Les disparues. octobre 2017. Version intégrale

Les disparues-amazon

 

Les disparues

 éditions Les trois Clefs

collection Thrillers

photo de couverture : Communauté de communes du pays de Mirepoix


 Contre vents et marées, cela fait maintenant un peu plus de 20 ans que Francisco et la charmante brunette Marie-Joséphine sont mariés ! Ils sont mariés pour le meilleur, bien sûr, mais peut-être aussi est-ce pour le pire !

Ils forment un beau couple. A vrai dire, il s’agit même un duo qui force l’admiration de leurs nombreux amis, au point que certains d’entre eux auraient tendance à se montrer un peu jaloux d’un aussi insolent bonheur ! Et surtout ils se sont passionnément aimés, pendant un peu plus de vingt années. Ils se sont aimés comme des fous, comme des malades mentaux, et ils se sont même chéris même comme des forcenés, ce qui était loin d’être écrit et gagné d’avance, pour elle, l’ex jeune et jolie lesbienne, qui n’est aujourd’hui que partiellement repentie, il faut bien le dire, mais qui est toujours un peu fofolle, ainsi que le sont la plupart de ses semblables, les adeptes de la poétesse Sapho, comme pour lui, le macho, l’homme foncièrement viril, le dragueur impénitent, toujours à l’affut d’un charmant jupon froufroutant et qui était passablement misogyne, aussi, quand elle l’a rencontré, lors de ce petit bal de village qui clôture si agréablement les fêtes votives! Mais ainsi va la vie, n’est-ce pas ? Car, de la même façon que le pire n’est jamais certain, le bonheur frappe parfois à la porte derrière laquelle on ne l’attend pas spécialement. Le plus beau fruit de leur improbable amour, leur enfant unique, la délicieuse Madison, est aujourd’hui devenue une ravissante demoiselle, aussi brune que lumineuse, qui vient de fêter ses dix-huit printemps. Elle est si adorable, cette charmante jeune fille aux yeux d’un étonnant bleu saphir, dotée de longs cheveux d’un noir aussi brillant que le plumage de parade d’un geai, que ses amis l’ont fortement encouragée à se présenter au concours de Miss Languedoc, après que l’année précédente elle eut facilement été élue Miss Camping, à Carnon-plage. Cette année-là, qui fut aussi, mais dans un tout autre registre, celle de son étrange, mais tout de même sympathique et joyeux, dépucelage, un acte un peu liturgique dont elle n’avait bien entendu parlé à personne, pas plus à ses amies qu’à sa mère, qui fut commis par une chaude après-midi, après le bain, par un couple de jeunes Parisiens un peu allumés qui logeait dans un élégant camping-car climatisé, qu’ils avaient garé avec le plus grand soin à l’ombre des pins parasols, dont le feuillage était si épais que c’en était une véritable bénédiction, par ces chaudes journées de canicule estivale. Et ils s’étaient mis à deux pour procéder à une défloration en règle de la jeune fille.

Oh, personne n’avait violé personne, bien sûr, car la jeune et jolie Madison avait accordé son plein et entier consentement à la jeune femme afin que la chose puisse avoir lieu dans les meilleures conditions, et ce sans prendre le moindre risque !

Cet épisode majeur de sa jeune existence s’était donc déroulé dans le secret d’un élégant camping-car qui bénéficiait de tout le confort moderne. « Viens, Madison, viens donc, ma petite chérie», lui avait intimé la jeune femme, après que sa nouvelle amie lui eut avoué, au cours d’une conversation intime, qu’elle était toujours vierge ! Viens donc avec nous te mettre au frais dans le mobile-home, parce qu’il faut que je te présente la fée Clochette, celle qui repose dans son bel écrin, quant à Maxime, lui, si tu es bien sage, il va te faire faire la connaissance du grand gentil loup, viens, tu vas voir, on va bien s’amuser, mon amour. Génial, ça va être super génial, oh oui vraiment super, je te le promets, ma petite chérie ! Ils s’étaient alors gaiement installés sur les banquettes pour consommer une boisson fraîche, un soda au citron vert, qui fut la bienvenue par cette journée de fortes chaleurs !

La petite Parisienne, qui était une charmante blonde aux doux yeux verts anis, et qui devait être beaucoup plus aventureuse et dévergondée que sa nouvelle copine, je pense, ôta rapidement sa légère robe d’été, puis elle dégrafa langoureusement son soutien-gorge en dentelle, pour ne conserver que son élégante petite culotte de soie jaune et elle lança à la jeune Madison, qui lui semblait être quand même un peu gênée:

«  Allons ma petite, déshabille-toi, toi aussi, mets-toi à l’aise ! Oh, mon amour, mets-toi vite à poil, allons, ou tu vas finir par crever, avec toutes les fringues inutiles que tu as sur le dos, surtout avec la chaleur qu’il fait ! C’est l’été, ma chérie, et c’est la seule saison où on peut se balader à poil, alors ce serait trop bête de ne pas en profiter, tu ne penses donc pas comme moi ? Allez, fous-toi à poil, ma jolie minette, à poil, à loilpé, à poil, à poil ! Et tout en scandant ses sympathiques ordres, elle sautilla gaiement, avec entrain, la mine réjouie, debout sur la banquette.

