Panique au club Artois Courses 1er juillet 2019

Jean-Paul Dominici

Panique au Club Artois Courses

éditions de la Sirène

collection « d’un monde à l’autre »

photo de couverture : Macayran / Pixabay

 

En cette année 1995, oh oui, je m’en souviens très bien, de cette fameuse année, parce qu’à cette époque je travaillais dans ce milieu, presque toutes les entreprises de Paris avaient été obligées de se plier, bon gré mal gré, au dictât du passage vers les « Nouvelles Technologies ! ».

L’ambitieux projet de réalisation d’un site Internet, afin de se mettre au goût du jour, chez l’éditeur Albin Julien, mobilisait depuis plusieurs semaines le personnel de l’entreprise. Il fut ainsi un des plus ardus de l’année, mais aussi l’un des plus prenants. La délicieuse Leah, ma jolie collègue eurasienne aux longs cheveux noirs lisses et brillants fut l’ingénieure déléguée par une grande Société de Services Informatiques qui l’avait désignée pour en être le chef de projet, un chef de projet de charme, donc, se sentait fatiguée, et même un peu plus, car en réalité elle se devinait fourbue, et même vidée jusqu’à la moelle ! En fait elle n’avait plus les yeux en face des trous, comme on le dit communément !

Aussi, par un beau matin calme et lumineux du mois d’avril éprouva-t-elle l’irrésistible besoin, comme tout un chacun qui serait plongé dans une telle situation, aussi pesante et stressante, de se changer un peu les idées !

 Puisque nous étions samedi elle décida de s’offrir une journée rien que pour elle afin de faire les magasins. Elle avait l’intention d’aller aux Galeries Lafayette, et à la Fnac, aussi. Et bien sûr d’aller se balader tranquillement sur les Champs-Élysées avec pour projet d’y faire un innocent et économique lèche-vitrines, et peut-être s’acheter une culotte et un soutif. Parce qu’il n’y avait que peu de temps qu’elle était salariée à temps plein, ainsi elle n’était pas encore suffisamment en fonds pour se permettre de faire de véritables folies !

 Amélie, sa séduisante copine, cette grande fille blonde aux troublants yeux mauves à la Elisabeth Taylor, travaillait encore, à cette époque, comme serveuse à mi-temps au club Artois Courses. Cétait un important bar brasserie PMU situé près de cette même avenue. La jeune fille connaissait bien le client qui venait de s’installer dans la salle du fond. Lhomme à la carrure imposante, vêtu d’un costume gris clair de chez Hugo Boss avait en effet des habitudes solidement établies.

Il était de forte stature et portait presque quotidiennement cet élégant complet gris, ou un autre du même type, tandis qu’il chaussait systématiquement des lunettes rectangulaires à monture d’écaille.

— Bonjour ma petite Amélie, lui lança-t-il gentiment, ainsi qu’il le faisait d’habitude, en arrivant. Voudriez-vous m’apporter un café et un quart Vittel, dans la salle du fond, s’il vous plaît.

La jeune serveuse, dont les cheveux bouclés tiraient un peu sur le roux lui avait alors adressé un de ces ravissants sourires dont elle détenait le secret, qui lui fut offert aimablement de ses lèvres sensuelles et elle lui répondit : « Comme d’habitude, alors, monsieur Joseph, on ne change rien, aujourd’hui encore, n’est-ce pas ! »

— Oh oui, je suis un vieux cheval, vous le savez bien, Amélie, et même un cheval de retour, pourrais-je dire, et ce n’est certainement pas maintenant que l’on va me faire changer quoi que ce soit à mes bonnes vielles habitudes, je crains fort que ce ne soit trop tard, voyez-vous ! Donc, un petit noir et un quart Vittel, et pour moi la journée démarrera ainsi le plus merveilleusement du monde, surtout si, pour ne rien gâcher, elle est accompagnée par votre ravissant sourire, Amélie ! Ah où sont-ils, mes vingt ans, nom de Dieu, ajouta-t-il en lui adressant un regard aimable, mais qui fut bien évidemment un regard envieux !

