Elle est innocente !28 juin 2019

Jean-Paul Dominici

Elle est innocente !

éditions de la Sirène

collection « d’un monde à l’autre »

photo de couverture : Sternstunden /fotolia.com

 

Cette nouvelle a été primée par le jury du concours international Florilège.

Floriane Ginoux, épouse Sébastiani pour l’état civil est, sans qu’aucune contestation ne soit possible, une séduisante jeune femme ! Car depuis sa prime jeunesse elle est un être gracieux, élégant, lumineux, et surtout elle est d’une féminité exacerbée ! C’est une ravissante brunette à la peau claire, un peu comme si elle aurait été l’alter ego de Blanche-Neige ! Elle est dotée d’une longue et soyeuse chevelure de jais qui flotte harmonieusement en retombant avec grâce sur ses épaules, dont le galbe émouvant est souvent dénudé. Surtout l’été, quand il fait si chaud au pays de Fontvieille ! Son fin visage au centre duquel est fiché un adorable petit nez est éclairé par deux grands yeux d’un délicat bleu délavé. Chacun s’accorde pour la trouver superbe, quasiment solaire et, par dessus tout, elle jouit de la réputation d’être une femme particulièrement sérieuse !

Ses jambes interminables battent allègrement le pavé de la rue Grande lorsqu’elle emmène ses deux enfants, Guillaume et Laurent, le matin, à l’école du village.

Le maître de Guillaume, l’aîné de ses garçons, l’a toujours regardée avec une indéfectible exaltation mais il est surtout animé par le plus inavouable des désirs. Surtout quand il pense à la terne et morne épouse qui l’attendra en ronchonnant, ainsi qu’elle le fait toujours, le soir à la maison.

La maîtresse de Laurent est pour sa part une femme aigrie et d’une nature acariâtre. Elle pense qu’il s’agit là, sans le moindre doute, d’une de ces détestables mangeuses d’hommes dont les honnêtes femmes comme elle ont tant et tant à redouter !

Et elle en donne pour preuve le fait que cette étrangère débarquée de Saint-Rémy, une ville qui est pourtant distante de plus de quinze kilomètres, a réussi à épouser l’un des plus beaux partis de Fontvieille, à savoir le prospère et séduisant menuisier Marco Sébastiani dont l’atelier florissant trône au beau milieu de la place de la République, en plein centre du village, entre le Crédit Agricole et le très chic salon d’esthétique Vénus beauty.

Le couple Sébastiani possède, entre autres, une grande et magnifique villa entourée d’une petite pinède au cœur du quartier chic des Confignes, ce qui ne manque pas de lui attirer de nombreuses jalousies.

Car par les chauds après-midis d’été il n’est pas rare d’apercevoir la belle brune lorsqu’elle se baigne dans sa vaste piscine à traitement écologique alors qu’elle se croit bien tranquille, réfugiée à l’abri des haies de thuyas, avec son amie Émeline. Cette jeune femme est depuis quelques années la charmante, mais sulfureuse factrice du village. Car cette dernière est une de ces délicieuses rousses hyper sexyes dont les doux yeux verts sont surmontés de longs cils veloutés qu’elle laisse volontiers papillonner en présence des hommes. Ceux-ci ne se lassent bien entendu pas de l’admirer, mais aussi de la taquiner affectueusement. Leurs gracieuses fesses pommées et joliment bronzées frisent ainsi avec insolence à la surface de l’eau aux heures les plus chaudes de l’après-midi, surtout quand qu’elles agitent avec vigueur leurs longues jambes fuselées alors qu’elles sont accompagnées par le chant lancinant et un brin mélancolique des cigales, car ces dernières sont comme à leur habitude surexcitées par l’intensité de la chaleur ambiante.

La charmante Floriane est artiste-peintre, cela, je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit. Elle peint peu mais elle peint régulièrement avec bonheur et constance. Elle peint pour l’essentiel les paysages colorés et lumineux de sa Provence natale. Un mas avec un cyprès, parce que c’est le modèle de tableau qu’elle vend le mieux, un champ planté d’une merveilleuse lavande intensément bleutée, le Pont du Gard, un monument qu’elle adore, surtout quand il est généreusement éclaboussé par le soleil de 15 heures. Elle brosse aussi le charmant port de pêche des Saintes-Maries de la mer et le Moulin de Daudet, bien sûr, cette emblématique et incontournable bâtisse implantée aux abords de son village que des touristes férus de littérature française venus du monde entier ne se lassent pas d’admirer, et ce à longueur d’année !

Avec l’éducation de ses deux enfants, cette paisible activité occupe suffisamment ses journées et elle n’a par conséquent jamais cherché un autre emploi. Comme Marco gagne par bonheur plus que correctement sa vie, tout va pour le mieux dans son petit monde aussi heureux que serein.

