La mygale de Cucuron

Jean-Paul Dominici

La mygale de Cucuron

éditions de la Sirène

collection « D’un monde à l’autre »

photo de couverture :© Coka / fotolia.com

 

Je m’appelle Gwenaël Caradec. Oui je suis suis un authentique Provençal, si, si, je vous l’assure, puisque je suis né à Saint-Rémy de Provence, même si je suis ainsi que mon nom fasse plus que le suggérer d’origine bretonne ! Fils d’un modeste adjudant-chef de l’armée de terre et d’une mère au foyer qui passe son temps à râler contre les quatre étages qu’elle est obligée de se coltiner tous les jours afin de remonter à la maison les provisions qui sont nécessaires au quotidien pour nourrir une famille de six personnes.

Maintenant je vais tout vous dire ou presque du mauvais tour que m’a joué cette chienne de vie. Car ce fut sans aucun doute pour mon malheur, ou du moins pour me faire payer, cher, très cher, voire trop cher si vous voulez mon avis mes nombreux péchés de jeunesse, que je l’ai rencontrée un soir d’été à Avignon, alors qu’il faisait comme d’habitude très beau temps et que je zonais comme toujours à la recherche de la bonne aventure sur la place de l’horloge, un soir d’avril 1970 avec Yves Duffaut, mon grand copain de l’époque. Yves était un beau et sympathique garçon blond aux longs cheveux aussi dorés que sa peau. Il était lui aussi d’orginine bretonne par sa mère, puisqu’elle était née Jasonel, Madeleine Jasonel. Il était aussi, accessoirement, le plus jeune des neveux du maire de notre bonne ville d’Avignon.

Elle était ce soir-là à demi écroulée dans un profond fauteuil en osier à la terrasse du Club, qui était notre bar favori, à Yves et moi, avec celui des quatre coins qui occupait, quant à lui un angle de la sympathique et arborée place des Corps Saints. Elle était accompagnée de sa meilleure amie de l’époque, une mignone brunette vive et sympa aux cheveux courts et soyeux prénommée Bérengère. Elle était pour sa part native d’un village touristique très prisé des spéléologues proche d’Alès, Saint-Jean des Maruejoles. C’est un village médiéval blotti au cœur d’une région agréablement vallonnée riche en charbon, un beau pays où son père, un homme brun, sympathique et maigrelet d’origine polonaise a longtemps exercé le difficile métier de mineur de fond. Elle était pour sa part étudiante en Lettres Modernes et fréquentait la fac des Sciences Humaines qui était à l’époque située rue Joseph Vernet dans le centre de la ville. C’est là que j’avais été heureux de la rencontrer, moi le futur mari de Marie-France, un jour que je distribuais des tracts vindicatifs pour l’l’UNEF, le concurrent de l’UNEF Renouveau. C’était alors son syndicat étudiant de prédilection. C’était une charmante brunette, cela je crois l’avoir déjà dit, une jeune fille tout ce qu’il y a de sympa en tout cas et pour ne rien gâcher, elle était vraiment rigolote !

C’est elle qui m’a raconté cette fameuse blague que je n’ai jamais oubliée :

Deux jeunes homosexuels se présentent dans une station-service avec leur Floride rouge et se précipitent vers le bureau afin de héler le pompiste pour lui dire : « monsieur, monsieur, nous n’avons plus d’huile ! »

— Vous n’avez plus d’huile ! Mais ce n’est pas bien grave, ça, mes p’tits gars, je vais tout de suite vous donner de la Castrol, l’huile avec laquelle on s’envole !

— Vous n’auriez pas plutôt de la Motul, demande alors l’un d’eux ?

Quand je vous disais qu’elle était marrante, cette nana !

Comme il faisait particulièrement doux, en ce soir de début septembre, elle prenait le frais avec la séduisante Marie-France Poilard qui était quant à elle une ravissante blonde aux cheveux longs et lisses qui m’apparut de prime abord être une fille un tantinet austère. C’est une impression qui fut renforcée par le fait qu’elle était porteuse de petites et fines lunettes rectangulaires tandis que ses ongles démesurément longs qui étaient toujours vivement colorés de rouge brillant l’ont faite surnommer ainsi que je l’apprendrai plus tard, « la mygale », par les petites vieilles ronchonnes de son village qui, il est vrai, ne l’aimaient pas beaucoup. D’abord parce qu’elle était une trublionne, une sorte de révolutionnaire, au pays, et ensuite parce qu’elle se traînait une réputation de fille aux mauvaises mœurs, d’une sorte d’infernale perturbatrice qui balade ses cuisses et ses fesses arrogantes soit joliment emprisonnées dans un jean étroit, soit plus diablement épanouies sous la croustillante mini-jupe qu’elle portait raz le bonbon.   
Son père était un petit notable dans son village, parce qu’il était à la fois garagiste et conseiller municipal. Il possédait en effet un bel atelier de mécanique agricole qui était établi en bas du bourg, un peu avant le grand virage, près du vaste parking sur lequel stationnaient en permanence de gros motoculteurs, des tracteurs et jusqu’aux plus imposantes des moissonneuses batteuses de la marque New Holland !

Le territoire de la commune de Cucuron, il faudrait peut-être que je vous le dise, histoire de planter le décor, est situé au sud du massif du Luberon. Il comprend sur sa majeure partie le versant nord de la vallée d’Aigues qui s’incline en pente douce vers le sud. Le point le plus élevé en est situé au nord, à 1 040 mètres d’altitude, soit sur la crête du Luberon.

Le village à proprement parler est situé sur une colline constituée de safre, une mollasse, une sorte d’argile limoneuse durcie, qui se situe entre le sable et le grès, qui culmine à 375 mètres. Il est entouré de coteaux, de vignes, de cultures maraîchères, céréalières, ou tout simplement de friches agricoles.

Ses parcelles « en lamelles » sont le souvenir de l’héritage des villae de l’époque gallo-romaine ! L’extrême sud du territoire fait quant à lui partie de la plaine alluvionnaire de la Durance.

Plusieurs cours d’eau propices à la baignade et au canyoning irriguent la commune dont les « torrents » du Vabre. et de l’Ermitage.

Une tradition locale attribue l’origine du nom du village à Jules César, car ce dernier voyant les habitants du lieu courir, aurait prononcé la locution latine « cur currunt ? » (« Pourquoi courent-ils ? »). Mais en réalité Cucuron est un toponyme fréquent dans la France méridionale. Il signifie simplement « point culminant». 

Au Moyen Âge, un castrum fut bâti sur la colline par la famille de Reillanne-Valence. Le village actuel date ainsi du XIème siècle. 

