Sale affaire rue de Paradis la nouvelle mars 2017

Sale affaire rue de paradis. la nouvelle-Amazon

 

Jean-Paul Dominici

Sale affaire
rue de Paradis

éditions les trois clefs
collection la saga de Paul Desmoulins
couverture : Dietl- Fotolia.com

Philippe Dunoyer de Peyregand, le PDG de la Société de Services Informatiques Groupe Marbeuf, qui est située tout près des Champs-Élysées, saisit avec nervosité son téléphone pour appeler sa consœur, la charmante Brigitte Beghim.
La patronne de Prestlog est en effet une vieille amie, avec laquelle il lui arrive parfois de faire d’agréables sorties coquines, des extras, qu’il qualifie d’exotiques, dans un très chic club libertin de la capitale, Les célèbres Merveilles.
— Bonjour ma grande, murmura-t-il dans le combiné.
— Oh bonjour toi. Tu n’es donc pas encore entré en réunion, ce matin?
— Si, si, enfin, je vais y aller, mais auparavant je voulais savoir si je pouvais enfin annoncer la bonne nouvelle à mon équipe.
— C’est un peu tôt, tu ne penses pas, Philippe, parce que je viens juste d’embaucher un nouveau directeur commercial, un bon, un très bon, même, et je pense qu’il pourra m’aider à redresser la barre, qui est en ce moment un peu voilée, je le reconnais, de Prestlog.
— Un nouveau directeur commercial, Ah Ah Ah Ah, s’amusa Philippe, tiens donc, et il est super craquant, ce jeune homme, je suppose! J’espère au moins que tu n’as pas l’intention de l’épouser tout de suite, celui-là !
— Arrête tes vaticinations, s’il te plaît, Philippe. Tu sais bien que je ne n’épouse plus personne, surtout après le coup que m’a fait ce petit salaud de Michael.1 Je me suis quasiment résignée à devenir une vieille célibataire, tu vois, le virus de la sagesse me vient petit à petit, avec les années, qui passent, qui passent…mais qui passent un peu trop vite, à mon goût !
— Tu étais pourtant prévenue, ma chérie. Je crois bien t’avoir dit au moins cent fois que tu ne devrais plus prendre tes amants sur les bancs de la maternelle !
— Il avait quand même 27 ans, Philippe, ce n’était plus vraiment ce que j’appellerais un enfant, se défendit-elle avec vivacité.
Cette réflexion, dont il considéra qu’elle était des plus naïves, fit beaucoup rire Philippe.
— Ah Ah Ah, c’est bien ce que je disais, tu es vraiment trop primaire, toi, et qu’est-ce que tu crois qu’ils cherchent, les mecs de 27 ans, à se marier, ou tout simplement à te sauter, à se caler bien au chaud entre tes cuisses, que je trouve parfois un peu trop accueillantes, si je peux me permettre de te parler franchement !
Cette année là, la séduisante patronne de Prestlog avait subi, il est vrai, une cruelle déception.
Car, subjuguée par sa beauté et les fantastiques compétences de manager de ce garçon, pourtant récemment arrivé de sa lointaine province, elle avait sérieusement envisagé d’épouser Michael Maillard2, son jeune et charmant directeur des Ressources Humaines.
Elle avait tout prévu, afin d’aller à l’extrême bout de ses délires amoureux, jusqu’à la prestigieuse descente des Champs-Élysées en carrosse, qui serait tiré par deux chevaux blancs somptueusement harnachés. Puis viendrait ensuite la fastueuse réception au très chic restaurant du Pré Catelan, au cœur du bois de Boulogne, qui était le lieu de rendez-vous le plus renommé du milieu juif parisien des affaires, où elle se voyait déjà entourée, fêtée et admirée par le gratin du Tout-Paris .
Elle avait simplement sous-estimé un petit détail, qu’elle pensait être sans importance, la hargne de Coralie, la rusée et diabolique compagne du garçon, qui s’était montrée bien trop attachée à son homme pour le laisser aussi facilement s’envoler vers ses bras. Celle-ci avait en effet si bien comploté et manœuvré en tous sens qu’elle avait réussi à faire capoter l’affaire, et au final à récupérer son homme, qui lui avait même fait, abomination suprême, le bébé auquel elle aspirait depuis longtemps.
Brigitte avait eu beaucoup de mal à se remettre de cette méchante déconvenue, mais elle s’était néanmoins consolée quelques mois plus tard en jetant son dévolu sur un garçon de son entourage, le jeune et charmant fleuriste à qui elle avait confié la décoration de ses bureaux. Encore quelqu’un de bien trop jeune, et surtout, de rigoureusement immature, avait alors pensé Philippe, qui l’observait toujours avec la plus grande attention, même si c’était de loin.
Benjamin avait néanmoins fini par obtenir ce qu’il désirait le plus au monde, ce dont il n’aurait jamais osé rêver, s’il n’avait pas croisé, en exerçant son métier de fleuriste, la route de la délicieuse Brigitte. La séduisante patronne de Prestlog l’avait en effet installé dans une luxueuse boutique située près de la Tour Eiffel, et elle lui avait aussi acheté un sympathique petit appartement refait à neuf dans un passage en voie de rénovation, situé au cœur du quartier des halles. Là il nous faut admettre que l’ensorceleuse quadragénaire était prête à tout pour s’attacher la reconnaissance et l’amour de ce beau garçon, et ainsi n’avoir pas à revivre la traumatisante mésaventure qu’elle avait connue avec son prédécesseur, le trop séduisant et troublant Michael.
Paul Desmoulins, le nouveau directeur commercial de Prestlog, s’installait à son bureau en vue d’entamer une nouvelle journée de travail. Il était motivé et il éprouvait une forte envie d’en découdre. Il avait dans ses fichiers les principales entreprises de la région parisienne à prospecter pour satisfaire ses appétits, qui n’étaient pas petits petits.
Brigitte arriva à cet instant même.
— Mon cher Paul, l’interpella-t-elle vivement, si je peux me permettre de vous donner un conseil, mais je peux, n’est-ce pas, n’allez jamais, au grand jamais, vous installer à la campagne, en espérant que votre vie va s’en trouver améliorée. Parce que c’est enfer et damnation pour rentrer en voiture dans Paris le matin, le savez-vous? Joseph a mis deux heures pour arriver jusqu’ici. Et ma comptable, cette innocente, qui me conseille de faire des économies ! Heureusement que la Mercedes est confortable, et que je peux téléphoner à ma guise avec mon merveilleux Radiocom. Grâce à cette trouvaille extraordinaire, enfin je ne perds plus bêtement mon temps dans ces maudits embouteillages !
Le train de vie de Brigitte semblait particulièrement onéreux à Paul, mais ce n’était certainement pas son problème, car il avait d’autres chats, et des plus sérieux, à fouetter. Elle possédait un grand appartement richement meublé rue Lafayette, et elle était aussi propriétaire d’une résidence secondaire, une ancienne discothèque, qui était située dans le centre de Barbizon, le célèbre village des peintres. Et elle entretenait de surcroît un personnel de maison pléthorique, dont le point d’orgue était ce chauffeur, une sorte de grognard napoléonien aussi paillard que moustachu, dont quelqu’un qui aurait tout ignoré du goût quasi exclusif de la séduisante Brigitte pour les très jeunes hommes, aurait pu imaginer qu’il exerçait aussi des fonctions plus intimes à d’autres moments de la journée, et plus particulièrement le soir.
Tout se passait donc à nouveau pour le mieux dans la vie de l’engageante chef d’entreprise, tandis que les plaies qui furent ouvertes lors d’un récent passé se refermaient lentement, mais sûrement.
Cependant, depuis le 16 janvier 1991, plus rien n’allait vraiment comme auparavant. C’était ce jour-là, en effet, que le président François Mitterrand avait annoncé, à la surprise générale, que la France venait d’entrer en guerre, au côté de ses alliés, contre l’Irak. Dans les grandes entreprises, ce fut immédiatement le sauve-qui-peut général. Face à la cruelle incertitude économique générée par ce nouveau conflit armé, un coup d’arrêt brutal fut mis à tous les projets informatiques d’une certaine envergure.
Philippe, quant à lui, était heureux d’avoir organisé un beau voyage en Thaïlande pour fêter les 48 ans de Cécile, son épouse. Il allait enfin pouvoir baisser un peu les bras et laisser de côté tous les soucis qui lui empoisonnaient quotidiennement l’existence.
Ce fut un agréable voyage qui le combla et lui permit de plus de se rapprocher, sentimentalement, autant que physiquement, de son épouse, qui lui avait offert à cette occasion les plus délicieux et coquins des gros câlins. Il fit le plein de merveilleuses découvertes, de ciel bleu, de montagnes, de jungles, de très agréables massages, médicaux ou sexys, d’éléphants, d’îles désertes aux longues plages de sable blanc, mais il avait bien fallu se résigner à rentrer, avec une belle branche d’orchidées gentiment offerte par leurs guides dans les bras.

