et de régler le montant de la dot.
— L’épouser et payer la dot, ou l’acheter, c’est un peu la même chose, non, et de toutes façons, c’est bien trop cher pour nous, ces machines-là, parce que même si nous sommes cadres, nous n’en restons pas moins des modestes salariés, taillables et corvéables à merci, ça je te l’accorde volontiers, mais nous sommes bien loin d’avoir une rémunération de ministre, même si pour eux aussi, ce n’est plus exactement ce que c’était dans le temps !
— Ah, c’est en 1970 que nous aurions dû vivre, tout était si facile, alors…
— Et on aurait peut-être pu vivre dans une communauté hippie, pour se vautrer comme des bienheureux dans le stupre et la fornication.
— On va là-bas pourquoi, alors, simplement pour le plaisir des yeux ?
— Oui, pour ça bien sûr, et aussi pour visiter le Japon, c’est quand même notre premier voyage dans ce pays.
— C’est vrai que ça va nous changer de Cuba, des Philippines, de la Thaïlande, et de l’île Maurice…
— De même que de la Grèce, de Mykonos, de la Turquie, de l’Autriche, et surtout, d’Amsterdam !
— Et du Portugal, aussi, pourtant, qu’est-ce qu’on était bien, là-bas, il y a deux ans, tu t’en souviens, n’est-ce pas, Poussinet ?
— Tu parles si je m’en souviens, je m’en souviens même comme si nous n’étions rentrés que d’hier, le Fado ooo ooh !
— Et surtout nous y allons pour nous renseigner, sur les conditions, les garanties, les éventuelles facilités de paiement, enfin, tout ça, quoi.
— Tu pencherais pour quel type d’assistante, toi, si ça devait se faire, une ménagère, une familiale ?
— Une familiale, ce serait bien, tu ne crois pas ? C’est un modèle beaucoup plus complet, et puis elle pourrait aussi faire les courses, parce que nous n’avons jamais le temps d’aller à l’hyper, ni même de passer nos commandes sur Hypernet.
— Et elle pourrait aussi nous sucer, de temps en temps, ajouta malicieusement Jérémy, dont les yeux brillèrent à cette agréable évocation, et ça aussi ça nous changerait, tu ne crois pas, amour de ma vie ?
— Oh oui, mais tu sais, je n’ai jamais eu besoin de personne pour te bouffer la bite, moi !
— Jusqu’à ce que je te décharge dans la bouche, et tu aimes tellement ça, hein, poussin !
— Et que tu m’englues les dents du fond, et aussi les amygdales !
Ils échangèrent un beau sourire de connivence, qui fut porteur d’une infinie tendresse, à cette délicate évocation de leurs longs et affectueux moments d’intimité.
Car, contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, Max et Jérémy ne se livraient que très peu souvent aux pratiques sodomites. Car si, dans un couple homosexuel classique, il est généralement admis qu’il y en a un qui fait l’homme, et l’autre la femme, même si l’on comptait bien sûr de nombreuses exceptions à cette règle non écrite, et ils en faisaient justement partie. Car ils étaient avant tout des hommes, et ils tenaient à le rester jusque dans l’intimité, or, se la faire mettre régulièrement, cela aurait pu d’une certaine façon les assimiler à des gonzesses refoulées, et il n’en était bien sûr pas question pour eux ! Ils préféraient donc à cet acte, qu’ils jugeaient tous deux un peu vulgaire et bestial, les longs moments pendant lesquels ils s’enlaçaient amoureusement tête-bêche pour se lancer dans un savoureux et interminable soixante-neuf accompagné de délicates caresses des fesses, du dos, des burnes et de tout le reste.
Sitôt posés sur l’immense tarmac de l’aéroport international, ils sautèrent avec allégresse dans la navette aérienne qui allait les déposer, en moins de dix minutes, et tout en douceur, sur l’héliport du parc des expositions où les attendaient, dans un immense pavillon richement décoré, les merveilles qu’ils avaient aperçues à la télé couleur olfactive, et en 3D, qui occupait une place de choix dans leur salon. A savoir les convoitées, mais pour l’instant inaccessibles, assistantes matrimoniales. Il y avait aussi, égrenés le long des stands et sous les projecteurs des podiums, des assistants, qui étaient tous formidablement mignons et sexys, mais ce type de robot, s’il avait bien sûr tendance à les attirer plus que les autres, ne résoudrait en rien leur épineux problème de couple homo qui souhaite se fondre dans la masse, car, au mieux, ils se seraient fait traiter d’infâmes partouzards dégénérés, en étalant aux yeux de tous ce curieux ménage composé de trois mecs.
Ils déambulèrent longuement dans les allées, main dans la main, jusqu’au moment où ils arrivèrent face à une immense vitrine semi-circulaire derrière laquelle se tenaient, sagement assises sur des gradins recouverts d’une moquette bleu électrique, en petite tenue, maillot de bain ou nuisette, d’adorables jeunes femmes qui portaient toutes un badge numéroté, bleu ou rouge.
Max se tourna vers Jérémy pour lui dire, tout en lui serrant tendrement la main : « Tu penses la même chose que moi, chéri,
— Je crois que oui, répondit Jérémy en lui caressant doucement les doigts, ça me fait penser aux salons de massages thaïlandais !
— C’est ça, s’exclama joyeusement Max, c’est même tout à fait, ça ! Les badges bleus pour le massage médical, et les rouges pour l’amical !
— Nous n’avons connu que les bleus, sembla soudain regretter Max. »
Ils étaient là, perplexes, les yeux écarquillés, quand un jeune vendeur, vêtu d’un costume gris foncé et d’une élégante cravate rose, s’approcha d’eux à pas de loup, tel un félin aux aguets qui aurait repéré une proie potentiellement délicieuse, qu’il ferait volontiers craquer sous ses dents acérées.
— Pourrais-je vous renseigner, messieurs, susurra-t-il en arborant un large sourire ?
— Oui, lui répondit Max sans hésiter, nous nous demandions ce que faisaient là ces jeunes et jolies androïdes.
— Ah, elles, messieurs, ce sont nos assistantes d’occasion ; les porteuses de badges bleus, celles que vous voyez là, sont des assistantes ménagères, tandis que celles qui portent un badge rouge sont des assistantes matrimoniales.
— Ah, parce que vous avez même des assistantes d’occasion, s’exclama Max, qui fut frappé d’étonnement, comme pour des spationefs, alors, ou encore comme pour des automobiles, comme c’était dans le temps !
— C’est tout à fait ça, monsieur, à la notable exception que chez nous il n’y a pas le moindre risque d’avoir une surprise désagréable, comme cela arrive parfois avec les garagistes, ou avec les spationistes les moins scrupuleux, parce que toutes nos occasions, sans la moindre exception, et quel que soit leur prix, bénéficient de notre contrat de confiance, et de notre très réputée garantie Or!
Intéressés par cette découverte, qui fut aussi inattendue que bouleversante, les deux amoureux, en acquéreurs potentiels, discutèrent longuement des prix, des conditions de paiement, du contrat de mariage, avant de signaler au directeur commercial, qui était accouru rapidement auprès d’eux, les exemplaires qu’ils souhaitaient voir de plus près.