La séduisante Marie-France Poilard était viscéralement attachée, on pourrait même dire qu’elle était immensément amoureuse, de son sympathique village au point de considérer qu’il était, et surtout son donjon triangulaire vestige de l’ancien château médiéval dont les pierres sont étonnamment dorées quand elles sont éclaboussées par le généreux soleil de la région ! Ainsi il s’agissait pour elle, à l’instar de la gare de Perpignan pour Salvador Dali, rien de moins qu’une variante incontournable du « Centre du Monde ! »

Les longues soirées d’été, elle les passait en principe à bavarder avec ses amis, assise jambes croisées d’une façon hyper sexye, ce qui faisait que l’on pouvait souvent entrapercevoir sa petite culotte blanche, sur le muret qui entoure l’étang, ou à la terrasse du café du même nom. Ces bavardages interminables l’ont amenée à rencontrer puis à fréquenter assidûment le beau brun Mickey, un assez beau garçon, une sorte de gitan sédentarisé bodybuildé qui était aussi un des virils et courageux sapeurs-pompiers volontaires du pays.  
Ainsi c’est à lui qu’est revenu le plaisir ineffable de la dépuceler. Cet évènement fut réalisé un soir de printemps, au pied du donjon, car bien entendu cela n’aurait pas pu se passer ailleurs, dans sa petite mais fort jolie tête. Elle avait en effet éprouvé l’indéfectible besoin de sentir la puissante muraille veiller sur ses dernières heures de véritable jeune fille, elle qui avait été jusqu’à ce jour bien trop sage, au goût de son amoureux tout au moins !

Ainsi le beau Mickey connaissait depuis longtemps la douloureuse envie de lui faire enfin l’amour et ce soir-là, comme elle savait qu’il en rêvait la nuit, certainement en se masturbant frénétiquement comme le bon sapeur qu’il était en vue d’éjaculer prosaïquement dans un kleenex et qu’elle commençait quand même à en avoir sa claque de se refuser obstinément à lui, aussi. C’est alors que le désir de « lefairenfin » commença à lui chatouiller les ovaires. Après l’avoir longuement et passionnément embrassée, voluptueusement caressée et pelotée sous toutes ses faces, comme à son habitude, y compris celles de son adorable petite culotte de coton bleu ciel dont elle avait fait l’acquisition aux Galeries Lafayette, dans la zone commerciale d’Avignon. Il l’avait donc travaillée pendant des heures et des heures. Ainsi comme elle n’avait ce jour-là manifestement rien manifesté contre cette idée, voire même qu’elle lui avait semblé être plutôt pour, l’affaire fut rapidement conclue et enlevée. Cela se fit aussi rapidement que ce que son adorable petite culotte avait lentement glissé le long de ses longues et douces cuisses mais il ne la pénétra, avec un maximum de douceur bien sûr, qu’après avoir sagement enfilé sa Manix Plus, la capote ultra sensible qui garantissait en ces temps le maximum de plaisir pour les deux partenaires lors de l’accouplement.

Je dois d’abord vous dire qu’elle ne se sentait pas vraiment pas le cœur de vivre loin de ses remparts, la Marie-France, surtout loin de ses chères tours, mais pour poursuivre ses études elle avait été obligée de s’exiler, de partir vers la grande et énigmatique métropole locale, soit la ville d’Avignon, afin d’y préparer un diplôme d’architecture et d’anglais même si elle aurait préféré, et de loin, faire des études de Provençal. Mais cette belle et noble langue n’était pas encore, à cette époque, car nous étions dans les années 70, enseignée à ce niveau en France, bien qu’elle le soit au Japon. En témoigne cet article que j’ai trouvé dans « La dépêche » :

« On pourra s’en étonner, mais l’occitan fait l’objet de recherches à la Nagoya Siritu Daigaku, l’université de Nagoya au Japon. Ainsi Naoko Sano qui conduit ces recherches depuis 25 ans déjà se montre particulièrement enthousiaste! «Je conduis ces recherches dans le domaine de la sociolinguistique» dit-elle dans un occitan parfait «who speaks what language to whom and when» (qui parle quelle langue à qui et quand, en anglais), est le titre d’un article du célèbre sociolinguiste J.A Fishman qui est le thème central de la sociolinguistique. Je voudrais poser cette question sur l’occitan : qui parle occitan aujourd’hui, où, et avec qui?».

Elle poursuit : «La réponse à cette question est particulièrement difficile parce que les locuteurs de langue occitane affirment ne pas parler occitan! Ils me disent : Ah! non, je ne parle pas occitan, je parle patois! Je ne parle pas occitan, je parle provençal, gascon, limousin, béarnais. Ma grand-mère parlait bien l’occitan mais moi je ne le parle pas bien, je ne connais que quelques expressions de base, etc…»

En linguiste confirmée Naoko ajoute : «Cette situation conduit à penser à la définition d’une langue, ce qui est le casse-tête de toutes les sciences linguistiques. Une langue est considérée comme un système linguistique fermé que les locuteurs naturels ont dans leur tête. Cependant cette définition est en fait politiquement construite par l’idéologie du nationalisme moderne européen. Aujourd’hui, surtout dans le domaine de la sociolinguistique, revient se poser de plus en plus la question de la définition d’une langue. A ce titre, l’occitan est un exemple particulièrement intéressant». Travaillant la sociolinguistique, Naoko enseigne essentiellement le français. Mais elle déplore la disparition de l’enseignement de toute autre langue que l’anglais devenu hégéMarie-France car les autres langues : «ne servent à rien pour gagner des sous». 98% des collèges et lycées japonais, nous dit Naoko, enseignent exclusivement l’anglais à des jeunes qui pensent que seules deux langues existent : le japonais au Japon et l’anglais dans le reste du monde ! Ce qui rend encore plus essentiel l’intérêt pour la diversité linguistique face à la marchandisation du monde.

MF. »

Nous leur avons donc payé une bière, une excellente Spaten blonde à la pression et nous avons passé une bonne heure à bavarder, à plaisanter, et aussi, bien sûr, à désespérément essayer de les embrasser, en particulier sur leurs affriolantes bouches, que les deux jeunes filles avaient plaisantes et avenantes, et cela aussi, il est bon que vous le sachiez, afin de mieux comprendre la suite de cette édifiante histoire.

Après quoi nous sommes partis avec elles, bien entendu, et nous sommes même partis main dans la main. Nous les avons raccompagnées jusqu’à leur piaule, un modeste deux pièces qu’elles louaient sous les toits d’un petit immeuble de deux étages situé rue de la Grande Monnaie, du côté de la place des Corps Saints.

