La mygale de Cucuron. Octobre 2017. texte intégral

couv La Mygale

 

La mygale de Cucuron

éditions Les Trois Clefs

Collection Thrillers

 

photo de couverture : © Coka / fotolia.com

 

Je m’appelle Gwenaël Caradec, et je suis un authentique provençal, si, si, je vous assure, même si je suis, ainsi que mon nom fasse bien plus que le suggérer, d’origine Bretonne ! Fils d’un modeste adjudant-chef de l’armée de terre et d’une mère au foyer qui passe son temps à râler contre les quatre étages qu’elle est obligée de se coltiner tous les jours afin de remonter à la maison les provisions qui sont nécessaires au quotidien pour nourrir une famille de six personnes.

Et maintenant je vais tout vous dire, ou presque, du mauvais tour que m’a joué cette chienne de vie. Car ce fut sans aucun doute pour mon malheur, ou du moins pour me faire payer, cher, très cher, voire trop cher, si vous voulez mon avis, mes nombreux péchés de jeunesse, que je l’avais rencontrée un soir d’été, à Avignon, alors qu’il faisait comme d’habitude très beau temps et que je zonais, comme toujours à la recherche de la bonne aventure, sur la place de l’horloge, un soir d’avril 1970, avec Yves Duffaut, mon grand copain de l’époque, qui était le plus jeune des neveux du maire de notre bonne ville d’Avignon.

Elle était ce soir-là à demi écroulée dans un profond fauteuil en osier à la terrasse du Club, qui était notre bar favori, avec celui des Quatre Coins, qui occupait, quant à lui, un angle de la très sympathique et arborée place des Corps Saints. Elle était accompagnée de sa meilleure amie de l’époque, qui était une mignonette petite brune vive et sympa aux cheveux courts prénommée Bérengère, qui était pour sa part native d’un village touristique, très prisé des spéléologues, proche d’Alès, Saint-Jean des Maruejoles, blotti au cœur d’une région agréablement vallonnée et riche en charbon, un beau pays où son père, un homme brun, sympathique et maigrelet d’origine polonaise, avait longtemps exercé le difficile métier de mineur de fond. Elle était, pour sa part, étudiante en Lettres Modernes, et elle fréquentait la fac des Sciences Humaines de la rue Joseph Vernet, et c’est là j’avais été heureux de la rencontrer, moi le futur mari de Monique, un jour que je distribuais des tracts vindicatifs pour l’UNEF Renouveau, qui était alors notre syndicat étudiant de prédilection. C’était une charmante petite brunette, ça je crois l’avoir déjà dit, une jeune fille tout ce qu’il y a de sympa, en tout cas et, pour ne rien gâcher, elle était vraiment rigolote !

C’est elle qui m’a raconté cette fameuse blague que je n’ai jamais oubliée :

Deux jeunes homosexuels se présentent dans une station-service avec leur Floride rouge et se précipitent vers le bureau afin de héler le pompiste et de lui dire

— monsieur, monsieur, nous n’avons plus d’huile !

— Mais ce n’est pas bien grave, ça, mes p’tits gars, je vais tout de suite vous donner de la Castrol, l’huile avec laquelle on s’envole !

— Vous n’auriez pas plutôt de la Motul, demande alors l’un d’eux ?

Quand je vous disais qu’elle était marrante, cette nana !

Comme il faisait particulièrement doux, en ce soir de tout début septembre, elle prenait le frais avec la séduisante Monique Doulmet, qui, était, quant à elle, une ravissante blonde aux adorables cheveux longs, mais qui m’apparut de prime abord être une fille un tantinet austère, une impression qui fut sans doute renforcée par le fait qu’elle était porteuse de petites et fines lunettes rectangulaires, tandis que ses ongles démesurément longs, qui étaient toujours vivement colorés de rouge, l’ont faite surnommer, ainsi que je l’apprendrai plus tard, « La mygale », par les petites vieilles ronchonnes de son village, qui, il est vrai, ne l’aimaient pas beaucoup, d’abord parce qu’elle était une sorte de révolutionnaire, au pays, et ensuite parce qu’elle se traînait une réputation de fille aux mauvaises mœurs, d’une sorte d’infernale perturbatrice qui balade ses cuisses et ses fesses arrogantes, soit joliment emprisonnées dans un jean étroit, soit plus merveilleusement encore, diablement épanouies sous sa croustillante mini-jupe raz la bonbonnière.
Son père était un petit notable, dans son village, parce qu’il était à la fois garagiste et conseiller municipal ; il possédait en effet un bel atelier de mécanique agricole, qui était établi en bas du bourg, un peu avant le grand virage, sur le vaste parking duquel stationnaient en permanence de gros motoculteurs, des tracteurs, et jusqu’aux plus imposantes des moissonneuses batteuses de la marque New Holland !