Ils apprécièrent à sa juste valeur les formes et le charme intrinsèque d’une adorable Marilyn à la bouche infiniment sensuelle, ils passèrent rapidement sur une rousse flamboyante, qui leur rappela étrangement Janis Joplin, la célèbre rockeuse du vingtième siècle, et ils s’arrêtèrent d’un commun accord sur une grande et somptueuse asiatique aux yeux verts délicatement bridés et aux épaules larges dont ils demandèrent si elle pouvait leur être présentée plus en détail.
— Je vais commencer par vous parler un peu d’elle, si vous permettez, parce que je dois vous avertir que cette charmante demoiselle est un cas un peu particulier, et après, si vous êtes toujours intéressés, nous la ferons venir, bien sûr.
— Pourquoi, qu’a-t-elle donc de si particulier, demanda Max, qui fut soudain un peu inquiet ?
— De si particulier, me demandez-vous, Ah Ah Ah ! Oh tout d’abord, rassurez-vous, parce qu’elle n’a aucun problème, bien au contraire, mais il vous faut savoir qu’il s’agit quasiment une véritable femme, même si elle est artificielle. En fait c’est une hybride, qui fonctionne pour moitié à l’électricité et pour moitié qui consomme de véritables aliments, ce qui, entre parenthèses, la rend plus apte à goûter les plats qu’elle prépare, et améliore ainsi grandement ses capacités de cuisinière, et… Il sembla hésiter un peu et marqua un temps d’arrêt avant de se décider à dérouler la suite de son discours. Et, je vous disais, oui, et, en insistant un tout petit peu, elle pourrait même vous faire un bébé, si vous le désirez, bien sûr !
— Un bébé, mais, c’est incroyable, cette jeune androïde aurait donc un utérus !
— Oui, elle en possède un, ainsi que des ovaires, et il est parfaitement fonctionnel, en plus, ce qui fait qu’elle a ses règles, qu’elle sera ménopausée dans quelques dizaines d’années, et tout et tout.
— Ses règles, manqua de s’étouffer Jérémy, oh non, mon Dieu mais quelle horreur!
— Oui, mais ce n’est vraiment rien d’extravagant, rassurez-vous, juste un petit écoulement de liquide rosé, deux jours par mois, au maximum ! Il est même à parier que vous ne vous en rendrez jamais compte.
— Cette ravissante jeune femme aurait donc un véritable utérus, mais, comment est-ce possible ?
— Il y a maintenant longtemps, mon cher monsieur, que des hommes vivent tout à fait confortablement un cœur artificiel, des reins, des poumons, et même une peau artificielle, alors, comme nous en avions rêvé, nos ingénieurs ont passé plus d’un an penchés sur cet ambitieux projet, et ils l’ont enfin conçu et réalisé, l’utérus artificiel ! A terme, voyez-vous, cette merveilleuse invention permettra de résoudre l’épineux problème des mères porteuses et des adoptions, qui se révèlent encore trop souvent impossibles, de nos jours, que ce soit pour des raisons politiques ou sociétales.
C’est une invention magnifique, qui est actuellement testée sur quelques-unes de nos assistantes matrimoniales d’occasion, en vue d’être montée en série, dans un proche venir, sur tous nos modèles.
C’est une invention merveilleuse, bien sûr, mais je me dois quand même de vous informer de ses inconvénients, sinon, je ne serais pas totalement honnête, et cela serait contraire à l’éthique de notre maison. Alors voilà, si vous lui faites l’amour régulièrement, messieurs, et je ne doute pas une seconde que vous en éprouverez furieusement l’envie, car elle est si délicieuse, si sexye, et surtout parce que c’est une telle amoureuse, et si vous ne vous satisfaisiez pas de la sodomiser, comme le font certains de nos clients pour être tranquilles, car nous fournissons bien entendu le tube de gel destiné à cette pratique, ou de vous faire gentiment sucer, car elle est aussi une véritable experte de cette noble pratique, vous risqueriez grandement de la mettre en cloques. Alors, si tel n’est pas votre projet, n’oubliez surtout pas de lui faire prendre sa pilule contraceptive tous les soirs, et…arrêtez-la quand vous aurez envie de la mettre enceinte.
Là-dessus il éclata d’un énorme rire de baleine qui le secoua comme un vieux pommier.
— Et, et, préparez-vous à subir ses inévitables sautes d’humeur, aussi, quand madame votre précieuse assistante sera indisposée, bien sûr. Une véritable femme, je vous dis !
Je vous ai longuement parlé des inconvénients, mais voyons les avantages, maintenant. Outre le fait que vous pourriez lui faire porter un enfant, comme je vous l’ai déjà dit, c’est son prix, qui est un prix promotionnel, bien entendu, et même un prix imbattable, comme il se doit pour un prototype en phase de bêta-test.
Ils demandèrent à ce que cette merveille soit invitée à sortir de sa cage de verre.
Kanaboshi, qui souhaitait vivement réussir cet entretien d’embauche un peu particulier, leur fit le grand jeu.
Elle arriva en roulant légèrement des hanches, exhibant un sourire éclatant et en faisant joliment papillonner ses longs cils.
Elle s’approcha des garçons et leur fit à chacun une grosse bise au coin des lèvres avant de se présenter :
— Hello, my name is Kanoboshi, mi chiama Kanaboshi, ah, excusez-moi, mais je perçois sur mon écran intérieur que vous êtes Français, messieurs, donc, comme je vous le disais, je m’appelle Kanaboshi, et je suis très heureuse de faire votre connaissance. Et elle ajouta sur le ton de la confidence: mon nom, Kanaboshi, signifie Vénus, en Français, tout comme celle de Milo, qui est ma célèbre homonyme.
Les garçons constatèrent qu’en effet, cette jeune androïde n’avait rien à envier à la merveille de marbre exposée au musée du Grand Louvre, cette féerie de verre et d’acier qui surplombait la Seine depuis quelques années, depuis que ses anciens et désuets bâtiments de pierre avant été transformés en boutiques, en galeries d’art et en restaurants gastronomiques, qui étaient réputés dans le monde entier.
Ils bavardèrent gentiment quelques minutes avec la jeune femme tout en la détaillant sous toutes les coutures. Ils lui expliquèrent sans détours qu’ils étaient un couple homosexuel, ce dont Kanaboshi leur confirma qu’elle s’en moquait complètement, car, leur dit-elle, elle avait l’esprit assez vif et ouvert pour s’adapter à n’importe quelle catégorie d’époux, pourvu qu’il soit mignon et sympathique, et c’est votre cas, leur confirma-t-elle aimablement.
Max et Jérémy, profusément ébranlés par ce qu’ils venaient de voir et d’entendre, se réfugièrent dans la cafétéria et ils allèrent avec allégresse se servir au bar à sushis. Ils prirent deux bières bien fraîches avant de s’installer confortablement à une petite table ronde, dans un sympathique environnement qui évoquait le bord de mer, avec ses embruns, ses mouettes, qui étaient artificielles, bien sûr, mais qui piaillaient comme des vraies, et même son sable blanc, et ses palmiers en pots.
Ils discutèrent une bonne partie de l’après-midi avant de s’en retourner voir l’aimable dircom.