2
Cette nuit là, Amélie Bourdalou dormait paisiblement auprès de son époux, comme d’habitude, dans la quiétude de l’appartement qu’ils avaient acheté quelques mois auparavant rue de Paradis, pour y vivre paisiblement leur retraite, à proximité de ces théâtres, qu’ils affectionnaient tant, et dont ils regrettaient de ne pas avoir suffisamment profité durant leur intense vie de labeur à la Société Générale.
Ils étaient très satisfaits de cette acquisition. La rue était calme, tandis que dans la journée le soleil éclaboussait avec force les vastes baies vitrées orientées plein sud.
Cependant, pour l’heure, il semblait bien qu’il y ait un problème. Des gouttes d’eau tombaient en effet sur son visage à intervalles réguliers, ce qui avait fini par la réveiller. Alors elle réveilla à son tour son époux, qui se retourna lourdement et bougonna.
— Qu’est-ce qui se passe, ce n’est pas encore l’heure de se lever, Amélie!
— Regarde, Robert, il y a de l’eau qui tombe sur moi.
— De l’eau! Mais où ça, où tu vois de l’eau?
— Là, sur moi, mais, regarde, espèce de vieux con !
Robert Bourdalou dut se rendre à l’évidence lorsqu’une nouvelle et grosse goutte tomba sur sa main.
— Merde ! Qu’est-ce que c’est que ça ? Ça tombe beaucoup ?
— Non, pas beaucoup, mais ça tombe régulièrement.
— Depuis longtemps ?
— Je ne sais pas, parce que ça vient tout juste de me réveiller.
— Et tu n’as rien remarqué quand nous nous sommes couchés?
— Non, il n’y avait rien d’anormal.
— Il doit y avoir une fuite là-haut, il faudra leur signaler ça demain.
— Demain ! ?
Amélie, qui était maintenant bien réveillée, fit un furieux bond dans le lit :
« Mais cette flotte va abîmer les peintures, Robert et elles sont toutes neuves, tu te souviens du prix que ça nous a coûté, tout ça ! »
Alors Amélie, exacerbée, se fit encore plus pressante.
— Il faut arrêter cette fuite, et il faut l’arrêter tout de suite, Robert !
Le pauvre homme en tremblota comme tremble une feuille morte :
— Et comment veux-tu faire, chérie? Il n’y a personne dans cette boite en pleine nuit. Quelle heure est-il, au fait?
— Trois heures.
— Ils n’arriveront pas avant neuf heures, tu le sais bien….
Encore six heures à attendre, mais ce n’est pas possible, Robert. !
Amélie était déjà fort contrariée quand une nouvelle goutte vint s’écraser sur son visage, qui fut bien plus grosse que les autres, celle-là.
— Il faut absolument faire quelque chose, chéri, et vite, vite, tu vois bien que ça s’aggrave !
Elle lui jeta un regard en biais, mi moqueur mi agressif, pour lui dire : « Mais bouge-toi donc, mon Dieu, mais qu’est-ce que tu peux être mollasson, mon pauvre ami, tu sais que tu vieillis bien mal, toi, qu’est-ce que ça va être dans dix ans, dis-moi! » Toute la rancœur qu’elle avait accumulée vis à vis de son époux au fil de ces longues années de vie commune, et qui avait succédé au délicieux enthousiasme de la jeunesse, remontait à présent à la surface, comme des bulles qui seraient pressées d’atteindre la surface d’une coupe de champagne.
— Ramolli de la carcasse, ratatiné du cabochon, bande-mou ! L’invectiva-t-elle méchamment.
On ne va quand même pas se laisser inonder sans réagir, c’est fou, ça, mais bouge-toi donc, vieux con !
Le pauvre Robert, qui avait d’abord été simplement agressé, se sentit enseveli sous cette volée de bois vert qui lui tombait dessus et remettait violemment en cause son intégrité physique, et jusqu’à sa virilité, qui était certes défaillante, mais, à son âge, était-il bien raisonnable de lui en demander plus, ne put bien sûr pas faire autrement que de se lever.
— Oui, oui, calme-toi, chérie, je m’en occupe, tout de suite…
Il alluma la lumière en tâtonnant sur sa table de nuit, puis il enfila une robe de chambre et il chaussa ses vieilles pantoufles pour se diriger à petits pas traînants vers le séjour.
— Je vais téléphoner aux pompiers, dit-il calmement. Ils sauront bien ce qu’il faut faire, eux, c’est leur métier, après tout, de s’occuper de ce genre de conneries, non ?
— Et surtout dis-leur bien que c’est urgent, maugréa Amélie.
Moins d’une heure plus tard le lourd véhicule des pompiers se garait silencieusement, comme en catimini, le long du trottoir de la rue de Paradis, qui était déserte à cette heure, au pied du bel l’immeuble en pierre de taille qui abritait aussi les bureaux de la société Prestlog, ainsi qu’en témoignait la plaque de cuivre visée sur le mur. Un jeune pompier monta vers l’appartement des Bourdalou pour s’assurer de la véracité de leurs dires. Il y avait tant de plaisantins et de fausses alertes, un peu comme si la priorité du moment était de leur faire perdre an maximum leur temps! Dans la chambre du couple il constata, presque avec un ouf de soulagement que, effectivement, une large auréole d’humidité récente maculait le plafond.
Il redescendit faire part de ses observations à son supérieur, qui décida d’intervenir sans plus tarder.
Ils grimpèrent jusqu’au cinquième, et arrivés là, ils se trouvèrent bloqués par une porte blindée qui donnait directement accès aux locaux de l’entreprise. Celle-ci était solidement fermée et leur passe ne permettait pas d’ouvrir ce type de serrure de sécurité. Ils décidèrent alors de passer par l’extérieur.
Dans la nuit parisienne la grande échelle s’éleva avec un léger cliquetis, souligné par le doux ronronnement du moteur, vers le cinquième étage. Trois hommes y grimpèrent. Ils n’eurent aucun mal à pénétrer dans les locaux déserts en passant par une fenêtre qui était par chance restée entrouverte.
Une seule lampe était allumée, alors ils actionnèrent tous les interrupteurs, et ils se retrouvèrent au cœur d’un vaste local, éclairé à giorno par des dizaines d’halogènes, qui ressemblait un peu à une boutique de fleuriste. Mais à y regarder de plus près, les boxes alignés le long du mur, qui étaient tous équipés de bureaux et d’ordinateurs, évoquaient plutôt un bureau, un open-space, plus exactement, une de ces nouvelles structures de travail qui étaient à la mode depuis quelques années. Ils firent le tour de la grande pièce et ne tardèrent pas à découvrir une porte sous laquelle suintait un mince filet d’eau.
« On dirait que ça vient de là », fit l’un d’eux.
Le plus gradé de l’équipe s’avança et ouvrit la porte avec précaution. Qu’allait-il trouver là derrière? Une image issue des bandes dessinées de son enfance surgit avec vivacité dans son esprit calé sur une ambiance de milieu de nuit : « Peut-être était-ce un de ces facétieux dragons noctambules qui faisait tranquillement son petit pipi ? »
Il pénétra dans la petite salle d’eau éclairée par des appliques murales et là il s’arrêta net, tandis que ses yeux écarquillés restaient solidement rivés sur le sol. Il se retourna alors vers ses hommes pour s’exclamer d’une voix forte :
« Merde, appelez l’ambulance, tout de suite, et le docteur, aussi, vite, les gars ! »
Un spectacle insolite s’offrait en effet à leurs yeux incrédules.
Une belle femme, qui semblait âgée d’une quarantaine d’années, gisait, à moitié nue, ses vêtements étant en lambeaux, en travers du bac de la douche. Un mince filet d’eau gouttait doucement du pommeau, générant les dégâts qu’ils avaient constatés à l’étage en dessous.
— Et appelez aussi le commissariat du 10ème. Il faut qu’ils envoient quelqu’un ici tout de suite.
Moins d’une heure plus tard, c’en était fini de la légendaire tranquillité de la rue de Paradis.
Le véhicule de secours du médecin des pompiers était arrivé sirène hurlante, de même que la petite voiture de patrouille blanche et bleue qui avait été dépêchée par le commissariat du quartier.
Le médecin fit rapidement savoir qu’il n’y avait malheureusement plus rien à faire, la personne étant décédée, et cela manifestement depuis déjà plusieurs heures.
Le jeune lieutenant de police du dixième arrondissement, arrivé sur les lieux, procéda aux premières constatations. Il prit quelques photos, suivant en cela le strict protocole qui lui avait été enseigné lors de sa formation. Il ordonna que deux hommes restent sur place jusqu’à l’arrivée du personnel de l’entreprise. Il n’était que six heures du matin, ils devraient donc rester là au moins jusqu’à neuf heures. Il informa par radio le commissaire des faits qu’il venait de constater, à savoir la présence d’une jeune femme décédée dans la douche d’une entreprise située rue de Paradis. Les premières constatations permirent de relever que la personne était en partie dévêtue et présentait des signes manifestes de violence. Son chemisier était déchiré, on pouvait noter la marque résiduelle d’un coup sur sa joue droite ainsi qu’une importante contusion à l’arrière du crâne. Les locaux, eux, paraissaient en ordre, à part peut-être quelques pots de fleurs qui avaient été renversés. Ils ne semblaient pas avoir été fouillés ni même visités. Par ailleurs, on avait retrouvé cinq mille francs et des papiers d’identité au nom de Brigitte Beghim dans le sac à main de la victime, qui était resté posé bien en évidence sur son bureau, ainsi que deux bouteilles de Glenfiddish vides, toujours dans le bureau. Des traces, qui semblaient être dues à des vomissures récentes, maculaient la moquette en plusieurs endroits.
L’inspecteur laissa deux hommes en faction à la porte de l’établissement, et il appela les techniciens de la police scientifique. Ceux-ci arrivèrent aussitôt avec leur matériel sophistiqué dans le but de relever les indices et de geler ce qui se présentait de toute évidence comme une scène de crime.