Nous avons bien rigolé et un peu chahuté, aussi, puis nous sommes enfin parvenus à leur arracher un premier baiser, un vrai, un avec la langue et tout et tout, tout en caressant démoniaquement leurs exquises petites fesses, et aussi bien sûr leurs adorables et exquis nichons, puis nous finîmes par monter à leur appart avec elles. Yves, qui manifestement préférait les petites brunes, ce qu’il me confirmera par la suite, a emballé sans plus hésiter que ça ma copine, la sympathique Bérangère, je vous rappelle, tandis que moi, mais alors là ce fut sans trop savoir ni comment ni pourquoi, je vous le jure, je me suis retrouvé dans le lit de la grande et étourdissante Marie-France. J’étais plutôt satisfait de moi, je dois dire, car la bougresse était vraiment loin d’être laide, tant elle avait des jambes magnifiques, et surtout, elle possédait la plus affolante, la plus douce, la plus sensuelle des poitrines, des seins merveilleux, des seins, littéralement, à tomber le cul par terre, si, si, je vous assure !

Après l’avoir longuement embrassée, car nous embrassions beaucoup, à cette époque, puis patiemment et très tranquillement déshabillée, du chemisier à la culotte, en passant par le jean slim à rivets et tout aussi longuement et sensuellement caressée sur tout le corps, y compris dans les parties les plus confidentielles de son affolante intimité, je me suis finalement tranquillement allongé sur le dos afin qu’elle puisse me sucer la queue tout aussi tranquillement et c’est elle qui, alors, a abandonné sa culotte au coin du lit afin de venir aussi gentiment que gaillardement s’empaler cul nu sur mon vigoureux engin. Ma bite, sollicitée de toutes parts, s’était fièrement dressée, et c’est ainsi que nous avons fait l’amour pour la première fois. Je peux même vous préciser que nous l’avons fait lentement et paisiblement, et que cela a duré une bonne partie de la nuit, tant nous nous léchâmes et nous pourléchâmes longuement et amoureusement le museau et tout le reste de nos jeunes et vigoureux corps, nous caressant et nous mordillant inlassablement, avant de finalement jouir, et même de formidablement bien jouir, pour moi, du moins, tandis que pour elle je ne sus jamais ce qui lui était exactement arrivé ce soir-là, qui fut notre premier ! Avait-elle pris son pied, ou non, je ne le sus jamais mais ce qui est certain c’est qu’aucun indice n’était venu me mettre sur une piste, car elle ne mouilla pas plus que de raison, et elle ne gémit pas, non plus, de la même façon ! Cependant nous fûmes quand même enlacés tous deux, bien serrés l’un contre l’autre, logés l’un dans l’autre comme deux papillons bienheureux, pendant une bonne partie de cette longue et douce nuit d’été.

Notre petite affaire une fois faite, et même bien faite, ainsi que je vous ai laissé tout le temps nécessaire afin de le constater de visu, je m’en suis retourné chez moi, car j’habitais encore chez mes parents, sur la rocade, tout près de l’avenue Saint-Ruf, rue de la Granada entre’duberto, très exactement. Toutes les rues de ce nouveau quartier populaire urbain avaient en effet hérité des titres ronflants d’œuvres provençales plus ou moins célèbres. Ma rue était perpendiculaire à celle du Blad de luna, le blé de lune, c’est tout dire !

Deux jours plus tard je la cherchais partout, ma sculpturale nouvelle amante, attiré et fortement motivé par le souvenir ému que j’avais conservé de sa somptueuse et palpitante poitrine. Je finis par la retrouver par hasard, mais ce fut dans un autre bar, cette fois, juste en face de l’école des Beaux Arts.

J’avais en effet trouvé un travail de chauffeur-livreur à mi-temps dans une entreprise de réparation de matériel de bureau toute proche, et je venais régulièrement dans ce bar pour y prendre un petit café avant d’entamer mes longues tournées de livraisons.

Je la vis dès lors habituellement, et même très régulièrement, à partir de ce jour. Comme elle n’était pas plus bête que la moyenne, nous avions de longues conversations entre nos frénétiques parties de jambes en l’air. Celles-ci avaient lieu soit dans son lit, soit dans un creux niché entre les dunes, sur la longue et discrète plage des Saintes-Maries de la mer, où je l’emmenai avec ma petite moto, ma Kawasaki rouge 250cc, et ne nous rentrions alors à Avignon qu’avec du sable collé plein les fesses !

Quelques semaines plus tard, alors que nous faisions l’amour tous les jours, ou presque, je m’étonnais quand même qu’elle n’ait jamais ses règles et je décidai de m’en ouvrir à elle.

Elle me répondit alors avec un grand sourire énigmatique :

« C’est normal que j’aie pas mes règles, connard, c’est parce que tu m’as foutue en cloques, tout simplement. Je suis enceinte de tes œuvres, Ducon ! »

Je n’appréciais que moyennement le « Ducon », vous devez bien vous en douter, et plongeai aussitôt dans des abîmes de perplexité. Ma ravissante, et même sublime, nouvelle nana, était bel et bien enceinte, et là dessus je n’eus bien sûr aucun doute, vu son absence chronique  d’ennuis périodiques!

L’été venait de se terminer et nous avions prévu depuis quelques semaines d’aller faire les vendanges chez le père Espérandieu, à Saint-Hilaire d’Ozilhan.

Vendanges au cours desquelles nous avons certainement plus bu que véritablement travaillé, et pendant lesquelles ma belle avait confié à notre ami Jean-Claude qu’elle était tellement amoureuse de moi qu’elle s’était lamentablement plantée dans ses calculs destinés à évaluer ses jours de fertilité et que, du coup, nous avions été victimes de ce qu’elle n’a pas hésité à appeler « La pelle du 18 juin !» 

Vous auriez bien mieux fait d’utiliser des capotes, ou mieux encore, tu aurais peut-être dû te mettre à la pilule, ma chérie, avait-il aussitôt suggéré à ma compagne.

— J’ai déjà essayé les capotes, avec mon copain Mickey, à Cucu, et ça me donne de l’urticaire, ces saloperies-là, figure-toi, avait-elle alors déclaré, quant à ce qui est de prendre la pilule, tu veux peut-être que je crève d’un cancer du sein à 40 ans, en avalant cette merde, c’est de ça, que tu as envie, pour te débarrasser de moi, dis-moi ?

Et Marie-France me dit froidement, quelques jours plus tard : « Il faut que je me débarrasse au plus vite de ça, parce qu’il n’est absolument pas question que j’aie un môme maintenant, et surtout un môme de toi !

Je sursautais et je lui demandais du tac au tac :

— Pourquoi est-ce que tu te crois obligée, amour de ma vie, d’ajouter ce cruel « surtout de toi » ?

