Je est un autre !

Je est un autre. 29 juin 2019

Jean-Paul Dominici

Je est un autre !

éditions de la Sirène

collection « d’un monde à l’autre »

photo de couverture : Stux / Pixabay

 

Tout d’abord, il me semble important que vous sachiez que lorsque j’étais adolescent j’étais intimement persuadé que le véritable nom de ma famille, celui qui avait prévalu à ses origines, était Abraham, parce que c’est un patronyme fréquent dans le Quercy, la terre natale de mon géniteur. Je pensais qu’il s’était dégradé au fil du temps, génération après génération, jusqu’à devenir cet insignifiant Hebraim, un nom qui est devenu banal aujourd’hui, puisqu’il se trouve amputé de ses glorieuses racines bibliques.

Aussi, dès l’âge de 15 ans, je pris, un peu naïvement, peut-être, l’habitude d’inscrire de ma plus belle écriture, sur la première page de tous mes livres, et ils étaient nombreux, cela aussi, il est bon que vous le sachiez, je traçais donc de ma plus belle écriture la formule un peu prétentieuse : « Ex libris Abraham Jean-Luc« .

Ainsi, pensai-je, on ne pourrait plus impunément persister à me voler ma précieuse identité!

Je dois ici vous préciser que ne me percevais pas comme un garçon paranoïaque, du moins pas à l’époque, enfin, pas vraiment, même si cela a évolué par la suite, mais dans le mauvais sens, c’est-à-dire que je le suis devenu petit à petit, parano !

J’aurais peut-être dû commencer à me douter de quelque chose lorsque je me suis rendu compte que je n’étais entouré que de gens qui ne me voulaient manifestement que du mal, à commencer par mes soi-disant amis, Paul, l’étudiant en géographie qui passe son temps à dénigrer tout ce ce que je fais, dis et écris, Max, qui se fout de tout, y compris de moi, lui qui passe son temps à draguer et à sauter sur tout ce qui bouge et porte jupon et surtout René, qui disait à qui voulait bien l’entendre que j’étais son punching-ball et qui par conséquent passait le plus clair de son temps à me filer des bourrades, oh quel abruti celui-là, quel saligaud, mon dieu ! Mais s’il n’y avait eu qu’eux, eh bien non, tout le monde, j’en fus rapidement persuadé, se liguait contre moi, à commencer par mes profs, sauf un, puis mon banquier, et enfin mon garagiste, qui voyant en moi l’éternelle bonne poire, essaiera sans cesse de me refiler les pires de ses charrettes . Quand je pense qu’il a même essayé de me vendre une Renault 14, vous cous rendez compte, la voiture en forme de poire, c’est fou, ça, non ? !

Cependant, je ne pouvais pas ignorer que je me posais bien plus de questions sur ma petite mais néanmoins intéressante personne que ne s’en posait sur la leur mon entourage, ma famille et mes soi-disant amis.

Mon père, Marcel, était un homme des plus simples. Gros travailleur, il était plaisant à regarder et élégant mais c’était un homme un peu volage car il appréciait et recherchait au delà du raisonnable la galante compagnie de ses voisines bien plus que celle de son atrabilaire épouse, ma sainte mère, l’autoritaire et revêche Célina, qui certes était une sainte femme, sérieuse et infiniment dévouée à sa famille, mais elle n’était pas drôle drôle tous les jours, oh que non ! Elle l’était même plutôt rarement, en fait, ce qui poussa mon incorrigible paternel à faire une à deux fois le mois une escapade discrète, mais ô combien salutaire et jouissive, vers les remparts, afin d’y trouver, moyennant un billet de cent le réconfort, ainsi que la secousse libératrice, auprès d’une enchanteresse péripatéticienne, blonde ou brune, rousse ou black, peu importait, certainement, pour lui. L’essentiel étant qu’il puisse tirer son coup dans la discrétion la plus absolue, en catimini, en loucedé, quoi! Comment je le sais ? Eh bien, parce que des amis plus délurés que moi, qui me satisfaisais de masturbations compulsives et éjaculais régulièrement dans un klenex, ou dans un gant de toilette sensé mimer la douceur d’une authentique foune, m’ont affirmé l’y avoir rencontré à plusieurs reprises, alors qu’il rôdait autour des estafettes et des camping-cars aménagés en confortables nids d’amour aussi bienfaisants que clandestins.