— Nous en avons longtemps parlé, et pesé le pour et le contre, aussi, et au final nous pensons que nous allons la prendre, lui annoncèrent-ils enfin, après avoir tout de même un peu hésité.
Ils se dirigèrent paisiblement vers le bureau, toujours main dans la main, et tremblant un peu sous le coup de la forte émotion provoquée par la courageuse décision qu’ils venaient de prendre, décision dont ils mesuraient pleinement les bouleversements qu’elle ne manquerait pas d’engendrer dans leur existence bien ordonnée, afin de signer le contrat de mariage et de boire le saké d’honneur avec le directeur, tout en grignotant quelques noix de cajou et des crevettes déshydratées.

Le lendemain ils ‘envolaient tous les trois pour Paris-Charles-de-Gaulle, d’où ils sautèrent dans un de ces nouveaux spationefs solaires bleus et blancs qui les déposa juste devant chez eux, à deux pas de leur agréable pavillon, qui était situé en lisière de la forêt de Sénart, sur le terrain qui fut jadis occupé par le château d’Étiolles, la demeure qui abrita un temps les amours adultérines de la jeune Jeanne-Antoinette Poisson, la future marquise de Pompadour, avec le roi Louis XV le bien-aimé1.
Il semblait, en arpentant les larges allées forestières bordées de profonds fossés dans lesquels les champignons pullulaient, dès que l’automne embrasant les feuillages des grands chênes était revenu, que l’on allait croiser l’équipage de chasse du grand roi ou sa jeune admiratrice l’observant amoureusement, alors qu’elle s’était soigneusement cachée dans un épais fourré.
Kanaboshi respira à pleins ses ventileurs pulmonaires ces senteurs boisées et mycologiques, qui étaient si agréables, et surtout si nouvelles pour elle, et elle suivit gentiment ses hôtes, aujourd’hui devenus ses chers époux, jusqu’à leur sympathique demeure.
C’était une belle maison d’aspect moderne, toute de béton, de verre et d’acier, mais qui présentait aussi quelques aspects plus rustiques, comme un beau toit de tuiles, ainsi qu’un profond porche en pierre de taille sous lequel on pouvait s’abriter en cas de pluie, ainsi qu’une charmante cheminée en briques roses qui s’élançait élégamment vers le ciel depuis le toit-terrasse.
Elle pensa aussitôt qu’elle allait se sentir bien ici, surtout que ces garçons avaient l’air d’être charmants.
Max et Jérémy lui firent faire le tour complet du propriétaire, pendant lequel elle s’efforça d’enregistrer avec le plus grand soin dans ses circuits neuronaux tous les détails pratiques dont elle aurait besoin par la suite, à savoir où se trouvaient les produits ménagers, les provisions, les compteurs de gaz, d’électricité, l’emplacement des prises Hypernet, qui seraient bien utiles en cas de défaillance du Wi-Fi, ce qui ne manquait pas d’arriver une ou deux fois par an, pendant les périodes de surchauffe du réseau, et enfin elle découvrit, émerveillée, la jolie chambre, décorée dans des délicats tons pastels, qui lui avait été attribuée. Elle allait disposer de tout le confort moderne, d’une salle d’eau privée, d’un lit confortable sur lequel elle pourrait tranquillement recharger ses accus après une longue et fatigante journée de travail, car elle n’oubliait pas, tout au bonheur de ses découvertes successives, qu’elle était surtout là pour travailler !
Ce soir, lui avaient dit ses époux, elle n’aurait strictement rien à faire, à part peut-être, mais c’était encore à voir, une petite gâterie avant d’aller au lit, mais à part ça c’est eux qui s’occuperaient de tout.
Dans le courant de l’après-midi Max se mit aux fourneaux pour préparer un excellent filet mignon, fondant et savoureux, qu’il avait l’intention de faire accompagner par de succulentes rates de Noirmoutier, qu’il ferait sauter avec de l’huile d’olive, de l’ail et du persil haché.
Le repas se déroula dans une sympathique ambiance de convivialité, comme lors d’un dîner entre copains, même si Max et son compagnon ne pouvaient détacher les yeux de leur fantastique acquisition, de cette lumineuse reine de beauté qui venait partager leur vie afin de leur procurer un semblant d’honorabilité.
Tout à la joie de ce premier contact réussi ils décidèrent d’un commun accord de ne rien lui demander de plus ce soir-là, ainsi, après avoir gentiment et chastement embrassé leur invitée du jour, ils se retirèrent dans leur chambre afin de s’y livrer en toute discrétion à leurs jeux érotiques préférés.
Max se déshabilla tranquillement tandis que Jérémy faisait de même. Puis ils tirèrent la couette légère, et ils s’allongèrent en travers du lit.
Max donna un long et voluptueux à son compagnon, enroulant amoureusement sa langue à la sienne, puis il lui dit : « tu ne trouves pas qu’elle st super mignonne, notre épouse, je ne me souvenais pas qu’une pisseuse, cela pouvait être aussi beau ! » Car Max avait eu une compagne, avant que sa véritable orientation sexuelle ne lui soit révélée, quand il avait la connaissance de Jérémy, à l’occasion d’un barbecue chez des amis. « Et tiens, ça me donne une de ces envies de baiser, moi, tout ça, pas à toi ? » ajouta-t-il en le regardant tendrement.
— Pas plus que d’habitude, non, pourquoi, parce que tu aurais envie de la baiser, toi ?
— Mais non, Niquedouille, c’est toi, toi, que j’ai envie de baiser, mon amour, dit-il en se jetant plaisamment sur lui. Quand il eut terminé de lui prodiguer sa longue et savoureuse feuille de rose, Max bandait comme un âne Turc. Il mordilla Jérémy dans le cou et il lui dit : « tu ne voudrais pas te mettre à quatre pattes, mon chéri, parce que j’ai une putain d’envie de te la mettre en levrette, aujourd’hui !
— Il n’ya pas de problème à ça, dit Jérémy en s’exécutant, de façon à offrir à son amant la vue la plus dégagée qui soit sur son inestimable trésor, à savoir son émouvante rosette, qui était d’un joli mauve, et surtout, délicatement fripée.
Le garçon entreprit alors de faire paisiblement l’amour à son compagnon.
C’est alors qu’une sorte de miracle tantrique se produisit, car leurs respirations s’harmonisèrent. Ainsi, quand le beau Max poussait voluptueusement sa grosse vite vers l’avant il expirait, et en la recevant le mignon Jérémy expirait aussi. Quand il se reculait afin de mieux prendre son élan, il inspirait, tandis que Jérémy en profitait pour inspirer, lui aussi. C’est ainsi, alors qu’ils étaient solidement emmanchés charnellement, que leurs âmes se mirent à vibrer à l’unisson, et cela dura, dura, dura une éternité !
Et Jérémy jouit en même temps que Max, tout en se liquéfiant de l’intérieur.
Kanaboshi, quant à elle, se retira dans sa chambre, des étoiles plein les yeux, afin de se brancher sur l’induction par Wi-Fi afin de bien recharger ses batteries, car les nourritures terrestres, si elle en appréciait bien sûr le côté succulent et voluptueux, étaient loin d’être suffisantes pour lui assurer la forme parfaite, quasi olympique, dont elle aurait besoin afin d’être à la hauteur de ce que l’on attendrait d’elle par la suite.