Tandis que sur le grand écran de la télévision qui trônait au dessus du bar, Danse Guerrière était à la lutte avec le 3, Livaniana. L’homme entreprit alors d’étudier avec minutie les pronostics de Paris Turf pour le grand prix d’Alençon, qui devait se courir dans le milieu de l’après-midi.

Amélie servit son client et revint reprendre sa place derrière le comptoir. Il y avait du monde dans la salle déjà copieusement enfumée, mais toutefois sans excès.

Après quelques minutes, qu’elle passa à ranger son fourbi, elle écarquilla les yeux, car elle fut étonnée, et ravie, bien sûr, de voir son amie Leah franchir la porte de l’établissement, son éternel sac en macramé garni de centaines de perles multicolores en bandoulière et ses longs cheveux noirs adorablement lissés flottant avec élégance sur ses gracieuses épaules, qui étaient partiellement dénudées.

— Je me promenais tranquillement sur les Champs quand j’ai eu soudain eu très envie de faire pipi, lui dit-elle. Alors je me suis dit que ce serait certainement une bonne idée d’en profiter pour venir te péter un petit kiss. Tu veux bien me faire un café, s’il te plaît, ma chérie, lui demanda-t-elle tout en l’embrassant tendrement, et même sensuellement, sur ses adorables lèvres roses.

La jeune asiatique alla aux toilettes en faisant joliment valser son charmant postérieur tout rond puis elle revint rapidement s’installer au comptoir.

— Ça m’a l’air bien calme, ici, aujourd’hui, dit-elle.

— Oui, ça l’est. Et tu vois ça tombe très bien, ça, parce que hier soir je me suis encore couchée tard, ce qui fait que je suis un poil crevée.

— Serais-tu encore sortie, mon amour, comme l’incorrigible bringueuse que tu es?

— Eh oui, je suis sortie, et j’ai même fait un truc dingue, un truc vraiment génial, figure-toi. Je suis allée, avec une amie de la fac, au concert que donnait Pink Floyd, au château de Chantilly. Tu aurais vu ça, c’était fantastique, doux Jésus! La musique planante, le feu d’artifice, et même le château, qui était tout illuminé!Ils ontjoué Wish you were here, Animals et The wall, aussi, bien sûr ! J’ai vraiment passé une super soirée, tu sais, une soirée génialissime !

Et elle entreprit de chantonner gaiement :

Daddy’s flown across the ocean
Leaving just a memory
Snapshot in the family album
Daddy what else did you leave for me?
Daddy, what’d’ja leave behind for me?!?
All in all it was just a brick in the wall.
All in all it was all just bricks in the wall.

« You! Yes, you! Stand still laddy! »

Ainsi que vous en êtes les témoins, les deux jeunes filles bavardaient paisiblement de part et d’autre du long comptoir de bois exotique quand, sur le coup des quinze heures, à peu près au moment où devait être donné le départ du très attendu « prix d’Alençon » deux hommes à moto, casqués et vêtus de cuir noir longèrent lentement la façade de l’établissement, devant lequel ils finirent par s’arrêter.

 Le passager descendit paisiblement de l’engin, puis il entra dans le club d’un pas décidé, et il marqua un petit temps d’arrêt au comptoir. Il regarda avec insistance Amélie, un peu comme s’il avait eu l’intention de commander quelque chose à boire.         
La jeune fille dira plus tard à un journaliste, qui l’interviewait après le drame : «Je l’avais repéré, bien sûr. Mais j’attendais qu’il enlève son casque. C’est ça, l’effet du casque, ça distrait énormément! On se demande quand est-ce que le gars va l’enlever, et alors, qu’est-ce qu’on fait ? Eh ben, on attend, et on attend même bêtement…»          Mais au lieu de commander, l’homme, toujours casqué, s’était rapidement dirigé d’un bon pas vers la salle du fond. Les jeunes filles le suivirent du regard et elles le virent alors avec effarement sortir un gros revolver de sa veste. Tout en marchant résolument vers lui, il tira froidement sur le client au costume gris, qui était toujours assis devant son café et son quart Vittel, plongé dans la passionnante lecture de son journal. Un fracas assourdissant retentit alors dans le paisible établissement, cependant que l’odeur âcre, caractéristique de la poudre, s’y répandait rapidement. L’homme avait tiré pas moins de sept fois, sept balles qui vinrent facilement pénétrer le corps grassouillet du buveur de café, qui s’effondra aux pieds de sa chaise et de la table !