Mon père représentait surtout pour moi l’image honnie de l’autorité machique. Elle s’était manifestée, entre autres, d’une façon outrageusement vexante ce jour où je lui ai fièrement annoncé : « Papa, je vais aller à Paris avec un copain », et que cette vielle barbe nauséabonde n’avait rien trouvé de mieux à me rétorquer, tout en me fusillant du regard, selon sa désagréable habitude : « A Paris ? Par ici, j’espère que c’est ça que tu veux dire, mon pauvre garçon! A Paris, non mais je rêve, hon hon ! »

Vous l’avez certainement compris, il a eu sur moi un puissant effet castrateur, comme il a aussi eu un effet résolument déféminisant sur ma grande sœur Annelise, en écartant d’elle les garçons qui avaient le malheur de montrer un intérêt un peu trop évident pour son ravissant minois de jolie rousse aux envoutants yeux verts et aux cheveux longs ; elle les a eu jusqu’aux fesses, à un moment donné ! Il faut dire que la bougresse était fort mignonne, au point que j’aurais bien aimé me la faire, moi aussi, mais hélas, comme mes « copains » je me satisfaisais de me masturber inlassablement en bâtissant dans ma pauvre tête de torrides scénarios au dessus de l’une ou l’autre de ces sympathiques photos de vacances sur lesquelles on la voyait en maillot de bain, avant de me répandre lamentablement dans un mouchoir ou sur mon ventre, tout simplement, pour regarder ensuite le sperme s’écouler lentement par le côté en zigzaguant! Il en fit tant et tant, et surtout il le fit si bien, le paternel, que pour avoir une paix royale Annelise ne fréquentera pratiquement que des filles au cours de son adolescence. Cela a commencé par qui, d’après vous ? Mais, par Carole, bien sûr, notre adorable petite voisine sur laquelle je louchais depuis des mois et des mois ! Quand je vous le disais, qu’ils se sont tous et toutes ligués contre moi, sauf maman, peut-être ! Ainsi je verrai longtemps ma frangine errer aux confins du saphisme, passant allègrement d’une petite copine à l’autre avant qu’elle ne se décide enfin à mettre au monde, par accident, peut-être, une sombre histoire de capote qui aurait craqué, celle qui deviendra plus tard la cousine de ma future fille. Simone de Beauvoir aurait pu y déceler une belle illustration de l’adage selon lequel on ne naît pas lesbienne mais on le devient!

— Ainsi, qui suis-je, d’où viens-je, où vais-je, furent les grandes questions que je me posai très tôt avec insistance, mais aussi, il me faut le reconnaître, avec une sorte de plaisir trouble un peu masochiste!

En plus de ce questionnement permanent qui m’habitait, j’étais devenu un lecteur compulsif, un insatiable dévoreur de livres, une sorte d’ogre de la littérature. Que ce soit Alexandre Dumas et ses trois mousquetaires, Lagardère et le Bossu, tous avaient su, par leurs spectaculaires et follement romantiques exploits, enchanter l’adolescent complexé que j’étais, de telle sorte que quand mes « amis » Christian, Jean-Paul, René, Max et les autres venaient parlementer en chœur sous ma fenêtre pour me proposer d’aller faire avec eux une balade à vélo sur les routes pentues et ensoleillées de la Montagne Noire, je leur répondais systématiquement, mais sans le moindre regret : « Non merci les poteaux, mais cet après-midi, je lis ! »

— Ah, tu lis encore, s’exclamaient-ils, alors qu’ils s’en trouvaient profondément déçus et dépités !

En fait, il faut que je vous dise que je n’étais pas vraiment certain d’appartenir au monde qui était le leur, moi ! Un monde bêtement fait d’insouciance et de légèreté dans lequel les affaires importantes étaient le vélo, la piscine, les copains, le flipper et, vers l’âge de16 ans, les insupportables mais si charmantes petites copines, avec lesquelles il allait bien falloir faire, si je ne voulais pas terminer ma vie comme un vieux loup solitaire !

Le mien, de monde, était plus sérieux, je vous jure, moins primesautier, plus accidenté, et surtout, il était beaucoup plus incertain !

Dieu, ce grand Manitou que l’on avait imposé à ma jeune conscience sans défenses, existait-il ?

J’ai bien essayé d’en parler ave l’abbé Augier, ce cureton qui rôdait autour des jeunes du quartier, mais , pour toute réponse il s’est satisfait de me tripoter la bite, sous le fallacieux prétexte de « vérifier » si tout allait bien de ce côté-là, alors que je me préparais manifestement à « donner la vie » alors que je lui racontais mes tentatives maladroites et avortées de drague !

Étais-je vraiment un garçon identique aux autres, quasiment leur frère, me demandais-je inlassablement, ou bien me démarquais-je du troupeau par mes spécificités, car ce que j’aimais avant tout, c’était lire, et écrire, même si mes écrits, dont j’étais très fier, et dont je considérais qu’ils étaient le plus proche possible de la perfection, ne semblaient pas intéresser grand monde, au point que mon professeur de français de la classe de quatrième, René Dubel, m’avait ignominieusement surnommé « le poète Poët ! », faisant du même coup rigoler toute la classe à mes dépends !

J’observais avec attention ma grande sœur et je voyais bien qu’elle, elle n’était absolument pas confrontée ce genre de problèmes existentiels.

