Un rêve sensuel à Rome au temps d’Auguste

Jean-Paul Dominici

Un rêve sensuel à Rome au temps d’Auguste

éditions de la Sirène

collection D’un monde à l’autre

photo de couverture : comfreak / Pixabay

1

Un peu d’histoire, si vous le voulez bien, pour commencer.

Ceci afin de vous rappeler que l’empereur Auguste est né sous le nom de Caius Octavius le23 septembre 63 avant J.-C à Rome au sein d’une ancienne et riche famille de financiers de rang chevaleresque qui appartenait à la gens plébéienne des Octavii. Il devint le fils adoptif, à titre posthume, de son grand-oncle maternel Jules César quand celui-ci fut assassiné, en 44 avant J.-C. Il fut d’abord appelé Octave, puis Octavien. Ce n’est qu’à sa mort, le 19 août 14 après J.-C, qu’il porta le nom d’Imperator Caesar Divi Filius Augustus. Il fut ainsi le premier empereur romain.

C’est peu après l’assassinat de son illustre parent qu’il fonda le Second triumvirat Avec Marc Antoine et Lépide, dans le but de mettre à bas les assassins de César. Après leur victoire à Philippes, les triumvirs se partagèrent le territoire de la République romaine et gouvernèrent en tant que dictateurs militaires. Le triumvirat fut finalement dissous à cause des ambitions grandissantes de chacun de ses membres. Lépide fut envoyé en exil sans ménagements, tandis que Marc-Antoine se suicida après sa défaite face à Auguste, à Actium, en 31 avant J.-C., laissant ce dernier seul maître de l’Empire romain.

Après la dissolution du Second triumvirat, Auguste restaura les institutions républicaines, mais il ne le fit qu’en apparence seulement. Bien qu’en théorie il rétablît les prérogatives du sénat, des magistrats et des assemblées législatives, dans les faits il conserva un pouvoir autocratique et il continua de gouverner comme un dictateur militaire. Auguste s’empara peu à peu, mais toujours légalement, de pouvoirs qui lui furent conférés à vie par le sénat, comme le commandement suprême des armées, la puissance tribunitienne ou la fonction de censeur. Il fallut plusieurs années à Auguste pour développer un modèle de gouvernement dans lequel l’état républicain était de fait gouverné par lui seul. Il refusa néanmoins de porter tout titre monarchique et se baptisa le plus simplement du monde « Princeps Civitatis », soit Premier Citoyen. Ce modèle de gouvernement adopta par conséquent le nom de Principat et il constitua la première phase de l’Empire romain.

C’est avec le règne d’Auguste que débuta pour l’empire une longue période de stabilité connue sous le nom de Pax romana. En dépit de guerres continues aux frontières, qu’elles soient défensives ou agressives, et des longues années de guerres civiles qui précédèrent l’accession au pouvoir d’Auguste, le monde romain ne fut plus mis en péril par de grandes guerres d’invasion pendant plus de deux siècles. La superficie de l’empire augmenta de façon importante avec les annexions de l’Égypte, de la Dalmatie, de la Pannonie et du Norique, ainsi qu’avec les nombreuses conquêtes qui furent réalisées en Afrique, en Germanie et en Hispanie. Auguste stabilisa les régions frontalières grâce à la création de zones tampons constituées d’états-clients et parvint à conclure, de façon diplomatique, une paix durable avec l’empire Parthe.

L’empereur réforma le système de taxation, il développa de façon conséquente les voies de communication en leur adjoignant un réseau officiel de relais de poste, il établit une armée permanente, il instaura la garde prétorienne ainsi que les corps de police et de pompiers dans la ville de Rome. Une grande partie des monuments de la ville furent d’ailleurs reconstruits et embellis durant son règne.