Pétrifiées, Amélie et son amie Leah regardèrent l’homme regagner la sortie à grandes enjambées tout en bousculant sur son passage les turfistes médusés et effrayés, dans un brouhaha inénarrable, dont la seule chose que je puisse en dire c’est qu’il s’accentuait de seconde en seconde !

Son complice l’attendait sur le trottoir. Il pointait un revolver sur les gens qui sortaient en criant et se bousculant quand il hurla soudain : «  Dégagez, putain, dégagez, merde, dégagez! »

Et, sûrement pour se faire mieux comprendre, il tira deux coups de feu en l’air.

Le tireur grimpa aussitôt à l’arrière de la moto. « C’était un trail Japonais de grosse cylindrée », dira plus tard un témoin. La plaque d’immatriculation avait été soigneusement recouverte d’un adhésif. Les tueurs, en véritables professionnels, n’avaient bien entendu à aucun moment retiré leur casque intégral.

Dès que la moto se fut éloignée, Amélie, toute tremblante, sauta sur le téléphone.

— Qu’est-ce, qu’est-ce que tu, tu fais? lui demanda Leah en tremblotant.

— Ben, j’appelle les pompiers, et la police, aussi, bien sûr. Qui sait, il est peut-être encore vivant, ce pauvre monsieur Joseph ! Viens avec moi, on va voir…

— Avec ce qu’il s’est pris dans le buffet, le pauvre, ça m’étonnerait beaucoup, mais allons-y…

Moins d’une demi-heure plus tard, la Clio noire de la police se garait devant le bar, et elle fut suivie de près par l’ambulance des pompiers. Il était bien entendu trop tard pour la malheureuse victime, qui, ainsi que l’avait pressenti Leah, était morte sur le coup.

L’inspecteur demanda à tout le monde de rester à sa place, mais beaucoup de clients, telle une nuée de moineaux, s’étaient envolés avant l’arrivée des forces de l’ordre. Il ne restait plus qu’à interroger ceux qui étaient restés, et parmi ceux-ci se trouvaient les jeunes Leah et Amélie.

L’inspecteur, un homme d’âge mur au visage carré et au crâne partiellement dégarni s’approcha d’elles.

— Mesdemoiselles, avez-vous assisté à ce meurtre?

— Oui, on a tout vu, répondit aussitôt Leah.

— Parfait, c’est parfait.

Il sortit un calepin de sa poche

— Je vais noter vos noms et adresses. Vous serez certainement appelées à témoigner.

Leah comprit à cet instant même pourquoi les clients s’étaient égayés aussi vite. La crainte d’être embringués dans une sale histoire ne poussait pas vraiment à s’attarder en ce maudit endroit.

Et là, au vu de la détermination dont avaient fait preuve les tueurs, tout laissait penser que l’on avait à faire à des individus particulièrement dangereux, du genre de ceux qui n’hésiteraient pas à éliminer des témoins qui, pour leur malheur, se montreraient trop bavards.

Le policier s’adressa à Amélie pour lui demander :  « mademoiselle, connaissiez vous la personne qui a été abattue? »

— Oh bien sûr que oui, et je le connais même très bien, parce que c’est un habitué, quelqu’un de très correct, vous savez, un client qui ne boit jamais d’alcool, que du café et de l’eau minérale ! Ici, nous avons l’habitude de l’appeler monsieur Joseph. Mais si vous voulez en savoir plus, il faudrait demander à mon patron, je pense qu’il le connaît mieux que moi. Il m’a dit une fois que c’était quelqu’un d’important. C’est peut-être un homme politique, ou un gros commerçant, je ne sais pas, moi, en fait !