Car elle, elle pouvait papoter avec ses amies pendant des après-midi entières, en s’embrassant et en se tripotant sous toutes les coutures, tout en écoutant aussi la radio, mais à fond, et elle prenait un plaisir semble-t-il infini à errer dans les boutiques, elle achetait tous les 45 tours qu’elle pouvait, et surtout elle savait, en jeune fille sérieuse et équilibrée qu’elle était sensée être, ce qu’elle souhaitait faire de sa vie, car cela avait été décidé depuis longtemps déjà, elle serait coiffeuse! Elle exercerait ce merveilleux métier qui permet de passer ses journées à bavarder avec les clientes tout en les rendant plus séduisantes pour les hommes, ou pour les femmes, selon les mœurs de chacune d’entre elles, de leur entourage.

Quant à moi, je dois dire que si je vivais avec un certain bonheur le mois de vacances que mon père mettait un point d’honneur à nous offrir tous les ans dans un deux pièces meublé de Fleury-Saint-Pierre sur Mer, je me montrais beaucoup moins satisfait de ma misérable vie de lycéen, qui ne me semblait pas répondre à toutes mes attentes, et de loin s’en fallait. Car j’étais curieux de tout. Ainsi mon parcours scolaire sera le reflet de mes nombreuses et sempiternelles valses-hésitations.

Vers l’âge de 16 ans je m’étais lancé à corps perdu dans la lecture de l’ouvrage de Pierre Daco, Les triomphes de la psychanalyse, pensant y trouver des réponses aux nombreuses questions que je me posais. Et que j’étais le seul, hélas, à se poser.

Les disciplines qui se rapprochaient le plus du monde que cette lecture avait éclairé pour moi étaient la littérature et dès la classe de terminale, ce fut bien entendu la philosophie.

Cette discipline, vitale pour moi, que me fit découvrir et aimer un homme qui eut une importance considérable dans ma vie. Il s’agissait d’Émile Moulet, mon prof de philo à la barbe blanche, un homme au physique plutôt banal, à part sa barbe de père Noêl, mais au cerveau que je trouvais puissant et à l’esprit singulièrement libre, dont je buvais les cours passionnants jusqu’à la lie. Ce fut lui me fit découvrir Socrate et Platon, et jusqu’à Empédocle d’Agrigente, le plus excentrique des présocratiques. Il était, selon Nietzsche, «la figure la plus bariolée de la philosophie ancienne ». « Il s’habillait de vêtements de pourpre, il portait une ceinture d’or, des souliers de bronze, et une couronne delphique. Il avait des cheveux longs, et il se faisait suivre par des esclaves, et gardait toujours la même gravité de visage, de sorte que quiconque le rencontrait croyait croiser un roi ».

C’est ce même Nietzsche qui détrônera le chanteur Lény Escudéro comme idole de mon jeune cœur. Ah ce que j’avais pu aimer « Pour une amourette qui passait par là j´ai perdu la tête… Et puis me voilà« .

J’étais réceptif à l’œuvre puissante de ce philosophe majeur car elle se présentait comme une critique virulente de la culture occidentale moderne ainsi que de ses valeurs morales et politiques, comme la démocratie et l’égalitarisme, ou religieuses, avec le christianisme, qui était je dois dire ma grande préoccupation du moment, celle que j’avais en permanence en ligne de mire !

Sa critique procédait de l’ambitieux projet de dévaluer ces valeurs afin d’en instituer de nouvelles, notamment par le dépassement de l’humanité en vue de l’avènement du surhomme. L’exposé de ses idées prend le plus souvent une forme aphoristique et poétique qui avait su me toucher, d’autant plus, et ce n’était pas la moindre de ses qualités, qu’il était truffé d’humour.

J’appréciais particulièrement son enseignement, qui fut précieux pour moi qui me sentais tellement différent des autres, selon lequel « Tu dois devenir l’homme que tu es. Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même. »

Je ne manquerai pas d’en tirer une philosophie très personnelle : Puisqueje n’étais pas fini, d’après les remarques, toutes plus désobligeantes les unes que les autres, que j’entendais à mon égard, eh bien, qu’à cela ne tienne, je me finirai donc moi-même, car à cœur vaillant rien ne saurait être impossible!

J’étais miné de doutes mais peu m’importait car « Ce n’est pas le doute, mais c’est la certitude, qui rend fou. » En lisant ces édifiantes paroles de mon maître je ne pouvais pas, vous devez vous en douter, maintenant que vous me connaissez un peu mieux, m’empêcher d’évoquer la décourageante figure paternelle.

Malgré l’attirance toute particulière que j’éprouvais pour la littérature et la philosophie, il vous faut savoir que les sciences ne me laissèrent pas indifférent, aussi je les intégrais avec passion à mes centres d’intérêt; et ce fut ainsi que la physique, l’électricité, et surtout l’astronomie, me tinrent lieu de profitables loisirs. Ces disciplines se révélèrent de même être la source d’intenses et insoupçonnables satisfactions qui eurent pour premier effet de m’éloigner un peu de mes immuables et longues masturbations, qui se déroulaient comme toujours sur des fonds de brûlants scénarios érotiques, c’est-à-dire de cuisses blondes et veloutées largement écartées laissant entrevoir une appétissante foune dorée et poilue, oh oui poilue, ou encore mieux, soit un cul lisse et joliment rebondi qui ondulait voluptueusement devant mes yeux désorientés.