La séduisante Monique Doulmet était profondément attachée, on pourrait même dire qu’elle était immensément amoureuse, de son village, au point de considérer qu’il était, et surtout son donjon médiéval aux pierres étonnamment dorées quand elles sont éclaboussées de soleil, à l’instar de la gare de Perpignan pour Salvador Dali, rien de moins qu’une variante incontournable du « Centre du Monde ! »

Les longues soirées d’été, elle les passait en principe à bavarder avec ses amis, assise jambes croisées d’une façon hyper sexye, ce qui faisait que l’on pouvait souvent entr’apercevoir sa petite culotte blanche, sur le muret qui entoure l’étang, ou à la terrasse du café du même nom. Ces bavardages interminables l’ont amenée à rencontrer, puis à fréquenter assidûment, le beau brun Mickey, qui était une sorte de gitan sédentarisé, mais qui était aussi un des virils et courageux sapeurs-pompiers volontaires du village.
Ainsi, c’est à lui qu’est revenu le plaisir ineffable de la dépuceler, et cela fut réalisé un soir de printemps, au pied du donjon, car bien sûr, cela n’aurait pas pu se passer ailleurs, dans sa petite mais fort jolie tête. Elle avait en effet ressenti immense besoin de sentir la puissante muraille veiller sur ses dernières heures de vraie jeune fille, elle qui avait étée jusqu’à ce jour bien trop sage, au goût de son amoureux, tout au moins !

Le beau Mickey connaissait depuis longtemps bien entendu une folle envie de lui faire enfin l’amour, et ce soir-là, comme elle savait qu’il en rêvait la nuit, certainement tout en se masturbant comme le bon sapeur qu’il était en vue d’éjaculer prosaïquement dans un kleenex, et qu’elle commençait à en avoir sa claque de se refuser obstinément à lui, aussi, tandis que le désir de « le fairenfin » commençait à lui chatouiller opiniâtrement les ovaires, après l’avoir longuement et passionnément embrassée, voluptueusement caressée et pelotée sous toutes les coutures, comme à son habitude, y compris celles de son adorable petite culotte de coton bleu ciel dont elle avait fait l’acquisition aux Galeries Lafayette, dans la zone commerciale d’Avignon, pendant des heures et des heures, et comme elle n’avait ce jour-là manifestement rien manifesté contre cette idée, et voire même qu’elle lui avait semblé être plutôt pour, l’affaire fut rapidement conclue et enlevée, aussi vite que ce que son adorable petite culotte bleue avait lentement glissé le long de ses longues et douces cuisses, mais il ne la pénétra, en douceur bien sûr, qu’après avoir sagement enfilé sa Manix Plus, la capote ultra sensible qui garantissait alors le maximum de plaisir pour les deux partenaires.

Je dois d’abord vous dire qu’elle ne se sentait pas vraiment pas le cœur de vivre loin de ses remparts, et surtout de ses chères tours, mais, pour poursuivre ses études, elle avait bien été obligée de s’exiler, de partir vers la grande et énigmatique métropole locale, soit la ville d’Avignon, afin d’y préparer une licence d’anglais, même si elle aurait préféré, et de loin, faire des études de Provençal, mais cette belle et noble langue n’était pas encore, à cette époque, car nous étions dans les années 70, enseignée à ce niveau en France, bien qu’elle le soit au Japon, en témoigne cet article que j’ai trouvé dans « La dépêche » :

« On pourra s’en étonner, mais l’occitan fait l’objet de recherches à la Nagoya Siritu Daigaku, l’université de Nagoya au Japon. Et Naoko Sano, qui conduit ces recherches depuis 25 ans déjà, est particulièrement enthousiaste! «Je conduis ces recherches dans le domaine de la sociolinguistique» dit-elle dans un occitan parfait «who speaks what language to whom and when» (qui parle quelle langue à qui et quand, en anglais), est le titre d’un article du célèbre sociolinguiste J.A Fishman, qui est le thème central de la sociolinguistique. Je voudrais poser cette question sur l’occitan : qui parle occitan aujourd’hui, où, avec qui?».

Elle poursuit : «La réponse à cette question est particulièrement difficile, parce que les locuteurs de langue occitane affirment ne pas parler occitan! Ils me disent : Ah! non, je ne parle pas occitan, je parle patois! Je ne parle pas occitan, je parle provençal, gascon, limousin, béarnais. Ma grand mère parlait bien l’occitan, mais moi je ne le parle pas bien, je ne connais que quelques expressions, etc…»

En linguiste confirmée, Naoko ajoute : «Cette situation conduit à penser à la définition d’UNE langue, qui est le casse-tête de toutes les sciences linguistiques. Une langue était considérée comme un système linguistique fermé que les locuteurs naturels avaient dans leur tête. Mais cette définition est en fait politiquement construite par l’idéologie du nationalisme moderne européen. Aujourd’hui, surtout dans le domaine de la sociolinguistique, revient se poser de plus en plus la question de la définition d’une langue. A ce titre, l’occitan est un exemple particulièrement intéressant». Travaillant la sociolinguistique, Naoko enseigne essentiellement le français. Mais elle déplore la disparition de l’enseignement de toute autre langue que l’anglais, devenu hégémonique, car les autres langues : «Ne servent à rien pour gagner des sous». 98% des collèges et lycées japonais, nous dit Naoko, enseignent exclusivement l’anglais à des jeunes qui pensent que deux seules langues existent : le japonais au Japon, et l’anglais dans le reste du monde. Ce qui rend encore plus essentiel l’intérêt pour la diversité linguistique face à la marchandisation du monde.

  1. »

Nous leur avons donc payé une bière, une excellente Spaten blonde à la pression et nous avons alors passé une bonne heure à bavarder, à plaisanter, et aussi, bien sûr, à désespérément essayer de les embrasser, en particulier sur leurs affriolantes bouches, que les deux jeunes filles avaient fort plaisantes et avenantes, et cela aussi, il est bon que vous le sachiez, afin de mieux comprendre la suite de cette étonnante petite histoire.