— Je vous remercie, mademoiselle. Et l’assassin, l’aviez-vous déjà vu, l’assassin?

— Oh ça, vous savez, c’est difficile à dire, vu qu’il n’a pas enlevé son casque ! Mais j’ai quand même remarqué quelque chose.

— Oui, oui, dites-moi tout, surtout, mademoiselle !

— C’est quand il est sorti que je l’ai remarqué, il tenait son pistolet pointé droit devant lui, d’accord, mais il le tenait de la main gauche !

— C’est exact, confirma Leah, je l’ai remarqué, moi aussi.

— De la main gauche, oh merde! Vous en êtes sûres, sûres et certaines?

— Oui, on en est absolument sûres, répondirent-elles en chœur.

— Un gaucher, donc. Cela pourrait bien avoir son importance, en effet. Je vous remercie infiniment, mesdemoiselles.

Le corps de l’infortuné monsieur Joseph fut embarqué dans l’ambulance et conduit à l’institut médico-légal, puisque le passage par l’hôpital ne s’imposait pas.

—Tu crois qu’on a bien fait de leur dire ça? demanda Leah

— Quoi, qu’il était gaucher, mais, quelle importance?

— Oui, parce que ça c’est un détail qui pourrait permettre de l’identifier, ça, tu sais ! Et cela pourrait par la même occasion nous mettre en danger. Imagine qu’il y ait un procès, et qu’on nous demande de témoigner…

Léon Belvent, le patron blond un peu épais du club Artois Courses libéra son personnel et ferma seul l’établissement.

Le lourd rideau de fer descendit sur ce nouveau drame de la violence urbaine. Une violence dont la répétition des épisodes tragiques commençait à peser lourd sur le moral des Parisiens.

Leah proposa à Amélie, qui naturellement était encore traumatisée, de venir chez elle, où elle pourrait même passer la nuit, si elle le désirait. Elles gagnèrent la station de métro de l’Etoile main dans la main, tout en jetant des regards furtifs et angoissés autour d’elles. Soudain Amélie dit à Leah, « tu n’as pas l’impression qu’ils nous suivent, les deux zigs, là, derrière nous ? » la jeune Chinoise se retourna vivement et regarda en détail les deux garçons, dont l’un, lui sembla-t-il, portait un sac à dos décoré d’un drapeau américain « Non, non, dit-elle ils m’ont l’air d’être des touristes, tout simplement des touristes ! » Mais elles pressèrent quand même le pas en direction de la station de métro dans laquelle elles s’engouffrèrent après avoir rapidement descendu la volée de marches.

Elles arrivèrent rapidement, et sans le moindre problème, place Denfert-Rochereau où Fabrice, l’ami de Leah, fut agréablement surpris de les voir arriver toutes les deux.

— Oh, salut, Mélou, oh mais quelle bonne surprise, ma chérie, ça faisait un bail qu’on ne t’avait pas vue, dis-donc! « Oui, le boulot, j’ai trop de boulot, en ce moment, entre la fac et le bar, comme tous les étudiants fauchés…» se plaignit-elle gentiment.

Il fit une bise sur la bouche aux deux jeunes filles, en posant ses mains sur les épaules d’Amélie et en s’attardant plus longuement sur celle de Léah, qu’il s’amusa à agacer de la pointe de sa langue friponne, tout en agrippant amoureusement les hanches étroites de la jeune fille et il l’attira résolument contre lui.

Encore sous le choc, elles racontèrent, parfois en balbutiant, leurs aventures de la journée au garçon.

— J’ai entendu un flash sur France-infos, en effet, mais je t’avoue que je n’avais pas fait le rapprochement avec ton bar. Vous savez qui a été flingué, au fait?

 — Oui, bien sûr, c’est monsieur Joseph! s’exclama Amélie.