Oh mais quel bonheur j’ai ressenti en assistant devant ma télé en noir et blanc à l’incroyable conquête de la blonde et mystérieuse Séléné, de même qu’en écoutant Radio Moscou en français sur le premier récepteur ondes courtes, un poste à galène que j’avais réussi à assembler et à faire fonctionner !

J’avais souvent cette sensation déstabilisante que je ne marchais pas comme les autres, comme mes rares copains, car il me semblait qu’une insolite troisième jambe, un membre aussi superflu qu’incongru prenait naissance dans ma tête bancaleet me portait tout en s’acharnant à faire de pernicieux crocs en jambes aux deux autres !

Mon parcours d’étudiant m’amènera ainsi à explorer les nombreuses voies, que je considérais être complémentaires, de la littérature, de la géographie, de la psychologie et de l’électronique.

Pendant les week-ends et les vacances j’allais rejoindre mes soi-disant amis Jean-Paul et René, mais aussi la ravissante Isabelle, que le me serais volontiers offerte, elle aussi, à la station Esso, où j’endossais pour cette occasion un nouvel habit, celui de pompiste, qui était certes moins seyant que le superbe blazer bleu-marine que j’avais acheté pour aller draguer en boite, mais sans la chemise à jabot qui allait avec, car mon insupportable vieux m’avait obligé de la retourner au magasin, sous prétexte qu’elle faisait « pédé ! » Est-ce qu’il savait au moins ce que c’est, quelles souffrances infinies c’est d’être homosexuel ? certainement pas, mais moi je le savais, parce qu’un de mes copains du bahut qui s’appelait Etienne l’était, et je ne vous surprendrai certainement pas en vous disant que j’aurais bien essayé, moi aussi, de me faire homo, au moins une fois, rien que pour l’expérience extraordinaire que cela doit être ; parce que j’ai beau être un rêveur, un azimuté, comme ils disent, il n’en est pas moins vrai que j’aime aussi expérimenter des nouveautés, comme le hasch, que j’ai commencé à fumer, modérément, il est vrai, à l’âge de dix-sept ans .

Tiens, ça ne vous rappelle rien, ça, dix-sept ans ? Si, bien sûr, le poème d’Arthur Rimbaud, une autre de mes idoles en littérature, et quelle idole !

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
On va sous les tilleuls verts de la promenade.


Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin
A des parfums de vigne et des parfums de bière…


Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…


Nuit de juin ! Dix-sept ans ! On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague, on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

C’est le patron de la station, considérant mon air perpétuellement rêveur ainsi que mes nombreuses bévues et maladresses, n’avais-je pas un jour fait le plein de super à une voiture diesel, et mis du liquide de freins dans un lave-glace, qui m’avait affublé du sobriquet peu flatteur de « L’Azimut », un surnom que je traînerai pendant de longues années, au point qu’aujourd’hui encore quelques vieux copains m’appellent encore de la sorte. Ce sobriquet évocateur signifiait en fait que si je connaissais le chemin qu’il fallait suivre pour aller d’un point à un autre, je suivais souvent les itinéraires les plus improbables pour y parvenir. De fait j’étais devenu le roi de la ligne brisée, négligeant résolument la droite qui me semblait un peu trop simpliste à mon goût !

Je dépensais mon argent avec parcimonie à la chaleureuse et sympathique pizzeria de la rue Figuière avec mes amis, mais je le lâchais plus généreusement auprès des libraires de Carcassonne, qui disposaient toujours d’une appétissante sélection d’ouvrages à proposer à mon insatiable gourmandise littéraire.

Mon bac en poche, ce fut celui de 1968, qui avait disait-on été donné à tout le monde, il m’avait fallu envisager d’aller à l’université ou me décider à faire le grand saut dans la vie active.

Là encore je rencontrai les pires difficultés pour faire un choix.

Je suivis des cours de philosophie, de psychologie, de géographie et d’électronique, en ayant toujours en tête l’enseignement de mon professeur de philo de la classe de terminale qui ne cessait de nous répéter qu’il n’existait pas qu’une seule voie pour aboutir au plein épanouissement de soi.

J’avais retenu la leçon. Et si les chemins étaient nombreux, je les explorerai donc tous, palsembleu,je n’en négligerai aucun !

Il me sembla aussi qu’il serait important, pour un garçon comme moi, particulièrement mal à l’aise en société, et plus grave encore, gauche et maladroit comme ce n’est pas possible avec les jeunes filles, harcelé de surcroît comme je l’étais par mille et une interrogations, de tout mettre en œuvre afin de me connaître mieux.