Ce n’est qu’après avoir hésité que la jeune et jolie Madison finit par s’exécuter, et après avoir encore un peu hésité, elle finit par retirer sa légère robe d’été, mais  par un dernier sursaut de pudeur elle conserva toutefois ses sous-vêtements de coton qui étaient d’une agréable couleur rose saumon.

La charmante jeune femme fit alors voluptueusement glisser sa petite culotte le long de ses longues et jolies jambes, et elle la balança à l’extrémité de la banquette, puis elle s’allongea, et elle fit signe à son amie de venir s’installer près d’elle, ce qu’elle fit ! Elle enlaça alors tendrement la jeune et jolie Madison, et elle posa sans hésiter ses lèvres sur les siennes, sur lesquelles elle fit lentement, très lentement, et infiniment longuement glisser sa petite langue égrillarde.

« Tu m’as dit que tu est toujours vierge, ma petite Madison. OK, mon amour, oh je peux comprendre ça, bien sûr, à ton âge ! Mais tu as peut-être déjà fait un petit câlin coquinou avec une fille, au moins un, n’est-ce pas, dis-moi tout, chérie, je t’en supplie, parce que j’ai besoin de savoir où tu en es, exactement, dans ta connaissance, et surtout dans ta pratique, de l’amour physique, du sexe, quoi», lui susurra-t-elle.

Madison lui lança alors un regard en point d’interrogation à l’intérieur duquel brillèrent ses yeux innocents

— Un vrai câlin, à s’embrasser et à se caresser partout partout, tu veux dire ? « ben, oui » « ah ça  non, je te jure que je n’en ai jamais fait. ça. Non, je n’ai encore jamais fait ça, vraiment, Anaïs, jamais ! Il m’est juste arrivé de faire des bisous, parfois des bisous un peu plus appuyés, sur la bouche, et plus longs que les autres, aussi en se caressant les cheveux, même seins, une fois, avec ma copine Christelle, mais ce n’étaient rien que des bisous un peu chauds, tu vois sans doute ce que je veux dire, et c’est tout, sembla regretter Madison.

— Juste des bisous, des petits, tu veux dire, mon amour, ou des gros, et même des gros-gros ?

— Oh ça, ça dépend de ce que tu appelles des gros !

— Des gros, des avec la langue, tu sais bien comment on embrasse avec la langue, n’est-ce pas, mon amour ?

— Non, ça je ne l’ai jamais fait, pas avec la langue, oh, non, non, pas encore, du moins !

— Dis-moi alors, comment est-ce que tu fais, ma chérie, quand tu as une envie pressante de câlins, quand tu as envie de te faire vraiment plaisir, tu te caresses ?

— Oh, eh bien oui, je me caresse, toute seule, oui, si c’est ça que tu veux savoir, surtout les seins, je me caresse mes petits bouts, parce que j’aime beaucoup ça, et je me masse parfois la chatte, aussi, et alors, oui, ça, ça me fait vraiment du bien, oh ouiii, s’enflamma-t-elle.

— Et, et, est-ce que tu mouilles, et…est-ce que tu jouis, ma chérie ?

— Je ne sais pas si je jouis vraiment, mais parfois ça me fait tout chaud, quand je me caresse, surtout quand je masse la motte, par des petits mouvements circulaires, avec mes doigts imprégnés de salive… j’ai des frissons, puis mon clitoris commence à gonfler, et alors ma minette devient toute mouillée, aussi, oh oui, ça c’est vrai, vrai de vrai, et c’est vraiment super agréable, parce qu’alors j’ai l’impression de m’envoler, de partir tout, tout droit pour le ciel !

— Oh, Mon Dieu, mais ce n’est pas vrai, dites-moi que ce n’est pas vrai ! Une jolie petite pucelle qui jouit toute seule dans son coin, en catimini, mais quel malheur, mon Dieu, et surtout, quel incroyable gaspillage d’énergie ! Dis-moi, ma tendre amour, tu n’éprouves jamais l’envie de partager ce plaisir avec un copain, ou, mieux encore, avec une bonne copine, avec Christelle, par exemple ?

— Et pourquoi ferais-je ça, dis-moi ? Je suis bien, toute seule, pour me caresser, tu sais ! Comme ça, je fais tout ce que je veux faire, et il n’y a personne pour m’embêter. Anaïs se redressa et dit à sa jeune amie, en lui désignant son ravissant minou, qui était à peine dissimulé par un léger duvet blond.

— Au fait, mon amour, ainsi que je te l’avais promis, il est temps que je te la présente, c’est elle, c’est la fée Clochette ! Chérie, oh, ma petite chérie, veux-tu lui faire un petit bisou d’amour? Parce qu’elle en a follement envie, tu sais, oh, elle en a tellement envie ! Allez, approche-toi donc, ma douce, ma belle Madison. Oh, mais ne fais donc pas ta timide. Nous ne sommes qu’entre amis, ici. Qu’est-ce qu’il y a, ma chérie, tu ne la trouves pas mignonne, peut-être?