— C’est Jo le Belge, ton monsieur Joseph, lui retourna alors Fabrice en se marrant doucement, ils l’ont dit à la radio :

La jeune femme ignorait, bien entendu, que cet habitué aux mœurs affables n’était autre que Joseph Vanderbergheim, dit Jo le Belge, un gros truand marseillais qui s’était fraîchement installé dans la capitale.

Dans le Milieu, tout le monde savait que Jo devait sa fortune à ses nombreuses gagneuses. Des prostituées, bien sûr, mais aussi des machines à sous, dont l’implantation dans les bars était légale en Suisse et en Belgique. Ce sont les meilleures qui puissent être, avait-il l’habitude de dire. Elles travaillent 24 heures sur 24, et elles, elles ne sont jamais indisposées, ni même malades !

Il était aussi soupçonné d’être le patron d’un réseau très bien organisé de distribution de cocaïne pour toute l’Europe de l’Ouest.

— Ça alors, s’étonna Amélie, il avait l’air si sympathique, pourtant, ce monsieur.

— Les truands ne passent pas leur temps à faire peur aux gens, tu sais, crut bon de lui préciser Fabrice. Ils sont comme tout le monde. Ils ont aussi des femmes, et même des enfants.

Et je pense aussi qu’il y a des grand-pères adorables, parmi eux!

Apparemment le tien jouait même au tiercé. A la radio ils ont dit qu’il avait un ticket gagnant dans sa poche.

Leah laissa éclater son agréable rire cristallin.

— Oh mon dieu, mais, ce devait être son jour de chance, alors, lâcha-t-elle avec malice, dire qu’il n’a même pas pu en profiter, le pauvre !

— Installez vous peinardes, tranquilles, les filles, parce que vous pouvez vous la jouer cool, maintenant… Reposez-vous un peu, et servez-vous quelque chose à boire ; moi, pendant ce temps je vais nous préparer une bonne petite bouffe des familles ! « Je boirais bien un pastis bien frais, dit Amélie, pour me remettre de mes émotions » « moi aussi » ajouta Leah et elle servit à la compagnie trois bons verres de la sympathique boisson anisée, puis elle trancha quelques tranches fines de saucisson au poivre.

Fabrice disparut dans la cuisine afin de confectionner sa « spécialité » : un gratin de pâtes à la saucisse de Morteau, qu’il se proposait de servir accompagné d’une bouteille de « Vieux Papes », le vin rouge de fête des étudiants fauchés.

Ils s’installèrent pour dîner devant la télé où le présentateur du journal relata dans le détail l’assassinat de l’après midi.

Au vu des nombreuses activités illicites du Belge, plusieurs pistes de recherche s’ouvraient aux enquêteurs. La prostitution, la drogue, bien sûr, mais aussi les machines à sous, qui étaient devenues la spécialité du truand.

Le repas terminé, ils regardèrent le film avec De Funès et Bourvil afin de se détendre un peu avant de se mettre au lit.

—Alors, comme ça, tu dors avec nous, ma Mélou chérie, demanda le garçon en lui claquant une petite tape amicale sur la fesse gauche alors qu’elle apportait le café?

— Si tu veux bien de moi dans votre lit, oui, je veux bien, parce que je t’avoue que j’n’ai pas très envie de prendre le métro pour rentrer seule chez moi, surtout comme ça, en pleine nuit !

Les trois amis se déshabillèrent, puis ils posèrent leurs vêtements sur une vieille chaise en paille qui était posée dans un coin de la chambre.

Leah fit glisser sa petite culotte de satin noir le long de ses délicieuses gambettes et elle s’installa du côté gauche du lit. Amélie fit de même à part que sa culotte à elle était en fin coton blanc et elle s’allongea sur le dos à côté d’elle puis elle s’étira longuement et voluptueusement. Ses seins lourds, mais bien dessinés, roulèrent sur sa poitrine. Fabrice, quant à lui, se coucha du côté droit du lit.

— Vous savez que je réalise le rêve de beaucoup de mecs, ce soir, dit-il. Dormir avec deux jolies filles.