Il n’y avait pas de psychanalyste digne de ce nom à Carcassonne en ces années, vous devez bien vous en douter !

J’exerçai alors divers petits métiers afin de me payer des séances avec un Lacanien de Paris. il s’appelait Georges Delebarre, portait beau avec sa barbichette et sa fine moustache. Il exerçait dans une toute petite rue dont j’ai oublié le nom, au deuxième étage sans ascenseur, près de la gare de Lyon. C’était l’homme qui me sembla devoir être le plus apte à me débarrasser, non seulement du contenu de mon modeste portefeuille, mais cela ce fut certainement le plus facile, mais aussi de mes éternels et épineux problèmes. Un mal être que j’observais avec l’œil acéré du zoologue doublé de celui, plus pointilleux encore, de l’anthropologue.

J’étais malade, certes, mais à toute maladie n’existe-t-il pas un remède ? Il ne me restait plus qu’à le dénicher, ce traitement miracle qui ferait de moi enfin ce garçon épanoui, bien dans sa peau et heureux de vivre dans l’insouciance, comme tous ses semblables.

J’exerçais par la suite plusieurs professions : Educateur spécialisé pour des enfants en difficulté dans une institution située à Issy-les Moulineaux, près d’un grand parc du centre, je ne sais plus comment il s’appelait parce qu’il y a tellement de parcs dans cette ville, puis j’exerçai en tant que psychologue du travail chez Renault, à Billancourt cette fois, afin de faire autant que possible « grandir », selon le terme consacré, les ouvriers ! Je fus aussi secrétaire dans une maison d’édition, chez « Paul » et surtout je rencontrai de belles et solides gaillardes qui surent plus ou moins éclaircir pour moi les chemins broussailleux de ma sexualité malhabile, hésitante, et n’ayons pas peur des mots, brouillonne, non n’ayons pas peur des mots, bien que parfois ils puissent tuer !

Si certaines furent de pures maîtresses, ainsi que ce fut le cas pour la blonde aux cheveux courts Nicole, une fille assez jolie, c’est vrai, tandis que d’autres furent plutôt des mamans aimantes et attentionnées, comme Michèle, cette adorable brunette aux cheveux longs et aux doux yeux bleus pervenche qui eut pour moi « les yeux de Chimène » et qui me regarda, tout le temps que dura notre union, quasiment une année, comme un objet précieux. Ainsi elle n’hésitait pas à se lever tôt pour me faire cuire les deux merguez que j’engloutissais avec un bel appétit avec mon café à mon petit-déjeuner. Quelques unes, plus rares, furent des petites sœurs avec lesquelles je partageai des jeux plus ou moins sexuels, et aussi de délicieux moments de complicité, parfois sentimentale, comme ce fut le cas avec la délicieuse, mais néanmoins pazzarella, Françoise ! Ah, celle-là, je ne suis pas près de l’oublier, mes amis . Certes, c’était une folle, une adorable folle aux cheveux châtains coupés courts mais une folle plutôt sympathique ! Comme moi, elle adorait bouquiner, mais comme moi, malheureusement, elle aimait les filles, sexuellement, je veux dire ! Elle était très sexe, c’est vrai, avec les filles, même si avec moi elle l’était hélas beaucoup moins !

Comment est-ce que je le sais, ça aussi ? Mais, parce que je l’ai vue à l’œuvre, pardi !

Un jour alors que je j’étais rentré à l’improviste je l’ai trouvée en train de baiser avec une de ses copines, une jolie brune aux cheveux noirs frisés et brillants, pas farouche pour deux sous, croyez-moi, et tout ce que je peux vous dire c’est qu’elles n’y allaient pas de fesse morte ! Quand je les ai surprises dans la chambre elles étaient entièrement nues. Elles étaient en train de se brouter mutuellement la cressonnière en geignant comme des âmes perdues, au point qu’elles ne m’ont pas entendu rentrer.

Bien heureusement toutes les deux m’ont invité à me joindre à elles, ce que je fis avec toutes les réticences que pour le coup vous ne pourriez certainement pas imaginer, parce que, un garçon, ça doit forcément aimer ça, les parties triangulaires, dans l’imaginaire de tout un chacun ! Cependant, cette configuration sexuelle pour le moins inhabituelle me paralysa plus qu’elle ne m’excita et finalement, il a fallu que Françoise me suce pour me faire jouir alors que j’avais un des tétons, boursouflé et vibrionnant, de l’autre fille, coincé entre mes lèvres, pendant que de ma main libre je caressais fiévreusement sa foune humide et un peu poisseuse !

Mes pérégrinations m’amenèrent ensuite à vivre à Grenoble, à Tours, à Evry. Je vagabondais, je vis du pays, et puisque parait-il les voyages forment la jeunesse, je n’allais certainement pas m’en priver.