Lorsque le jeune policier quitta les lieux, il était manifestement éprouvé. Il n’avait pas encore eu l’occasion de voir de cadavres dans sa jeune carrière. Celui de cette belle femme à demi-nue, effondrée au fond du bac de sa douche dans cette attitude tragiquement impudique, comme une grande poupée désarticulée, l’avait profondément choqué. Il se rendit à l’étage du dessous pour interroger les Bourdalou. C’étaient eux qui avaient donné l’alerte, d’après les pompiers.
Amélie Bourdalou le reçut aussi aimablement que l’on reçoit un jeune chien dans un jeu de quilles. Elle s’exprima d’une voix haut perchée sur un ton désagréable, comme si elle voulait à tout prix mettre en fuite un maraudeur.
— Mais qu’est-ce qui se passe, enfin? En voilà du ramdam, pour une simple fuite!
— Il ne s’agit pas d’une simple fuite, madame, mais d’un homicide. Une femme est morte, là haut ! Je voulais savoir si vous avez vu ou entendu quelque chose, cette nuit.
— A part que j’ai été réveillée par de l’eau qui me gouttait sur le visage, grommela Amélie, je n’ai rien remarqué du tout.
— Hier soir, peut-être…
— Non, rien, je n’ai absolument rien remarqué, rien du tout !
Robert parvint alors à se frayer un chemin jusqu’à la porte en écartant d’une poigne ferme son atrabilaire épouse de son passage. Il se montra bien plus aimable et coopératif que la désagréable dame.
— Hier soir, il y a eu du chahut là haut, vers sept-huit heures.
— Excusez-moi, il était sept, ou huit heures? C’est important, vous savez.
— Je ne sais pas exactement, mais c’était avant de dîner, ça j’en suis sûr, parce que je regardais Canal plus. Et comme l’émission dure de sept à huit heures… je ne peux pas vous dire exactement à quelle heure c’était.
— De quel genre de chahut s’agissait-il?
— Je ne sais pas quoi vous dire, moi, mais il y avait de l’animation, quoi. C’est si calme d’habitude, de ces heures, que ça m’a beaucoup étonné, bien sûr. J’ai entendu des bruits au plafond, comme si quelqu’un sautait à l’étage au dessus, mais ça s’est rapidement calmé, alors je ne me suis pas inquiété outre mesure.
On plaça avec beaucoup de précautions le corps de la belle Brigitte dans une housse en vue de son transport à l’institut médico-légal. Le métro aérien qui passait tout près de là ne l’empêcherait pas, cette nuit, de dormir tout son saoul.