Après quoi nous sommes partis avec elles, main dans la main, et nous les avons ainsi raccompagnées jusqu’à leur piaule, un modeste deux pièces qu’elles louaient sous les toits d’un petit immeuble de deux étages situé rue de la Grande Monnaie, du côté de la place des Corps Saints.

Nous avons bien rigolé et un peu chahuté, aussi, puis nous sommes enfin parvenus à leur arracher un tout premier baiser, un vrai, un avec la langue et tout et tout, tout en caressant démoniaquement leurs exquises petites fesses, et aussi bien sûr leurs adorables et exquis nichons, puis nous finîmes par monter à leur appart avec elles. Yves, qui manifestement préférait les petites brunes, ce qu’il me confirmera par la suite, a emballé sans plus hésiter que ça ma copine, qui était la sympathique petite Bérangère, je vous rappelle, tandis que moi, mais alors là ce fut sans trop savoir ni comment ni pourquoi, je vous le jure, je me suis retrouvé dans le lit de la grande et follement émoustillante Monique. J’étais plutôt satisfait de moi, je dois dire, car la bougresse était vraiment loin d’être laide, tant elle avait des jambes magnifiques, et surtout, elle possédait la plus affolante, la plus douce, la plus sensuelle, des poitrines, des seins merveilleux, littéralement à tomber le cul par terre, je vous assure !

Après l’avoir longuement embrassée, car nous embrassions beaucoup, à cette époque, puis patiemment et très tranquillement déshabillée, du chemisier à la culotte, en passant par le jean slim à rivets et tout aussi longuement et sensuellement caressée sur tout le corps, y compris dans les parties les plus confidentielles de son affolante intimité, je me suis finalement tranquillement allongé sur le dos afin qu’elle puisse me sucer la bite tout aussi tranquillement et c’est elle qui, alors, a abandonné sa culotte au coin du lit afin de venir aussi gentiment que gaillardement s’empaler cul nu sur mon vigoureux engin, qui était fièrement dressé, et c’est ainsi que nous avons fait l’amour pour la première fois, et je peux même vous préciser que nous l’avons fait lentement et paisiblement, et que cela a duré une bonne partie de la nuit, nous léchant et nous pourléchant longuement et amoureusement le museau et tout le reste de nos jeunes corps, nous caressant et nous mordillant inlassablement, avant de finalement jouir, et même de formidablement bien jouir, pour moi, tandis que pour elle je ne sus jamais ce qui lui était exactement arrivé ce soir-là. Avait-elle pris son pied, ou non, mais ce qui est certain c’est qu’aucun indice n’était venu me mettre sur une piste, car elle ne mouilla pas plus que de raison, et elle ne gémit pas lus, de la même façon ! Cependant nous fûmes quand même tous deux comme deux papillons bienheureux pendant une bonne partie de cette longue et douce nuit d’été.

Notre petite affaire une fois faite et même bien faite, ainsi que je vous ai laissé tout le temps nécessaire afin de le constater de visu, je m’en suis retourné chez moi, car j’habitais encore chez mes parents, sur la rocade, tout près de l’avenue Saint-Ruf, rue de la Granada entre’duberto, très exactement. Toutes les rues de ce nouveau quartier populaire urbain avaient en effet hérité des titres ronflants d’œuvres provençales plus ou moins célèbres. Ma rue était perpendiculaire à celle du Blad de luna, le blé de lune, c’est tout dire !

Deux jours plus tard je la cherchais partout, ma sculpturale nouvelle amante, attiré et fortement motivé par le souvenir ému que j’avais conservé de sa somptueuse et palpitante poitrine, et je finis par la retrouver, mais ce fut dans un autre bar, cette fois, juste en face de l’école des Beaux Arts.

J’avais en effet trouvé un travail de chauffeur-livreur à mi-temps dans une entreprise de réparation de matériel de bureau toute proche, et je venais régulièrement dans ce bar pour y prendre un petit café avant d’entamer mes longues tournées de livraisons.

Je la vis dès lors habituellement, et même très régulièrement, à partir de ce jour, et comme elle n’était pas plus bête que la moyenne, nous avions de longues conversations entre nos frénétiques parties de jambes en l’air, qui avaient lieu soit dans son lit, soit dans un creux niché entre les dunes, sur la longue et discrète plage des Saintes-Maries de la mer, où je l’emmenai avec ma petite moto, et ne nous rentrions alors à Avignon qu’avec du sable collé plein les fesses !

Quelques semaines plus tard, alors que nous faisions l’amour tous les jours, ou presque, je m’étonnais quand même qu’elle n’ait jamais ses règles et je décidai de m’en ouvrir à elle.

Elle me répondit alors avec un grand sourire énigmatique :

« C’est normal que j’aie pas mes règles, connard, c’est parce que tu m’as foutue en cloques, tout simplement ! »

Je n’appréciais que moyennement le « connard », vous devez bien vous en douter, et plongeai aussitôt dans des abîmes de perplexité. Ma ravissante, et même sublime, nouvelle nana, était bel et bien enceinte !

L’été venait de se terminer et nous avions prévu depuis quelques semaines d’aller faire les vendanges chez le père Espérandieu, à Saint- Hilaire d’Ozilhan.

Vendanges au cours desquelles nous avons certainement plus bu que véritablement travaillé, et pendant lesquelles ma belle avait confié à notre ami Jean-Claude qu’elle était tellement amoureuse de moi qu’elle s’était lamentablement plantée dans ses calculs destinés à évaluer ses jours de fertilité et que, du coup, nous avions été victimes de ce qu’elle n’a pas hésité à appeler « La pelle du 18 juin !»