Leah éclata alors de rire pour s’exclamer : « dis-moi, mon amour, le rêve des mecs, ça ne serait pas plutôt de «coucher», avec deux filles, de se les taper, quoi, enfin, de, de, de les baiser, demanda-t-elle gaiement ? Parce que si c’est à ça que tu penses, là mon vieux je peux te certifier que c’est raté, et de loin, parce que moi j’ai l’honneur de vous informer que j’ai bien trop sommeil, et que par conséquent je ne coucherai avec personne, ce soir, je ne baiserai avec personne, c’est ce que je veux dire, et ce n’est pas la peine d’insister, mes amours, hein, vous m’avez comprise, vous deux ! Et si je n’ai pas envie de baiser, c’est parce que ces histoires m’ont épuisée, et… j’ai beaucoup marché, aussi. Oh seigneur, je ne me rappelais pas que c’était si long, les champs, surtout sous un si beau soleil printanier !

Après que vous ayez entendu cela je manquerais à tous mes devoirs si je ne vous informais pas que Fabrice, lui, ne se sentait pas le moins du monde fatigué, et ce fut ainsi que sa main se balada avec nonchalance et volupté sur la magnifique et généreuse poitrine d’Amélie. Sa cuisse aussi frôla avec insistance la peau ineffablement douce de la cuisse gauche de la jeune fille. De petits et invisibles arcs électriques circulèrent entre leurs jeunes épidermes quand ils se mirent à tricoter facétieusement avec leurs doigts de pieds.

Fabrice se serra alors contre son amie de façon à s’emparer de sa bouche aux lèvres pulpeuses, afin de commencer à les mordiller tendrement avant de l’embrasser avec passion tout en lui caressant affectueusement les cheveux, le visage, puis le cou et les épaules.

— Sois sage, mon amour, tiens-toi tranquille, lui conseilla Amélie tout en lui caressant affectueusement les fesses et les cuisses, parce que je crois bien que notre Leah s’est endormie, finalement, ajouta-t-elle tout en jetant un œil attendri vers sa copine !

La main du garçon s’égara néanmoins longuement, avec tendresse et sensualité, sur l’adorable petit ventre de son amie avant de descendre lentement, et même particulièrement lentement, sans se presser, jusqu’à atteindre sa toison, et enfin découvrir la moiteur émoustillante et terriblement affolante de son minou !

—Tu en aurais envie, toi, mon amour, lui demanda-t-il alors à voix basse, tu aimerais qu’on le fasse ?

— Ben oui, bien sûr que oui, j’en ai envie, bien sûr, et j’en ai même très envie, qu’est-ce que tu crois, mon chéri d’amour, chuchota-t-elle. Je ne suis quand même pas de bois, et tu ne le sais que trop bien, n’est-ce pas, mon salaud ! Et tu sais aussi parfaitement que tu es en train de m’exciter un max, et même de m’exciter come une folle, avec tes mains, là, qui se baladent partout sur mon corps, comme ça, comme des araignées sur les parois humides d’une grotte. Puis elle fit lentement remonter son pied le long de la jambe gauche du garçon avant de chuchoter : « et toi, mais, toi, oh mais tu es poilu comme un singe, toi ! Oh mon Dieu ! Mais, je n’avais encore jamais remarqué ça, tous ces poils que tu     as sur les jambes, oh, c’est fou, ça, comme t’es poilu !

— Chut, tu veux bien venir sur moi, ma chérie, lui demanda-t-il en lui caressant amoureusement le dos, parce que moi aussi j’ai une envie folle de te faire l’amour, lui demanda Fabrice, toujours à voix basse ? « Eh bien, prends-moi, baise-moi donc, mon amour, puisque tu en as envie autant que ce que j’en ai envie moi-même, fit Amélie en se tournant vers lui pour l’embrasser à nouveau chaleureusement et amoureusement, fais-le, puisque tu en as tellement envie, mais calmos, hein mon amour, baise-moi, mais baise-moi tout doux, et surtout, je t’en supplie, jouis en silence, because notre petite Leah roupille comme un ange du paradis, oh doux Jésus, mais, regarde-là, comme elle est mignonne, oui, regarde-la !