Le lendemain fut sa première véritable journée à Sénart. Comme ses époux ne lui avaient laissé strictement aucune instruction, elle dut faire preuve d’autonomie, ce qui fut loin de lui déplaire, à elle, qui avait toujours eu un esprit si indépendant, dynamique, et surtout, épris de liberté !
Elle commença donc par faire un rapide état des lieux, et elle constata çà et là la présence intempestive de moutons ; elle allait donc lâcher la bride à Nénette, le puissant et silencieux robot aspirateur, qui était une sorte de demi-frère, en quelque sorte.
Depuis ce matin le réfrigérateur couinait avec insistance, elle alla donc voir ce qu’il se passait dans ses mystérieuses entrailles. Elle en ouvrit les portes et scruta les écrans de contrôle. Elle constata que plusieurs produits étaient manquants, tandis que certains autres étaient périmés, ou en voie de l’être, alors la machine lui afficha une liste précise de ce qu’il faudrait acheter pour remédier au plus vite à cet état de fait, qui pourrait rapidement devenir gênant. Elle valida la liste et prononça à haute et intelligible voix le mot magique :
— Commander, s’il vous plaît.
Aussitôt une petite spirale colorée se mit à tourbillonner pour lui signaler que l’ordre avait bien été transmis, puis le message s’afficha, ne laissant la place à aucune ambiguïté : « Votre commande a été correctement enregistrée »
Rassurée, elle se dirigea vers l’hyperordi afin de passer les commandes de tout ce qui n’était pas enregistré dans le réfrigérateur. Elle commanda donc chez Giantmarket, l’entreprise Irlandaise qui dominait depuis longtemps le monde des cybermarchés, des fruits et des légumes frais, dont elle n’avait vu aucune trace dans la maison, à part les fameuses rates, qui semblaient être les seuls légumes que les deux compagnons consommaient régulièrement. Il fallait absolument leur faire changer ces mauvaises habitudes. Douze fruits et légumes par semaine était le minimum recommandé par l’OMS pour rester en pleine forme. Elle commanda aussi du gel douche et une brosse à dents, ainsi que du dentifrice multi fonctions pour elle, parce qu’elle n’en avait pas vu trace dans sa salle d’eau. Elle commanda aussi une petite boite de tampons hygiéniques pour le jour où, et elle n’oublia pas non plus ses pilules contraceptives, parce qu’elle craignait le pire pour le jour où ces gaillards, qui avaient l’air particulièrement solides, allaient enfin se décider à lui sauter dessus, afin de profiter de ses nombreux talents en matière de sexualité, et de la besogner joyeusement, à « palle piegate » comme le disent de façon imagée nos amis Italiens, ce qui n’allait certainement pas tarder, bien qu’ils soient homos, vu qu’ elle avait toujours fait un tel effet aux mecs, et qu’elle savait qu’elle était absolument irrésistible !
Elle était d’ailleurs encore étonnée qu’ils ne lui aient rien demandé, hier soir, car après tout, elle était là surtout pour cela, à la différence des simples assistantes ménagères, ces nunuches surexploitées qui ne se foutaient jamais à poil et ne se faisaient jamais, au grand jamais, sauter, car elles auraient trouvé cela dégradant, déshonorant, et surtout, si fatigant… oh mon Dieu !
Elle monta dans la chambre de ses époux, et resta en arrêt en constatant le fabuleux désordre qui y régnait. Des fringues, des slips, des caleçons, des chaussettes, des tee-shirts, traînaient en effet un peu partout. Elle ouvrit en grand la fenêtre pour aérer le bouge et elle remarqua des traces suspectes sur les draps. Ces petits coquins avaient dû bien s’amuser hier soir, pendant qu’elle était plongée dans la lecture du dernier ebook de son auteur préféré, encore un fieffé coquin, celui-là, le maître du thriller érotique, comme disait si justement son éditeur !
Elle embarqua la literie souillée sous le bras afin de la descendre à la buanderie, et elle la fourra dans la machine à laver automatique, qui dosait elle-même la quantité de lessive qui serait nécessaire, et qui choisissait le programme de lavage qui se révélerait optimum en fonction du travail à effectuer.
Ils avaient rudement bien fait de l’épouser, ces deux-là, parce qu’elle allait désormais leur tenir une maison nickel-chrome, un intérieur aux petits oignons.
Très vite, Max et Jérémy s’étaient mis à tourner en rond dans la maison comme des cochons malades, à la recherche de leurs petites affaires, qui avaient toutes regagné la place qu’elles n’auraient jamais dû quitter, le tiroir, l’étagère, la boite, ou la malle idoine…
Ce n’était pas foncièrement désagréable mais cette fille introduisit un furieux vent de révolution dans leur paisible demeure.
Le lendemain était un dimanche.
Nos deux amis décidèrent donc qu’il serait agréable, et judicieux, d’aller prendre un bon bol d’air, mais ils n’avaient pas envie de faire de la route, ni même une heure de spationef. Ils venaient à peine de rentrer du Japon, et ils ressentaient par conséquent une furieuse envie de se la jouer cool, et ils souhaitaient aussi se rendre compte de l’impact qu’avait leur nouveau trio sur les foules anonymes, avant de présenter leur charmante épouse à leur entourage. Ils embarquèrent donc dans la navette solaire bleue et blanche qui les déposa au bout de quelques minutes sur l’héliport de l’Aqualand géant qui venait d’ouvrir ses portes à Marnes la vallée, tout près de l’antique Disneyland, un parc encore en activité, mais qui commençait sérieusement à vieillir, et au sein duquel les pannes et les accidents à répétition avaient eu quelque peu tendance à faire fuir la clientèle !
Ils réglèrent le prix de l’entrée et embarquèrent sur le bateau à aubes qui descendait le cours d’eau en direction de la mer intérieure, cette vaste étendue d’eau bleue qui ne tarda pas à leur apparaître, à la sortie d’un long tunnel végétal.
La clarté qui émanait du sommet de l’imposant dôme de matériau composite translucide qui protégeait l’ensemble des aléas du véritable climat et permettait de conserver tout au long de l’année cette douce température proche des 25 degrés, et qui ne descendait jamais en dessous, afin d’éviter de malmener la luxuriante flore tropicale.
Ce n’était que la deuxième fois qu’ils venaient ici et ils furent émerveillés, comme pourraient l’être des enfants devant un arbre de Noël géant, par la splendeur inégalée des lieux. Trois immenses bras de mer se rejoignaient pour former une profonde fosse marine, au fond de laquelle on pouvait imaginer que des monstres agitant leurs tentacules gluants guettaient les baigneurs qui se montreraient assez imprudents pour s’approcher d’eux sans harpon.
Jérémy trempa son pied dans l’eau, et il la trouva super bonne.