Vous auriez bien mieux fait d’utiliser des capotes, ou mieux encore, tu aurais peut-être dû te mettre à la pilule, ma chérie, avait-il aussitôt suggéré à ma compagne.

— J’ai déjà essayé les capotes, avec mon copain Mickey, à Cucu, et ça me donne de l’urticaire, ces saloperies-là, figure-toi, avait-elle alors déclaré, quant à ce qui est de prendre la pilule, tu veux peut-être que je crève d’un cancer du sein à 40 ans, en avalant cette merde, c’est de ça, que tu as envie, pour te débarrasser de moi, dis-moi ?

Et Monique me dit froidement, quelques jours plus tard : « Il faut que je me débarrasse au plus vite de ça, parce qu’il n’est absolument pas question que j’aie un môme maintenant, et surtout un môme de toi !

Je sursautais et je lui demandais du tac au tac :

— Pourquoi est-ce que tu te crois obligée, amour de ma vie, d’ajouter ce cruel « surtout de toi » ?

— Ben, parce que t’es une brêle, pardi, me répondit-elle sans hésiter, parce que t’as pas un rond, et parce que tes vieux sont fauchés, et même archi-fauchés, en plus, et qu’on sait même pas ce que t’es capable de faire, comme vrai boulot, à part tes livraisons à la con ! Remarque, je sais bien que tous les mecs sont des brêles, tiens, c’est bien dommage que je ne sois pas gouine, moi, parce que ça m’aurait bien arrangé, ça, de bouffer une délicieuse tranche de gigot à l’ail pour mon p’tit-déj, au lieu de m’empiffrer avec des biroutes et des couilles plus ou moins volumineuses, et de me retrouver comme ça, comme une conne de base, avec un vilain polichinelle dans le tiroir à poulets. Tiens, demain, on va aller faire du cheval !

Sitôt dit, sitôt fait.

Le lendemain, en effet, ma belle cavalière galopait comme une folle, avec l’espoir, tout aussi fou, que cet exercice lui permettrait de faire « passer » cet insupportable abcès qu’elle sentait jour après jour inéluctablement se développer en elle.

Mais rien ne se produisit, car ce fœtus me sembla être plutôt solidement accroché.

Pour ne rien arranger, Monique ressentit bientôt les affres de la grossesse, surtout de celle qui n’est pas désirée, en nous faisant malaise sur malaise, en vomissant systématiquement son petit déjeuner ainsi que la baguette généreusement garnie de vache qui rit et de jambon qu’elle engloutissait maladivement pour son quatre heures.

« Il faut faire quelque chose, Gwen, tu vas quand même pas me regarder crever comme ça, comme une chèvre malade de la brucellose, ou comme un de ces putains de l         apins qu’a choppé la myxomatose sans rien faire. Oh seigneur dieu, mais, t’aurais pas pu te branler, tiens, le 18 juin, au lieu de jouer comme à ton habitude les matamores amoureux, et au final de me refiler cette truc ignoble?

Plus je réfléchissais et plus il me semblait certain que je ne l’avais pas sautée, le 18 juin, ma douce amoureuse. Puisque j’étais quasiment certain d’être allé chez mes parents, ce jour-là, je me souviens même encore de comment ils s’étaient engueulés en regardant à la télé les commémorations du fameux appel de « MonGénéral ».

— Ferme ta gueule, avait hurlé mon vieux à ma mère, tu vois bien que mon père va parler !

— C’est pas De Gaulle, ton père, espèce de vieux débris sénile, c’est Antoine, avait rétorqué la Mâme, courroucée comme à son habitude quand il évoquait une fois de plus cette très improbable filiation, mais « le vieux » ne parlait bien entendu que d’une filiation de cœur !

— J’ai vu ma copine Bernadette, hier, au donjon, tu sais, celle qui habite Marseille, me dit un jour Monique, comme nous finissions de manger notre sempiternel riz au jus de merguez généreusement saupoudré de gruyère râpé bon marché, dans lequel je soupçonnais qu’il y ait plus de croutes que bonne pâte.

— Tu as entendu ce que je t‘ai dit, marmonna-t-elle entre ses jolies petites dents nacrés ?

— Oui, j’ai entendu, tu as vu cette chère Bernadette, et, et après ?

— Et……Et elle m’a dit qu’elle a une solution à Ton problème, Ducon !
— Mon problème, mais, de quel problème parles-tu, Monique, ma chérie, parce que, à ma connaissance, du moins, j’ai pas de problème, moi, répondis-je un peu trop naïvement, c’est toi, qu’en a un, et même un gros, là, fis-je en pointant mon doigt vers son ventre.

— Ah non, et cette saloperie que j’ai dans le ventre, en effet, c’est pas ton problème, peut-être, c’est pas toi qui l’y a foutue, avec tes éjaculations et ton sperme de merde ?

— Ben, euh, ouiii…et c’est quoi, alors, sa solution ?

— Un toubib, bien sûr, mais, un vrai !

— Ah !? Un toubib, oui, et…

— Un toubib, un qui fait des avortements, bon sang de bonsoir mais ce que tu peux être con, tu comprends vraiment rien à rien, toi !