Elle occupe rationnellement et le plus sainement possible son esprit et ses mains en faisant de la gym et du yoga ou en participant aux activités culturelles proposées par la MJC de Saint-Rémy de Provence dont elle est une habituée car elle y expose parfois ses œuvres. Elle participe notamment à l’atelier de fabrication de bijoux qui est animé par le séduisant Thierry Garnier, un artisan installé au Val d’Enfer, sur la commune voisine des Baux de Provence. Celui-ci a, au fil des années, soutenu par la presse et les radios régionales, exposition après exposition, acquis une certaine et bienveillante notoriété grâce à sa gamme de bijoux d’été en argent incrustés de pierres bleues, vertes et jaunes qu’il a baptisée « Rivages Insulaires ». Les améthystes y côtoient les saphirs, les émeraudes, les turquoises, l’ambre et les chrysoprases dans une chaleureuse harmonie. On peut trouver ses créations dans les plus élégantes boutiques de la région et dans quelques commerces chics de Paris, Lyon, Bruxelles et Genève ! Son amie Émeline possède, quant à elle, un caractère indéniablement plus trempé. Ne la voit-on pas souvent, pendant la saison, accompagner les hommes à la rude et dangereuse chasse au sanglier ? Un jour, son chien Balthus se blessa gravement en sautant avec une vigueur excessive dans un profond fossé. Elle n’hésita pas à l’abattre elle-même d’une balle de gros calibre qu’elle lui logea virilement entre les deux yeux. Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles pour tous les acteurs de ce drame jusqu’au jour où ce qui devait arriver finit par arriver. Cela se produisit par une belle après-midi d’été, car telle est la dure loi du destin. Qui séduisit l’autre ? Il m’a été impossible de répondre à cette épineuse question malgré l’enquête minutieuse que j’ai menée à postériori. Toujours est-il que la séduisante Floriane et le non moins charmant Thierry devinrent amants. Ils s’aimèrent même le plus tendrement et le plus passionnément du monde !

Peut-être avait-elle tout simplement craqué face à sa sensibilité toute féministe d’artiste joaillier, peut-être bien, oui !

Toujours est-il qu’on pouvait parfois les apercevoir quand ils se promenaient avec nonchalance dans la garrigue qui entoure le village touristique des Baux, toujours accompagnés du grand chien noir du garçon, un berger des Pyrénées. Mais jamais, au grand jamais, on ne les vit se toucher, ne serait-ce que du bout des doigts ! Car quand ils avaient décidé de se toucher, et même un peu plus que se toucher, cela se passait dans le secret de l’alcôve protégée par un épais rideau de velours située au fond de l’atelier de Thierry, aux Baux, bien loin du village de Floriane. Là, bien à l’abri, ils pouvaient donner libre cours à leurs irrésistibles pulsions amoureuses. Comme quoi, pour une femme qui jouissait de la réputation d’être une épouse et une mère de famille particulièrement sérieuse et irréprochable, elle avait habilement su manipuler son monde ! La seule qui savait était la plaisante rouquine Émeline, l’amie et confidente de toujours. Cette relation clandestine se perpétua jusqu’à ces jours maudits dont je m’apprête à vous conter l’histoire. Car il s’agit d’une histoire qui s’est réellement déroulée, même si ce fut il y a quelques années.

Malgré ses loisirs éminemment virils, vous devez savoir qu’il ne pouvait pas y avoir plus fleur bleue au paisible pays de Fontvieille que cette trentenaire, toujours célibataire bien qu’elle soit courtisée par nombre d’hommes du village plus ou moins libres.

Cependant, si Emeline s’occupait relativement peu d’elle et de son bien-être au quotidien, elle était une personne profondément altruiste. C’est pour cette raison qu’elle était admirative du profond et surnaturel amour que se portaient Floriane et Thierry. Ainsi elle fondait littéralement d’émotion lorsqu’il lui arrivait de les accompagner au cours de leurs longues et paisibles promenades dans la somptueuse et odorante garigue qui s’étend autour des Baux de Provence. Elle pensait, en son for intérieur, que c’était une pitié de devoir brider un si remarquable amour et que ce serait une chose merveilleuse si le destin se mêlait de donner un petit coup de pouce à cette exceptionnelle histoire d’amour afin de la faire avancer dans ce qu’elle considérait être le bon sens, à savoir l’union sans retour de la gracieuse Floriane et du beau Thierry. Ce serait tant pis pour Marco ! Cependant, bien qu’elle soit profondément, et même viscéralement, altruiste, elle ne se montra pas inquiète pour lui car elle se dit qu’il finirait bien par en trouver une autre, celui-ci, avec sa belle gueule et tous les sous qu’il avait accumulés au fil des années grâce à sa prospère petite entreprise !