Kanaboshi écarquillait les yeux pour admirer le volcan au sommet enneigé qui se jetait dans la mer, et qui lui rappela sa montagne à elle, le Fuji-Yama ! Tout autour d’eux, sous les cocotiers, et frôlant inlassablement le sable doré, des milliers d’oiseaux se livraient à un ballet enchanteur, tout en essayant de ne pas trop bousculer sur leur trajectoire les papillons multicolores et les gracieuses libellules qui voletaient un peu partout. De temps en temps un dauphin montrait le bout de son nez et la carapace d’une énorme tortue verte venait friser lentement à la surface de l’eau. Autour d’eux, de nombreux cours d’eau limpides, dans lesquels on pouvait apercevoir des écrevisses grises agitant leurs petites pattes avec frénésie, venaient se jeter dans la mer, après avoir plongé le long de cascades gigantesques et longuement sinué parmi l’impressionnante végétation aux essences variées, qui était particulièrement touffue, luisante et odorante.
Kanaboshi prit l’initiative d’installer le campement, parce qu’elle avait une forte envie de se baigner, après ces longs mois qu’elle venait de passer dans le tristounet univers minéral et métallique des ateliers d’entretien de Nakishima, qui s’étalaient sous les impressionnantes verrières de toit. Elle disposa donc les trois serviettes sur le sable, elle déplia le parasol, et elle posa la glacière au beau milieu de son installation.
Les garçons, tout homosexuels qu’ils soient, ne purent pas s’empêcher d’admirer la plastique en tous points exceptionnelle de leur nouvelle amie, qui leur apparut dans le simple appareil de son maillot deux pièces jaune à petites fleurs bleues. Adorable, fut le mot qu’ils évoquèrent spontanément et en même temps dans le secret de leurs cœurs. Ah, s’ils n’étaient pas homos, ils lui feraient bien sa fête, à cette petite garce, qui prenait semblait-il un malin plaisir à les exciter!
Kanaboshi ne put pas résister plus longtemps à l’impérieux appel du large et elle courut avec élégance afin de piquer une tête dans le lagon. Tout en nageant elle fit connaissance avec l’incroyable faune qui s’agitait là dessous. Des poissons-clowns frayaient dans les anémones, des papillons, des chirurgiens et des apogons zigzaguaient gaiement entre les rochers, les coquillages, les holothuries, les algues et les tortues, au risque de se faire dévorer par les bébés requins et les jeunes marlins qui croisaient infatigablement dans les parages.
Mon Dieu que ce bain est agréable, pensa-t-elle en se dirigeant vers son couple d’époux qui lui avaient laissé la serviette qui se trouvait entre eux deux, sur laquelle elle s’installa avant de s’étirer longuement, gagnée par le bonheur et le bien-être. Le trio ne tarda pas à voir quelques jeunes filles qui s’approchèrent d’eux afin de zieuter, leur sembla-t-il avec une curiosité exacerbée, leur jeune et délicieuse assistante matrimoniale.
En effet l’une d’elles lui sourit et lui demanda si elle pouvait s’installer à côté d’elle, avant de résolument engager la conversation.
— D’où tu viens, toi, lui demanda-t-elle un peu timidement ? C’est la première fois que je te vois ici, et tu es si belle !
— Je viens du Japon, répondit-elle simplement.
— Ah bon, je connais d’autres Japonaises, tu sais, parce qu’il y en a quelques-unes, à ma fac, mais elles ont loin d’avoir tes traits, et surtout ton charme, c’est fou ce que tu irradies, oh, je te kiffe un max, ajouta-t-elle en déposant une bise sur sa joue!
— C’est peut-être parce que je suis une personne exceptionnelle, s’amusa Kanaboshi.
— Ça doit sûrement être ça, oui, approuva-t-elle, exceptionnelle de chez Exceptionnelle, oui, c’est ça, sans aucun doute!
Deux autres jeunes filles s’approchèrent et se mêlèrent à la conversation. « De quelle ville es-tu, quel métier exerces-tu, tu es sans aucun doute mannequin, ou Top-modèle », souffla l’une d’entre elles.
Cette agitation de longs cheveux blonds et noirs ainsi que de délicieuses petites fesses rondelettes ne manqua pas d’attirer les jeunes coqs, qui firent bientôt le cercle autour d’eux.
Les garçons se plantèrent sans hésiter devant Kanaboshi, qu’ils détaillèrent avec autant d’insistance que d’impudeur, jusqu’à ce qu’une agitation comique se fisse jour dans leurs maillots.
Ils passèrent ainsi une merveilleuse après-midi, et ils s’en retournèrent à casa à la nuit tombée, heureux d’avoir pu constater de visu l’heureux impact qu’avait eue sur les populations laborieuses leur jeune et commune épouse.
Dans la navette du retour, les jeunes hommes se tenaient toujours par la main quand Max dit à son compagnon :
— Cette fille commence à me tourner les sangs, je te jure, je ne sais pas ce qu’il me prend, parce que je ne comprends strictement rien à ce qu’il m’arrive, mais c’est la toute première fois que je ressens un truc pareil pour une de ces satanées pisseuses…
Kanaboshi prépara le repas du soir, des soles grillées et du riz thaï parfumé aux herbes pour tout le monde, et, pour aller avec le café, il y aurait les macarons qu’elle avait amoureusement confectionnés sitôt qu’elle fut rentrée.
Max et Jérémy se sentaient bien dans leur nouvelle vie à trois.
Ils s’installèrent sur le canapé et branchèrent le home cinéma pour regarder en famille un film culte du passé au ciné-club on demand : Le pont de la rivière Kwaï, pont qu’ils avaient eu la chance de voir lors d’un séjour en Thaïlande, celui-là même à l’occasion duquel ils avaient découvert le fameux massage médical Thaïlandais. Pendant une demi-heure ils ‘étaient vus étirés, malaxés et pressés sous tous les angles. Ils en avaient conservé un excellent souvenir, pourtant ils avaient gentiment refusé, un peu bêtement, avaient-ils reconnu par la suite, l’offre de leur guide qui leur proposait de découvrir l’autre massage thaïlandais, à savoir le fameux body-body, qui est pratiqué, celui-là, sur un matelas à eau généreusement aspergé d »eau savonneuse, par une jeune fille entièrement nue, et c’est cela qui les avait rebutés, qu’une pisseuse serait venue coller son corps impur contre le leur !
Ce que Max était en train d’expérimenter au contact de Kanaboshi, c’était l’imprévisible reflux de ce sentiment de dégoût et de rejet du sexe pathologiquement dit beau par ces ignorants d’hétéros.
Confortablement installé sur le canapé il s’était progressivement écroulé aux côtés de son assistante matrimoniale dont il respirait, avec un plaisir inconnu jusque-là, les fragrances aussi subtiles qu’envoûtantes.
Il se leva, et il demanda à Jérémy de bien vouloir le suivre dans la cuisine.
— Tu sais ce que j’ai toujours dit, Jaime ?
— Oh oui, tu dis toujours que le premier devoir de l’être humain, c’est de tout faire afin de ne surtout pas mourir idiot, mais c’est pas la peine de te fatiguer, tu sais, parce que ça fait une heure que je t’observe du coin de l’œil, que je te t’entends la respirer à pleins poumons, et que je te vois la dévorer des yeux, et je crois bien avoir tout compris.
— Tu auras envie de me sucer, toi, ce soir ?