Et devant ses dernières hésitations, qui lui parurent bien compréhensibles chez une jeune fille qui était encore pucelle, elle ajouta, tout en lui caressant amoureusement la cuisse :

— Allons ma chérie, et ne fais pas ta mijaurée, s’il te plaît, et viens vite m’embrasser, pour me mettre en condition, et après tu pourras me câliner toute l’après-midi, si tu en as envie, bien sûr ! J’en rêve tous les jours, tu sais, depuis que je te connais. Même quand Maxime me le fait, avec ses grosses papattes, c’est toujours toi que je vois, toi, avec tes jolies petites menottes, qui sont si fines, si gracieuses, et ta langue, mon Dieu, ta langue, mon amour, qui est si fraîche, si rose, et surtout, si tendre !

Anaïs saisit le visage de sa jeune amie de façon à s’emparer de ses lèvres, sur lesquelles elle promena longuement sa langue, avant de l’introduire tout doucement, paisiblement, dans sa bouche, et de la laisser partir à la recherche de sa savoureuse et agile petite langue rose, qu’elle finit par rencontrer, et autour de laquelle elle tourna, elle tourna, tourna, interminablement…

Subjuguée par ce premier et véritable baiser d’amour, Madison finit par s’agenouiller aux pieds de son amie. Alors elle posa chastement ses mains sur ses adorables cuisses, qui étaient  délicieusement bronzées, et elle approcha ses lèvres pulpeuses de la suave vulve de sa charmante hôtesse, qui posa ses mains sur ses cheveux et se mit aussitôt à onduler des hanches, et à miauler avec une infinie langueur.

La jeune fille caressa avec affection et tendresse l’intérieur des cuisses de son amie, qui étaient si douces, il est vrai, puis ses hanches et ses fesses, et elle sortit la pointe de sa langue, qui vint alors s’insérer dans son adorable sillon : «  Ooooh ouiii, mon amour, lèche-la moi, ma petite chérie ; oh oui, bouffe-la moi bien comme il faut, ma petite chérie, s’il te plaît », supplia la charmante Parisienne en posant avec douceur sa main sur l’arrière du crâne de son amie, afin de bien plaquer sa bouche encore hésitante sur sa foune.

Madison comprit sans plus tarder ce que l’on attendait d’elle, alors elle commença à pincer l’émouvant clitoris d’Anaïs entre ses lèvres, avant de se mettre à le suçoter de plus en plus franchement et sensuellement, puis de l’aspirer, afin de le faire gaiement et longuement tournoyer autour de sa langue.

Et c’est ainsi que, de fil en aiguille, elle vit s’envoler sa précieuse virginité !

 

Mais, ce matin du 15 juillet, son père, le lieutenant Francisco Ramirez, un homme qui se montrait habituellement plutôt énergique et sûr de lui, mais qui semblait, pour l’heure, se sentir particulièrement mal à l’aise, se présenta à la porte du bureau de son capitaine, au sein de la caserne de gendarmerie de Nîmes.

— Mon, mon capitaine, excusez moi de vous déranger, mais j’ai vraiment besoin de vous voir d’urgence, parce que je suis très embêté, en fait j’ai un gros problème familial.

— Je vous écoute, Ramirez, l’encouragea son supérieur.

Un long et lourd silence s’ensuivit.

Le capitaine s’enflamma alors quelque peu.

— Eh bien, parlez, bon sang, Ramirez, mais que vous arrive-t-il?

— C’est que… Ce que j’ai à vous dire n’est pas des plus faciles à expliquer.

Le capitaine se tourna alors lentement vers lui, et il lui adressa un beau et franc sourire d’encouragement pour lui dire :

— Alors, faites comme si vous étiez à l’exercice, ou en intervention, respirez un bon coup, soufflez fort, mon vieux, et lancez-vous, en avant, tête baissée, mon ami, comme à l’exercice, je vous dis, bordel de Dieu !

— Oui, d’accord, je vais tout vous raconter, c’est bon, je me lance ! Alors voilà, quand je suis rentré chez moi, hier soir, ma femme et ma fille n’étaient pas là. J’ai d’abord pensé qu’elles étaient sorties, parce que cela leur arrive souvent, voyez-vous, surtout depuis que la petite prépare ce fameux concours.

— J’ai entendu parler de cette affaire, en effet, vous n’ignorez certainement pas que les gars, ici, sont tous un peu amoureux de votre fille, « Et Madison, par ci, et Madison par là ! ».

— Oui, en effet, je suis au courant de cela. Alors, comme j’étais un peu fatigué, je me suis allongé sur le canapé pour les attendre, et je me suis bien sûr endormi. Seulement, quand je me suis réveillé, ce matin à six heures, comme d’habitude, quoi, je me suis aperçu qu’elles n’étaient toujours pas rentrées.

— Vous aviez pris trois jours de congés, vous n’étiez donc pas avec elles?

Le lieutenant prit un air gêné pour dire :

— Non, mon capitaine, non… J’étais à Barcelone.

— A, à Barcelone ?!

— Oui, avec la fille d’un ami de mon père.

— A, avec une fille, vous voulez dire que vous avez emmené une fillette à Barcelone ?

— Oui, non, car en fait c’est une jeune femme, rassurez-vous, ce n’est pas une enfant, même si c’est quand même un beau bébé ! Elle n’était encore jamais allée au pays, et je lui avais promis depuis longtemps que je lui ferais découvrir un jour la terre natale de ses ancêtres.

— De ses ancêtres, et des vôtres aussi, par la même occasion, parce que vous êtes Catalan, n’est-ce pas, mon garçon?