Cependant je pris rapidement conscience que puisque mon état mental était caractérisé par l’incertitude et la vertigineuse instabilité que cet état induisait, il serait important que ma vie professionnelle, au moins, me permette de planter mes deux pieds dans la glaise solide et stabilisante d’un terroir.

Et pourquoi pas celui qui m’avait vu naître, en ce mois de février 1950, dans la souffrance, sans aucun doute, puisque ma mère avait dû accoucher aux forceps, ce qui fit que mon pauvre crâne déformé avait longtemps été maintenu par un casque métallique afin qu’il puisse reprendre forme humaine. Ainsi j’étais né Alien, et pour mon malheur je l’étais resté après toutes ces années d’errance!

C’est une simple émission de télévision qui fut à l’origine de la révélation qui allait conduire ma vie future.

Il y était fait mention de la carence en personnel hospitalier qui nécessitait que l’on fit appel, un peu partout en France, à la main d’œuvre étrangère, qu’elle soit sspagnole, italienne, belge ou portugaise.

Des établissements hospitaliers, il y en avait pléthore dans l’Aude, et la fonction d’infirmier ne me rebutait absolument pas.

Je partis donc à la chasse aux renseignements et j’appris que le centre hospitalier psychiatrique de la ville de Carcassonne offrait des places dans son institut en vue d’y former ses futurs infirmiers spécialisés.

Voilà bien une profession qui m’interpellait, pour ne pas dire que j’y vis une opportunité de premier choix, pour moi qui avais toujours été un peu beaucoup malade dans ma tête.

Alors quoi de mieux que d’exercer un métier qui me permettrait de me confronter à mes semblables, voire, pourquoi pas, les aider ! Car, bien entendu, je ne pourrais que comprendre et éprouver de la compassion pour ces souffrances-là.

Ma candidature fut acceptée, et c’est ainsi que trois années plus tard je contemplais avec satisfaction et fierté mon nouveau diplôme ! Il était certes d’un niveau inférieur à la maîtrise de philosophie et à celle de psychologie que j’avais fini par décrocher en travaillant d’arrache-pied, mais c’était le premier qui débouchait sur un véritable emploi, sur un emploi stable et correctement rémunéré, un métier qui allait permettre à la glaise, que j’appelais de mes vœux, d’emprisonner mes pieds en son sein pour permettre à mon esprit, enfin libre, de s’envoler!

Les premières années dans mon nouvel emploi ne furent pas idylliques, oh non et de loin s’en faut, même.

Mon rang subalterne ne me permettait que d’administrer les traitements médicamenteux prescrits par les médecins et d’exercer des fonctions peu valorisantes de surveillant, de garde-chiourme pour tout dire, dans cet internat dont les pensionnaires étaient pour le moins particuliers : souvent turbulents, parfois indolents et apathiques, mais dans les deux cas c’était à l’excès.

Je vécus néanmoins de bons moments, qui furent parfois cocasses, et m’accoutumais tant bien que mal aux mauvais, comme celui que je vécus lorsque je fus poursuivi en pleine nuit par ce malade vociférant armé d’une lourde hache qu’il avait dérobée dans le cabanon des jardiniers et avec laquelle il se promettait de me trancher le col : « Tiens voilà du boudin, voilà du boudin », hurlait-il, comme le grand malade qu’il était !

J’étais conscient que je n’étais pas en vacances, vous savez. Car c’est un vrai métier que celui que j’exerçais, et comme tous les métiers, il avait ses bons côtés et ses moins magnanimes.

Avec le temps, je ne me privais pas de suivre toutes les formations qui me furent proposées et je pus ainsi avoir l’immense privilège de choisir les pavillons au sein desquels j’exercerai mon art de thérapeute, car c’est bien ainsi que je percevais la gratifiante profession dans laquelle j’avais investi jusqu’à la plus humble molécule de mon corps.

J’avais dans l’ensemble de bonnes relations avec mes collègues, même si avec d’autres la situation était plus tendue, mais ainsi va la vie, philosophé-je une fois de plus, car il n’est bien entendu pas possible de plaire à tout le monde!

Je fis plus ample connaissance avec le docteur François de Grisonnes, qui m’encouragea à participer aux séminaires qu’il animait, avec beaucoup de charisme et de savoir-faire, qui étaient consacrés aux techniques de soins issues de la bioénergie.