3
Ce matin là, très tôt, en gare de Melun, un train de nuit effectuant la liaison entre Nice et Paris est violemment entré en collision avec un convoi de marchandises. Le choc a été effroyable, si terrible que la voiture de tête du Nice-Paris est montée sur la locomotive. Elle a été éventrée, et en partie déchiquetée.
Le bilan fut particulièrement lourd, puisqu’ on ne dénombra pas moins de 26 morts et 57 blessés.
Les blessés furent dispatchés dans les hôpitaux de la région tandis que les 26 victimes décédées furent transportées à l’institut médico-légal de Paris, le seul qui soit équipé pour réaliser autant d’autopsies simultanées. Le docteur Colavito grattait son crâne dégarni devant cet afflux inhabituel de clients.
Aussi, lorsqu’on on lui amena Brigitte, il fit savoir aux policiers que l’autopsie devrait attendre quelques jours. On va la mettre au frais, ajouta-t-il, et nous verrons plus tard ce que cette belle dame voudra bien nous raconter à propos des misères qu’on lui a faites subir cette nuit.
Au 36 du quai des orfèvres, le procureur avait demandé au commissaire Xavier de Chaisemartin de s’occuper de cette curieuse affaire. Une femme chef d’entreprise avait été retrouvée décédée, à moitié nue, à trois heures du matin, dans la douche de son bureau ; et aucune trace d’effraction n’avait été relevée. On ne voyait pas cela tous les jours! Il nota que l’entreprise était équipée d’une porte blindée, qui était restée intacte.
Puisque l’autopsie devrait attendre quelques jours, il fallait donc commencer sans plus tarder par l’enquête de proximité.
Il emmena avec lui l’inspecteur Ramon pour commencer le travail.
Il laissa son collègue chez les Bourdalou, avec pour mission de les interroger, ainsi que tous les autres occupants de l’immeuble.
Il monta ensuite au cinquième et sonna.
Une belle jeune femme brune vint lui ouvrir.
— Bonjour, commissaire de Chaisemartin, à qui ai-je l’honneur?
— Fatima El Atrassi. Je suis… j’étais, la secrétaire de madame Beghim.
— Pouvez-vous me parler de madame Beghim? A-t-elle de la famille, des amis proches?
— Oh monsieur, c’est… enfin, c’était, une femme si bonne, et une si grosse travailleuse ! Elle était divorcée depuis longtemps, elle a un garçon de 17 ans. J’ai prévenu son fils Damien, mais il faudrait aussi prévenir son ami.
— Pourquoi ne pas l’avoir déjà fait?
— J’ai téléphoné à sa boutique, mais il n’y avait personne. J’ai laissé un message pour lui demander de me rappeler le plus vite possible, et il ne l’a pas encore fait, voilà tout.
Le commissaire nota ces informations dans un calepin avant de retrouver l’inspecteur Ramon, qui lui fit sans plus tarder son rapport.
— Les occupants de l’immeuble n’ont rien remarqué, mais le voisin du dessous, monsieur Bourdalou, oui, il a entendu des bruits inhabituels, la veille vers 19 ou 20 heures.
— Quel genre de bruits?
— Du raffut, quoi, des chocs sourds, un peu comme si on se battait, là-haut.
— On devra peut-être retenir ça pour l’heure supposée du crime.
— Supposée? Il n’y aura donc pas d’autopsie?
— Oh si, bien sur que oui, mais avec cette histoire de train, ils sont débordés, vous savez, et cela risque de prendre un certain temps.
Xavier de Chaisemartin remonta chez Prestlog.
Il interrogea Agnès, l’autre secrétaire, sur ce fameux ami de Brigitte.
— C’est Benjamin Racine, le gérant de la boutique de fleurs. On a essayé de le joindre, mais il ne répond pas. Je sais qu’il habite aux halles, passage du grand cerf, mais je n’ai pas son numéro de téléphone personnel, il a toujours refusé de me le donner, parce qu’il a peur d’être dérangé à des heures indues. Il a tellement de travail, d’après ce qu’il dit, qu’il tient absolument à bien dormir, la nuit…
— Connaîtriez-vous d’autres personnes qui soient des proches de madame Beghim?
— Oui, Bien sûr. Il y a monsieur Dunoyer de Peyregand, le PDG du groupe Marbeuf. C’était un de ses grands amis. Je viens d’ailleurs de l’appeler, et le pauvre, il est bien sûr effondré.
Xavier pensa qu’il serait peut-être bon de commencer par s’intéresser à ce jeune Benjamin, ce garçon qui avait mystérieusement disparu, et surtout d’une façon si opportune.
La luxueuse boutique de la rue Dupleix était en effet fermée. Un écriteau posé avec désinvolture sur la porte affichait ce laconique message : « fermeture pour congés annuels ».
– Ça c’est vraiment bizarre, pensa le commissaire.
Il n’eut aucune difficulté à trouver le passage du grand cerf. Les luxueuses boutiques y voisinaient avec une agence de voyages et un restaurant brésilien. Il entra dans le restaurant et demanda si quelqu’un connaissait un jeune fleuriste nommé Benjamin Racine.
Une jeune serveuse lui répondit qu’elle le connaissait bien. Il habitait à l’autre bout du passage, sur la droite.
Xavier retourna sur ses pas et il aperçut une sonnette avec le nom « Racine » tracé au stylo à bille d’une écriture négligente. Il appuya sur le bouton.
Une voix féminine haut perchée se fit entendre dans l’interphone.
— C’est qui?
— Commissaire de Chaisemartin. Je souhaiterais parler à monsieur Racine.
— Je vous ouvre. Montez, c’est au premier.
Il grimpa allègrement jusqu’au premier étage, où il se trouva face à une jeune fille plutôt jolie aux cheveux roses et aux grands yeux bleus, mais qui était fort légèrement vêtue.
L’appartement semblait petit, mais il avait été rénové à la façon contemporaine, sans doute par un professionnel éclairé.
Un beau garçon brun, dont les cheveux courts étaient encore humides, se présenta rapidement dans l’entrée.
— Excusez, dit-il, je sors juste de la douche.
– Je vous en prie, prenez votre temps. Je suis le commissaire de Chaisemartin, de la brigade criminelle.
— La brigade criminelle ? Pourquoi, qu’est ce qu’il se passe?
— Vous n’écoutez pas la radio, monsieur Racine?
— Si, cet accident de train! C’est ça? Mais en quoi est-ce que cela me concerne?
— On a aussi parlé d’une chose qui vous concerne, aux actualités, ce matin.
— Ah bon, je n’ai pas entendu. Il faut dire que nous étions assez occupés, avec Daisy, dit-il en désignant la jeune fille aux cheveux roses.
— Je crois que je vois assez bien, oui, fit le commissaire en admirant la plastique aguichante de la demoiselle, dont le long T.shirt qui la recouvrait était ponctué de tâches douteuses. J’ai trouvé porte close à votre boutique, c’est pour ça que je me suis permis de venir vous voir chez vous.
— En effet, j’ai pris quelques jours de congés. J’ai décidé ça hier soir.
— Hier soir? Monsieur Racine, je suis désolé de vous apprendre, à moins que vous ne le sachiez déjà, que hier soir, justement, madame Brigitte Beghim a été assassinée ! Vous la connaissiez bien, d’après ce que l’on m’a rapporté.
Le sol sembla soudain vaciller sous les pieds du garçon, qui parut frappé de stupéfaction et éprouva le besoin de s’appuyer contre le mur.
— Brigitte ! Assassinée! Hier soir! A Barbizon?
— Non, rue de Paradis, dans son bureau.
« Hier soir! Mais… » Benjamin semblait être plutôt mal à l’aise, car il tremblotait et bredouillait, quand il annonça :« mais, j’y suis allé, rue de Paradis, hier soir, j’y suis allé, hier soir !».
— A quelle heure vous êtes –vous rendu là-bas, monsieur Racine? Demanda le commissaire sur un ton soudain devenu suspicieux.
— Heuuuu, j’ai fermé ma boutique et j’y suis allé directement, il devait donc être 18 ou 18H30, à peu de choses près.
— Ça m’a l’air de coller, cette histoire, pensa le commissaire.
— Est-ce qu’elle attendait quelqu’un, quand vous êtes parti, demanda-t-il?
— Je ne crois pas, non. Je sais juste qu’elle avait l’intention de voir son ami, monsieur Dunoyer… de Quelque chose, ces jours-ci.
— De Peyregand, peut-être?
— C’est ça, oui.
—Vous êtes vous disputés, hier soir, monsieur Racine ?
— Ah, on peut dire qu’on s’est bien engueulés, oui.
— Et vous vous êtes battus?
— Battus, non, on ne peut pas dire ça, pour quelle raison se serait-on battus ? Elle était très en colère contre moi, ça c’est sûr, mais on ne s’est quand même pas battus.
— En colère pour quelle raison?
— Oh, c’était parce qu’elle trouvait que j’avais plutôt tendance à la délaisser, ces derniers temps.
— Que vous la délaissiez? Vous aviez donc une liaison avec elle.
— Oui, et ce n’est un secret pour personne, commissaire. Tout le monde était au courant, vous savez, même Daisy, n’est-ce pas, ma puce ?
La jeune file acquiesça de la tête.
Il fit alors un geste large de la main.
— Comment croyez-vous que je me suis payé cet appart, commissaire ?
— Je ne sais pas, moi, vous avez contracté un emprunt…comme tout le monde, en fait !
— Vous n’y êtes pas du tout, c’est Brigitte qui me l’a acheté.
Et elle ne m’a même pas demandé de l’épouser en échange, comme elle l’avait fait avec ce connard de Michael.
— Vous pouvez me dire qui est ce Michael dont vous parlez, s’il vous plaît?
— Oh c’est un garçon qu’elle a connu il y a deux ans, et qui lui a joué un tour de salaud.
— Vous avez donc eu une altercation avec elle.
— Oui, elle était très en colère, je vous dis. Faut dire qu’elle a de sérieux problèmes au boulot, en ce moment. Et ça n’a bien sûr rien arrangé.
— Alors vous vous êtes battus !
— Non, on ne s’est pas battus, je vous dis ! C’était juste une dispute d’amoureux. A un moment elle m’a griffé, alors je l’ai giflée à mon tour ! Mais c’était juste pour qu’elle se calme, hein ! Parce que je ne voulais pas lui faire de mal. Elle ne le mérite pas, d’ailleurs, parce que c’est une chouette nana, dans le fond.
— C’était…
— J’arrive pas à m’y faire, putain! C’est pas vrai, elle n’est pas morte, dites !
— Et après l’avoir giflée, qu’avez-vous fait?
— Rien, je suis parti.
J’étais en rogne, c’est là que j’ai décidé de fermer la boutique pour quelques jours.
— Monsieur Racine, pourriez-vous passer à mon bureau demain matin, lui demanda le commissaire en lui tendant sa carte. C’est pour enregistrer votre déposition.
— Vous ne croyez quand même pas que j’aurais pu la tuer…
— Il y a bien longtemps que je ne crois plus rien, monsieur Racine, seuls les faits m’intéressent, je ne me passionne que pour le sonnant et le trébuchant, alors à demain, je compte sur vous, bien sûr !
Benjamin Racine, ce Michael, De Peyregand, et qui d’autre encore?
Le lendemain, le commissaire réexamina les éléments qui avaient été ramenés par les policiers à l’issue des premières constatations.
– Deux bouteilles de whisky, vides. Et une boite de Temesta, vide elle aussi !
– Et un portefeuille, mais il était pour sa part plutôt bien garni ! Ainsi, l’argent ne semblait pas être le motif de ce crime.
Quand Xavier se présenta rue Marbeuf, il régnait une effervescence étonnante dans les locaux de l’entreprise. Beaucoup de monde s’y bousculait. Il dut jouer des coudes avant de pouvoir rejoindre le comptoir de l’accueil. Là on lui dit que c’était la première réunion depuis le retour de vacances de monsieur de Peyregand, et que tous les commerciaux, ou presque, étaient là.
Il s’installa dans un bureau pour attendre le patron.
Un homme élégant y pénétra bientôt, qui lui tendit une main virile en se présentant :
— Philippe de Peyregand, je suis le PDG de cette maison de fous.
— Commissaire de Chaisemartin, se présenta à son tour Xavier. je suis chargé de l’enquête sur le décès de madame Beghim.
— Oh, mais, c’est une horreur ! Cette pauvre femme, qui n’a jamais fait le moindre mal à qui que ce soit, alors, finir ainsi, c’est proprement incroyable !
— Vous la connaissiez bien, d’après ce que l’on m’a dit. Quand l’avez-vous vue pour la dernière fois?
— Cela remonte à un petit moment. Elle avait une liaison avec son jeune associé, Benjamin Racine, alors je la voyais moins, ces derniers temps.
— Son associé !? Je pensais que c’était son employé.
— Non, en fait il possède 25% des parts de la l’affaire de fleurs. Elle avait monté cette boutique pour lui, avec lui. Je lui avais bien dit que c’était risqué, mais vous savez, elle n’en faisait qu’à sa tête, cette pauvre femme !
— J’ai interrogé ce garçon, Il m’a dit que madame Beghim avait l’intention de vous rencontrer ces jours-ci. Savez-vous pourquoi?
— Je pense, oui. Nous étions en pourparlers pour le rachat de sa société. Elle avait peut-être pris une décision, les événements aidant.
Après la piste du crime passionnel, voici maintenant la piste des gros sous qui s’avance, pensa le commissaire.
— Êtes-vous certain qu’il s’agit bien d’un meurtre, au fait ?
— Que voulez-vous que ce soit d’autre? On l’a retrouvée manifestement battue, et à moitié déshabillée?
— Je ne sais pas, moi, une querelle d’amoureux, une rencontre avec un type chelou, qui aurait mal tourné…
Il y a eu un moment où elle draguait sur le minitel, le 3615 Nous Deux, ou quelque chose comme ça. Un rendez-vous galant qui se serait mal passé, c’est possible.
— Vous avez raison, ce n’est pas à exclure. Je n’avais pas envisagé cette piste. Excusez-moi, monsieur de Peyregand, mais il est de mon devoir de vous poser cette question : « Que faisiez-vous lundi soir, entre 19 et 20 heures? »
– Je suis rentré de vacances dimanche et lundi soir j’étais ici, au bureau. Je travaillais avec mon imprimeur et ma nièce Daphné sur la maquette de notre prochaine plaquette de présentation.
Au quai des orfèvres, le commissaire interrogea de nouveau le jeune Benjamin.
— Mais que vous voulez-vous que je vous dise de plus, s’énerva-t-il? Je vous ai déjà tout raconté.
— Oui, vous m’avez dit que vous êtes rentré chez vous après l’avoir quittée. Mais qu’avez-vous fait exactement, alors?
— Ah, eh bien, d’abord, je suis passé chercher Daisy chez ses patrons, elle garde des enfants, et nous sommes rentrés ensemble. On a mangé au resto brésilien du passage et Daisy a passé la nuit chez moi et….on a passé la nuit ensemble, quoi, vous voulez peut-être des détails ?
— Ça ne sera pas utile, mais, quelqu’un peut-il en témoigner?
— Oui, Marina, c’est la serveuse, elle me connaît bien, et c’est justement elle qui s’est occupée de nous.