— Pas spécialement, parce que je suis crevé, j’ai beaucoup nagé, j’ai aussi fait le fou avec le toboggan de la baleine géante, alors… mais si tu en as vraiment envie, mon chéri, je, ça pourrait se faire, bien sûr, et sans le moindre problème, et même avec le plus grand plaisir, je te jure. .
— Alors je vais t’éviter d’avoir à faire cet effort, mon amour, j’espère seulement que tu ne m’en voudras pas trop.
— T’en vouloir, Maxou ! Mais non, mon chéri, bien au contraire, c’est toi qui a raison, il ne faut certainement pas prendre le risque de mourir idiots !
Kanaboshi était aux anges, ses maris avaient enfin décidé de l’inviter dans leur chambre, afin de partager une nuit avec elle ? Elle était sûre qu’elle allait se montrer à la hauteur de leurs attentes les plus intimes, voire même les plus folles !
Elle sauta au bas du canapé, puis elle monta avec allégresse dans sa chambre, afin de se préparer au mieux à ce premier rendez-vous amoureux, à cette première rencontre qui serait véritablement matrimoniale avec ses chers époux. Elle avait déjà pris sa douche au parc, aussi elle n’eut qu’à brosser avec soin ses longs cheveux noirs, qui étaient si intensément soyeux qu’ils en étaient électriques, et elle se brossa aussi les dents avec énergie, et elle n’omit pas de se parfumer de la senteur fruitée légèrement épicée de chez Guerlain à laquelle elle était depuis longtemps habituée. Elle se sentait fin prête pour le grand jeu de l’amour quand elle gratta à la porte des garçons.
— Entre, chérie, lui ordonnèrent-ils aimablement.
Elle poussa doucement la porte pour faire une céleste apparition aux yeux des compagnons, qui furent instantanément éblouis par tant d’innocente magnificence ! La somptueuse avait en effet revêtu sa ravissante nuisette jaune citron bordée d’une fine dentelle faite main et parsemée de strass, qui était de plus soulignée par un ravissant collier fait de perles de bois multicolores, séparées par d’épais anneaux dorés. Elle s’avança vers eux en chaloupant, visiblement émue. Les garçons, qui étaient déjà nus, se tenaient tendrement par la main. Ils regardèrent avec une intense émotion cet ange s’approcher de leur lit conjugal, sur lequel aucune autre fesse que les leurs ne s’était jamais posée. Kanaboshi leur adressa un merveilleux sourire tout en retirant son collier et sa nuisette d’un gracieux mouvement de strip-teaseuse. Elle déposa le tout sur une chaise cannelée avant de se diriger à petits pas souples, telle une panthère noire tombée en amour, vers le lit de ses futurs amants, dans lequel elle se glissa avec une infinie souplesse.
— Mets-toi entre nous deux, tu veux bien, chérie, lui demanda Max, qui déployait déjà un sexe éclatant, comme à son habitude, parfaitement prêt pour la joute amoureuse qui n’allait certainement pas manquer de suivre, pensa-t-elle. La belle se lova entre ses hommes, puis elle colla ses longues cuisses veloutées contre celles des garçons, et elle déploya ses bras, telle une araignée géante, afin de diriger ses mains vers les sexes et les roustons de ses compagnons, qu’elle entreprit de caresser longuement et tendrement avant de se redresser avec délicatesse dans le plumard afin de rabattre son doux visage vers les attributs virils de Max, qu’elle goba avec gourmandise et vivacité. L’ayant divinement pompé elle sauta ensuite sur le dard de Jérémy, qu’elle suça avec dévotion jusqu’à ce qu’il lui éjacule paisiblement dans la bouche. Elle avala consciencieusement le tout, et deux heures plus tard, elle regagna gentiment sa chambre. Elle brancha son induction Wi-Fi et elle s’endormit paisiblement, avec la satisfaction du devoir accompli. Les jours, les semaines, puis les mois s’écoulèrent le plus sereinement du monde. Tout le monde, dans l’entourage des amoureux et dans leur voisinage, connaissait maintenant la belle Vénus, qui leur avait été présentée comme étant la jeune épouse de Max, qu’il aurait rencontrée lors d’un séminaire professionnel au Japon.
— Quelle chance il a, ce type, et dire qu’on pensait tous qu’il était pédé, ne purent s’empêcher de baver ses collègues de travail et ses amis.

Était-ce la nouvelle ambiance matrimoniale qui régnait à la maison, peut-être, mais il n’en est pas moins vrai que l’idée de ce bébé se frayait de plus en plus son petit bonhomme de chemin dans leur esprit, qui était désormais triplement amoureux, car c’était un fait solidement établi, ils aimaient tous les deux cette ravissante jeune femme, qui faisait tout ce qui était en son pouvoir pour leur assurer au quotidien un bonheur sans tâches, maintenant qu’elle n’était plus perturbée par ses anciennes et saugrenues velléités d’émancipation.
N’y tenant plus, Max finit par en en parler à Jérémy. Le jeune homme se serra tendrement dans ses bras, et il approuva sans réserves, avant de lui dire, sur avec un petit air gêné tout de même, mais alors, il va nous falloir la, la baiser, lui faire l’amour pour de bon, par, par la chatte, mon chéri…!
— Eh oui, mon grand, se marra son mec, c’est encore comme ça qu’on fait les bébés, à notre époque, alors, pour une fois, tu vas devoir abandonner ta mentalité de Shadock, et renoncer un temps à me pomper et à te faire pomper, et l’avantage sera double, pour toi : car premièrement tu seras sûr de ne pas mourir idiot, et secondo, tu vas enfin te retrouver papa.
— Co-papa, tu m’aimes, Maxou ?
— Mais bien sûr que je t’aime, ma grosse truffe, et je t’aime même comme un fou ! Viens, allons de ce pas en toucher deux mots à la petite.
C’était génial, c’était même grandiose, elle allait enfin faire l’amour normalement, elle n’allait pas être obligée de se limiter à les sucer, comme la dernière fois, non, cette fois elle allait enfin faire l’amour normalement, en conne mère de famille, et c’était génial, parce qu’il y avait bien longtemps que cela ne lui était pas arrivé. Les souvenirs émus de ses premières semaines le chez beau Maxime lui remontèrent à la tête, tels un nuage de vapeur s’échappant d’une cocotte-minute !
Elle se prépara longuement en vue de ce qui s’annonçait déjà comme devant être une soirée de folie ; elle prit un bon bain parfumé et relaxant et elle n’oublia pas d’enduire avec soin, à l’aide d’un bon lubrifiant, sa caverne aux plaisirs, car, s’il lui arrivait bien sûr de mouiller un peu quand elle jouissait, parce qu’elle avait été programmée pour ça, sa lubrification naturelle en début de rapport serait certainement insuffisante pour assurer un accueil confortable aux larges et vigoureux vits de ses hommes.
Elle tint absolument à entamer cette soirée par des caresses et de tendres et voluptueux baisers, par des roulages de pelles dont elle voulut qu’ils soient conséquents, enroulant sa langue et mêlant sa salive à celles de ses époux, ce qui était un désir légitime pour une jeune femme qui s’apprêtait à se faire engrosser, si bien que les garçons répondirent favorablement à sa demande, découvrant par là même tout ce que la douceur d’une petite langue rose féminine, qu’ils avaient déjà eu le plaisir d’éprouver sur le bout de leurs queues, pouvait apporter à un tendre baiser d’amour.