— Des avortements ! Mais l’autre jour, je t’entendais discuter avec Bérangère, et tu lui as dit que si un jour tu te retrouvais enceinte, tu n’avorterais certainement pas, parce que tu pensais que c’était un acte tout ce qu’il y a de malsain, et surtout, de criminel !

— Je suis pas enceinte, Ducon, je suis en cloques, en cloques, t’entends, ou merde, en cloques, hurla-t-elle ! Et c’est quand même pas du pareil au même, on est enceinte quand on est mariée, quand on a la bague au doigt et tout et tout, quand on a une piaule, et surtout, quand on a du pognon pour élever un gamin, moi c’est qu’un furoncle, que j’ai là, tu vas le comprendre, ça, à la fin, oui ou crotte ?

—Tu vas aller téléphoner à ce toubib pour prendre rendez-vous, ajouta-t-elle dans la foulée de bois vert qu’elle venait de m’expédier au visage et tu vas même y aller vite fait, parce que j’arrête pas de dégueuler, moi, et que je commence à en avoir ma claque, je te jure, de ces conneries, et que je commence même à t’en vouloir à mort !

Ah oui, et faut que tu trouves le pognon, aussi, parce que ça va te coûter deux mille balles ! Deux mille balles l’éjaculation, oh mon Dieu t’aurais bien mieux fait d’aller aux putes, ce jour-là, ça t’aurait coûté moins cher ! « mais, mais, c’et que c’est toi que j’aime, mon amour, et ce ne sont certainement pas les prostituées de la rue de la bourse, me défendis-je comme je le pus »

J’errais piteusement, toute la semaine, en faisant le tour des copains pour leur emprunter l’argent nécessaire à l’intervention. Tant bien que mal, je finis par y arriver, tant il est vrai que j’avais beaucoup de bons copains prêts à me rendre service. Il allait néanmoins bien me falloir un an pour rembourser tout ce pognon.

Nous partîmes pour Marseille un beau matin, mais nous partîmes en deux chevaux, cette fois.

Ce serait pour moi l’occasion d’aller rendre une petite visite à mon oncle Nino et à ma tante Vincente, et par la même occasion de claquer une bise à la délicieuse petite Stéphanie, ma chère cousine dont j’étais tombé follement amoureux, quelques années plus tôt, et à laquelle j’avais même roulé le patin du siècle, à l’arrière de la quatre chevaux Renault maronnasse du pater, sur un parking de l’île de la Barthelasse.

Nous fûmes reçus à la clinique par le médecin, un grand blond d’allure solide, auquel Monique confirma bien entendu, pour répondre à la question qu’il venait de lui poser, qu’elle n’était enceinte que de trois mois. !

Quelques heures plus tard j’allais rejoindre ma dulcinée dans sa chambre. C’était terminé !

Du beau travail, professionnel, propre et sans bavures, du moins le croyais-je, jusqu’au moment où le médecin fit irruption dans la chambre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il affichait son air des mauvais jours. Il s’est approché du lit de Monique, puis il lui a demandé si elle se sentait bien, avant de carrément la fusiller du regard et de lui demander d’une voix qui était à la fois forte et tremblotante :  » Pourquoi est-ce que vous m’avez fait ça, mademoiselle ?  »

Il s’est ensuite tourné vers moi, et il m’a regardé au plus profond des yeux avant de m’asséner : » C’était un sacré gaillard, votre présumé fils !  »

Voulut-il par cette phrase courte mais infiniment sibylline me dire que Monique n’était pas enceinte de trois mois, mais de plus, et que, en conséquence, je n’étais pas le père de l’enfant qu’elle portait ?!

En rentrant à Avignon, nous fîmes une halte sur l’autoroute, chez Jacques Borel, afin de prendre un mauvais petit café. J’en profitai pour demander à Monique quelles étaient les raisons de l’attitude pour le moins étrange du médecin.

— C’est un con, c’est tout, oublie ça, mon amour ! Il a sûrement voulu me culpabiliser en me disant que c’était un beau garçon, mais il ne dit que des conneries, ce mec, parce que, à trois mois, il est tout simplement impossible de connaître le sexe du fœtus, c’est Bernadette qui me l’a dit, un jour ; et elle sait de quoi elle parle, elle est quand même secrétaire médicale !

Je tombai dans un océan de perplexité. Je me demandai pourquoi donc ce médecin, qui acceptait de faire des avortements alors que c’était interdit par la loi, éprouverait l’étrange besoin de culpabiliser ainsi ses jeunes et innocentes patientes ?

Le 2 avril 1974, dans son luxueux appartement de l’Île Saint-Louis, à Paris, décédait Georges Pompidou, le président de la République de l’époque.

Et bizarrement ce fut ce jour-là, et précisément à cette triste occasion, que me fut donnée pour la première fois l’occasion de voir ma chère Monique sauter vraiment de joie, elle qui était plutôt taciturne et réservée, et surtout foncièrement avare de ce genre de manifestation d’intense bonheur, habituellement !

Cet étrange épisode hautement jubilatoire de sa part se passa dans un bar et Jean-Claude la regarda avec de grands yeux emplis de la plus profonde et compréhensible stupéfaction.

— mais, qu’est-ce qu’il t’a fait, ce pauvre type, pour que tu sois jouasse comme ça, en apprenant qu’il vient de crever d’une sale maladie, lui demanda-t-il ?