Dites moi, Ramirez, cela ne me regarde peut-être pas, mais cette fille, cette jeune femme, plutôt, c’est simplement une amie, ou c’est…?

— C’est un peu plus qu’une amie, c’est vrai, mais Marijo était au courant, et depuis longtemps déjà, ainsi le problème ne vient certainement pas de là.

— Donc, vous êtes en train de me dire qu’elles ne seraient pas rentrées de la nuit.

— C’est ça, non, euuh, oui, oui, je veux dire, oui !

Le lieutenant semblait particulièrement troublé en confirmant ce fait.

— Alors je suppose que vous avez fait toutes les recherches indispensables avant de venir me voir, en bon gendarme que vous êtes, Ramirez ; vous avez téléphoné, aux parents de votre épouse, à ses collègues, à ses amis, aux hôpitaux ?

— Bien entendu, oui, j’ai appelé tous les gens que je connais, ainsi que les services de secours. Personne n’a eu de leurs nouvelles depuis trois jours, c’est à dire depuis que je suis parti avec Rosetta.

—Trois jours, cela fait long, quand même, et même très long, ce n’est absolument pas normal. Il nous faut lancer un avis de recherches, et tout de suite!

Votre épouse a sa propre voiture, il me semble.

— En fait elle n’en a plus depuis qu’elle travaille au siège de son entreprise. Avant, oui, quand elle était VRP, elle en avait une, mais elle est au garage depuis quinze jours, le moteur chauffait anormalement, alors en attendant de la changer, elle ne s’en servait plus.

Le capitaine ne tergiversa pas plus longtemps.

Il diffusa un avis de recherche accompagné d’un appel à témoins.

Très rapidement, une personne se manifesta. C’était une certaine Sylvette Menigon, récemment nommée conseillère financière à la banque postale de Toulouse.

Elle signala que son amie Marie-Joséphine, qu’elle n’avait pas vue depuis quelques années, lui avait récemment téléphoné pour lui demander si elle pouvait passer la voir, avec sa fille, pendant le week-end prolongé du 14 juillet, son mari devant alors s’absenter avec sa jeune maîtresse.

La médiatique affaire des disparues de Nîmes venait d’éclater, mais ce fut dans l’indifférence quasi générale !

Elle ne fit, pour commencer, que les gros titres de la presse locale, avant d’être reprise en fanfare par la télévision régionale, puis bientôt par les journaux télévisés de toutes les chaînes, et même de certaines télévisions étrangères.

L’attention se focalisa sur ce gendarme, sur ce fils trop tranquille d’un ancien instituteur Catalan, un contestataire qui avait fuit l’Espagne de Franco afin de trouver refuge en Corrèze, le département où était né Francisco.

L’homme n’avait pas mauvaise réputation, même si on le savait grand amateur d’armes à feu. On pouvait en effet le croiser régulièrement au stand de tir de la caserne, et il lui arrivait même de s’entraîner à l’extérieur, dans les bois environnants, dans les cirques rocheux et les carrières, qu’’il connaissait comme sa poche, et même parfois dans les friches autour de la station d’épuration. Il s’entraînait avec des armes traditionnelles, comme des pistolets automatiques, mais aussi avec des engins de plus gros calibre, tels les fusils à pompe, au tir de précision, bien sûr, mais aussi à l’exercice plus complexe du tir de riposte.

L’extrême ténacité qui fut portée sur lui par les médias se tinta vite de lourds soupçons, surtout lorsque l’on en vint à évoquer avec une maligne insistance sa maîtresse de vingt-huit ans, cette jeune femme, qui n’aurait pas étée, d’après certaines sources, la première compagne illégitime du militaire.

Car une rumeur, des plus persistantes, fit bientôt état d’une vieille histoire, d’une relation qu’il aurait entretenue, en Espagne, mais avec une femme mariée, cette fois ; cependant cet épisode avait eu lieu un peu avant qu’il n’épouse la pétillante Marie-Joséphine.

Une femme qui avait mystérieusement disparue, un jour, et que personne n’avait plus jamais revue depuis !

Ainsi, tout gendarme qu’il était, il fut convoqué au commissariat, d’autant plus qu’une plainte contre X venait d’être déposée par le jeune frère de son épouse pour des soupçons d’enlèvement et de séquestration.

Il passa une longue nuit en garde à vue. Il répondit docilement aux questions qu’on lui posa et il se défendit, bien sûr, mais malheureusement il s’y prit plutôt maladroitement !

A un moment il alla même jusqu’à pousser un méchant coup de gueule, au cours de l’interrogatoire :

— Parce que vous pensez que j’aurais pu faire du mal aux deux personnes qui me sont les plus chères sur cette Terre, mais vous êtes tous tarés, ou quoi, bande de malades mentaux ?!

— Les plus chères ! Voyez-vous ça, et la jeune Rosetta, elle compte pour du beurre, peut-être, lui asséna sans ménagement un inspecteur moustachu d’un certain âge qui semblait, inexplicablement, être particulièrement remonté contre le malheureux ? Etait-ce parce qu’il avait la chance d’avoir une jeune et jolie maîtresse, alors que lui devait se satisfaire de son épouse qui tout comme lui vieillissait jour après jour ?