Il nous expliqua que dans le domaine de la bioénergie, notre patrimoine est d’une grande richesse, que ce soit dans les techniques «secrètes » qui sont transmises dans le sein de quelques confréries ou dans la transmission orale des sourciers et guérisseurs de nos campagnes. Recueillir ce savoir, le faire vivre et le transmettre était sa vocation depuis trente ans.     
Les déséquilibres du corps physique génèrent une perturbation des champs énergétiques, disait-il. À l’inverse, un trouble dans l’un des champs énergétiques aura une incidence sur le corps physique. Ces champs d’énergie ou enveloppes énergétiques ont des densités différentes. Les «chakras », ces centres énergétiques subtils qui ont leur respiration propre fonctionnent comme des portes. Ce sont des régulateurs et des « centres » de communication entre les différents corps énergétiques, les différentes enveloppes énergétiques.
L’énergie se transmet par l’imposition des mains, par le souffle, par le regard et par la visualisation. Ces techniques pouvant même être pratiquées à distance. Certains outils comme la radiesthésie peuvent aider à détecter des causes profondes de mal être. Le praticien peut ainsi utiliser différentes méthodes : passes, impositions, visualisation, chamanisme, dialogue avec la mémoire cellulaire, et même la fessée ! Il réaligne les différentes enveloppes énergétiques de l’être humain et accélère ainsi le processus d’auto-guérison.

Je rencontrai aussi le docteur Dominique Béramji. Il devint mon second mentor.

Ce médecin était plus versé dans les techniques issues du yoga et de la méditation, c’est pour cettte raison qu’il organisait des week-ends entiers de pratique des asanas qui étaient agrémentés d’exercices de concentration et de méditation en groupe

Tous deux étaient de merveilleux thérapeutes dévoués à leurs malades, je ne pourrais rien dire qui soit plus juste que cela à leur propos, et en plus de ils se montrèrent soucieux de partager leurs compétences avec les humbles subalternes que nous étions, nous, les infirmiers de base.

Je fis d’immenses progrès à leur contact dans mon approche de la maladie mentale, et je ressentis rapidement les bienfaits de leur fréquentation assidue sur mon moral et sur ma motivation.

C’est au cours d’un de ces « marathons » animés par Dominique Béramji que je fis la connaissance d’une participante, une petite brune d’origine espagnole plutôt bien roulée, assez jolie à regarder. Elle possédait un visage agréable encadré par de longs cheveux noirs corbeau et je vous le certifie, elle n’était pas poilue pour deux sous, comme on pense que les espagnoles le sont en général. elle répondait au prestigieux prénom de Mercedes. Ce n’était certes pas une bombe, mais elle avait tout ce qu’il fallait là où il le fallait, c’est-à-dire des seins plutôt appétissants, des cuisses longues et douces, et un petit cul comment dirais-je ? Affriolant, oui, voilà, c’est ça,  affriolant ! Je commençai à sortir régulièrement avec elle, puis nous fîmes une première fois l’amour, avec préservatif, bien entendu, et si je n’en tombais pas follement amoureux, je réussis tout de même, à force de la luronner avec beaucoup d’enthousiasme et d’ardeur, de l’embrasser, de la caresser et de lui brouter longuement et passionnément le minou, qu’elle avait suave et appétissant, je réussis donc à la mettre enceinte !

La belle avait déjà deux grands enfants, ainsi sa première réaction fut naturellement d’envisager une IVG et c’est ainsi que je dus me battre comme un chiffonnier pour qu’elle accepte de le garder, ce bébé ! Ce qu’elle n’accepta, finalement, qu’après que je lui eus proposé de devenir madame Hebraim, pour la peine, pour le meilleur, et pour le pire !

Je sais aujourd’hui que la guapa m’aimait beaucoup plus que je ne l’aimais, et que c’est uniquement pour cette saine et honnête raison qu’elle avait accepté ma proposition, et qu’elle me fit le don de cette adorable petite fille brune que je décidais d’appeler Stella.

Car après tant d’efforts inlassablement déployés, le pittoresque Azimut que j’étais méritait bien d’avoir son étoile à lui pour récompense, non ?

Galvanisé par cette naissance, lové au creux rassurant de mon foyer, je m’investis à bras déployés dans mon métier et accédai bientôt à de nouvelles responsabilités.

J’animerai la troupe du théâtre de « l’Autre scène », qui était composée de patients et de soignants, de soi-niants et de soi-niés, selon la boutade que je lançais un jour à mes collègues, et qui nous permettra de connaître l’insigne bonheur de présenter nos créations au festival d’Avignon.

J’animerai aussi l’atelier d’écriture baptisé « Papiers de soi », avant de me trouver propulsé par une collègue qui souhaitait céder sa place à la responsabilité du « Café philo ».

Dans l’exercice de toutes ces activités, j’apprendrai autant que j’aiderai les autres à avancer sur les chemins escarpés et incertains de la guérison.

J’avais depuis longtemps envie d’écrire un livre dans lequel je relaterais mon expérience et mon parcours, mais le fil directeur de mon futur récit ne m’apparaissait toujours pas clairement, ainsi qu’avait été ma vie, c’est-à-dire pas très limpide !

A quoi bon écrire un livre si je n’étais pas moi-même persuadé qu’il serait, non pas parfait, mais au moins proche de la perfection, et surtout qu’il intéresserait le lecteur, me demandai-je tout en tergiversant inlassablement ?

Mais si tout a un début, tout a aussi une fin aussi, n’est-ce pas ?