— Ben, parce que t’es une brêle, pardi, me répondit-elle sans hésiter, parce que t’as pas un rond, et parce que tes vieux sont fauchés, et même archi-fauchés, en plus, et qu’on sait même pas ce que t’es capable de faire comme vrai boulot, à part tes livraisons à la con ! Remarque, je sais bien que tous les mecs sont des brêles, tiens, c’est bien dommage que je ne sois pas gouine, moi, parce que ça m’aurait bien arrangé, ça, de bouffer une délicieuse tranche de gigot à l’ail pour mon p’tit-déj, au lieu de m’empiffrer avec des biroutes et des couilles plus ou moins volumineuses, et de me retrouver comme ça, comme une conne de base, avec un vilain polichinelle dans le tiroir à poulets. Tiens, demain, on va aller faire du cheval !

Sitôt dit, sitôt fait !

Le lendemain, en effet, ma belle cavalière galopait comme une folle, avec l’espoir, tout aussi fou, que cet exercice lui permettrait de faire « passer » cet insupportable abcès qu’elle sentait jour après jour inéluctablement se développer en elle.

Mais rien ne se produisit, car ce fœtus me sembla être plutôt solidement accroché.

Pour ne rien arranger, Marie-France ressentit bientôt les affres de la grossesse, surtout de celle qui n’est pas désirée, en nous faisant malaise sur malaise, en vomissant systématiquement son petit déjeuner ainsi que la baguette généreusement garnie de vache qui rit et de jambon qu’elle engloutissait maladivement pour son quatre heures.

« Il faut faire quelque chose, Gwen, tu vas quand même pas me regarder crever comme ça, comme une chèvre malade de la brucellose, ou comme un de ces putains de l      apins qu’a choppé la myxomatose sans rien faire. Oh seigneur dieu, mais, t’aurais pas pu te branler, tiens, le 18 juin, au lieu de jouer comme à ton habitude les matamores amoureux, et au final de me refiler ce truc ignoble?!

Plus je réfléchissais et plus il me semblait certain que je ne l’avais pas sautée, le 18 juin, ma douce amoureuse. Puisque j’étais quasiment certain d’être allé chez mes parents, ce jour-là, je me souviens même encore de comment ils s’étaient engueulés en regardant à la télé les commémorations du fameux appel de « MonGénéral ».

— Putain mais tu vas la fermer ta grande gueule, avait hurlé mon vieux à ma mère, tu vois pas que mon père va parler ?

— C’est pas De Gaulle, ton père, espèce de vieux débris sénile, c’est Antoine, avait rétorqué la mâme, courroucée comme à son habitude quand il évoquait une fois de plus cette improbable filiation, mais « le vieux » ne parlait bien entendu que d’une filiation de cœur !

— J’ai vu ma copine Bernadette, hier, au donjon, tu sais, celle qui habite Marseille, me dit un jour Marie-France, comme nous finissions de manger notre sempiternel riz au jus de merguez généreusement saupoudré de gruyère râpé bon marché dans lequel je soupçonnais qu’il y ait plus de croutes que bonne pâte.

— Tu as entendu ce que je t‘ai dit, marmonna-t-elle entre ses jolies petites dents nacrés ?

— Oui, j’ai entendu, tu as vu cette chère Bernadette, et, et après ?

— Et……Et elle m’a dit qu’elle a une solution à ton problème, Ducon !   
— Mon problème, mais, de quel problème parles-tu, Marie-France, ma chérie ? Parce que, à ma connaissance, du moins, j’ai pas de problème, moi, répondis-je un peu trop naïvement. C’est toi, qu’en a un, et même un gros, là, fis-je en pointant mon doigt vers son ventre.

— Ah non, et cette saloperie que j’ai dans le ventre, en effet, c’est pas ton problème, peut-être, c’est pas toi qui l’y a foutue, avec tes éjaculations à répétition et ton sperme de merde ?

— Ben, euh, ouiii…et c’est quoi, alors, sa solution ?

— Un toubib, bien sûr, mais, un vrai !

— Ah !? Un toubib, oui, et…

— Un toubib, un qui fait des avortements, bon sang de bonsoir mais ce que tu peux être con, tu comprends vraiment rien à rien, toi !

— Des avortements ! Mais l’autre jour, je t’entendais discuter avec Bérangère, et tu lui as dit que si un jour tu te retrouvais enceinte, tu n’avorterais certainement pas, parce que tu pensais que c’était un acte tout ce qu’il y a de malsain, et surtout, de criminel !

— Je suis pas enceinte, Ducon, je suis en cloques, en cloques, t’entends, ou merde ? J’suis en cloques, hurla-t-elle ! Et c’est pas du pareil au même. On est enceinte quand on est mariée, quand on a la bague au doigt et tout et tout, quand on a une piaule, et surtout, quand on a du pognon pour élever un gamin, moi c’est qu’un furoncle, que j’ai là, tu vas le comprendre, ça, à la fin, oui ou crotte ?

—Tu vas aller téléphoner à ce toubib pour prendre rendez-vous, ajouta-t-elle dans la volée de bois vert qu’elle venait de m’expédier au visage et tu vas même y aller vite fait, parce que j’arrête pas de dégueuler, moi, et je commence à en avoir ma claque, je te jure, de ces conneries, et je commence même à t’en vouloir à mort !

Ah oui, et faut que tu trouves le pognon, aussi, parce que ça va te coûter deux mille balles ! Deux mille balles l’éjaculation, oh mon Dieu t’aurais bien mieux fait d’aller aux putes, ce jour-là, ça t’aurait coûté moins cher ! « Mais, mais, c’est que c’est toi que j’aime, mon amour, et ce ne sont certainement pas les prostituées de la rue de la bourse, me défendis-je ». Ce que je fis du mieux que je le pus !

J’errais piteusement, toute la semaine, en faisant le tour des copains pour leur emprunter l’argent nécessaire à l’intervention. Tant bien que mal, je finis par y arriver, tant il est vrai que j’avais beaucoup de bons copains prêts à me rendre service. Il allait néanmoins me falloir une bonne année pour rembourser tout ce pognon.

Nous partîmes pour Marseille un beau matin, mais nous partîmes en deux chevaux, cette fois.

Ce serait pour moi l’occasion d’aller rendre une petite visite à mon oncle Nino et à ma tante Vincente, et par la même occasion de claquer une bise à la délicieuse petite Stéphanie, ma chère cousine dont j’étais tombé follement amoureux, quelques années plus tôt. Celle à laquelle j’avais même roulé le patin du siècle, à l’arrière de la quatre chevaux Renault maronnasse du pater, sur un parking désert de l’île de la Barthelasse.

Nous fûmes reçus à la clinique par le médecin, un grand blond d’allure solide, auquel Marie-France confirma bien entendu, pour répondre à la question qu’il venait de lui poser, qu’elle n’était enceinte que de trois semaines. !

Quelques heures plus tard j’allais rejoindre ma dulcinée dans sa chambre. C’était terminé !