Ah, d’accord, mais, qu’en était-il de la jolie brune, allez-vous certainement me demander? Eh bien, tout ce que je peux vous en dire, c’est qu’elle n’avait aucune envie de cette sorte, notre ravissante brunette ! Car sa vie lui convenait parfaitement telle qu’elle était, confortablement lovée entre son mari, son amant, ses enfants et ses amies dont certaines devenaient parfois, elles aussi, bien que ce ne soit que très occasionnellement, des amantes de passage pour une ou deux après-midis de folie douce et sensuelle par semestre ! Car je peux vous le dire, maintenant. C’est seulement ce type de relation qui faisait fondre de plaisir la séduisante Floriane, L’amour physique avec une jolie fille ! Naturellement, elle était profondément malheureuse que sa bonne amie Emeline soit pour sa part une farouche et indécrottable hétérosexuelle mais la vie est ainsi faite, « on n’a pas toujours ce que l’on souhaite avoir », se dit-elle !

Car sans l’aimer plus que de raison, maintenant nous savons pourquoi, elle appréciait beaucoup Marco, ce descendant d’un maçon piémontais qui était arrivé à Signes par un beau soir du début du siècle et avait engendré une nombreuse descendance. Tous travaillaient dans le bâtiment, qu’ils soient carreleurs, plâtriers, maçons, menuisiers ou peintres. Certains devinrent même des maîtres d’œuvre recherchés pour leur expertise.

Le garçon s’était paisiblement rendu maître de sa virginité alors qu’elle était encore toute jeunette. Cet évènement majeur de sa vie, la jeune fille l’avait vécu dans une jolie chambre de la très chic Auberge de Noves à l’issue d’un agréable dîner gastronomique au cours duquel ils avaient dégusté des petits poissons constitués, un délicieux chapon au miel et une bombe au chocolat tout à fait surprenante.

S’ils se connaissaient bien, c’est parce qu’ils avaient souvent dansé ensemble et flirté plus ou moins longuement. Ils s’étaient ainsi déjà longuement embrassés et caressés à de nombreuses reprises. Aussi, lorsqu’ils se furent lentement et voluptueusement allongés sur le lit king size dans l’intimité de leur nouveau et provisoire refuge, Marco entoura la jeune fille qu’elle était encore de ses bras et lui donna mille longs baisers fougueux tout en lui prodiguant les plus savoureuses et les plus enivrantes des caresses.

Notre séduisante donzelle, toute émoustillée, n’avait alors pas tardé à méditer : « Et si je la perdais, ce soir. Parce qu’il me semble que j’ai le bon âge pour faire ça, non ? Je ne vais quand même pas rester dans cet état, pucelle et encore pucelle jusqu’à ce que les toiles d’araignées envahissent ma jolie minette  ?! »

Elle glissa alors avec volupté sa main aux doigts longs et fins dont les ongles soignés sont colorés d’un rouge vermillon métallique et brillant sous la chemise du garçon. Elle caressa avec tendresse la poitrine légèrement velue de son amoureux.

— Oh doux Jésus comme c’est délicieux, oh oui c’est merveilleusement doux », murmura-t-elle sous le coup de l’émotion qui la submergea. Tout en promenant sa main sur le fin duvet frisotant elle ajouta dans un souffle : Oh mon dieu mais c’est aussi doux que le minou d’une jeune fille, cette extraordinaire matière !

Marco, pendant ce temps, entreprit de caresser avec langueur et passion ses longues cuisses fuselées dont la peau lui avait toujours été particulièrement agréable au toucher, depuis le jour où la destinée avait voulue qu’il la rencontre enfin, celle dont il avait tout de suite compris qu’elle deviendrait la femme de sa vie. Il l’avait croisée alors qu’il sortait du Stax, la célèbre discothèque à la mode de Châteaurenard tandis qu’elle y entrait. Il avait bien entendu tout de suite fait demi-tour !

— Oh mais toi aussi ta peau est super douce, mon amour, lui susurra-t-il à son tour d’une voix tremblotante.

Elle déboutonna ensuite très lentement la chemise du garçon.

C’est alors que la folie commença à s’emparer d’elle. « « Au point où j’en suis, se dit-elle, il n’est certainement pas question de reculer, alors un peu de courage, ma fille et c’est parti pour le grand saut dans l’inconnu ». Elle saisit les bords de son polo et elle le retira d’un geste preste pour apparaître en juvénile soutien-gorge à petites fleurs bleues aux yeux émerveillés de son compagnon.