— A moi, perso, rien, répondit-elle, mais les hommes politiques, c’est tous des fumiers, non, annonça-t-elle, un peu trop péremptoirement à mon goût? Comme beaucoup de mecs, tu me diras, alors, un de moins, c’est toujours ça de pris, non, et voilà pourquoi je suis si jouasse, ça, va, t’es satisfait de ma réponse, parce que ce n’est pas tous les jours que nous avons la chance de voir crever un de ces profiteurs !

A l’issue des examens de fin d’année j’avais, vraiment contre toute attente, décroché haut la main ma licence d’histoire, et je l’avais même obtenue avec la mention « Assez Bien », c’est pour dire ! Aussi, ce fut pour cette raison, entre autres, que dans la foulée j’avais trouvé un super boulot, bien rémunéré, comme délégué de l’Encyclopédia Universalis. Ce n’était qu’un job de VRP qui ne disait pas son nom, vous diront certainement certaines âmes chagrines, mais ce fut un métier qui m’amena à sillonner toute la région, de Nice à Manosque, en passant par Aix et Montpellier, aussi, lorsque Monique tomba de nouveau enceinte, parce qu’elle était tellement belle et appétissante que j’adorais lui faire l’amour, malgré son caractère qui il faut bien le dire n’allait pas en s’améliorant, mais j’avais très envie de la baiser, alors je la baisais, et je la baisais même quasiment tous les jours, sauf quand les anglais débarquaient, bien sûr, ce qui me valait immanquablement des moqueries de sa part, du gente : « ah monsieur fait son muslim, aujourd’hui, il trouve que je suis impure, c’est ça, hein, petit con » ? Je la baisais soit énergiquement soit langoureusement, et je lui faisais l’amour presqu’amoureusement, même, certains jours, et c’est ainsi qu’un soir je me surpris à chantonner la belle chanson de Richard Anthony :

« Qu´est-ce qui me prend? Je me sens soudain tout drôle
Comme si j´avais un oiseau sur mon épaule

Qu´est-ce qu´il m´arrive? Aujourd’hui je suis amoureux de ma femme
Comme au premier jour je suis amoureux de ma femme
J´ai envie de l´embrasser besoin de la caresser
Je sens me piquer au cœur une merveilleuse et tendre douleur

Comme un collégien je suis amoureux de ma femme »
Je lui faisais intensivement l’amour, quasi en amoureux, mais ça je pense vous l’avoir déjà dit, bien que je ne savais jamais si cela lui faisait aussi plaisir qu’à moi, car il faut dire que depuis nos premiers jours elle avait toujours eu l’orgasme plutôt discret, ma pouliche ! Elle n’eut pas, cette fois, l’impression d’être simplement en cloques, bien heureusement, car, louchant sans doute sur mon portefeuille, qui s’était confortablement engraissé, elle décréta qu’il n’était absolument pas question qu’elle accouche comme ça, comme fille des rues, avant d’être dûment mariée, parce que dans la famille Doulmet, cela ne se faisait tout simplement pas !

Nous nous mariâmes donc, mais nous le fîmes tout simplement, c’est-à-dire sans tralala excessif, et le soir, pour des raisons mystérieuses, après un repas pourtant frugal qui fut pris chez ses parents, je dégueulais abondamment.

Au début des insouciantes et paisibles années 80, le steward Canadien Gaétan Dugas s’évertuait, en les sodomisant à cœur joie, à contaminer ses concitoyens homosexuels avec le virus du sida, dont il fut l’un des tous premiers porteurs, déclenchant ainsi une formidable épidémie de cette nouvelle peste qui sévit rapidement du nord au sud et de l’est à l’ouest les États-Unis.

Cela me fournira l’occasion d’assister à la deuxième manifestation de joie extrême de la part de l’amour de ma vie, la douce et tendre Monique.

Car ma Monique jubilait en effet comme jamais elle n’avait encore jubilé, elle délirait même complètement, à mon avis !

Il faut dire qu’elle éprouvait pour le peuple Américain une formidable autant qu’incompréhensible détestation, qui la faisait rejeter tout ce qui venait de là-bas, à part les jeans, bien sûr, dont elle soutenait mordicus qu’ils étaient de fait d’origine nîmoise.

Je me souviendrai toute ma vie du cirque ahurissant qu’elle m’a joué le jour où je lui ai manifesté mon désir d’aller voir « Star Wars », comme quoi j’étais un fou, et même un moins que rien, et que jamais elle, née Monique Doulmet, et elle insista fortement là-dessus, ne s’abaisserait à aller voir un film américain, et qu’elle m’interdisait solennellement d’aller voir cette merde immonde ! J’y étais allé quand-même, remarquez, mais seul et la queue entre les jambes, et ce fut pour recueillir ses intarissables sarcasmes à mon retour, alors que j’avais encore la tête pleine de fortes et envoûtantes images de longues et enivrantes batailles interstellaires.

— Voilà ce qui arrive, affirma-t-elle encore une fois péremptoirement, quand on se satisfait, comme ils le font là-bas, de bouffer n’importe quoi, alors ils chopent la peste, parce qu’ils n’ont plus de défenses immunitaires, bien sûr, et maintenant, tu vas voir qu’ils vont la refiler au reste du monde, leur épidémie !

Je rentrai un soir pour la trouver lamentablement étendue sur le carrelage de la cuisine, râlant comme un phoque malade qui réclamerait d’urgence l’extrême onction.