On lui avait bien entendu accordé l’assistance d’un avocat, d’un juvénile bavard qui fut commis d’office, mais ce n’était qu’un jeune professionnel sans expérience, qui ne se contenta que de s’assurer que les droits fondamentaux du gardé à vue étaient respectés.

Francisco n’avait rien à dire, ni aux policiers, ni à son défenseur, cet homme qui devait se révéler totalement impuissant à le tirer de ce mauvais pas.

Le gendarme se contenta de répéter inlassablement qu’il était rentré lundi soir et qu’elles n’étaient pas là. Il ne savait rien de plus, absolument rien. Que voulaient-ils donc lui faire dire ?

Puisque rien ne permettait de le garder plus longtemps, Francisco fut libéré et autorisé à rentrer chez lui, épuisé et mentalement dévasté, au bout de 48 heures.

C’est une véritable nuée de journalistes survoltés, de photographes et de cameramen, qui l’attendaient à sa sortie du commissariat, il y avait même là, entouré de barrières métalliques de protection, un car de la télévision, un imposant engin gris et ronronnant bardé de gigantesques et impressionnantes antennes.

Naturellement, il leur présenta le visage hagard d’un pauvre type, barbu, marqué par les 48 heures éprouvantes qu’il venait de passer, tant il fut assailli et malmené par le feu roulant des questions, qui furent toutes plus pernicieuses les unes que les autres, qui étaient destinées avant tout à le déstabiliser et à le faire avouer, mais à lui faire avouer quoi, personne ne le savait !

La pression médiatique non seulement ne retomba pas suite à sa libération mais elle devint chaque jour plus intense, plus lourde ; désormais il ne se passa pas un jour sans que le journal télévisé n’évoque cette triste affaire, aussi mystérieuse que miraculeusement croustillante, particulièrement bien venue pour dynamiser l’info toujours un peu terne des longs étés méditerranéens.

On le vit traîner dans son quartier, la mine grise et les joues blêmes, la démarche hésitante, entre le bureau de tabac et la boulangerie.

Rosetta, qui paraissait très inquiète, l’appela très tard, ce soir-là. On pouvait percevoir des sanglots dans sa jeune voix qui était d’habitude si claire et enjouée, mais qui se révéla ce jour-là être dramatiquement étranglée.

— Ce n’est pas toi, n’est-ce pas, Francisco? Jure-moi que tu n’es pour rien dans la disparition de ta femme et de ta fille. Et cette femme, en Espagne, qu’est-ce que tu lui as fait ? Oh mon Dieu ce que tu peux me faire peur, mon amour, tout à coup !

Ainsi, constata-t-il avec un dépit grandissant, elle aussi en était venue à le soupçonner.

Le lendemain, Francisco ne se présenta pas à la gendarmerie et personne ne le vit traîner sa longue carcasse dégingandée par les rues de son quartier résidentiel.

Son capitaine, très inquiet, décida de dépêcher deux hommes à son domicile.

Il ne répondit pas à leur coup de sonnette insistant. Ils décidèrent alors d’entrer en utilisant leur passe. Il n’y avait aucun bruit dans le petit pavillon de banlieue.

Ils firent le tour de la maison, ils examinèrent le salon, les chambres, la véranda, sans succès. Ils ‘apprêtaient à repartir quand finalement ils le trouvèrent. Il était dans la cuisine, tout simplement ! Une tasse de café était toujours posée sur la table, mais lui gisait sur le sol, le crâne perforé par une balle qu’il avait tirée avec son arme de service. Et un peu de cervelle sanglante maculait le carrelage blanc et luisant du mur.

Sur la table, une lettre posée en évidence leur était destinée. Et elle disait : « Pour mon capitaine, pour mes collègueset mes amis, et aussi pour ma chère Rosetta. Tout semble m’accabler, dans cette triste affaire, mais je vous jure que je ne suis absolument pour rien dans leur disparition. Rosetta aussi, ma tendre amie, tu me soupçonnes ! Je suis abattu, à bout de forces, et très pessimiste quant à l’issue de cette terrible histoire. C’est bien plus que ce qu’un homme peut supporter, et je suis persuadé que vous comprendrez mon geste ! Adieu mes bons amis »

Bien entendu la presse se déchaîna, et elle sonna l’hallali à grands renforts de tambours et de trompettes. Par son suicide, l’homme, si l’on en croyait les journalistes qui étaient toujours à l’affût de sensationnel, venait en effet de reconnaître son forfait !

Il ne restait plus dès lors plus qu’à retrouver les corps, mais malgré les méticuleuses recherches qui furent aussitôt entreprises, ils restèrent désespérément introuvables !

Les retrouverait-on un jour, se demanda même la presse ?

 

Ce n’est que le week-end suivant que la fille d’un professeur de yoga bien connu dans la région se présenta à son tour au commissariat pour signaler la disparition inexplicable et inquiétante de son père. Car l’homme n’était plus à son domicile et sa voiture, un puissant 4X4 Toyota noir, ne se trouvait plus non plus dans son garage.

Un avis de recherches fut diffusé, mais il resta cette fois sans résultats. Personne n’avait la moindre nouvelle de cet homme, qui était pourtant bien connu.

***

Jeudi 10 juillet, 20 heures.