Amélie planta ses attendrissants yeux mauves dans ceux du garçon, mais ce ne fut que pour acquiescer définitivement à son aimable demande. Après lui avoir donné un long baiser aussi mouillé que langoureux, elle chevaucha son ami, et elle en introduisit tout en douceur le sexe vigoureux dans son vagin, qui était déjà tout chaud, et humide, puis elle s’arrêta de bouger, jetant des regards inquiets en direction de sa copine, sans doute pour s’assurer quelle dormait profondément, puis elle commença à se caresser lascivement et sensuellement les seins, longuement, mais en insistant sur ses adorables tétons roses pâles.

Fabrice posa ses mains sur les belles fesses rondes et appétissantes de sa partenaire avant de la laisser prendre la direction des opérations et ce fut bien elle qui donna le signal du début des hostilités en entamant leur long et langoureux ballet amoureux, montant et descendant inlassablement le long du sexe du garçon, s’écrasant délicatement sur ses cuisses et sur ses balloches pour remonter à nouveau sur un rythme calme, qui se fit néanmoins de plus en plus soutenu au fur et à mesure que l’excitation la gagna et que le plaisir commença à monter en elle.

Ils réussirent toutefois leur pari fou, à savoir qu’ils réussirent à faire longuement l’amour, et même à très bien le faire, en silence ! Les mamelons d’Amélie caressèrent le visage du garçon au rythme envoûtant de chacun de ses allers et retours, cependant que les mains de Fabrice cajolèrent tendrement son dos. Amélie chuinta, puis elle miaula longuement lorsque son compagnon jouit dans son ventre. Car le plaisir, en montant soudain en flèche, atteignit son paroxysme et il arracha un petit cri à la jeune fille, ce qui ne manqua pas, bien entendu, de réveiller Leah.

— Mais, qu’est-ce que vous faites, vous deux, oh mais, vous baisez, se plaignit-elle. Oh putain j’y crois pas, oh non, j’y crois pas, merde ! Faites chier, parce que je voudrais bien roupiller en paix, moi.

Aux environs de deux heures du matin, les trois amis dormaient enfin profondément.

Ils ne se réveillèrent que lorsque le soleil pénétra dans la chambre par la petite fenêtre, dont ils n’avaient pas complètement tiré les volets de bois vert pomme.

Les filles burent leur thé à la violette Lakshmi en petite culotte tandis que Fabrice, en caleçon décoré des personnages d’Astérix et Cléopâtre, se préparait un nescafé mousseux, bien battu, comme il en avait l’habitude. Amélie embrassa chaleureusement ses amis puis elle s’habilla pour rentrer chez elle.

Leah demanda alors à son petit copain : « tu l’as baisée, la grande, cette nuit, c’est bien ça, vous avez baisé, tous les deux, ou alors je l’ai rêvé?

— Oui, bien sûr, je l’ai tirée, oui, je lui ai fait l’amour, quoi, parce qu’elle en avait envie, et comme j’en avais envie moi aussi… Mais nous ne  l’avons fait qu’un peu, seulement un peu !

Cette réponse fit beaucoup rire la jeune fille.

— Un peu, s’exclama-t-elle! Mais, qu’est-ce que ça veut dire, ça? Tu pourrais peut-être m’expliquer comment on fait pour ne baiser qu’un peu, surtout avec un aussi joli brin de fille, et surtout je suis certaine que tu as joui. Tu pourrais m’expliquer ça, mon amour, comment t’as fait pour ne la baiser qu’un peu?

— Oh, tout doux, ma chérie, on ne voulait pas te réveiller, c’est tout, alors on l’a fait calmement, très calmement, même, je me suis simplement laissé prendre, un peu comme l’aurait fait un pacha et j’ai joui tranquillement, paisiblement, dans sa chatte quand ses fesses se sont plaquées sur mes cuisses, tu vois le tableau, je pense !