Xavier demanda à Fatima les coordonnées du fameux Joseph et il le convoqua aussitôt à son bureau.
Lorsque le chauffeur se présenta, le commissaire jugea que Benjamin avait été en dessous de la réalité. Et l’impressionnant chauffeur de maître allait se montrer plutôt bavard.
Joseph Dantec était un solide gaillard, un type massif, grand et baraqué, qui en avait manifestement vu d’autres dans sa vie tumultueuse de baroudeur. Aussi, ce n’était pas cette convocation au quai des orfèvres qui allait l’impressionner, et encore moins le perturber.
Il raconta qu’il avait vingt ans quand il s’est engagé dans l’armée, le cœur gonflé d’enthousiasme à l’idée de servir son pays, de lui être utile, et si possible, de se présenter aux portes de la gloire.
C’était alors un garçon bagarreur qui avait commis quelques menus délits, mais sans avoir été jamais condamné. Sitôt engagé, on l’avait envoyé en Algérie, pour mater les bougnoules, comme il le dit avec fierté.
C’est ainsi qu’il se retrouva, En 1957, avec ses collègues de la dixième division parachutiste, au cœur de la bataille d’Alger, enrôlé dans l’escadron de la mort du général Aussaresses.
Car depuis fin de l’année 1956, les indépendantistes du FLN commettaient de plus en plus d’attentats, notamment à Alger. Des commerces et des bars furent détruits par de violentes explosions qui firent des dizaines de morts. Il fallait arrêter cette escalade dans l’horreur, trouver les responsables, et surtout les faire parler pour qu’ils livrent leurs caches et dénoncent les membres de leur réseau.
Le général Massu avait reçu les pleins pouvoirs, et il venait d’affirmer avec force que tout serait bon pour obtenir des résultats rapides. On allait donc avoir recours à la torture.
D’autres avaient été traumatisés par cette expérience, mais pas lui. Il en avait au contraire tiré une sorte de philosophie : « Si tu veux la paix, il ne faut pas être trop regardant sur les moyens de l’obtenir »
Joseph se tenait devant le commissaire dans une attitude figée, comme une parodie de garde à vous, qui ne pouvait que souligner sa soumission naturelle à l’autorité.
« Alors, comme ça, dit-il, ils ont fini par lui faire le coup du père François, à B.B ? A la belle blonde, je veux dire, parce que c’est comme ça que je l’appelais, moi, B.B ! Quand j’ai appris sa mort à la télé, ça m’a fait un sacré choc, bien sûr, mais ça ne m’a pas étonné plus que ça, vous savez.
— Parce que vous voyez quelqu’un qui pourrait être l’auteur de ce meurtre, monsieur Dantec ?
— Oh oui, pour moi, et je vais vous livrer le fond de ma pensée, y a pas à chercher bien loin, c’est sûrement un de ses bougnoules. Parce qu’il y a en a plein qui travaillent dans cette boite. Et elle ne se contentait pas de les laisser venir, comme on fait en principe, non, elle allait les chercher, elle, et jusqu’au Maroc !
Des arabes qui sont même pas Français, vous vous rendez compte ? Déjà qu’on a les pires problèmes avec les nôtres, alors là, je vous dis pas.
C’est pas moi qui ferais travailler cette engeance. J’ai fait la guerre d’Algérie, moi, commissaire, et je sais de quoi ils sont capables, hélas ! Heureusement qu’on avait la gégène pour les faire parler, nous ! Parce que c’est hypocrites et compagnie, ces gens là, croyez moi. Ils faisaient moins les marioles quand ils avaient les fils électriques enroulés autour des burnes…»
Il partit d’un grand éclat de rire : Ah Ah Ah Ah ! « Ça te chatouille ou ça te grattouille, mon pauvre Ahmed ? »
— Pa, parce que, vous avez pratiqué la torture, monsieur Dantec ?
— Ben mon colon, je veux, j’ai fait mon devoir, quoi, je suis quand même pas une lopette. Et pas qu’une fois. On en a arrêté 24000 quand même, et ils n’étaient pas tous innocents, pour ça vous pouvez me croire. Et il fallait bien qu’ils parlent. On a fini par leur faire dire où étaient leurs planques, et alors, fallait voir ça, ils se sont entre-dénoncés à qui mieux mieux ! C’est certain qu’y avait pas que des courageux comme notre grand Jean Moulin, chez eux !
— Et à part ça, voyez- vous quelqu’un d’autre ?
— Ben, si je vous disais qu’on n’a que l’embarras du choix ! Parce qu’elle avait tendance à se taper tout ce qui bougeait, la mère Brigitte. Et avec ça, elle se baladait toujours avec plein de fric sur elle, du liquide ! Ce n’est pas les suspects qui vont vous manquer, commissaire. A part ses arabes, bien sûr, ou un amant de passage, ce qui est toujours possible, et il y a eu ce fameux Michael, vraiment pas net, ce mec, pas franc du collier, je l’aimais pas beaucoup, moi, çui-là, parce que c’était un vrai charmeur mais aussi un vrai fourbe, et on voyait bien qu’il n’y avait que son pognon qui l’intéressait. Et y a aussi le petit Benjamin, bien sûr, et ce gros bourge de Peyregand, qui lorgnait sur sa boite comme Grosminet lorgne sur Titi, en se pourléchant les babines, sans parler des autres !
— Parce que monsieur de Peyregand était son amant ?
— Ah, ça, je ne saurais pas vous le dire, parce que je ne dormais pas sous son lit, vous savez, ni même devant la porte de sa chambre, mais ce que je sais, c’est qu’ils étaient tout le temps fourrés ensemble, ces deux-là.
Et je vais vous dire quelque chose d’autre. Je ne sais pas si c’est légal mais on s’en fout, n’est-ce pas ?
J’ai une amie prostituée, une jolie jeune dame qui fait l’escort. De temps en temps, elle emmène des michetons en club libertin, en boites à partouzes, si vous préférez.
— Je vois, oui.
— Sofia m’avait vu un jour avec madame Beghim, alors elle la connaissait. Figurez-vous qu’elle m’a dit qu’elle était absolument certaine de l’avoir vue dans une boite de cul à Versailles, ça s’appelle « Le château », je crois.
C’est toutes des salopes, et ça je peux vous le dire sans tergiverser, commissaire, et je pense même que vous devez en savoir quelque chose, vous. Elles ont l’air clean comme ça, toutes mignonnes, bien parfumées, bien sapées, elles ont toujours une culotte propre dans le fond de leur sac à main, des capotes, et tout et tout, mais si on creuse un peu….
— Quand l’avez-vous vue pour la dernière fois ?
— Oh ça fait une paye. Le mois dernier, je l’ai emmenée avec Benjamin en baie de Somme. C’est un chouette endroit, d’ailleurs. Je connaissais pas, mais ça vaut le coup. Ah oui, un autre soir aussi, y a pas longtemps, elle m’a demandé de la ramener à Barbizon, mais je me souviens pas quel jour c’était.
—Vous êtes salarié de madame Beghim à temps complet ?
En entendant ces mots le viril chauffeur fit un bond.
— Pensez-vous, à temps complet ! Mais non, bien sûr. En fait je ne suis que le larbin de service, monsieur le commissaire. Je suis à la disposition de madame quand elle a besoin de moi, enfin, j’étais…. et le reste du temps, bernique ! Heureusement que j’ai ma pension, 25 ans d’armée, quand même, ça nourrit son homme. Le travail que je faisais pour elle ne me payait que mes extras.
— Vous n’avez pas l’air de la porter spécialement dans votre cœur.
— C’est pas ça, parce que le boulot, c’est le boulot. Mais faut pas m’en demander plus. Pourtant, ça me fait quelque chose quand même. Ce n’était pas une mauvaise fille, dans le fond, un peu rêveuse, et un peu trop naïve, peut-être…
Les boites à partouzes, maintenant, il ne manquait plus que ça, bougonna de Chaisemartin.
Mais quel crédit fallait-il accorder aux dires de cet énergumène ? Qui ferait un beau suspect potentiel, d’ailleurs, macho, raciste, et manifestement violent.

Xavier retourna dans les locaux de Prestlog afin de poser quelques questions, notamment sur ce fameux Michael.
— C’est l’ancien DRH, lui confirma Paul Desmoulins. Mais il travaille et habite à Angers, maintenant.
Fatima s’approcha, et elle lui déclara alors, l’air contrite et étrangement embarrassée : « Commissaire, je ne vous ai pas encore parlé d’une histoire qui m’interroge et me perturbe pas mal, depuis hier, au point que je n’en ai quasiment pas dormi de la nuit. »
— Je vous écoute, mademoiselle, racontez-moi tout.
— Voilà, quand nous avons embauché Michael, nous avions passé une annonce, et il y a eu un candidat que nous n’avons pas pris la peine de convoquer qui s’est montré assez agressif. C’était un Marocain, il a appelé plusieurs fois pour demander à parler à Brigitte. Un jour j’ai été assez dure avec lui, sur les instructions de Brigitte. Il m’a alors dit que puisqu’on le traitait comme ça, il allait venir à l’improviste, et qu’on allait voir ce qu’on allait voir !
— Et, il est venu?
— Non. Mais maintenant, je me demande…
Le commissaire se montra intéressé au plus haut point.
— Vous avez son nom, ses coordonnées?
Le lendemain matin, un jeune lieutenant se présentait au dixième étage d’une tour de Bagnolet, près du périphérique. Il appuya sur la sonnette sur laquelle figurait le nom « Belarbi Mohammed »
Une jeune fille au regard tendre qui tenait par la main un gamin débraillé lui ouvrit et le regarda avec de grands yeux étonnés.
— Bonjour, c’est pour quoi?
— Pourrais-je parler à monsieur Majid Belarbi?
— Mon frère? Il n’est pas là, parce qu’il travaille d’après-midi cette semaine, il bosse au Mac Do.
Lorsque Majid rentra chez lui, sa sœur lui tendit le document que lui avait remis le policier.
Son petit frère lui tourna autour en le harcelant :
— Tu vas encore aller en prison Majid, dis?
— J’suis jamais allé en prison, j’ai juste passé une nuit en cellule parce que j’étais bourré comme un vieux râlouf, vu, morveux !
– Une convocation au quai des orfèvres, qu’est-ce qu’ils peuvent bien me vouloir, ces enfoirés de keufs, se demanda le jeune homme?
Son père se montra lui aussi des plus inquiets. Il y avait certes bien longtemps que son fils ne lui avait plus causé de soucis majeurs, mais il fréquentait toujours cette caillera qui l’avait entraîné, jadis, sur les chemins scabreux de la petite délinquance.
— Qu’est-ce que tu as encore fait, lui demanda-t-il de façon insistante?
— Rien, papa, j’ai rien fait, rien fait du tout, je te jure.
— Ne jure pas, s’il te plaît, mon fils.
— J’irai demain matin, papa, je ne bosse qu’à partir de midi, ce n’est certainement pas bien grave, c’est peut-être juste pour un papier.
— Tu es aussi Français qu’eux, mon fils, et tu as tous les papiers nécessaires pour vivre en paix dans ce pays, jusqu’au passeport !
Ainsi, c’est assommé d’interrogations et la mort dans l’âme que Majid s’engouffra dans le métro dès le petit matin brumeux, pour se rendre au quai des orfèvres.
Le commissaire était assis derrière son bureau. Il fit asseoir Majid sur une chaise qui était bien trop basse pour lui. Le pauvre garçon ne savait plus quoi faire de ses longues jambes, aussi il se trémoussait de façon plutôt comique sur son mauvais siège.
— Monsieur Belarbi, attaqua le commissaire, je vais vous poser une question à laquelle je vous demande de répondre avec un maximum de précision.
« Merde ! C’est bien un interrogatoire.», s’inquiéta le garçon, qui s’en trouva aussitôt désarçonné, « ce n’est pas pour un papier ! »
— Monsieur Belarbi, pouvez-vous me dire où vous étiez lundi dernier entre 19 et 20 heures ?
Majid sembla réfléchir quelques instants, il sembla hésiter, il se prit la tête dans les mains avant de la relever et de jeter un regard perdu à son interlocuteur, puis le commissaire le vit souffler et se détendre petit à petit. Un lumineux sourire éclaira bientôt son visage crispé.
— Bien sûr, que je peux vous le dire, et sans problème, même ! Un lundi sur deux je vais à Guyancourt, au centre de formation de Mac Donald’s, et j’y étais, justement, ce lundi-là.
— Seriez-vous en mesure de le prouver?
— Bien sûr, c’est Américain, alors c’est très bien organisé, ils font un appel, et nous signons une fiche de présence, à chaque fois.
— Je vois dans votre CV que vous avez fait des études de ressources humaines, monsieur Belarbi.
— C’est exact, mais comment cela se fait-il que vous ayez mon CV, parce que je ne pense pas l’avoir envoyé à votre maison, ajouta-t-il sur un ton moqueur.
— Prestlog, ce nom évoque-t-il quelque chose pour vous, monsieur Belarbi?
— Oh oui, sans aucun doute, et je ne suis pas prêt de les oublier, ces cons-là ! Je me suis sérieusement attrapé avec eux. Pensez, ils se sont permis de rejeter ma candidature sans même prendre la peine de me voir, alors que j’ai fait l’une des meilleures écoles de Paris. Je leur ai même dit qu’ils étaient des enfoirés de racistes…
— Je vous remercie d’être venu et d’avoir répondu à ma convocation, et à mes questions. Mais, à l’avenir, faites attention aux propos que vous tiendrez, monsieur Belarbi. Parce que les paroles ne s’envolent pas aussi vite qu’on voudrait le croire…
Encore une piste qui s’évanouit, pensa avec tristesse le commissaire, et la plus prometteuse, en plus!