Marie-Joséphine a les yeux un peu cernés, tandis que ses longues jambes bronzées sont délicieusement molles. Elle se rhabille calmement, sereinement, méticuleusement, tout méditant sur le bonheur de vivre.

Elle se sent épuisée, vidée, mais elle est si profondément heureuse, en fait elle se sent merveilleusement bien, lumineuse, apaisée. Pour quelle raison, me demanderez-vous certainement ? Eh bien, parce qu’elle vient de faire magnifiquement l’amour, tout simplement !

Elle s’est en effet gorgée de caresses, de tendres baisers et de mille et un plaisirs, qui furent tous aussi fous qu’interdits, et ce jusqu’à la lie.

Car Jean-Claude, son professeur de yoga et amant, s’est une fois de plus montré à la hauteur de ses attentes les plus intimes, mais aussi les plus secrètes, celles qui se trouvent être trop peu souvent avouées et dévoilées au grand jour. Surtout par une femme mariée !

Heureusement qu’elle a cet homme merveilleux dans sa vie, pensa-t-elle, car Francisco aurait un peu trop tendance à la délaisser, ces derniers temps.

Il est certain qu’avec ses 48 ans, même si elle se sent toujours belle et désirable, ainsi que Jean-Claude ne cesse de lui en faire le compliment, elle peut difficilement faire le poids face à la beauté et à l’inexprimable fraîcheur propres à une toute jeune femme qui vient à peine de fêter son vingt-huitième printemps !

— Mon mari part à Barcelone ce week-end avec sa copine, dit-elle à Jean-Claude. Et je n’ai même pas de voiture pour aller me balader, parce que la mienne est en panne.

— Pourquoi, où voudrais-tu aller, dis-moi tout, mon tendre amour?

— C’est que…J’aimerais beaucoup aller rendre une petite visite à mon amie Sylvette, tu sais, mon ancienne colocataire, cette adorable jeune fille qui était ma petite copine de l’époque, celle dont je t’ai déjà parlé plusieurs fois, tu sais bien, nous habitions ensemble à Rennes quand nous étions deux étudiantes un peu à la masse, et surtout, que nous étions follement amoureuses l’une de l’autre ! Elle vient d’obtenir sa mutation pour Toulouse, figure-toi. Et elle m’a dit que je pouvais débarquer quand je voulais.

— Si tu n’as pas de voiture, ma pauvre chérie, ce n’est pas bien grave, parce que je peux t’emmener, moi, lui proposa gentiment Jean-Claude. Nous pourrions partir samedi et faire une halte dans ma maison de famille, en Ariège, pour y passer la nuit. Comme ça je pourrai tranquillement te câliner, ma belle tigresse, pendant que ton mari s’envoie sa petite gonzesse. Au fait, il n’est toujours pas au courant, pour nous?

— Non, je ne lui ai toujours rien dit, et je ne suis pas pressée de le faire, tu sais. Parce que déjà qu’il a une maîtresse attitrée, alors s’il apprend que moi aussi j’ai un amant fidèle, il va finir par se poser de légitimes questions, et peut-être même se demander pourquoi nous restons ensemble,, et il se trouve que je n’ai vraiment pas envie de divorcer, tu vois, ça m’embêterait même plus qu’autre chose. Et surtout pas en ce moment, avec les projets de Madison.

— Tu veux sans doute parler de son fameux concours de Miss Languedoc?

— Oui, mais surtout c’est qu’elle ne compte pas s’arrêter là.

— Elle vise Miss France, peut-être?

— Oui, ou au moins première dauphine. C’est Sylvie, la patronne du comité, tu sais, qui lui a mis ça en tête. Elle n’arrête pas de lui répéter qu’elle a toutes ses chances, qu’elle a les bonnes mensurations, la finesse des traits, et surtout un charme incomparable, du peps, et même du chien, alors la gamine, tu penses, elle est comme une folle, et elle commence vraiment à y croire dur comme fer !

— C’est vrai qu’elle est plutôt gironde, ta môme, ajouta-t-il en la serrant très fort entre ses bras.

— C’est peut-être parce qu’elle ressemble beaucoup à sa maman, reprit-elle tout en lui adressant un sourire ravageur de femme heureuse et surtout de femme qui se sent éperdument amoureuse !

Il lui donna un long et tendre baiser en lui caressant les cheveux et le dos puis il lui dit :

— Alors c’est d’accord, je passe vous prendre samedi?

— Nous n’avons qu’à faire comme ça, acquiesça-t-elle d’un charmant sourire.

 

Ses passagères embarquées, Jean-Claude prit la direction de Toulouse. Comme cela avait été prévu, il quitta l’autoroute pour prendre la route de Léran, un petit village situé sur les hauteurs boisées qui dominent le lac de Montbel.

Il se gara bientôt dans la cour de sa propriété familiale, la maison dans laquelle il avait grandi. C’était une belle et grande bâtisse en pierre et en bois, une sorte de chalet rustique, un monument qui semblait un peu perdu parmi les nombreuses villas sans âme plus récentes qui avaient poussé autour de lui.

2

6 septembre

 

La vidange avait commencé il y avait de cela un mois, et, aujourd’hui, c’était la phase finale.

Le lac de Montbel avait été mis en service en 1994, et il n’avait encore jamais été vidangé.

Cette opération, dont le rythme prévisionnel initial était décennal, était donc prévue pour cette année 2014.