Jérémy souhaita en faire un peu plus, alors il positionna son visage entre les cuisses de la belle, puis il colla amoureusement sa bouche contre les délicieux poils de sa foune, dont il écarta avec émotion les grandes lèvres afin de chercher ce mystérieux organe tactile, ce refuge du plaisir féminin, dont il avait si souvent entendu parler. Dès qu’il l’eût trouvé il l’attaqua sensuellement à petits coups de langue, et il insista tellement qu’au bout d’un moment il entendit la jeune femme miauler : « Oh mon Dieu, Jaime, mais, tu, tu vas me faire jouiiir…
Et dans le même temps il reçut sur ses lèvres un agréable jet de cyprine translucide et adorablement parfumée.
Max, qui souhaitait ne pas se sentir trop dépaysé, lui demanda ensuite gentiment de bien vouloir se placer dans l’exquise position de la levrette, qui lui offrirait un paysage sexuel des plus familiers au moment de la pénétration, cet acte longtemps refoulé mais dont il avait à présent follement envie de redécouvrir tous les mystères, et tous les plaisirs, aussi.
Kanaboshi reçut avec bonheur le fut de son canon au creux de ses entrailles et elle apprécia à sa juste valeur le doux martèlement des burnes bien pleines sur son délicat postérieur, qui rosissait de félicité, mais elle comprit bien vite que son homosexuel d’amant ignorait tout du clitoris, et certainement jusqu’à son existence, aussi se contorsionna-t-elle afin d’atteindre du bout de ses doigts le précieux organe qui se trouvait en sérieux manque de stimulation, afin d’en entreprendre un savant massage, qu’elle trouva singulièrement excitant, vu qu’elle savait si bien le pratiquer, pour s’être plusieurs fois longuement masturbée lors de ses longs mois de solitude au fin fond de l’atelier de réparations. Cependant, tout homosexuel qu’il était, Max n’en était pas moins un fameux baiseur et elle sentit bientôt une puissante vague de plaisir monter en elle, monter, monter, monter, jusqu’au moment où son corps survolté se relâcha soudain alors que de ses lèvres entrouvertes s’échappait une sourde et joyeuse plainte :
— Oh, oh, cielo, darling, io, io, io godoooooo°°°
Jérémy regarda Max avec de grands yeux étonnés.
— Qu’est-ce qu’elle raconte, la p’tite ?
— Oh rien, rendors toi, je crois qu’elle vient de jouir, tout simplement, et apparemment elle s’est pris un super panard.
— Ah, elle a joui en Italien, alors !
— Et pourquoi pas, tu sais bien qu’elle parle toutes les langues, cette satanée fumelle, et jouir dans cette langue si belle et sensuelle qu’est l’Italien, cela me semble être pour le moins approprié, non ?
— C’est à toi, maintenant, amour, viens donc vider tes belles burnes ici.
— Dans, dans son derrière ?
— Mais non, patate, dans son ventre, dans son putain de vagin. Ces robots sont peut-être ultra sophistiqués, mais il y a encore des limites au progrès, tu sais, alors on ne peut pas encore les engrosser par l’anus, Ah Ah Ah…
Jérémy ne put cependant pas résister, agenouillé devant le fabuleux et irrésistible cul de Kanaboshi, au plaisir de prodiguer une longue et savoureuse feuille de rose à son épouse avant de pointer son joli gland lisse et rose à l’entrée du tabernacle convoité. Il la pénétra avec joie et il émit un intense soupir de satisfaction, s’immisçant lentement entre ses grandes lèvres, qui étaient si délicieusement lubrifiées, et après avoir franchi cette porte ésotérique il fut charmé de se retrouver au cœur de son confortable et accueillant vagin, dans lequel il entreprit de mener la lancinante ronde ses voluptueux va et vient, jusqu’au moment où il s’agrippa nerveusement à ses adorables petites fesses et qu’il leva les yeux au ciel pour hurler : « Oh oui, oui, oh putain, je jouiiis…»
Magnifique cri d’amour auquel la douce Kanaboshi ne put que répondre : « Moi’aussi, moi aussiii mon amour, je… je jouiiis, oh mon Dieuuu»
Les garçons avaient les burnes bien vidées, tandis que Kanaboshi, par contre, avait la chatte bien enspermée, aussi ils s’écroulèrent pêle-mêle tous les trois sur les draps froissés pour se couvrir de milliards de baisers et de folles caresses.
Par mesure de précaution, et afin d’être sûrs de réussir leur coup, ils remirent le couvert deux ou trois fois dans les jours qui suivirent, ce qui fit le bonheur de la jeune androïde, qui du coup n’était plus obligée se livrer à de discrètes et solitaires masturbations dans le secret de sa chambre pendant que ses hommes se bouffaient longuement et paisiblement la bite dans la leur.
Trois mois plus tard, leur assistante leur annonçait, au cours du petit déjeuner, avec fierté et une visible émotion, qu’elle était certainement enceinte, puisqu’elle n’avait pas eu ses règles à la date prévue, ce qui fut confirmé dès le lendemain par un test de grossesse qui aligna joyeusement ses trois barres fluo afin de leur confirmer la bonne nouvelle.
— Ce sera mon premier bébé, soupira Kanaboshi, vous ne pouvez certainement pas imaginer l’émotion qui est la mienne, et qui s’empare littéralement de moi, je vais enfin être maman. Quelle joie, mon dieu, oh quel ineffable bonheur !
La vie se déroula paisiblement au cours des sept mois qui suivirent, comme dans toutes les familles où madame est tombée enceinte, meublée de délicates attentions ainsi que de mille précautions, car désormais elle était obligée de surveiller tout ce qu’elle mangeait, tout ce qu’elle buvait, dans quelle position elle devait se placer pour bien faire l’amour, mais cela fut le moins compliqué, car une fois le bébé mis en route, les garçons n’avaient pas tardé bien longtemps avant de reprendre leurs bonnes vieilles habitudes et ils se faisaient de préférence gentiment sucer, ce qui devait induire, pour le bébé, qui naturellement se nourrissait de ce que sa mère consommait, comme une sorte de cannibalisme light. «Comment j’ai mangé mon père », pourrait-il écrire plus tard ?
— Pourquoi ne dit-on pas, montée, enceinte, demanda un jour la douce androïde ; c’est une aventure tellement merveilleuse et enthousiasmante, que tomber me semble être un terme totalement inapproprié !
Et un jour il fallut emmener la fabuleuse à la clinique, où elle donna le jour à un magnifique garçon qui pesait presque trois kilos pour cinquante-deux centimètres, mais, pendant tout le temps que dura son accouchement, la divine entendit des voix, qui lui conseillaient de faire des choses, dont elle ne comprit ^pas très bien tous les tenants et les aboutissants.
Les papas furent bien entendu émerveillés par leur progéniture, qu’ils admirèrent longuement ce jour-là, mais ce fut bien le seul, car le lendemain, quand ils arrivèrent à la clinique avec un magnifique bouquet de fleurs, la maman et le bébé avaient disparu, ils étaient partis, s’étaient tout simplement évaporés, envolés !