A l’institut médico-légal, le docteur Colavito en avait terminé avec les morts du train.
Il demanda à son assistant d’installer le corps de Brigitte sur la table d’autopsie.
Il préleva les organes, les analysa, les pesa. Enfin il examina avec soin le crâne, là où se trouvait la principale blessure.
— Elle n’est pas morte de ce coup, dit-il à son jeune collègue. Voyez, le cerveau n’a même pas saigné, il n’a subi aucun dommage. C’est une blessure superficielle, rien de plus. Je ne vois pas non plus de véritables traces de lutte, et pas d’autres traces de coups, à part cette marque sur la joue. Pas de peau sous les ongles, non plus.
Il décrocha son téléphone et appela le commissaire de Chaisemartin.
— Mais enfin, de quoi donc est-elle morte, s’écria celui-ci ?
— Je ne sais pas. J’’ai fait faire des analyses. J’attends les résultats, nous en saurons peut-être plus après ça.
Le lendemain à la première heure, le docteur Colavito rappela.
— J’ai une bonne nouvelle pour vous, commissaire.
— Une bonne nouvelle ? Vous pouvez peut-être me dire de quel genre de bonne nouvelle peut bien être porteur un médecin légiste à l’heure du laitier ?
— Oui, je, je sais enfin de quoi est morte votre cliente. Je m’en doutais un peu, mais maintenant c’est confirmé. Madame Beghim est décédée d’une overdose.
— De, de la drogue ?
— Non, de l’alcool, tout simplement. Quatre grammes par litre de sang, rien que ça ! Il aurait fallu être un cheval pour résister à cette dose, et encore, je ne sais pas si….
Donc, votre travail me parait terminé. Il faudra juste que vous passiez pour signer le permis d’inhumer, que je puisse la préparer, la faire belle, pour la rendre à sa famille, parce que là, elle n’est vraiment pas présentable !
Le commissaire était soulagé mais de nombreuses interrogations subsistaient. Qu’est-ce qui avait pu amener Brigitte Beghim à ingurgiter une telle quantité d’alcool ? C’était un peu comme si on lui avait fourré un entonnoir dans la bouche. Etait-il face à une façon de trucider son prochain totalement inédite dans les annales de la police?
Il avait pour habitude de dire que tout était possible, même ce qui paraissait le plus improbable. N’en avait-il pas une preuve flagrante sous les yeux?
4
L’année 1991 avait bien mal commencé pour Brigitte Beghim, comme pour tous ses collègues des sociétés de services informatiques, les fameuses SSII.
Chacun sait que ces sociétés peuvent connaître des croissances fulgurantes, mais aussi, et c’est là le revers de la médaille, mais c’est moins connu, elles peuvent connaître des débâcles tout aussi spectaculaires.
Il suffisait d’une conjoncture défavorable, de contrats perdus en grand nombre.
Les inter-contrats, ces carences dans l’activité des ingénieurs, se multipliaient. Et bien sûr il fallait quand même payer les salaires et les charges. Alors les finances de l’entreprise s’effondraient comme un château de sable balayé par la marée. Sophie Martel, la comptable, avait été catégorique. Il n’existait aucun moyen d’échapper à ces obligations légales, à moins de déposer le bilan. Mais on n’en était pas encore là ! Paul Desmoulins, le directeur commercial, se démenait comme un beau diable, certes, mais les autres avaient le ventre mou. Ils étaient démotivés, ils semblaient avoir perdu la foi dans l’âpre dieu du Business qu’ils avaient un temps vénéré.
Même l’espoir de pouvoir garer un jour devant chez eux leur BMW série 3 ou leur Saab jaune ne suffisait plus à leur insuffler l’énergie nécessaire pour aller se battre.
Il était certain que depuis le 16 janvier plus rien n’allait. Depuis que le président François Mitterrand avait annoncé que la France était entrée en guerre contre l’Irak. Dans les grandes entreprises, presque tous les projets informatiques furent arrêtés. On renvoya sans ménagement les prestataires dans leurs sociétés respectives, avant qu’ils aillent gonfler les rangs de l’agence pour l’emploi, une humiliation qui leur avait été épargnée pendant toutes ces années de folle croissance de leur activité.
Brigitte avait passé ce dimanche d’avril seule. Pas de nouvelles de Benjamin. Le jeune fleuriste avait disparu de la circulation depuis trois semaines. C’est à peine s’il la prenait au téléphone, mais il trouvait à chaque fois un bon prétexte pour écourter leur conversation. Il y avait du monde à la boutique, il devait partir d’urgence acheter des fournitures, il devait préparer une couronne pour le lendemain ou encore livrer pour un mariage samedi.
Brigitte n’y tenait plus. L’angoisse la rongeait. Elle se sentait aussi vulnérable qu’un arbrisseau sous les dents acérées d’un castor. Et si le garçon était en train de lui échapper, comme l’avait fait Michael deux ans plus tôt?
De gros nuages noirs s’amoncelèrent sous son crâne, puis ils prirent progressivement possession de ses méninges.
Il fallait qu’elle en ait le cœur net. Le lendemain, elle appela son jeune amant tôt dans la matinée pour lui demander de passer la voir le soir au bureau. Ainsi il ne pourrait pas se débiner, avait-elle pensé. Le soir, la boutique était bel et bien fermée, et il ne pourrait trouver aucune excuse valable pour l’envoyer sur les roses.
Benjamin arriva en effet peu après 18 heures, l’air tranquille et détendu, comme à son habitude, avec le sourire aux lèvres. Brigitte était seule. Elle s’avança vers lui pour l’embrasser. Son amant, mais étais-ce toujours ainsi qu’il convenait appeler ce jeune homme devenu si distant, tourna la tête, refusant ainsi les lèvres qu’elle lui tendait. La forte odeur de patchouli qu’elle dégageait l’écœura même un peu. Il alla s’installer dans le petit canapé qui avait installé au fond du bureau.
Brigitte vint s’asseoir près de lui, et elle se fit chatte, infiniment câline.
Elle sortit une bouteille de Glenfiddish et en remplit deux verres.
— Enfin, j’ai le plaisir de te voir, lui dit-elle en lui jetant un regard intense, Tu sais que je n’y croyais plus.
— Mais… on s’est vus il n’y a pas si longtemps, ma puce !
— Oui, mais ça fait déjà trois semaines, mon salaud.
— D’accord, mais on a passé tout le week-end ensemble, samedi et dimanche, et on n’est rentrés que le lundi matin. Ça fait quand même deux nuits, qu’on a passées ensemble!
— Et ça te pèse, c’est ça, mon salaud? Il va te falloir combien de temps, dis-moi, pour te remettre de cet effort considérable ?
Le jeune et séduisant Benjamin lui adressa un sourire enjôleur, de ceux dont il savait qu’ils faisaient mouche à tous les coups.
— Ça ne me pèse pas du tout, ma chérie, se défendit-il. C’est juste que je suis débordé, en ce moment. C’est le changement de saison, ne l’oublie pas. Il faut que je renouvelle tout l’assortiment, que j’aille voir les nouveautés chez les fournisseurs. J’ai aussi nettoyé la boutique de fond en comble. J’ai même refait la déco pour lui donner un petit air frais, printanier. C’est important, la déco, tu sais, pour une boutique de fleurs!
— Je comprends ça très bien, mais quand même, trois semaines, ça fait long. Il t’arrive de penser à moi, de temps en temps?