Marco commença aussitôt lui aussi à s’affoler et ce fut ainsi que sa main, qu’il ne contrôlait déjà plus, remonta jusqu’à l’aérienne petite culotte de son amie. Il sentit alors sous ses doigts que le tissu en était légèrement humide. Cela l’excita encore plus, alors il et se jeta avec une tendresse infinie sur sa jeune compagne pour s’emparer de ses adorables petits seins afin de les masser avec jubilation avant de commencer à les téter amoureusement. Puis il les mordilla, animé comme il l’était par une incommensurable gourmandise.

La main de Floriane avait, semblait-il, elle aussi, gagné sa pleine indépendance car elle alla se poser le plus naturellement du monde sur le renflement qui venait d’apparaître sous le léger tissu gris-vert du pantalon du garçon, juste au niveau de la braguette à boutons.

Elle avait beaucoup lu, elle avait longuement bavardé de ces choses-là avec ses amies, elle avait vu aussi de nombreux films dont un pornographique. Elle savait donc exactement ce qui allait lui arriver dans les minutes qui suivraient, ce fantastique emballement qu’elle appela ardemment de ses vœux alors que toutes les circonstances pour « le faire », lui semblèrent être enfin réunies !

Elle caressa affectueusement le renflement. Ce dernier fut rapidement agité de comiques soubresauts, ce qui manqua de peu de la faire éclater de rire.

Alors Marco se déshabilla calmement, refusant de se montrer trop pressé, puis il enfila prestement, mais avec grand soin un préservatif à haut pouvoir sensitif.

Floriane lui sourit d’une façon affectueuse car elle pensa qu’il serait peut-être bon de l’encourager encore un peu. Et pourquoi ne le ferais-je pas, se dit-elle ?

Elle embrassa donc une nouvelle fois le garçon ; elle fit tourner avec passion et agilité sa petite langue rose autour de celle de son partenaire puis elle défit sa jupe légère et fit lentement glisser le long de ses longues jambes sa ravissante petite culotte vert clair. Elle la projeta à l’extrémité du lit d’un mouvement vif et gracieux de la pointe du pied avant de se tourner lentement, avec une infinie volupté, sur le côté droit.

Maintenant est venu le moment de vous dire que le beau Marco fut quasiment parfait, ce soir-là. Les fesses affriolantes autant qu’affolantes qui s’offrirent à sa vue firent encore monter son désir, qui était pourtant déjà intense, paroxystique, même ! Il ne fut néanmoins pas avare de longs et délectables préliminaires auxquels il se livra avec le plus grand soin, usant sans retenue de ses mains et de sa langue. Après un dernier et long baiser canaille et enfiévré qu’il donna à la source même du plaisir, il pénétra avec mille précautions la jeune fille puis il l’aima longuement et paisiblement, sans aucune brutalité, avant de finalement se libérer dans un long spasme qui fut accompagné d’un aimable et discret gémissement de bonheur et de satisfaction.

La jeune et ravissante Floriane s’allongea alors sur le dos puis elle attira le jeune homme dans ses bras pour lui avouer, tout en se sentant quand même un peu gênée de le faire, alors qu’elle était elle-même étonnée de ce qui venait de lui arriver : « je… je crois que j’ai, mon amour… » tenta-t-elle timidement de lui exprimer. 

— Oh mon dieu, c’est, ce n’est pas vrai, tu as joui, mon amour, tu as joui, c’est ça, oh, c’est bien vrai ma puce ?! » «  Eh bien oui, j’ai joui et j’ai même merveilleusement joui, Marco, minauda-t-elle » « Mais, tu sais que c’est une super nouvelle, ça, mon tendre, mon grand, mon fol amour ! Tu sais que c’est rare, ça, de jouir, pour une fille, quand c’est la première fois que, qu’elle… ! Parce que c’est bien la première fois, que tu le fais, n’est-ce pas, chérie ?

— Oh oui, oui, bien sûr que oui, c’est la première fois ! Mais pour qui me prends-tu, espèce de gou… fit-elle mine de le morigéner en martelant sa poitrine de petits coups de poing rageurs.

— Oui mon amour, j’ai joui et j’ai même longuement, superbement joui ! Toutefois cela n’a pas été explosif comme je pensais que ce le serait, non, je suis tout simplement montée au paradis, tu sais, j’ai tout simplement quitté la Terre pour me perdre dans l’azur de ce mythique septième ciel dont je n’étais pas tout à fait sûre qu’il existât, surtout dans les bras d’un homme, ajouta-t-elle mentalement, rien que pour elle ! Mais me voilà rassurée pour le restant de mes jours, maintenant, et cela grâce à qui ? Mais grâce à toi, bien sûr, grâce à Marco Sébastiani, le plus grand, le plus fort, le meilleur de tous les amants de la Terre !