Du beau travail, professionnel, propre et sans bavures, du moins le croyais-je, jusqu’au moment où le médecin fit irruption dans la chambre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il affichait son air des mauvais jours. Il s’est approché du lit de Marie-France, puis il lui a demandé si elle se sentait bien, avant de carrément la fusiller du regard et de lui demander d’une voix qui était à la fois forte et tremblotante :  » Pourquoi est-ce que vous m’avez fait ça, mademoiselle ? « 

Il s’est ensuite tourné vers moi. Il m’a regardé au plus profond des yeux avant de m’asséner : «  C’était un sacré gaillard, votre présumé fils ! » 

Voulut-il, par cette phrase courte mais infiniment sibylline, me dire que Marie-France n’était pas enceinte de trois semaines, mais de plus, et que, en conséquence, je n’étais pas le père de l’enfant qu’elle portait ?!

En rentrant à Avignon, nous fîmes une halte sur l’autoroute, chez Jacques Borel, afin de prendre un mauvais petit café. J’en profitai pour demander à Marie-France quelles étaient les raisons de l’attitude pour le moins étrange du médecin.

— C’est un con, c’est tout, oublie ça, mon amour ! Il a sûrement voulu me culpabiliser en me disant que c’était un beau garçon, mais il ne dit que des conneries, ce mec, parce que, à trois semaines, il est tout simplement impossible de connaître le sexe du fœtus, c’est Bernadette qui me l’a dit, un jour ! Et elle sait de quoi elle parle, parce qu’elle est quand même secrétaire médicale !

Je tombai dans un océan de perplexité. Je me demandai pourquoi donc ce médecin, qui acceptait de faire des avortements alors que c’était interdit par la loi, éprouverait l’étrange besoin de culpabiliser ainsi ses jeunes et innocentes patientes ?

Le 2 avril 1974, dans son luxueux appartement du quatrième étage d’un bel immeuble en pierres de taille de l’Île Saint-Louis, à Paris, décédait Georges Pompidou, le président de la République de l’époque.

Et bizarrement ce fut ce jour-là, et précisément à cette triste occasion, que me fut donnée pour la première fois l’occasion de voir ma chère Marie-France sauter vraiment de joie, elle qui était plutôt taciturne et réservée, et surtout foncièrement avare de ce genre de manifestation d’intense bonheur, habituellement !

Cet étrange épisode hautement jubilatoire de sa part se passa dans un bar et Jean-Claude la regarda avec de grands yeux emplis de la plus profonde et compréhensible stupéfaction.

— Mais, mais, qu’est-ce qu’il t’a fait, ce pauvre type, pour que tu sois jouasse comme ça, en apprenant qu’il vient de crever d’une sale maladie, lui demanda-t-il ?

— A moi, perso, rien, répondit-elle, mais les hommes politiques, c’est tous des fumiers, non, annonça-t-elle, un peu trop péremptoirement à mon goût? Comme beaucoup de mecs, tu me diras, alors, un de moins, c’est toujours ça de pris, non, et voilà pourquoi je suis si jouasse, ça, va, t’es satisfait de ma réponse, parce que ce n’est pas tous les jours que nous avons la chance de voir crever un de ces profiteurs !

A l’issue des examens de fin d’année j’avais, vraiment contre toute attente, décroché haut la main ma licence d’histoire, et je l’avais même obtenue avec la mention « Assez Bien », c’est pour dire ! Aussi, ce fut pour cette raison, entre autres, que dans la foulée j’avais trouvé un super boulot, bien rémunéré, comme délégué de l’Encyclopédia Universalis. Ce n’était qu’un job de VRP qui ne disait pas son nom, vous diront certainement certaines âmes chagrines, mais ce fut un métier qui m’amena à sillonner toute la région, de Nice à Manosque, en passant par Aix et Montpellier, aussi, lorsque Marie-France tomba de nouveau enceinte, parce qu’elle était tellement belle et appétissante que j’adorais lui faire l’amour, malgré son caractère qui, il faut bien le dire, n’allait pas en s’améliorant, mais j’avais très envie de la baiser, alors je la baisais, et je la baisais même quasiment tous les jours, sauf quand les anglais débarquaient, bien sûr, ce qui me valait immanquablement des moqueries de sa part, du genre : « Ah monsieur fait son muslim, aujourd’hui, il trouve que je suis impure, c’est ça, hein, petit con ? »  Je la baisais soit énergiquement soit langoureusement, et je lui faisais l’amour presqu’amoureusement, même, certains jours, et c’est ainsi qu’un soir je me surpris à chantonner la belle chanson de Richard Anthony : « Qu´est-ce qui me prend? Je me sens soudain tout drôle          
Comme si j´avais un oiseau sur mon épaule 

Qu´est-ce qu´il m´arrive? Aujourd’hui je suis amoureux de ma femme    
Comme au premier jour je suis amoureux de ma femme 
J´ai envie de l´embrasser besoin de la caresser 
Je sens me piquer au cœur une merveilleuse et tendre douleur      

Comme un collégien je suis amoureux de ma femme »

 Je lui faisais intensivement l’amour, c’est vrai, et avec bonheur, quasi en amoureux, mais ça je pense vous l’avoir déjà dit, bien que je ne savais jamais si cela lui faisait autant plaisir qu’à moi, car il faut dire que depuis nos premiers jours elle avait toujours eu la jouissance du genre discrète, ma pouliche ! Etrangement, elle n’eut pas, cette fois, l’impression d’être simplement en cloques, bien heureusement ! Car, louchant sans doute sur mon portefeuille, qui s’était confortablement remplumé, et même engraissé, elle décréta qu’il n’était absolument pas question qu’elle accouche comme ça, comme une fille des rues, avant d’être dûment mariée, parce que dans la famille Poilard, cela ne se faisait tout simplement pas, de mettre un môme au monde avant d’être dûment mariée, d’avoir la bague au doigt et tout-et-tout !

Nous nous mariâmes donc, mais nous le fîmes tout simplement, c’est-à-dire sans tralala excessif, et le soir, pour des raisons mystérieuses, après un repas pourtant frugal qui fut pris chez ses parents, je dégueulais abondamment. Fut-ce un acte prémonitoire, anticipant les horreurs qui m’attendraient par la suite !

Au début des insouciantes et paisibles années 80, le steward Canadien Gaétan Dugas s’évertuait, en les sodomisant à cœur joie, à contaminer ses concitoyens homosexuels avec le virus du sida, dont il fut l’un des tous premiers porteurs, déclenchant ainsi une formidable épidémie de cette nouvelle peste qui sévit rapidement du nord au sud et de l’est à l’ouest les États-Unis.

Cela me fournira l’occasion d’assister à la deuxième manifestation de joie extrême de la part de l’amour de ma vie, la douce et tendre Marie-France.