A la mi-Mars, ils avaient passé un week-end délicieux, au goût de Brigitte. Elle se laissa aller à se remémorer cet agréable souvenir.
Elle avait réussi à persuader le garçon de l’accompagner deux jours en baie de Somme.
Ils avaient roulé le samedi et Joseph les avait déposés le soir à leur hôtel. Brigitte avait réservé deux chambres, une pour eux et une pour le chauffeur.
L’hôtel du Cap Cornu n’avait que trois étoiles mais il présentait l’avantage d’être merveilleusement situé au cœur de la baie. Le service était discret mais agréable. Le restaurant, qui bénéficiait d’une belle terrasse face à la mer, se révéla tout à fait honorable, et leur agneau de prés salés succulent !
En fin d’après midi ils avaient fait une longue promenade en calèche le long de la magnifique plage de sable fin.
Et le soir venu, ils avaient paisiblement regagné leur chambre, main dans la main et le sourire aux lèvres. Benjamin ne s’était pas montré avare de petits et de gros câlins et Brigitte avait ainsi passé une excellente nuit, qui lui avait fait oublier pour un temps les importantes difficultés que connaissait sa société. Elle pensa alors qu’un amant jeune et fougueux était assurément le meilleur remède contre la morosité. Benjamin, pendant ce temps, pensait qu’il fallait en faire, des sacrifices, pour gagner correctement sa vie, et ainsi disposer d’un revenu décent pour sortir ses copines.
Car, depuis « qu’il avait fait cracher le pognon à la vieille », il était remonté dans l’estime de sa petite bande et les filles n’étaient pas les dernières à profiter de ses largesses. Il emmenait presque tous les soirs son petit monde en virée dans les nombreux bars du quartier du marais, et il finissait souvent la nuit avec Daisy, cette jeune Irlandaise fille au pair qu’il avait connue alors qu’elle zonait sur les marches des Halles.
Le lendemain, ils avaient visité le magnifique parc ornithologique du Marquenterre, qui était le siège d’une activité frénétique, car nous étions en période de nidification.
Ils avaient déambulé bras dessus bras dessous le long des sentiers en creux, et ils s’étaient longuement arrêtés dans chaque abri pour prendre le temps d’observer les oiseaux et écouter les explications des guides. Les jumelles s’étaient avérées bien utiles pour observer les petits vanneaux huppés et les huîtriers pies ainsi que la grèbe, qui se montrait plus farouche encore.
Les gros oiseaux, comme les oies cendrées et bernaches, ou encore les tadornes de belon se laissaient plus facilement observer, de même que les majestueuses grues et les amusantes spatules, qui fouillaient la vase de leur étonnant bec plat.
Un vol de cygnes était passé au-dessus de leurs têtes, bientôt suivi par un vol de cigognes claquant de leur long bec.
A midi ils avaient déjeuné avec Joseph au modeste restaurant du parc.
En fin de journée ils s’étaient attardés devant le spectacle de la héronnière, où les couples de grands échassiers, hérons, cigognes et aigrettes, élevaient leurs petits.
Il était vrai qu’ils avaient passé un très agréable week-end.
« Pourvu que ce ne soit pas le dernier » rumina Brigitte, qui était soudain redevenue sombre et spécialement morose.
A cette pensée elle voulut embrasser Benjamin, mais le garçon se cabra.
— Voilà que tu me repousses, maintenant! Mais qu’est-ce que je t’ai fait, dis-moi?
Tu n’as plus besoin de moi, c’est ça ? Tu as tout ce qu’il te faut, maintenant : la boutique, l’appartement, et même l’argent !
Comme tu voudras. Si tu ne veux pas m’embrasser, ne m’embrasse pas, mais ne crois pas que je te laisserai longtemps mener la belle vie avec mes sous, petit salopiot.
Parce que j’ai bien compris, tu sais, que tu tapes dans la caisse. Il ne faut quand même pas me prendre pour une cruche. Je suis peut-être une pauvre vieille, mais j’y vois encore clair.
Tu sais que Sophie Martel a été catégorique, et qu’elle a réussi à me persuader que tu me voles!
Et où tu les dépenses, mes sous? Avec tes petites putes, c’est ça ? Tu me trompes avec ces infâmes greluches que j’ai vues à la boutique l’autre jour. Et tu fais ça dans l’appartement que je t’ai payé, en plus, et dans notre lit, ce lit que nous avons choisi avec amour, et avec une si belle complicité!
— Arrête de délirer, Brigitte, tu sais bien que je te trompe pas, à part avec Daisy, bien sûr, mais ça c’est pas pareil, parce que Daisy, c’est Daisy ! J’ai beaucoup de travail, c’est tout, mais, il faut que tu comprennes ça, bordel!
— Je comprends, mais où tu es le soir quand je t’appelle? Tu n’es jamais là. Tu travailles même la nuit?
— Oui, bien sûr que ça m’arrive ; je suis un chef d’entreprise, moi aussi, Brigitte, et il me faut faire les comptes, et classer ces fichues factures pour les donner à ta comptable, qui me les réclame sans cesse à corps et à cris…
— C’est ça, fous toi de ma gueule, en plus. Je sais bien que tu sors avec tes copines. Quand je dis tu sors, je veux dire que tu les sautes, ces petites salopes!
Marc, mon ex mari, au moins, il faisait ça proprement, lui, et devant moi. Il me faisait même participer, si tu veux savoir. Oui, figure-toi que c’est à ça que ça sert, d’avoir des heures de vol. J’ai de l’expérience, mon amour, et même une sacrée expérience, et tu ne m’auras pas aussi facilement que tu sembles le croire!
Elle se jeta sur Benjamin et le griffa au visage.
— Je vais te l’arranger, moi, en attendant, ta petite gueule d’ange.
Il fit un bond en arrière, puis sauta sur elle et la gifla violemment.
— Tais-toi, Brigitte, tais-toi. Tu me fais chier, à la fin. T’es pas drôle, tu sais. Et je commence à en avoir marre de tes conneries, moi, je me casse! Et ne m’appelle pas, hein! Sois gentille, et essaie de m’oublier un peu, ça me fera des vacances ! Je vais aller sauter mes petites putes, comme tu dis, et avec ton fric, en plus, et ce n’en sera que meilleur! C’est que j’ai besoin de chair fraîche, moi. Je l’ai bien mérité, mon pognon, après tout.
Tu sais combien ça te coûterait, un gigolo ? Escort-boy, regarde bien sur ton minitel, il y a les prix. Plus cher que moi, quoi qu’il en soit…même si je m’accorde un pourboire de temps en temps…
Puis il sortit en claquant violemment la porte blindée.
Brigitte n’en fut pas simplement sonnée, mais elle en fut littéralement mortifiée ! Il avait besoin de chair fraîche! Quel âge j’ai, putain ? 45 ans. Il me semble que je suis encore fraîche. Je n’ai plus vingt ans, d’accord, mais beaucoup de nanas aimeraient être comme moi, à mon âge. Même cette petite gourde d’Agnès, elle est plus jeune que moi, mais elle est boudinée, et si mal fagotée, et ses caleçons, mon Dieu ! Et en plus, elle ne sent pas toujours bon. Un vrai tue-l’amour !
Fatima, oui, c’est une belle nana. Elle, d’accord, elle pourrait rivaliser avec moi.
Cependant le doute s’insinuait en elle, enfonçait des coins dans ses fragiles certitudes.
J’ai un fils de 17 ans. Il n’a pas l’âge de ce petit salaud, mais pas loin. C’est vrai qu’il aurait presque pu être mon fils.
J’ai encore de l’argent, mais si demain je n’en avais plus?
Les chiffres des inter-contrats dansaient devant ses yeux, menaçants.
Je devrais peut-être m’adosser à une société plus solide. Philippe a raison. Prestlog est une structure bien trop fragile, surtout par les temps qui courent.
L’image du fringant patron du groupe Marbeuf s’imposa à son esprit comme celle d’un sauveur potentiel.
— Je n’l’aime pas, cette putain de guerre!
Il faudra que je le voie à son retour de Thaïlande. Je vais lui dire que je suis d’accord pour qu’il rentre dans le capital. Et Paul qui est en vacances, lui aussi. Je suis seule, délaissée, abandonnée!
Elle martela fiévreusement le sol de ses pieds.
Brigitte se remémora avec une profonde nostalgie tout ce qu’elle avait vécu avec Michael.
Celui-là aussi, quel salaud, mon Dieu mais quel salaud! Il s’était bien foutu de sa gueule. Ah, le misérable petit con!
Elle n’avait vraiment pas eu de chance avec les mecs. Marc, Michael, et maintenant Benjamin !
Philippe avait peut-être raison, finalement. Elle les prenait trop jeunes, bien trop jeunes!
Sans qu’elle sache très bien pourquoi, les paroles de la chanson de Michel Berger vinrent parasiter son esprit embrumé.
Derrière les barreaux
Pour quelques mots
Qu’il pensait si fort…
Diego, libre dans sa tête….
– Moi aussi je veux être libre ! Je veux être libre d’aimer et d’être aimée de qui je veux. Je ne demande pas grand-chose, il me semble. Je ne vais tout de même pas devoir me rabattre sur les vieux! Non, non et non!
L’image de Philippe s’imposa à son esprit. Bel homme, il n’y avait rien à en redire. Puis celle de Michael s’y superposa. Il n’y avait quand même pas photo !