Ce samedi 6 septembre, à l’aube, une trentaine de bénévoles avaient répondu présent à l’appel de Jean-Pierre Lalanne, dévoué président de la Gaule Léranaise. Il s’agissait de vider intégralement le lac, de trier le poisson et de remettre ensuite le cheptel à l’eau. Depuis vingt ans que le lac n’avait pas été vidangé, les prédateurs tel que le poisson-chat étaient devenus trop envahissants. D’autre part, le fait de connaître exactement la population du lieu permettrait à la société de pêche d’organiser, pour les années à venir, un alevinage beaucoup plus ciblé, répondant ainsi à une double demande : la gestion saine du lac et la réponse aux demandes des sociétaires.

Les vannes furent ouvertes en grand et le niveau de l’eau s’abaissa dès lors progressivement. En tous points du lac, les poissons, affolés, sautaient avec frénésie.

Mais ce n’est pas ce spectacle de la nature aux abois qui attira les regards tendus des participants.

Ce fut plutôt une forme noire, qui était étrangement posée sur le fond, un monstre calme et luisant sous les timides rayons du soleil matinal, qui émergeait petit à petit de sa gangue liquide.

Encore une voiture volée que l’on aura balancée dans la flotte, ou une énième escroquerie à l’assurance, pensèrent les participants à la récupération des poissons tout en faisant le cercle autour du véhicule.

Mais soudain une voix forte s’éleva pour signaler : « C’est pas une bagnole volée, les mecs, c’est un accident. Y a des macchabs, là-dedans ! »

Aussitôt, quelques dizaines de paires d’yeux incrédules s’approchèrent pour scruter l’intérieur du véhicule.

Le spectacle qui s’offrait à eux était une scène digne de figurer dans un film d’horreur.

A l’intérieur du 4X4, les visages décomposés, boursouflés, mais aux traits encore nets, leur permirent de distinguer un homme, assis derrière le volant, une femme, sur le siège passager, ainsi que ce qui apparaissait clairement comme étant une jeune fille, allongée sur la banquette arrière, un de ses bras était même encore nettement tendu en direction de la portière. La porte de la passagère était entr’ouverte. Ils constatèrent que la femme avait perdu quelques doigts sous l’effet de la décomposition de son corps.

— Ne touchez à rien, surtout, faites pas les cons, je vais téléphoner aux flics, aboya le président.

Une heure plus tard les hommes du commissariat de Pamiers investissaient les lieux.

Encore une bonne heure s’écoula avant qu’un véhicule de levage fasse son apparition au bout du chemin. Il s’avança en cahotant et s’arrêta sur la rive. Trois hommes en sortirent qui attelèrent l’imposante voiture à un grappin, et le 4X4 fut lentement sorti de son tombeau, qui n’aura été que provisoire.

Les pompiers en avaient extrait avec mille précautions les corps en partie décomposés, et ils les avaient déposés sur des civières. Le commissaire prit la décision de les diriger vers le centre hospitalier de Foix.

Il informa immédiatement, par téléphone, le procureur de la République, de cette macabre découverte.

Pendant ce temps les pêcheurs avaient repris leurs activités.

Il avait fallu, durant la matinée, sortir les grosses pièces, les trier par espèces et les faire patienter dans des cuves oxygénées. Puis, il avait aussi fallu trier le petit cheptel sur des tables adéquates. Enfin, après avoir fermé les vannes du lac, vers 13 heures, et après que le 4X4 ait été emporté au garage municipal de Pamiers, les poissons avaient été remis en place dans leur milieu naturel. Deux gros conteneurs de poissons-chats avaient été dirigés vers l’équarrissage. Lorsque le lac aura repris sa hauteur maximale, et que l’affaire du 4X4 aura été oubliée, soit dans un mois environ, les pêcheurs pourraient se livrer à nouveau leur sport favori. Pour remercier toute son équipe ainsi que les nombreux bénévoles, le président Lalanne avait organisé un petit repas qui avait duré jusque tard dans la soirée. Les conversations avaient bien sûr roulé autour de l’accident.

— Je ne l’ai pas bien vue, mais il m’a semblé qu’elle était plutôt bien roulée, la petite, sur la banquette arrière. Quelle tristesse, la pauvrette, elle avait l’air si jeune!

***

Avant de reprendre la route, mes petites chéries, j’aimerais vous montrer un endroit magique, un lieu que j’apprécie tout particulièrement, dit l’amant de Marijo tout en leur adressant son plus séduisant sourire.

La voiture de Jean-Claude s’était engagée dans l’étroit chemin de terre qui descendait vers le lac. Les ronces rayèrent la carrosserie de leurs griffes acérées.

En ces instants de sérénité le professeur de yoga était un homme plutôt heureux. Car c’était vraiment une belle journée, qui s’annonçait. Il était certes un peu affligé de devoir emmener sa belle amoureuse si loin de lui, là-bas, à Toulouse, où elle allait retrouver son ex petite copine, et peut-être même se blottir dans ses bras pour les oublier, lui et son époux volage, au moins pour un temps, dont il souhaitait bien entendu qu’il soit le plus court possible.

Sylvette, que Marijo n’avait même pas pris la peine de prévenir de l’heure de son arrivée, tant elle était certaine d’être reçue à bras ouverts par sa vieille amie.