Car ma Marie-France jubilait en effet comme jamais elle n’avait encore jubilé, elle délirait même complètement, à mon avis !

Il faut dire qu’elle éprouvait pour le peuple Américain une formidable autant qu’incompréhensible détestation, qui la faisait rejeter tout ce qui venait de là-bas, à part les jeans, bien sûr, dont elle soutenait mordicus qu’ils étaient de fait d’origine nîmoise.

Je me souviendrai toute ma vie du cirque ahurissant qu’elle m’a joué le jour où je lui ai manifesté mon désir d’aller voir « Star Wars », comme quoi j’étais un fou, et même un moins que rien, et que jamais elle, née Marie-France Poilard, et elle insista fortement là-dessus, ne s’abaisserait à aller voir un film américain, et qu’elle m’interdisait solennellement d’aller voir cette merde immonde ! J’y étais allé quand-même, remarquez, mais seul et la queue entre les jambes, et ce fut pour recueillir ses intarissables sarcasmes à mon retour, alors que j’avais encore la tête pleine de fortes et envoûtantes images de longues et enivrantes batailles interstellaires.

— Voilà ce qui arrive, affirma-t-elle encore une fois péremptoirement, quand on se satisfait, comme ils le font là-bas, de bouffer n’importe quoi, alors ils chopent la peste, parce qu’ils n’ont plus de défenses immunitaires, bien sûr, et maintenant, tu vas voir qu’ils vont la refiler au reste du monde, leur épidémie !

Je rentrai un soir pour la trouver lamentablement étendue sur le carrelage de la cuisine, râlant comme un phoque malade qui réclamerait d’urgence l’extrême onction.

Quand je me penchai vers elle pour lui demander ce qui se passait, elle me regarda alors avec des yeux fous tout en tendant un index aussi tremblotant que comminatoire vers la fenêtre grande ouverte, et avant de chevroter :

— « Les pins, c’est les pins… les pins. Arrggh je suis allergique aux pins, tu ne le vois donc pas, tu as de la merde dans les yeux à ce point, ou quoi ? Tu ne vois donc pas que depuis qu’on habite dans cette maudire baraque, je suis malade comme une chienne, et toi, ça te fait quoi ? Rien, bien sûr ! Parce que tu t’en fous comme de l’an quarante, tiens, de l’état de santé de ta femme ! »

— Je n’avais pas remarqué, non, répliquai-je tout penaud, et moi je l’aime bien, cet appart, il est grand, il est lumineux, nous avons une vue superbe, et de plus nous sommes en pleine forêt, au grand air.

— Je vois surtout que ça ne te gêne absolument pas de me voir crever à petit feu !

Tu sais bien que le seul habitat vraiment sain et valable, mon chéri, c’est un mas, et surtout pas un mas planté au beau milieu des pins, parce que ça, par bonheur, ça n’existe pas, alors, il doit bien y avoir une raison, pour que ça n’existe pas, non ? !

Marie-France passait le plus clair de son temps à faire des courses, elle hantait comme un fantôme aux aguets les boutiques du centre-ville d’Avignon, et elle écumait les centres commerciaux, aussi, qui en ces temps, qui ne sont pas si lointains, ouvraient les uns après les autres, aussi le soir elle se sentait bien entendu trop fatiguée pour préparer le repas, ou pire encore, pour faire l’amour !

—T’as qu’à te taper une queue, grognait-elle, parce que le devoir conjugal, c’est quand même pas une obligation, que je sache. C’est écrit nulle part qu’on est obligée de se faire baiser quand on n’en a pas envie !

De temps en temps j’arrivais tout de même à la sauter. Eh oui, mais je n’y arrivai qu’en la prenant presque par surprise, mes bons amis, c’est-à-dire en levrette. Comme cela, ça lui évitait d’avoir à me regarder de ses beaux yeux, qui se faisaient de plus en plus réprobateurs lorsque me prenait une irrésistible envie d’elle.

Ce fut ce qui se produisit ce jour-là. Yves et Bérengère avaient fini par se mettre plus ou moins ensemble et ils venaient de temps en temps passer le samedi après-midi à la maison pour prendre le thé.

Nous étions installés sur le grand tapis de laine blanche de la salle de séjour, Bérengère et Marie-France en petites culottes tandis que  nous, les garçons, étions habillés normalement, c’est à dire en jean et chemise.

Je commençai à taquiner Yves, qui était allongé près de moi, et je ne sais plus pourquoi il fit mine de se caresser langoureusement la bite ! Ce qui excita manifestement Bérangère qui lui roula un copieux patin et qui dans la foulée retira sa culotte pour l’envoyer valser à l’autre extrémité de la pièce ; elle commença alors à se caresser langoureusement la minette en miaulant comme une perdue « oh oui mon amour prends-moi » dit-elle à Yves, « maintenant, tout de suite, parce sur j’en ai furieusement envie ! » Puis, nous regardant, elle ajouta « et vous les amoureux, vous n’auriez pas envie de baiser, vous aussi, par hasard ?» « Si, je me ferais volontiers tirer, moi aussi, dit Marie-France, à ma grande surprise, en se plaçant illico dans la position de la levrette et elle fit onduler son magnifique postérieur. Je me plaçai donc derrière elle, afin de lui caresser amoureusement les fesses et je la pénétreai dans sa position préférée tandis que Bérangère et son mec se chevauchèrent gaillardement, elle se plaçant au-dessus de lui afin de prendre la direction des opérations !

— Oh mon dieu, mais c’est d’un bourgeois, tout ça, se plaignit Bérangère, chacun baisant avec sa chacune !

. Non, ce n’est pas de ça que j’ai envie, moi, j’ai besoin, vous m’entendez, j’ai vraiment besoin, de baiser avec quelqu’un d’autre que ce grand con, tiens, Gwen, tu ne voudrais pas m’en mettre un bon petit coup, mon amour, fit-elle en abandonnant son homme pour venir m’embrasser dans le cou et caresser les seins de Marie-France.

Oh, j’entends ce que vous vous dites : « on dirait bien que c’est parti pour une partie carrée, cette histoire ! »

Eh bien détrompez-vous. Car cela finit en fait en partie triangulaire, Yves et moi nous obstinant à essayer de faire jouir la délicieuse petite brune, ce que nous réussîmes à faire, finalement, par un long et professionnel broute-minet dont je me chargeai personnellement tandis que Marie-France, elle, s’était enfermée dans la cuisine, pour faire la vaisselle, me dira-t-elle plus tard !

Grande amatrice de chaussures, elle en possédait désormais plusieurs centaines de paires qu’elle alignait avec le plus grand soin dans ses placards. C’étaient souvent des chaussures de grandes marques, des chaussures magnifiques, avec des semelles rouges vif, des lanières de cuir doré, et même des incrustations de brillants, mais le plus spectaculaire, c’était encore la longueur incroyable de leurs talons aiguilles. Ils ressemblaient à de minis-épées ou à de longs et dangereux poignards effilés.