S’ils étaient bien ensemble, c’est parce qu’ils étaient unis par une réelle complicité ! Alors, comme elle n’avait quand même pas l’intention d’épouser une femme elle n’hésita pas plus longtemps et elle répondit « oui » quand il la demanda en mariage. Ils se marièrent après avoir reçu la bénédiction des parents de la jeune fille. Dans les années qui suivirent deux beaux enfants vinrent illuminer leur jeune foyer et par là même consolider définitivement leur union.

C’est ainsi qu’ils vécurent heureux pendant de longues et paisibles années.

****

En cette lumineuse matinée de printemps, le temps était radieux. « Comme d’habitude en cette saison », pensa Marco en chantonnant alors qu’il travaillait au montage d’une charpente sur un grand mas du siècle dernier qui avait été récemment acheté par un couple de Belges aisés ; Il était en cours de rénovation. Soudain un coup de feu claqua entre les collines ! Ce fut un BANG sec et bref qui résonna et fit longtemps vibrer l’air entre les rochers. La vibration serpenta longtemps parmi les bois et les ravines.

Le menuisier s’effondra aussitôt car sa belle gueule venait d’être définitivement réduite en une effroyable bouillie sanglante.

Alerté, le jeune commissaire Mathias Polvérino arriva d’Arles rapidement afin de se rendre sans tarder sur les lieux du drame. Il pensa en arrivant qu’il s’agissait d’un banal accident de chasse, d’une de ces balles perdues qui fusent parfois à tort et à travers dans tout le pays en cette saison.

Le corps atrocement supplicié du malheureux fut transporté à l’institut médico-légal d’Avignon aux fins d’autopsie.

Le légiste avait extrait la balle responsable de la mort du menuisier. C’était une de ces munitions pour carabine Remington 280 à lunette utilisée pour la chasse au sanglier. Avec ce type d’arme on avait clairement souhaité ne laisser aucune chance d’en réchapper à la victime.

Ce type de fusil était extrêmement courant dans cette région où les chasseurs de tous poils sont particulièrement nombreux. Il ne serait certainement pas des plus faciles à identifier.

Floriane s’effondra. C’est peu dire qu’elle versa toutes les larmes de son corps dans les bras qu’elle trouva comme d’habitude grand ouverts de son amie Émeline !

Celle-ci, qui semblait si forte, resta imperturbable face à ce drame épouvantable qui venait de frapper sa meilleure amie. Elle chercha néanmoins à la consoler du mieux qu’elle put.

— C’est effroyable, c’est terrible, bien sûr, mais songe que par bonheur il te reste Thierry, ma chérie ! Pense un peu à lui, s’il te plaît. Ce qui t’arrive est affligeant, je te le concède volontiers mais considère que maintenant plus rien ne peut s’opposer à votre bel amour. Ressaisis-toi, s’il te plaît et essaie donc de voir le bon côté des choses, bon sang, et surtout, surtout, secoue-toi, mon amour! Pense aussi à tes enfants car, que tu le croies ou non, que tu en aies envie ou non, la vie va quand même continuer, pour eux, comme pour toi, aussi !

Le commissaire Polvérino, quant à lui, resta un bon moment plongé dans la plus intense perplexité, car vu la configuration des lieux, il avait été obligé d’écarter l’hypothèse de l’accident de chasse pour ne retenir que celle du tir délibéré, c’est-à-dire l’assassinat avec préméditation, en fait !

Mais comment diable allait-il s’y prendre pour mettre la main sur ce mystérieux assassin qui semblait protégé par la plus opaque des invisibilités, car absolument aucun indice ne put lui indiquer la direction à suivre pour remonter jusqu’au coupable.      
Un juge d’instruction fut diligenté afin de prendre en charge cette enquête qui s’annonça particulièrement difficile.

Les cigales continuèrent à chanter avec allégresse, le soleil continua à briller comme il a toujours brillé, c’est à dire avec la même arrogante intensité tandis que les touristes étaient toujours aussi nombreux autour du Moulin de Daudet, mais une famille jusque là heureuse et sans histoires se trouvait plongée dans le deuil et le plus noir des désespoirs.

Toutes les hypothèses furent envisagées. Toute la journée on éplucha les comptes de Marco, mais aussi ceux de Floriane, puis on interrogea les voisins, le garde-champêtre, les commerçants, les chasseurs et les cinq employés du menuisier, mais ce fut sans obtenir le moindre résultat.

« Un client qui aurait été mécontent ? Ça existe, bien sûr, comme dans tous les commerces, mais au point de le tuer, non, là, non, je ne vois vraiment pas » affirma un des jeunes employés du menuisier.