Elle sentit monter en elle le désespoir, la sombre noirceur des jours d’orage.
Perdue. Elle était bel et bien perdue. Trop vieille, et cette catastrophe lui était tombé dessus d’un seul coup !
Elle prit la bouteille de Glenfiddish qui était restée sur la petite table et elle s’en servit un grand verre. Elle jeta deux glaçons dans le liquide ambré.
— Je vais boire un petit coup avant de rentrer, ça va me faire le plus grand bien.
L’alcool glissa dans son œsophage en lui procurant une douce sensation de chaleur.
45 ans! Mon Dieu, et dire que je suis encore si jeune!
Elle n’était pas exigeante, pas chiante. Plutôt bonne vivante, pensa-t-elle en descendant une nouvelle rasade de whisky.
Brigitte brandit alors son verre en murmurant :
— A votre santé, mes petits salauds…
Elle aimait faire l’amour, elle savait se montrer généreuse.
Oh oui, elle était généreuse! Et si ces petits cons n’en voulaient qu’à son argent, finalement ?
Pour la première fois de sa vie, cette pensée, oh combien détestable, venait de lui traverser l’esprit.
Ce n’était pas important, l’argent, pour elle qui avait le cœur si pur. Mais pour les autres ?
L’image bienveillante de Renji Shree Rajnesh, ce gourou qu’elle avait rencontré dans sa jeunesse s’imposa à son esprit3. « L’amour est le maître du monde, tandis que l’argent n’est qu’un valet malhabile »
Un homme pour l’accompagner dans la vie. Pour embellir encore les bons moments. Pour aplanir les difficultés, quand elles se présentent.
Et si je n’avais plus d’argent? Que deviendrai-je? Rien qu’ne pauvre vieille, abandonnée de tous?
45 ans ! Suis-je encore jeune, ou bientôt vieille ? Là était la grande question, le véritable nœud du problème.
Les séduisantes images du beau Michael trottaient inlassablement dans sa tête. Tout ce qu’elle avait imaginé, la pauvre niaise qu’elle avait étée. Le grand amour! Le somptueux mariage! La descente des Champs-Élysées en carrosse, radieuse et admirée de tous.
Elle se servit un autre verre. L’alcool est sûrement le seul ami qui me reste, pensa-t-elle. Et elle versa une nouvelle rasade dans son verre.
Elle n’avait plus vraiment envie de rentrer chez elle, maintenant.
Brigitte n’aurait certainement pas le courage d’affronter la vue de Damien. Ce gamin qui, du haut de ses 17 ans, lui rappelait tous les jours les années qui lui filaient rentre les doigts. Et dire qu’il était si mignon, quand il était bébé, alors qu’elle était encore une toute jeune femme courtisée par tous. Maintenant il grandissait, grandissait. Bientôt il serait un homme, et alors, fatalement, elle serait une vieille femme! Elle avait 28 ans quand il est né. Comme elle était jeune et belle, alors!
Tous les copains de Marc étaient amoureux d’elle. Tous ces musicos auraient fait n’importe quoi pour l’avoir. Aucun n’y était parvenu, sauf à lui arracher un baiser.
Tandis qu’aujourd’hui elle se faisait larguer. Et ces maudits inter-contrats qui s’accumulaient!
Le flot d’idées noires bouillonna dans sa tête. Il fallait faire quelque chose, oui, mais quoi?
Elle farfouilla machinalement dans son sac. Sa main rencontra une petite boite en carton.
— Tiens, mes Temestas. Je vais en prendre un, ça me calmera les nerfs.
Elle se servit un autre verre de whisky et elle avala le cachet.
Elle dégagea un autre cachet de sa plaquette, et elle l’avala avec un autre verre.
Puis un autre cachet. Elle se sentait bien, enfin…si bien.
Elle était là, à portée de sa main, la solution qu’elle avait si longtemps cherchée. L’alcool !
Mais pourquoi donc n’y avait-elle pas pensé avant?
Elle but un autre verre, puis elle avala un autre cachet, et ainsi de suite jusqu’à ce que la boite fut terminée. Elle se sentait euphorique, quoique un peu sonnée.
Il faut que je rentre, maintenant. Il faut que je dorme. Demain tous mes gugusses vont débarquer pour la réunion commerciale, et il faudra alors que je sois belle. Belle et en forme, comme d’habitude.
Je suis une battante, merde, alors tout va s’arranger, c’est sûr.
Elle jeta la bouteille vide sur la moquette d’un geste rageur.
Besoin d’amour. J’ai simplement besoin d’amour…
J’en ai marre d’être trahie. Trahie par mes salariés, par mes clients, mon banquier, et même par mes amours…
Elle se leva lourdement de son fauteuil. Sa tête tourna. Telle la mouette saoulée d’air pur qui s’abat sur le rivage après avoir longuement tournoyé à la poursuite d’un petit poisson, elle, qui avait si longtemps tournoyé à la poursuite de ses amours perdues, s’abattit lourdement sur la moquette. Elle martela rageusement le sol de ses talons.
— Merde. Merde. Merde!
Devant sa télévision, à l’étage en dessous, Robert Bourdalou écoutait d’une oreille distraite ce remue-ménage, accaparé comme il était par Antoine de Caunes qui régalait de ses facéties les téléspectateurs ébaubis.
Elle se traîna jusqu’au bar.
— Il me reste une bouteille. Merci mon Dieu. Merci, mais pourquoi m’avez-vous abandonnée?
Elle respira profondément et, avec des gestes maladroits, elle réussit à dévisser le bouchon de la deuxième bouteille. Assise sur la moquette, elle porta le goulot du flacon à ses lèvres.
— Il faut que j’oublie tout ce merdier, et au plus vite!
Le visage d’un Michael ricanant lui apparut. Puis celui de Sophie Martel, la comptable, s’imposa : « Il ne faut pas aveuglément faire confiance aux gens, Madame Beghim. Il faut prendre ses précautions, il faut se protéger. La vie ce n’est pas: Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil! »
Elle avait froid, maintenant, très très froid.
Elle respirait mal, si mal, de plus en plus mal !
C’est alors que des milliers de vers se mirent à grouiller partout sous sa peau.
— Mais, mais, d’où viennent ces saloperies?
Puis elle vit des bestioles rampantes qui recouvrirent ses bras et sa poitrine.
Elle empoigna son chemisier, et elle le déchira violemment.
Il faut que je me débarrasse de cette vermine.
Elle saisit la bouteille, puis elle rassembla ses forces, et elle la porta en tremblant à ses lèvres violacées.
— Vide! Mais, tout est contre moi, aujourd’hui !
Il faut que je me débarrasse de ces bestioles avant de rentrer. Je ne peux pas prendre un taxi avec ces saloperies sur le corps.
— Un taxi ! Mais où est ce téléphone, bordel ?
— Agnès, Fatima !
Elle sortit de son bureau en chaloupant et elle se retrouva seule dans la grande pièce obscure.
— Où vous êtes ? Zêtes jamais… jamais là, quand on a besoin de vous!
Elle chancela, elle renversa des plantes, et elle parvint enfin, à force de tatonner, à trouver l’interrupteur.
A 21 heures, Brigitte, hagarde, tremblante, titubait devant la porte de la douche. Elle avait froid.
— Mon Dieu, pourquoi donc fait-il si froid?
— Une douche chaude, il faut que je prenne une douche chaude.
Perdue dans les brumes de l’alcool elle crut voir Benjamin, nu, tout près d’elle, souriant comme à son habitude.
—T’es là, mon salaud? Viens prendre une douche avec moi, et prends-moi, une dernière fois, s’il te plaît, mais, baise-moi, putain, baise-moi !
Elle réussit à tourner le robinet d’un cran, puis elle arracha son chemisier, sa jupe, et enfin sa culotte.
Mais, prends-moi, aime-moi, saligaud, voleur! Enfoiré de voleur ! Qu’est-ce que t’attends ? T’as pas envie, c’est ça! Oh je t’aime, mon chéri, mon Dieu, je t’aime tant !
Et elle s’engagea à tâtons dans le bac.
Elle glissa, elle voulut se rattraper, mais elle tomba lourdement, entraînant le rideau dans sa chute.
Sa tête heurta violemment le rebord du bac.
Renji Shree Rajnesh la regardait de ses yeux empreints de douceur et de malice. Il lui souriait.
Mais son banquier, lui, grimaçait horriblement.
Elle avait si froid, elle grelottait.
Benjamin soudain la poursuivit sur un vélo rouillé et grinçant, alors qu’elle descendait les Champs-Élysées dans un magnifique carrosse tiré par deux chevaux d’un blanc immaculé somptueusement harnachés.
Elle était heureuse, si heureuse ! Pendue au bras de Michael, elle affichait un sourire radieux. La foule amassée sur les trottoirs l’acclama. Elle put même l’entendre distinctement à travers les brumes de l’alcool.

C’est sur ces belles images que le monde de la séduisante Brigitte Beghim s’éteignit. Et c’est bien ainsi qu’elle aurait souhaité mourir, avec des rêves plein la tête. Ainsi, son Dieu l’avait exaucée. Parce que c’était une brave fille, une bien brave fille !

Yahvé lui ferait sûrement une petite place dans son jardin d’Éden, parmi les fleurs et les beaux animaux qu’elle avait tant aimés.
1Voir le roman éponyme
2Voir, du même auteur, le roman « Sale affaire rue de Paradis »
3Voir le roman éponyme

Categories: Les nouveautés, Mes Nouvelles

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