Quand je me penchai vers elle pour lui demander ce qui se passait, elle me regarda alors avec des yeux fous tout en tendant un index aussi tremblotant que comminatoire vers la fenêtre grande ouverte, et avant de chevroter :

— « Les pins, c’est les pins… les pins, je suis allergique aux pins, tu ne le vois donc pas, tu as de la merde dans les yeux à ce point, ou quoi ? Tu ne vois donc pas que depuis qu’on habite dans cette maudire baraque, je suis malade comme une chienne, et toi, ça te fait quoi ? Rien, bien sûr ! Parce que tu t’en fous comme de l’an quarante, tiens, de l’état de santé de ta femme ! »

— Je n’avais pas remarqué, non, répliquai-je tout penaud, et moi je l’aime bien, cet appart, il est grand, il est lumineux, nous avons une vue superbe, et de plus nous sommes en pleine forêt, au grand air.

— Je vois surtout que ça ne te gêne absolument pas de me voir crever à petit feu !

Tu sais bien que le seul habitat vraiment sain et valable, mon chéri, c’est un mas, et surtout pas un mas planté au beau milieu des pins, parce que ça, par bonheur, ça n’existe pas, alors, il doit bien y avoir une raison, pour que ça n’existe pas, non ? !

Monique passait le plus clair de son temps à faire des courses, elle hantait comme un fantôme aux aguets les boutiques du centre-ville d’Avignon, et elle écumait les centres commerciaux, aussi, qui en ces temps, qui ne sont pas si lointains, ouvraient les uns après les autres, aussi le soir elle se sentait bien entendu trop fatiguée pour préparer le repas, ou pire encore, pour faire l’amour !

—T’as qu’à te taper une bonne queue, grognait-elle, parce que le devoir conjugal, c’est quand même pas une obligation, que je sache !

De temps en temps j’arrivais tout de même à la sauter, mais je n’y arrivai qu’en la prenant presque par surprise, mes bons amis, c’est-à-dire en levrette, comme cela, ça lui évitait d’avoir à me regarder de ses beaux yeux, qui se faisaient de plus en plus réprobateurs, lorsque me prenait une irrésistible envie d’elle.

Grande amatrice de chaussures, elle en possédait désormais plusieurs centaines de paires, qu’elle alignait avec le plus grand soin dans ses placards. C’étaient souvent des chaussures de grandes marques, des chaussures magnifiques, avec des semelles rouges vif, des lanières de cuir doré, et même des incrustations de brillants, mais le plus spectaculaire, c’était encore la longueur incroyable de leurs talons aiguilles, qui ressemblaient à de minis-épées, ou à de longs et dangereux poignards effilés.

Je me rendis rapidement compte que c’était une grosse fainéante, cette fille, une nana qui cherchait toujours le moindre prétexte pour en foutre le moins possible, quand je lui demandai de m’aider dans mon travail de prospection en cherchant dans les annuaires les adresses des clients potentiels, c’est à dire les enseignants, les chercheurs, les chefs d’entreprises, ou encore des personnalités du monde du spectacle.

Elle m’avait alors regardé d’un œil torve pour me dire :

— Parce que tu crois peut-être que j’ai que ça à foutre, de faire l’enquêtrice pour tes beaux yeux ?

— Oui, pour ma pomme, bien sûr, et aussi pour la tienne, je te signale, parce que tu le dépenses volontiers, non, le pognon que je me tue à gagner. Tu ne travailles pas, et tu passes tes journées à ne rien foutre à la maison, sinon à regarder pendant des heures dormir notre fils.

— A crever à petit feu, oui, tu veux dire, oui, parce qu’il faut qu’on se tire d’ici, Gwen, et vite fait ! Trouve-nous un mas, parce qu’il n’y a que dans un mas que l’on peut vivre correctement, je te l’ai déjà dit, mais je te le répète. Ah, je ne travaille pas, on voit bien que tu ne sais pas ce que c’est, toi, que de s’occuper d’un bébé à longueur de journée !

Elle fit tant et si bien que je finis par lui dégotter le mas de ses rêves, mais je ne réussis à le débusquer qu’à Maillane, c’est-à-dire en rase campagne, et surtout loin de tout !

Je devais remplir pas mal de paperasses à l’époque, pour mon boulot, établir des devis, faire des rapports de visites, faire des plans de financement, et je demandai cette fois à Monique de bien vouloir s’en occuper afin de me soulager un peu. Et, que me répondit ma merveilleuse et compréhensible épouse, d’après vous ?

Eh bien, oui, c’est tout à fait cela : « Ah ! Parce que Môssieur croit peut-être que j’ai fait trois ans d’études supérieures pour m’abaisser à faire un travail de secrétaire, m’asséna-t-elle sans la moindre hésitation.

Je ne lui faisais pas l’amour tous les jours, non, et il s’en manquait même de beaucoup, non que je n’en ai pas envie, et de cela vous devez bien vous en douter, mais parce qu’elle n’était pas suffisamment en forme depuis quelques mois ! Malgré tout, de tendres caresses en gourmands cunnilingus, et surtout grâce à quelques magistrales pénétrations sauvages, même si elles furent effectuées à la sauvette, elle finit quand même par retomber enceinte.

Ainsi naîtra Maxime, notre deuxième petit garçon, puis, quelques années plus tard, ce fut au tour de Carole, mon adorable petite fille, de venir illuminer notre foyer, ainsi que l’on a coutume de présenter les choses ! J’avais eu beaucoup de chance, sur ce coup-là, car ma petite Carole était belle comme sa mère, mais elle présenta par bonheur un caractère bien plus souple, et surtout plus équilibré, me sembla-t-il. Pour sûr, elle devait tenir cela de moi.