On était même allé jusqu’à fouiller avec soin, et même de fond en comble, les nombreuses caravanes du camping, toujours à la recherche de cet hypothétique fusil. Car dans l’esprit de chacun ce ne pouvait être qu’un individu étranger au pays qui avait fait le coup.

Au comptoir du bistrot « Chez Zézé », pendant ce temps, les conversations des habitués allèrent bon train.

Une carabine pour la chasse au sanglier ? Mais ! N’était-il pas de notoriété publique que la sulfureuse Émeline en possédait une, bien entretenue et en parfait état de marche, de surcroit, si on considérait le nombre incroyable de grosses bestioles qu’elle avait gaillardement descendues la saison précédente avec son dangereux jouet!

Mais le principal problème, c’est qu’il était de notoriété publique qu’elle ne portait pas spécialement le menuisier dans son cœur, sans que l’on sache très bien pour quelle raison ! Alors, de là à voir en elle ce meurtrier aussi discret qu’insaisissable, il n’y avait qu’un pas à faire, et il fut fait plus rapidement que ce que l’on aurait cru possible.

Gaspard Donadieu, l’imposant fabricant d’huile d’olive de la plaine vola alors sans hésiter au secours de la jeune et séduisante accusée.

— Ce matin, à l’heure du meurtre, elle était chez moi, je vous dis, bande d’abrutis ! Abrutis avec un grand A, même ! Elle m’a remis mon courrier, les recommandés et tout le saint-frusquin, comme d’habitude, quoi ! Alors, j’en mettrais ma main à couper, je suis certain qu’elle est innocente, cette petite ! C’est pourtant vrai que vous badez tous après elle comme des puceaux énamourés, mais comme vous savez que vous ne l’aurez jamais, vous préféreriez bien sûr la savoir en prison à croupir pendant des années, c’est çà où je me trompe, ajouta-t-il dans un tonitruant éclat de rire qui clôtura cette sordide conversation.

Rien d’essentiel ne se produisit jusqu’au soir même de cette éprouvante journée qui vit Robert Santoux, un type basique et un peu frustre qui avait la réputation d’être un abruti de tout premier ordre venir frapper avec insistance à la porte d’Émeline.

Celle-ci lui ouvrit la porte en grand tout en lui adressant un sourire curieusement fuyant.

— Ca y est, c’est fait, mon amour s’exclama-t-il d’une voix joyeuse. Alors voilà, je viens chercher ma petite récompense, comme c’était prévu, tiens ! Parce que j’bosse pas gratis, moi !

— Entre, Robert, je t’en prie, l’encouragea d’une œillade incertaine la séduisante factrice.

Elle fit asseoir son visiteur dans un vieux fauteuil en cuir fauve et lui servit sans tarder un bon verre de pastis, une généreuse momie bien tassée, comme il se doit, mais elle la lui servit dans un verre à bière!

La jolie rousse n’était vêtue que d’une légère robe bleue marine particulièrement sexye qui laissait ses épaules et ses cuisses dénudées. Elle passa rapidement dans la salle de bains en disant : « tu m’excuses une seconde, mon beau ! ». Elle fit couler l’eau quelques instants et elle en ressortit presque aussitôt. A la seule différence qu’elle était cette fois entièrement nue tandis qu’une de ses mains, la gauche, resta pudiquement posée en conque sur son sexe. Ce fut peut-être pour tenter d’en masquer l’affolante incandescence.

Puis elle se dirigea ensuite à petits pas vers la fenêtre dont elle tira soigneusement les rideaux d’un geste sec et nerveux.

Robert la regarda passer sous ses yeux et il ne put naturellement pas se retenir de lui donner une petite tape amicale sur la fesse droite.

Elle revint ensuite d’un pas chaloupé vers le canapé en traînant un peu des pieds et elle s’y allongea lascivement sur le dos. Emeline entrouvrit alors ses jambes avec une indicible langueur puis elle dit du bout de ses gracieuses mais un peu boudeuses lèvres roses à son visiteur : « Une chose promise est une chose due, Robert ! C’est quasiment une chose sacrée parce qu’une chose due est une chose due, m’a sans cesse répété ma pauvre mère alors que je n’étais qu’une petite fille très sage. Alors, ainsi que je te l’ai promis je suis à toi, mon gros ! Tu peux donc te servir et me prendre à la manière qu’il te plaira et surtout, je t’en supplie, profite, régale-toi. Oui je t’en supplie éclate-toi un max mon pauvre Robert, parce qu’on ne sait jamais ce que cette chienne de vie peut nous nous réserver, tu sais. Demain, ou même aujourd’hui, on pourrait tout aussi bien se retrouver morts, nous aussi ! Et alors c’en serait fini et bien fini, n’est-ce pas, de ces délicats plaisirs de la vie ! Tu veux que je reste comme ça, sur le dos, ou tu préfères que je me mette à quatre pattes si tu préfères me prendre en levrette. Choisis, Robert, mais choisis vite parce que ce sera comme tu voudras, mon amour, tu vas me prendre de la façon qui t’apportera le plus de plaisir. Comme ça, c’est bien, non, dit-elle n s’étirant. Elle gonfla sa poitrine pour la rendre plus aguichante.