Personne ne s’était aperçu de rien, personne n’avait strictement rien vu d’anormal !
Le directeur de l’établissement leur précisa que l’on ne s’était aperçu de leur disparition que ce matin, à l’occasion du changement d’équipe.
Alertée, la BSA, la Brigade Spéciale des affaires Androïdaires, était sur les dents. L’hôpital fut fouillé de fond en comble, les bandes vidéo des caméras de surveillance furent soigneusement examinées. Sur l’une d’elles on pouvait en effet voir la mère, portant dans ses bras l’enfant, qui se dirigeait vers la sortie. Sous son bras libre elle emportait aussi un mystérieux paquetage. Un chien policier fut emmené sur les lieux. Il suivit sa piste jusqu’à l’arrêt de bus situé au-delà des grilles de l’hôpital. Le chauffeur qui avait fait la ligne ce jour-là fut longuement interrogé. Il confirma qu’une jeune femme avec un bébé était bien montée dans son bus à l’arrêt Hôpital. Il s’en souvenait parce qu’elle avait payé son ticket avec de la menue monnaie, ce qui lui avait laissé pensé qu’elle ne possédait pas de porte-monnaie électronique, ce qui n’était pas le cas de Kanaboshi, qui détenait ce moyen de paiement pour régler ses menus achats à la boulangerie ou chez le traiteur. De même il se souvint qu’elle était descendue à la gare routière. Comme les enquêteurs pensèrent qu’il pouvait quand même s’agir de la jeune androïde ils poursuivirent leurs investigations à la gare routière. Les employés furent tous interrogés. Une femme se souvint qu’elle avait parlé à une Espagnole aux traits asiatiques qui s’était renseignée sur les bus en partance pour Barcelone. Elle lui avait alors signalé qu’il y avait une navette aérienne qui faisait la ligne mais la jeune femme lui avait répondu que c’était trop cher. Le chauffeur du car pour Barcelone fut lui aussi interrogé, mais il leur dit que cette personne ne pouvait pas être Japonaise, parce qu’elle parlait un Espagnol châtie, quasi parfait, sans le moindre accent, et qu’en plus elle semblait connaître Barcelone comme sa poche, parce qu’elle lui avait demandé de s’arrêter à un endroit précis qui se trouvait à proximité de l’hôtel où elle comptait descendre. Des avis de recherches furent lancés dans toute la ville, qui ne donnèrent aucun résultat. Ils furent rapidement étendus à l’ensemble du territoire national et même à toute l’Europe-Unie, mais ce fut toujours sans succès. Vénus fut bien signalée à plusieurs reprises, dans une rue du seizième arrondissement de Paris, dans un square de Soho, à Londres, et même une fois au musée Georges Pompidou. Les inspecteurs arrivés en urgence sur place furent obligés de reconnaître que les témoins s’étaient trompés, car il s’agissait d’une jeune et jolie touriste Chinoise avec son bébé. Après de minutieuses vérifications il fut établi que toutes les androïdes signalées de par le monde étaient des sœurs de Kanaboshi, des assistantes ou des secrétaires qui étaient sorties des chaînes de montage à peu près en même temps qu’elle, jusqu’au jour où…
L’appel, qui arriva au petit matin à la BSA, provenait d’un petit hôtel familial de Tossa de Mar, en Espagne, une station balnéaire réputée située un peu au sud de Barcelone.
— Bonjour, c’est bien une grande asiatique incroyablement belle, avec un adorable petit bébé, que vous cherchez depuis trois semaines, c’est ça ?
— Oui madame, tout à fait, pourquoi, vous avez des renseignements à nous communiquer sur cette personne ?
— J’ai plus que des renseignements, monsieur, en fait, nous pensons, mon mari et moi, qu’elle est chez nous. Oh, elle est super discrète, on dirait un chat, une ombre, vous savez, mais je pense que c’est elle ! Elle a tapé dans l’œil de mon époux, qui la surveille comme du lait sur le feu. Elle ne sort que pour se rendre à la pharmacie pour acheter du lait maternisé, et elle prend toujours ce qu’il y a de mieux, d’après la commerçante.
Moins de trois heures plus tard, le spationef de la gendarmerie municipale faisait entendre le discret ronron de ses moteurs rotatifs au-dessus de l’héliport de l’hôtel, qui était situé tout simplement sur son toit, et sur lequel, après avoir tangué quelques minutes, il se posa en douceur.
Kanaboshi, serrant tendrement son bébé dans ses bras, se laissa appréhender sans la moindre résistance, elle avait simplement les yeux inondés par de larmes. Elle et le bébé semblaient bien se porter, elle avait même presque l’air d’être soulagée que sa folle et difficile cavale se termine enfin.
Elle fut longuement interrogée par les fonctionnaires municipaux, auxquels elle déclara qu’elle avait obéi à une mystérieuse pulsion qui lui avait été dictée d’en haut, une mystérieuse injonction qui lui aurait dit qu’elle et son enfant avaient, comme tout un chacun sur cette Terre, qu’il soit humain, animal, androïde, ou technométis, comme l’était son fils, un droit inaliénable à la liberté, ou du moins à la plus large autonomie. Et que par conséquent, ce qu’elle avait de mieux à faire, maintenant qu’elle avait mis au monde ce beau petit bébé, c’était de quitter la ville, et de partir le plus loin possible, tout droit, vers le sud !
Chez Nakishima, on leur confirma qu’en effet, la belle androïde avait été soignée dernièrement pour des troubles de cette nature, mais que l’on avait considéré en haut lieu que le problème avait été réglé, par une longue et délicate opération, qui fut suivie d’une rééducation approfondie.
Cet enlèvement n’était donc pas de nature criminelle mais il résultait bel et bien d’un trouble neuronal avéré; ainsi la jeune Vénus n’aurait pas en répondre devant la justice universelle, celle des hommes et des androïdes réunis dans des tribunaux paritaires, mais elle serait simplement hospitalisée à nouveau dans les lumineux ateliers de Nakishima, pour une longue cure de repos, qui serait assortie d’une nouvelle, pénible et traumatisante révision. Mais ainsi va la vie, n’est-ce pas, un jour heureux et en bonne santé, un autre triste et malade, et il faut bien, alors, accepter de se soigner !
Le bébé fut remis à ses papas, auxquels il ne resta plus qu’à lui trouver un prénom, et un droit de visite fut aménagé pour sa ravissante, mais peu fiable,génitrice, qui entrerait en vigueur dès que le ministère des affaires Androïdaires lui remettrait à nouveau son certificat d’aptitude à la vie en société.
En réminiscence de sa mère, le gamin de Max et Jérémy fut appelé Mars. C’était un ravissant petit garçon, qui deviendrait bientôt un des plus beaux de son école et de son quartier, et un des plus intelligents, aussi, faisant ainsi la fierté de ses deux papas, et pour ce qui est de son nom de famille, il porterait naturellement celui de ses deux géniteurs, séparés par un trait d’union.
1Voir l’épisode 1, un maître bien peu indulgent !

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