Il n’était que six heures du matin, elle aurait bien le temps de l’appeler une fois qu’ils seraient en route, à l’occasion d’une pause pipi, ou café.

Il n’y avait personne à la guinguette, pas de pêcheurs sur les rives verdoyantes, tandis que les habituels cavaliers n’étaient pas encore arrivés.

 

Jean-Claude arrêta la voiture face au lac afin que ses passagères puissent jouir de l’incomparable spectacle qui se déployait devant leurs yeux.

La vue, dans le calme impressionnant de cette belle matinée d’été, était en effet magnifique, grandiose !

Parsemés au milieu de l’immense étendue liquide, quelques îlots de verdure, au-dessus desquels planaient des oiseaux, des mouettes, des aigrettes et des hérons cendrés, attiraient le regard comme des aimants.

Dans le lointain, les majestueuses Pyrénées constituaient un puissant appel au rêve. Derrière les quelques sommets encore enneigés, le rougeoiement du soleil ajoutait une incontestable majesté à ce spectacle féerique.

Jean-Claude était encore sous le charme du délicieux câlin de la veille au soir, et les formes épanouies de Marijo se superposaient avec harmonie dans son esprit à celles des contours arrondis du lac.

Alors qu’il était profondément absorbé dans sa contemplation il avait laissé le moteur tourner, tandis qu’une vitesse était enclenchée, se contentant de simplement débrayer.

Il regarda intensément le soleil qui faisait une timide apparition au-dessus des monts, lorsqu’un éclair aveuglant brouilla sa vue. Sous le choc son pied droit écrasa la pédale de l’accélérateur, tandis que le gauche relâchait brusquement celle de l’embrayage.

Le puissant véhicule fit un spectaculaire bond en avant. Le pied droit de Jean-Claude resta scotché à la pédale alors que le 4X4 escaladait avec furie les modestes reliefs qui ne purent lui opposer aucune véritable résistance.

Marijo hurla et regarda son amant avec incrédulité. Elle constata avec effarement que celui-ci avait un air curieusement absent, son visage d’habitude si vivant et expressif était figé, il lui parut même inexplicablement mort.

Emportée par son irrésistible élan la voiture pénétra dans les eaux du lac, et elle commença à se diriger vers les profondeurs.

La mère de Madison attrapa la poignée et tenta d’ouvrir la porte. Mais ce lui fut impossible !

Elle se souvint d’avoir lu que dans un cas comme celui-ci la force de l’eau était trop grande pour être vaincue, et qu’il fallait rééquilibrer les pressions en faisant rentrer l’eau dans la voiture.

Elle réussit néanmoins à ouvrir la vitre et aussitôt le véhicule commença à se remplir.

Elle hurla à l’intention de sa fille :

— Madison, ouvre ta portière, sors et nage vers le haut, vite!

— Je peux pas, maman, c’est trop, trop lourd !

Elle avait la tête dans l’eau, maintenant, et ses mouvements devinrent incertains, maladroits.

Soudain la résistance cessa et la porte s’entrouvrit. Mais dans l’affolement elle avait cessé de respirer, aussi elle ne put s’empêcher d’aspirer avec avidité une grande goulée de ce qu’elle pensa être de l’air mais qui fut en réalité de l’eau. Un liquide pourtant doux mais qui lui brûla atrocement les poumons. Elle pensa alors que c’était fini, qu’elle vivait ses tout derniers instants. Cela, elle pourrait peut-être l’accepter pour elle, parce qu’elle avait quand même sacrément bien vécu, mais pour sa fille, non, c’était beaucoup trop tôt, et surtout trop injuste. Cette enfant, qu’elle pensait même être encore vierge, était si heureuse de vivre, et elle avait de tels espoirs en l’avenir. Une image radieuse illumina son esprit qui commençait à s’embrumer. Ce fut celle de son adorable bébé, confortablement allongé sur son ventre, le jour de sa naissance, à la maternité.

En poussant très fort, elle réussit à ouvrir la portière.

Alors la voiture se remplit complètement et elle accéléra son inexorable plongée vers les enfers.

***

Au centre hospitalier de Foix les médecins se déclarèrent incompétents pour en savoir plus sur les corps suppliciés des victimes et sur les circonstances exactes de leur mort.

La décision fut prise par le juge d’instruction de les faire acheminer à Toulouse.

 

Il ne fallut pas plus d’une journée avant que l’on annonce à la télévision, au journal de vingt heures, que l’on venait, contre toute attente, de retrouver les célèbres disparues de Nîmes !

Il ne s’agissait manifestement pas d’un meurtre. Aucune trace de balles, aucune marque de violence sur les victimes n’étaient venues étayer cette hypothèse.

L’autopsie confirma sans l’ombre d’un doute que les deux femmes étaient mortes noyées.

Le cas de Jean-Claude Reboul était, quant à lui, bien plus ambigu.

Si on avait bien retrouvé un peu d’eau dans ses poumons, on fit en plus une stupéfiante découverte.

L’homme avait en effet été très récemment victime d’une grosse hémorragie cérébrale, que le professeur qui l’avait examiné n’avait pas hésité à qualifier de cyclonique. Une grosse artère de son cerveau avait littéralement explosé, comme l’aurait fait une vieille durite fatiguée !

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