Car c’est en empereur qu’il régnait maintenant sans partage sur la ville éternelle. Son ambition consista en rien de moins que de faire de l’antique Rome de briques et de broc une somptueuse ville de marbre. Tant qu’ à faire quelque chose, autant faire ce qu’il y a de plus beau au monde, décréta-t-il, et faire ce qu’aucun peuple, serait-il le plus industrieux qui soit, à l’égal de celui des anciens Grecs, ou des Atlantes aujourd’hui disparus et oubliés de tous, ne pourrait jamais égaler. Il en était fut persuadé, jamais, au grand jamais, le monde, ébloui par sa puissance autant que par son rayonnement, n’oublierait Auguste, le grand, le magnifique, l’unique!

Ainsi c’est partout dans la ville et ses environs que les nouvelles constructions fleurirent, et elles furent toutes plus impressionnantes, audacieuses et enchanteresses les unes que les autres, qu’il s’agisse des thermes d’Agrippa, du théâtre de Marcellus ou de celui de Balbus, du Panthéon ou encore du gracieux portique de Livie, qui fut élevé en l’honneur de sa seconde épouse.

Ce monument, qui formait un vaste parallélogramme environ un tiers plus long que large se présenta comme une grande place rectangulaire entourée d’un portique double. Il fut entouré d’une double galerie en colonnade. La galerie extérieure était close par un mur où furent ménagés, sur chaque grand côté, trois niches, une quadrangulaire et deux demi-circulaires; et sur chaque petit côté, deux quadrangulaires qui servaient de refuges et de lieux de repos pour les promeneurs fatigués. Aux quatre angles se trouvaient de délicieuses fontaines quadrilobées qui distribuaient une eau toujours claire.

A son retour d’Hispanie, le souverain visita l’immense chantier de son nouveau forum, dont il voulut qu’il soit une réalisation monumentale élevée à sa gloire. Il en avait soigneusement étudié les plans avec les célèbres architectes Vitruve et Frontin afin de mettre la dernière main à tel ou tel édifice.

Au cœur du Palatin, le temple du divin Jules, qui fut élevé à l’emplacement même où avait été brûlé le corps de César, était maintenant terminé. Une première cérémonie du souvenir, grandiose et émouvante, s’y déroula sous les acclamations du peuple en liesse. De partout dans la foule admirative les hourras enthousiastes fusèrent.

Ce temple fut dédié au culte de la comète baptisée Isidus Iuliuma qui apparut peu après l’assassinat de César et fut considérée comme la manifestation de l’âme de César admise parmi les dieux.

« Rome est ainsi le seul lieu de l’univers qui ait élevé un temple à une comète, parce que le demi-dieu Auguste la jugea de bon augure pour lui. Elle apparut en effet lors des débuts de sa fortune, pendant les jeux qu’il célébra en l’honneur de Vénus Génitrix peu de temps après la mort de son père César. Fleuron de la collection d’antiques de Louis XIV, sa statue est l’une des plus remarquables répliques romaines d’un bronze grec créé par Callimaque à la fin du Ve siècle av. J.-C. Soucieux d’affirmer leur filiation avec la déesse, les Romains baptisèrent cette Aphrodite « Vénus Génitrix », la mère, en latin. Elle apparaît, sensuelle et humaine, dans une nudité magnifiée par le drapé. Vous pouvez l’admirer ctuellement dans le secteur dédié aux antiquités greques et romaines du musée du Louvre.

 Le nouvel empereur exprima en ces termes, selon Pline l’ancien, la joie qu’elle lui causa : « Pendant la célébration de mes jeux, on aperçut durant sept jours une comète dans la région du ciel qui est au Septentrion. Suivant l’opinion générale, cet astre annonça que l’âme de César avait été reçue au nombre des divinités éternelles, et c’est à ce titre qu’une comète fut ajoutée à sa statue que peu de temps après nous lui consacrâmes dans le forum».

2

Bien loin de cette agitation frénétique, quelque part sur la rive paisible, bucolique, mélancolique et verdoyante du Tibre, le jeune berger Fidelis surveillait son paisible troupeau de moutons. Les débonnaires animaux étaient occupés à brouter paisiblement l’herbe grasse sans la moindre retenue. Les agneaux gambadaient en toute innocence autour de leurs parents, et se montraient follement amusants. Ils faisaient des bonds gracieux et s’élevaient parfois en l’air comme de jolis diables blancs qui surgiraient, facétieux, hors de leurs boites.