Robert, je vous l’assure, eut les yeux qui semblèrent vouloir à tout prix quitter leurs orbites afin de se carapater au plus vite vers la chatte flamboyante de la ravissante rouquine. Il lui répondit : « C’est bon, reste comme ça, reste comme tu es, ma chérie. Reste allongée sur le dos. Oh mon dieu mais c’est pas croyable comme tu peux êt’ belle ! »

Il ôta rapidement ses chaussures puis il se débarrassa tout aussi rapidement de ses chaussettes négligées. Il se défit tout aussi vite de son treillis et enfin de son slip douteux, puis, dès qu’il fut entièrement nu il s’allongea lourdement sur Émeline après qu’elle lui eut fermement refusé la petite fellation qu’il lui avait pourtant gentiment demandée, afin de le mettre en condition, lui avait-il précisé.

Puis il la pénétra brutalement avant de commencer à la besogner ! Il suait à grosses gouttes. Il la regarda intensément, avec des yeux fous, tout le temps qu’il lui fit l’amour sans la moindre douceur et même avec une sorte de bestialité.

Lorsqu’il se fut enfin soulagé dans un long et détestable grognement de goret il lui annonça : « Oh mon dieu, c’était tellement bon que je reviendrai, oui, c’est ça, oui je reviendrai même tous les jours, ma petite chérie ! Parce que c’est vraiment trop bon, ça, de pouvoir te faire ça aussi librement, oh mon dieu oui que c’est bon ! C’est même super extra bon, ajouta-t-il en bavant un peu ! Et surtout je reviendrai parce que ça le vaut bien, non ? Pour ce magnifique travail que je t’ai fait, un travail extra, bien propre, nickel, et surtout sans bavures. Je suis le meilleur, non, mon amour? Tu verras, t’auras beau chercher, jamais t’en trouveras un qui t’aimeras autant que moi, jamais un qui sera aussi dévoué et serviable que moi !

La jeune femme fit langoureusement papillonner ses longs cils puis elle lui adressa un étrange sourire de vampire tout en glissant mine de rien sa main sa main droite sous le canapé afin d’en extraire discrètement un large couteau de cuisine qu’elle brandit soudainement et qu’elle planta sauvagement, à trois ou quatre reprises, tout en poussant des cris rauques, dans le dos gras et luisant de l’homme qui s’affala aussitôt sur elle.

« Bien sûr que non, gros balourd. Tu vois bien que tu ne reviendras pas, jamais, oh que non, jamais, au grand jamais! » ajouta-t-elle en enfonçant vigoureusement le couteau entre ses côtes tout en le faisant vriller.

Elle s’efforça de respirer le plus calmement et le plus profondément possible puis elle dégagea lourdement le corps inerte de Robert. Ensuite elle se leva pour aller tranquillement rincer avec soin le verre qui était encore posé sur la table puis elle se dirigea d’un pas tranquille vers le téléphone. Elle appela la mairie.

— Venez vite, s’il vous plaît, c’est grave, je viens de tuer quelqu’un ! Il y a un mort chez moi je vous dis. Alors magnez-vous le cul, s’il vous plaît !

Le garde-champêtre fut là dans l’heure. Il appela aussitôt le commissaire Polvérino.

Ce dernier arriva le plus promptement qu’il lui fut possible et dit : « Mais que se passe-t-il encore ici ? Ah, Fontvieille, Fontvieille ! Vous avez décidé d’avoir ma peau, vous autres, dans ce fichu patelin, ou quoi ? Alors, dites-moi vite ce qu’il se passe encore ici? »

Ce fut Bernard, le garde-champêtre, qui prit la parole :

 — Alors voilà, monsieur le commissaire. Madame ici présente venait de sortir de sa douche quand le sieur Robert Santoux, le mort, dit-il en désignant de son index tendu vers le sol le cadavre sanglant qui y gisait, a pénétré dans sa maison qu’elle avait sans doute mal fermée puis il s’est jeté sur elle en hurlant de terribles insanités et il l’a sauvagement violée. Si vous allez y regarder de plus près vous trouverez certainement ce qu’il y a semé avant de mourir.

— Est-ce bien ainsi que cela s’est passé, madame, demanda Mathias qui pour sa part sembla incrédule?