Je me rendis rapidement compte que c’était une grosse fainéante, cette fille, une nana qui cherchait toujours le moindre prétexte pour en foutre le moins possible, quand je lui demandai de m’aider dans mon travail de prospection en cherchant dans les annuaires les adresses des clients potentiels, c’est à dire les enseignants, les chercheurs, les chefs d’entreprises, ou encore des personnalités du monde du spectacle.

Elle m’avait alors regardé d’un œil torve pour me dire : « Ah, parce que tu crois peut-être que j’ai que ça à foutre, de faire l’enquêtrice pour tes beaux yeux ? »

— Oui, pour ma pomme, bien sûr, et aussi pour la tienne, je te signale, parce que tu le dépenses volontiers, non, le pognon que je me tue à gagner. Tu ne travailles pas, et tu passes tes journées à ne rien foutre à la maison, sinon à regarder pendant des heures dormir notre fils !

— A crever à petit feu, oui, tu veux dire, oui, parce qu’il faut qu’on se tire d’ici, Gwen, et vite fait ! Trouve-nous un mas, parce qu’il n’y a que dans un mas que l’on peut vivre correctement, je te l’ai déjà dit, mais je te le répète. Ah, je ne travaille pas ! On voit bien que tu ne sais pas ce que c’est, toi, que de s’occuper d’un bébé à longueur de journée !

J’aurais peut-être dû être alerté plus tôt, si je l’avais observée avec une plus grande attention, tant il est vrai que l’on s’occupe plus facilement des femmes des autres que de la sienne !

Nous n’avions pas la télévision, excepté une vieille télé en noir et blanc qui restait planquée au fond d’un placard et sur laquelle nous regardions furtivement Thalassa le vendredi soir. Car tous les autres programmes étaient nuls à chier, à ses yeux. Et comme elle détestait le bruit sous toutes ses formes elle ne supportait pas non plus la musique, bien entendu ! C’est pour cette raison que je ne pouvais écouter aucun disque sur la chaîne Bang et Olufsen que j’avais achetée à un copain, à moins de la mettre en sourdine. Je crois que je me souviendrai toute ma vie du scandale inouï qu’elle m’a fait le jour où j’ai eu le front d’écouter le célèbre album de Miles Davis, Birth of the Cool à un niveau sonore normal, un musicien qui n’a pourtant pas la réputation d’être un fou de décibels !

Elle fit tant et si bien que je finis par lui dégotter le mas de ses rêves, mais je ne réussis à le débusquer qu’à Maillane, c’est-à-dire en rase campagne, et surtout loin de tout !

Je devais remplir pas mal de paperasses à l’époque, pour mon boulot, établir des devis, faire des rapports de visites, faire des plans de financement, et je demandai cette fois à Marie-France de bien vouloir s’en occuper afin de me soulager un peu. Et, que me répondit ma merveilleuse et compréhensible épouse, d’après vous ?

Eh bien, oui, c’est tout à fait cela : « Ah ! Parce que Môssieur croit peut-être que j’ai fait trois ans d’études supérieures pour m’abaisser à faire un travail de secrétaire », m’asséna-t-elle sans la moindre hésitation, et sans le moindre complexe, il va sans dire !

Comme elle ne supportait pas le bruit, ainsi que je vous l’ai déjà dit, nous n’avions donc pas d’aspirateur, et c’est ainsi qu’elle s’obstinait à balayer afin de ranger soigneusement des petits tas de poussières le long des plinthes, sans prendre la peine de les faire glisser dans une pelle pour les mettre à la poubelle !

Et si je vous parlais un peu de la bouffe, à la maison, oh mon dieu, quel cirque, mais quel cirque, j’en frémis encore, rien que d’y penser !

D’abord il fait que je vous dise Marie-France s’était piquée de végétarisme, et quasiment de végétalisme. Le lait, c’est pour les veaux, affirmait-elle péremptoirement, et le miel, c’est pour les abeilles, Quant au poisson, c’est pour les cons !

Elle avait ainsi réussi à inventer un nouveau plat, le couscous bio, sans viande et sans semoule, à cause du gluten !

Que restait-il alors dans son couscous, ne manquerez-vous pas de me demander. Eh bien, c’est tout simple, des légumes, pardi, assaisonnés au Raz el hanout, quand même, parce qu’elle n’avait rien trouvé à l’encontre de cette épice, à part que je sais aujourd’hui que ça peut contenir de la cantharide, mais à l’époque nous ne le savions pas, heureusement, sinon son fameux « couscous » se serait même passé de son indissociable parfum !

Marie-France une grande amatrice de courge. Elle en avait fait son légume favori, nous gavant, moi et les enfants de soupe de courge, de consommé de courge et de gratin de potimarron !

Une année, pour Noël elle avait « décidé» de faire un plat unique, soit un tian de courge !

Naïvement elle invita Bérengère à réveillonner avec nous, mais cette dernière après s’être prudemment renseignée sur le menu des « festivités » avait poliment décliné l’invitation en disant « oh je te remercie, Marie-France, c’est très sympa de penser à moi, mais quand je pense à ce qu’il va y avoir à manger chez mes parents, je suis obligée de te dire non, ce n’est pas pour moi, ça, les réveillons diététiques ! Dégustez donc votre tian entre vous, en amoureux. Ce que nous fîmes, nous regardant tristement dans le blanc des yeux, sans télé, sans musique, sans amour, et moi pensant à mes voisins et amis qui pendant ce temps bambochaient joyeusement autour d’une belle et bonne tablée !

Car notre table n’avait rien de beau, ni d’agréable, elle non plus ! Marie-France ayant exigé de sa tante, qui voulut nous offrir le service de table pour notre mariage une vaisselle redoutablement triste en Arcopal maronnasse, alors que moi je ne rêvais que de porcelaine blanche ou finement décorée.

Je ne lui faisais pas l’amour tous les jours, non, et il s’en manquait même de beaucoup, non que je n’en ai pas eu envie, et de cela vous devez bien vous en douter, mais parce qu’elle n’était pas suffisamment en forme, depuis quelques mois ! Malgré tout, de tendres caresses en gourmands cunnilingus, et surtout grâce à quelques magistrales pénétrations sauvages, même si elles furent effectuées à la sauvette, en levrette, bien sûr, ce qui la dispensait d’avoir à me regarder dans le blanc des yeux pendant que je la besognais, énergiquement ou langoureusement, ça c’était selon les jours, et selon mon humeur, aussi, elle finit quand même par retomber enceinte !