Ce qui devait arriver finit un jour par arriver, car, car infiniment fatigué des frasques de ma chère et si peu tendre, pour ne pas dire que j’en étais anéanti, par ses sempiternelles conneries et extravagances, je tombai éperdument amoureux d’une de mes meilleures clientes, une jolie brune, intelligente et douce, récemment divorcée avec deux jeunes enfants, un garçon et une fille, qui étaient tous deux aussi bruns que leur maman et avaient hérité de sa somptueuse chevelure noire bleutée. Elle exerçait la profession de professeur d’économie à Montpellier, et un soir, à force de voluptueuses caresses et de tendres baisers qui se prolongèrent toute la nuit, je ne rentrai pas à la maison.

Mon épouse fut bien entendu furieuse mais elle conserva néanmoins les pieds sur terre.

— Si tu veux nous quitter pour aller vivre avec ta pute, libre à toi, Gwen, tu sais que je ne t’aime pas assez pour en faire une maladie, mais tu vas devoir cracher au bassinet, mon pauvre chéri. Et tu vas devoir apprendre, à tes dépends, qu’on ne fait pas impunément trois chiards à Monique Doulmet pour la plaquer ensuite comme une vieille chaussette trouée, oh ça, oui je te le garantis, mon amour !

J’allai donc m’installer chez la douce Véronique, mais seulement après m’être fait ponctionner de cinq mille francs mensuels de pension alimentaire au cours d’un divorce, qui fut dit de façon abusive « par consentement mutuel » mais qui ne manqua pas d’être furieusement épique, Monique ayant fait tout ce qui était en son pouvoir pour compliquer les choses à outrance.

Il a de l’argent, avait-elle glapi à l’avocat, la preuve, c’est qu’il a l’intention d’acheter un bateau, et pas un petit !

Le bateau, c’était une belle péniche à vendre, qui était stationnée dans le port de Beaucaire, que j’avais imprudemment emmené les enfants visiter, par pure curiosité, un dimanche après-midi.

*****

Quelques mois plus tard, alors que j’arrivais à Cucuron afin de prendre les enfants pour le week-end, comme cela avait été prévu, je trouvai le village en effervescence.

Des voitures de police étaient stationnées un peu partout, tandis que des petits engins de chantier, tractés sur des remorques, étaient acheminés en direction du mas de mon ex, qu’elle avait fini par hériter de ses parents.

Je m’approchai au ralenti pour constater que c’était bien la maison de Monique qui était au centre de cette folle agitation.

Des grappes de curieux s’étaient agglutinées le long de la route pour observer l’étrange ballet des forces de l’ordre entourant une petite armada de pelleteuses et d’excavatrices en tous genres.

Effaré, je me garai et je m’approchai d’un groupe de curieux pour leur demander ce qu’il se passait.

— Oh mon pauvre monsieur, me dit une dame rondelette qui avait des larmes plein les yeux, c’est la mygale, parait qu’elle a encore fait des siennes. Figurez-vous qu’elle aurait enterré tous ses petits dans son jardin !

Mon cœur fit alors un drôle de bond, et il fit même un bond spectaculaire, dans ma poitrine.

Enterrés, mes chers enfants, elle a donc fini par les tuer et les enterrer, cette folle ? !

Le chien du médecin du village, qui était le voisin de Monique, avait un soir ramené un curieux petit os à son maître, on aurait dit un crâne en miniature !

Le docteur Pugliese avait aussitôt signalé le fait à la gendarmerie, qui avait diligenté une enquête afin de savoir d’où ce morceau de squelette de nouveau-né provenait.

Ils découvrirent à proximité immédiate du jardin de Monique les restes d’une belle boite à chaussures autour de laquelle quelques os minuscules étaient éparpillés.

Interrogée, la mygale avait d’abord fait l’étonnée, puis l’outragée, mais, ensevelie sous le feu roulant des questions malicieuses posées par les fonctionnaires, elle avait fini par leur déclarer :

— Qu’est-ce que vous voulez, faut me comprendre, je suis une femme seule, lâchement abandonnée avec trois gosses en bas âge, alors, qu’est-ce que vous voulez que je fasse de mes journées ? Je baise, c’est humain, non, et si je baise un max, c’est pour me défouler, pour oublier toutes les saloperies qu’on m’a faites, et surtout pour… pour me détendre un peu, parce que j’en ai tellement besoin !

Et comme je suis allergique au latex, et que je ne supporte pas la pilule, et qu’en plus je déteste me faire sodomiser, parce que je suis bien sûr pas une de ces putains de perverses, comme j’en connais quelques unes, qui adorent se faire empapaouter par le fondement chaque jour que le bon dieu fait… Vous pouvez peut-être me dire ce que j’en aurais fait, de tous ces gosses qu’on m’a fait ? Alors, sitôt évacués, je les ai à chaque fois mis dans une belle boite à chaussures, que j’ai ensuite soigneusement enveloppée d’un sac poubelle avant de les inhumer, là où ils auraient dû être bien tranquilles pour l’éternité, chez eux, dans leur beau jardin, au frais, sous les pruniers !

Ah si ce salopard de clébard n’était pas allé fourrer son sale museau là où c’qu’il aurait pas fallu qu’il aille, tout irait si bien, aujourd’hui encore.

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