 — Oui, je vois assez bien, du moins je pense voir ça assez bien,  mais, je ne t’ai pas entendu te lever, tu n’as donc pas mis de capote?

— Ben, non, pour quoi faire, une capote ?

— J’espère au moins qu’elle n’a pas le sida, la copine.

— Elle ne l’a pas, rassure-toi. C’est une fille sérieuse, tu sais.

— Oui, je sais, dit-elle, l’Italien et l’Arménien, et elle laissa éclater son ravissant rire clair, qui tinta comme des grelots tintent dans l’intimité d’une vallée alpine!

— Qu’est-ce que tu me racontes, là, mon amour?

— Je dis qu’elle ne baise qu’avec parcimonie et à bon escient. L’Italien et l’Arménien, quoi.

Cette vieille blague potache la faisait toujours rire.

— Où est-ce que tu as appris ça, toi?

— A la fac, bien sûr.

— Bravo. Et moi qui croyais que tu travaillais sur Voltaire, en ce moment.

— C’est juste. Mais ce n’est quand même pas une raison pour mourir Candide.

— Tu es en super forme, toi, aujourd’hui, on dirait.

— Oui, tu vois, c’est drôle ça, n’est-ce pas ? C’est toi qui baises comme un malade, et c’est moi qui suis en forme. C’est chouette, la vie, non, tu ne trouves pas, mon amour?

Tu as de la chance, mon petit salaud. Parce que ’est une belle nana, notre Amélie, tu as dû te régaler. Oh merde, c’est bien dommage que j’étais trop fatiguée pour vous tenir compagnie.

— Oui bien sûr, je me suis régalé, mais tu sais bien que c’est toi que j’aime, mon adorable coquelicot des îles, ajouta-t-il en l’embrassant goulûment, et même en l’embrasant carrément, au point qu’il se demanda qu’il s’il n’allait pas la prendre en levrette, là, tout de suite, sur le coin de la table de la cuisine !

Mais il n’en fit rien. Ainsi qu’elles le craignaient, les deux jeunes filles furent convoquées au quai des orfèvres.

Elles furent reçues par un jeune commissaire de la brigade criminelle, au troisième étage, dans un bureau dont la peinture jaunâtre, passablement écaillée, était cloquée par endroits.

Dans un angle de la pièce, un jeune policier tapait le compte-rendu d’audition sur une ancestrale machine Japy semi-électrique.

L’entretien porta essentiellement sur la façon dont le tueur tenait son arme.

 Il tenait son pistolet de la main gauche, confirma Amélie,

— Mais c’est de sa main droite qu’il se servait pour écarter les gens sur son passage. Alors, gaucher, je ne sais vraiment pas si on peut dire ça, ajouta Leah.

Parce qu’elle pensait que sur ce coup-là il valait mieux se montrer prudente, et ne pas se montrer trop affirmative.

Leah était terriblement angoissée par cette dramatique histoire. Elle achetait tous les jours Libération pour suivre les progrès de l’enquête.

Un jour, elle lut que les policiers privilégiaient la piste des dangereux gangsters de la bande corse de la Rose des Vents et de son homme de main Rachid Boualem. C’était une organisation concurrente de celle du Belge pour le trafic des machines à sous, et il était de notoriété publique que Boualem était gaucher.

Mais quelques jours plus tard elle apprit par le journal télévisé que Rachid Boualem venait à son tour d’être assassiné. Il avait reçu une balle dans la tête alors qu’il sortait de chez lui, au petit matin, dans le centre du vieux Dreux. Elle avait été tirée par deux inconnus qui circulaient en moto. Les rares témoins n’avaient pas pu les décrire, parce qu’ils portaient des combinaisons de cuir et des casques intégraux.

Cette histoire était-elle vraiment terminée, ou fallait-il qu’elle s’attende à croiser un jour la route d’une moto, aussi mystérieuse que mortelle, qui serait chevauchée par deux hommes casqués vêtus de cuir noir ?!

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