C’est le constat que je fis lorsque sonna enfin pour moi l’heure de la retraite, que je bénis !

Car il s’agit bien d’un événement majeur dans la vie d’un homme, surtout qu’il fut précédé de peu par mon divorce et par mon remariage, une nouvelle union, avec une nouvelle femme, une rousse un peu fantasque, mais pas plus que d’habitude, je vous rassure, que je décrivis en ces termes à mon vieil ami Paul : « Une fille belle comme un soleil, rapport à sa chevelure flamboyante, vous comprenez, avec des seins, comac! Et avec des fesses, je te raconte même pas !

En bref, vous l’aurez compris, cette fois j’étais véritablement amoureux, et complètement toqué, même ! Mais cela, j’en avais l’habitude, depuis quarante ans que je traînais mon spleen sur les chemins accidentés de la recherche de mon idéal féminin.

Puisque je bénéficiais maintenant de tout le temps nécessaire, et même de plus qu’il ne m’en fallait, je m’attelai à la réalisation de mon grand œuvre, à l’écriture de mon livre, enfin!

Le synopsis en serait à la fois simple et complexe, car il mettrait en parallèle mon évolution dans le métier « d’infirmier psy qui a trique », selon le bon mot de Lacan, avec mon évolution personnelle, qui m’avait amené à la guérison.

Car oui, oui, trois fois oui, j’étais guéri, et ça, au moins, c’était une absolue certitude! Marié à une épouse charmante et équilibrée, qui est une fleuriste, mais une fleuriste cultivée, enfin propriétaire de ma petite maison bon marché en Siporex, père comblé d’une adorable donzelle prénommée Stella, qui était mon étoile à moi ! Je parvins même à entretenir d’excellentes relations avec son compagnon, un comptable d’origine marocaine, c’est pour vous dire à quel point j’allais mieux !

Oh, comme il me semblait loin le temps de l’Azimut perdu dans ses limbes extraterrestres.

Je confiai le manuscrit de mon livre, que j’avais intitulé « Un long chemin vers la santé » à Paul, afin de recueillir son avis sur la forme autant que sur le fond.

Nous avons convenu de déjeuner ensemble afin d’en parler, de débriefer, comme on dit dans son milieu d’homme versé dans les affaires.

Il m’en fit une critique sans concession, relevant les points positifs et les aspects qui étaient les moins réussis, toujours selon son avis.

Relativement satisfait de son analyse, même si les points négatifs me gênèrent au-delà du raisonnable, ce qui fit dire à Paul « fais gaffe de ne pas virer parano, toi, parce que tu es en train d’en prendre le chemin, il me semble », je lui dis :

—Tu as dû remarquer, toi qui m’as toujours connu, à quel point j’ai changé, quelle formidable évolution a été la mienne!

Il m’a alors regardé avec le petit sourire moqueur dont il est coutumier afin de m’assener le coup de grâce, ce qui est une autre de ses spécialités.

— Pas du tout. Je n’ai rien remarqué du tout, non, rien de rien ! Car pour moi, tu n’as absolument pas changé. Par contre je constate avec bonheur que c’est ton regard sur toi-même qui a changé !

Parce que moi, je n’ai jamais vu en toi un malade, tu sais ! J’ai juste connu un copain un peu bizarre, parfois loufoque, parfois embarrassant même, comme quand tu faisais modifier tes chemises chez les dames patronnesses pour y ajouter ces fanfreluches ridicules, ou lorsque tu avais acheté ces incroyables lunettes vertes à la Jean-Pierre Coffe.

Cependant j’ai toujours trouvé étonnantes ces nombreuses thérapies que tu t’infligeais, à mon avis inutilement.

Ces propos furent pour moi un véritable électrochoc, car elles me firent l’effet d’une vague tueuse, d’un épouvantable tsunami! Pas malade, ainsi, je n’aurais jamais été malade, moi?!

J’entamais alors un énième dialogue avec moi-même, mais cette fois la visée avait changé. Il s’agissait cette fois de répondre à l’angoissante question :

Je serait-il un autre, ainsi que l’a suggéré Arthur Rimbaud ?

Le bien-portant qui vit en moi aurait-il été masqué pendant toute une vie par un malade imaginaire particulièrement actif. Étais-je moi ou étais-je lui ?

Aurais-je été simplement plus exigeant avec moi-même que le commun de mes semblables, ou, pareil à ce philosophe chinois qui a déclaré qu’il ne commencerait à s’intéresser au reste du monde que lorsqu’il aurait percé tous les mystères contenus dans la motte de terre qui s’élevait depuis toujours au milieu de son jardin, il fallait que je me connaisse mieux pour enfin comprendre les autres et me faire comprendre d’eux.

Comme l’a pertinemment écrit Arthur Rimbaud, que je considère être le plus grand d’entre tous les poètes : « La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver…  »

Categories: Les éditions de la Sirène, Mes Nouvelles

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