— Oh oui, et je peux même vous dire qu’il avait l’air d’un fou furieux. Je vous jure que j’ai eu la peur de ma vie ! Les yeux lui sortaient littéralement de la tête, monsieur le commissaire ! Pour moi, il avait dû boire un coup de trop avec ses copains au café avant de décider de venir chez moi. D’ailleurs, il pue encore le pastis, tenez, sentez-le. Quel malheur, un homme qui était si aimable et si gentil d’habitude. Oh mon Dieu, l’alcool, les ravages que ça peur faire, cette saloperie !

Pour les nécessités de l’enquête, on perquisitionna chez Robert Santoux. A leur grande surprise, les enquêteurs découvrirent, bien cachée dans le garage, derrière de vieux cartons de vins usagés, une carabine Remington 280 à lunette. Après examen, il s’avéra que c’était l’arme qui a servi à abattre le menuisier Marco Sébastiani.

Il y avait bien sûr une explication des plus simples à cette surprenante découverte, comme c’est souvent le cas dans les affaires qui nous semblent les plus inextricables. Alors la voici, parce que je n’ai vraiment pas le cœur à vous faire attendre plus longtemps, mes amours.

Il se trouve qu’Émeline, cette incorrigible fleur bleue, en avait eu plus qu’assez d’attendre le petit coup de pouce du destin qui permettrait à son amie de s’unir pour la vie à son amant de cœur. Elle avait alors pensé qu’il relevait de son devoir de meilleure amie se sacrifier pour elle. Elle alla donc trouver Robert, son soupirant le plus assidu mais pas le plus intelligent. Elle lui déclara, tout en lui adressant un sourire des plus enjôleurs :

— Tu as gagné, mon beau Robert, parce que finalement figure-toi que j’ai décidé de me donner à toi et à toi seul.

Robert en  perdit instantanément la boule.

— C’est pas vrai ? Oh ma puce, oh ma chérie, mon cœur !

— Seulement, avant, j’aimerais que tu me rendes un petit service, Robert. Un tout petit service avant de t’offrir ce corps que tu désires tant, oui je sais que tu me désires depuis longtemps, mon pauvre amour !

Et que croyez-vous qu’il lui répondit, ce malade mental ?

— Demande-moi tout ce que tu voudras, ma chérie, je t’exaucerai illico presto !

— Tout ?

— Absolument tout. Je serais même prêt à tuer quelqu’un si tu me le demandais !

— Tu tuerais quelqu’un pour moi, vraiment ?

— Bien, bien sûr que oui.

— Oh mais tu sais que tu es un amour, toi !

— Oh ma chérie, je t’aime tant, si au moins tu savais à quel point je t’aime ! Je t’aime grand comme ça, fit-il en écartant largement les bras comme s’il voulait montrer la taille du brochet qu’il a pêché la veille !

Ne fut-elle pas un peu trop tentatrice, cette aimable proposition ?

— Alors, partagée entre sa nature profondément altruiste et son désir de faire le bonheur de sa meilleure amie elle lui dit : « Voilà, j’aimerais beaucoup que tu me débarrasses d’Marco Sébastiani d’une façon ou d’une autre ! Ce gros nullard, ce balourd me fait une cour de tous les diables, figure-toi, et il le fait bien sur en cachette de sa femme et ça me gonfle ; Oh tu peux pas savoir à quel point ça me gonfle ! Il m’emmerde trop, en fait, ce petit con. Je n’en dors quasiment plus et ma beauté, cette fragile fleur sauvage que tu sembles tant apprécier va finir par s’étioler, c’est sûr !

Le balourd se plongea dans une profonde méditation, un exercice pour lequel il n’avait pas été préparé.

— Considère que c’est comme si c’était fait, mon amour, lâcha l’homme dans un souffle car il lui sembla qu’il tenait entre ses mains la solution idéale, celle qui lui donnerait sans coup faillir le plein accès aux charmes les plus secrets de la délicieuse factrice.

— Alors tout est parfait, dans ce cas, mon bel ange gardien. Reviens me voir quand ce problème sera réglé, mon chéri, mais pas avant, n’est-ce pas ?

Si une chose était certaine, c’est qu’elle se méfiait comme de la peste du grand Robert. Me tirer une fois ne lui suffira certainement pas, à celui-là, tel que je le connais, avec son trop-plein de mauvaise testostérone !

Aussi n’avait-elle pas hésité une seconde avant de prendre toutes les précautions afin de l’accueillir en fanfare. Les amours de Floriane et Thierry ne méritaient-ils pas un petit sacrifice…

Car c’est bien l’amour qui gouverne le monde, non ?

Ainsi le mot de la fin devait immanquablement lui revenir. La morale, ainsi, serait sauve !

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