Ainsi naîtra Maxime, notre deuxième petit garçon, puis, quelques années plus tard, ce fut au tour de Carole, mon adorable petite fille, de venir illuminer notre foyer, ainsi que l’on a coutume de présenter les choses ! J’avais eu beaucoup de chance, sur ce coup-là, car ma petite Carole était belle comme sa mère, mais elle présenta par bonheur un caractère bien plus souple, et surtout beaucoup plus équilibré, me sembla-t-il. Pour sûr, elle devait tenir cela de moi !

Ce qui devait arriver finit un jour par arriver, car, infiniment fatigué des frasques de ma chère et si peu tendre, pour ne pas dire que j’en étais anéanti, par ses sempiternelles conneries et extravagances, je tombai éperdument amoureux d’une de mes meilleures clientes, une jolie brune, intelligente, et douce, cette fois, récemment divorcée avec deux jeunes enfants, un garçon et une fille, qui étaient tous deux aussi bruns que leur maman et avaient hérité de sa somptueuse chevelure noire bleutée. Elle exerçait la profession de professeur d’économie à Montpellier, et un soir, à force de voluptueuses caresses et de tendres baisers qui se prolongèrent toute la nuit, j’oubliai purement et simplement de rentrer à la maison !

Mais comment se fait-il que tu aies pu avoir une maîtresse, allez-vous me demander, avec cette espèce de dragon que tu te coltinais comme épouse et qui devait te surveiller comme une malade.

Eh bien, non, détrompez-vous, mes amis.

 Car étrangement, mon épouse, malgré tous ses défauts, et vous avez pu constater qu’elle n’en manquait pas, n’était pas le moins du monde jalouse ; ainsi je pouvais presque librement lui raconter mes incartades, comme cette fois où j’ai fait l’amour, en levrette, à Leïla, notre assistante ménagère, qui était une petite brune, mince et infiniment jolie, dans la salle de bains, alors qu’elle prenait appui de ses mains sur le rebord de la baignoire et qu’elle ondulait voluptueusement du cul !

Peut-être avait-elle pris en compte le fait que le défaut que je supportais le plus difficilement chez une compagne c’était la jalousie, qui le saura jamais ? Pas moi, en tout cas !

.

Mon épouse fut bien entendu furieuse mais elle conserva néanmoins les pieds solidement ancrés dans la terre.

— Si tu veux nous quitter pour aller vivre avec ta pute, libre à toi, Gwen, tu sais que je ne t’aime pas assez pour en faire une maladie, mais tu vas devoir cracher au bassinet, mon pauvre chéri. Et tu vas devoir apprendre, à tes dépends, qu’on ne fait pas impunément trois chiards à Marie-France Poilard pour la plaquer ensuite comme une vieille chaussette trouée, oh ça, oui je te le garantis, mon pauvre amour !

J’allai donc m’installer chez la douce Véronique, mais seulement après m’être fait ponctionner de cinq mille francs mensuels de pension alimentaire au cours d’un divorce, qui fut dit de façon abusive « par consentement mutuel », mais qui ne manqua pas d’être furieusement épique, Marie-France ayant fait tout ce qui était en son pouvoir pour compliquer les choses à outrance.

Il a de l’argent, avait-elle glapi à l’avocat, la preuve, c’est qu’il a l’intention d’acheter un bateau, et pas un petit ! 

Le bateau, c’était une belle péniche à vendre, qui était stationnée dans le port de Beaucaire, que j’avais imprudemment emmené les enfants visiter, par pure curiosité, un dimanche après-midi.

*****

Quelques mois plus tard, alors que j’arrivais à Cucuron afin de prendre les enfants pour le week-end, comme cela avait été prévu, je trouvai le village dans une folle effervescence !

Des voitures de police étaient stationnées un peu partout, tandis que des petits engins de chantier, tractés sur des remorques, étaient acheminés en direction du mas de mon ex, qu’elle avait fini par hériter de ses parents.

Je m’approchai au ralenti pour constater que c’était bien la maison de Marie-France qui était au centre de cette folle agitation.

Des grappes de curieux s’étaient agglutinées le long de la route pour observer l’étrange ballet des forces de l’ordre entourant une petite armada de pelleteuses et d’excavatrices en tous genres.

Effaré, je me garai et je m’approchai d’un groupe de curieux pour leur demander ce qu’il se passait.

— Oh mon pauvre monsieur, me dit une dame rondelette qui avait des larmes plein les yeux, c’est la mygale, parait qu’elle a encore fait des siennes. Figurez-vous qu’elle aurait enterré tous ses petits dans son jardin !

Mon cœur fit alors un drôle de bond, et il fit même un bond spectaculaire, dans ma poitrine.

Enterrés, mes chers enfants, elle a donc fini par les tuer et les enterrer, cette foldingue ? !

Le chien du médecin du village, qui était le voisin de Marie-France, avait un soir ramené un curieux petit os à son maître, on aurait dit un crâne en miniature !

Le docteur Pugliese avait aussitôt signalé le fait à la gendarmerie, qui avait diligenté une enquête afin de savoir d’où ce morceau de squelette de nouveau-né provenait.

Ils découvrirent à proximité immédiate du jardin de Marie-France les restes d’une belle boite à chaussures autour de laquelle quelques os minuscules étaient éparpillés.

Interrogée, la mygale avait d’abord fait l’étonnée, puis l’outragée, mais, ensevelie sous le feu roulant des questions malicieuses posées par les fonctionnaires, elle avait fini par leur déclarer : « qu’est-ce que vous voulez, faut me comprendre, je suis une femme seule, lâchement abandonnée avec trois gosses en bas âge, alors, qu’est-ce que vous voulez que je fasse de mes journées ? Je baise, c’est humain, non, et si je baise un max, c’est pour me défouler, pour oublier toutes les saloperies qu’on m’a faites, et surtout pour… pour me détendre un peu, parce que j’en ai tellement besoin, oh oui j’en ai besoin, vous ne pouvez pas savoir à quel point j’en ai besoin !

Et comme je suis allergique au latex, et que je ne supporte pas la pilule, et qu’en plus je déteste me faire sodomiser, parce que je suis bien sûr pas une de ces putains de perverses, comme j’en connais quelques unes, qui adorent se faire empapaouter par le fondement chaque jour que le bon dieu fait… Vous pouvez peut-être me dire ce que j’en aurais fait, de tous ces gosses qu’on m’a fait ? Alors, sitôt évacués, je les ai à chaque fois mis dans une belle boite à chaussures, que j’ai ensuite soigneusement enveloppée d’un sac poubelle avant de les inhumer, là où ils auraient dû être bien tranquilles pour l’éternité, chez eux, dans leur beau jardin, au frais, sous les pruniers !

Ah si ce salopard de clébard n’était pas allé fourrer son sale museau là où c’qu’il aurait pas fallu qu’il aille, tout irait si bien, aujourd’hui encore !

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