Au bout du pré, le nouvel aqueduc, destiné à acheminer l’eau d’une source voisine réputée pour sa limpidité vers les nouveaux thermes d’Agrippa, s’élevait jour après jour, construit par des ouvriers qui travaillaient torse nu sous le soleil et s’interpellaient de leurs voix fortes d’un bout à l’autre du chantier.

Le soleil commença à décliner, tandis qu’à l’horizon le ciel rougeoyait déjà. Bientôt la nuit étendrait son voile de mystère sur la ville lorsqu’elle serait enfin assoupie après une nouvelle et éreintante journée de travail. Les hommes, fourbus, se prépareraient à souffler les chandelles avant de se glisser avec leurs épouses, pour certains, ou leurs éphèbes, pour les autres, dans les draps fraîchement lavés et lissés, afin de les honorer comme il se doit avant de plonger dans les limbes d’un sommeil réparateur amplement mérité.

La soirée promettait d’être calme et douce. Aussi Fidelis étala une couverture de laine dans l’herbe et s’enveloppa avec soin dans sa toge afin de se réfugier lui aussi dans les bras de Morphée. Il se sentait particulièrement serein. Parce que les loups n’attaqueraient certainement pas ce soir, car la nuit ne serait pas assez sombre. Ces bêtes féroces ne survivaient de toute façon qu’au sein d’une modeste colonie depuis que l’empereur en avait ordonné leur extermination sans merci. Un grand nombre de pièges, tous plus astucieux et mortels les uns que les autres avaient été posés et c’est ainsi que de nombreux animaux furent capturés grâce à eux. Parmi ceux-ci figuraient de grosses bêtes et notamment celui que l’on pensa en être le roi. C’était un magnifique loup de deux-cents livres, un animal effrayant à la robe gris cendré et au poitrail blanc. Il était doté d’une musculature impressionnante et possédait de redoutables crocs tous plus acérés les uns que les autres destinés à lui permettre de déchiqueter ses proies sans la moindre difficulté.

Confiant, le berger s’endormit et se laissa emporter par un profond sommeil afin de pouvoir rêver en paix aux formes émouvantes ainsi qu’aux baisers enflammés et aux milliers de caresses qu’il prodiguerait le lendemain à sa jeune et ravissante bonne amie.

Mais au beau milieu de la nuit, il fut réveillé en sursaut par un étrange autant que puissant froissement d’ailes.

Il entrouvrit lentement les yeux et pensa alors que Morphée n’avait pas encore totalement relâché son emprise et qu’il se trouvait toujours plongé dans les brumes d’un doux et agréable rêve.

Assise avec nonchalance dans l’herbe, tout près de lui, se tenait en effet une charmante jeune femme à la soyeuse chevelure dorée. Elle lui sourit de ses lèvres exquisément dessinées et posa sur lui un intense regard qui lui parut être aussi aiguisé qu’attendri. Son corps semblait couvert d’un fin duvet plumeteux duquel émergeaient, délicats mais superbement arrogants, deux seins admirables, blancs, épanouis et fermes. Leurs mamelons, d’un adorable rose nacré, pointaient avec fierté leurs extrémités bourgeonnantes vers le ciel étoilé.

Fidelis fut d’abord surpris, puis il fut rapidement frappé par le plus brûlant scepticisme. Il cligna plusieurs fois des yeux avant de se secouer avec énergie.

— Qui es-tu, toi, si du moins je ne rêve pas? se décida-t-il enfin à demander à sa mystérieuse visiteuse, dès qu’il fut en état de parler.

— Je suis une Stryge, lui répondit-elle gentiment tout en se levant et en dardant ses yeux de braise dans les siens. Je suis une de ces créatures fabuleuses qui hantent vos nuits, à vous les hommes, mais pour l’instant, je ne fais que veiller paisiblement sur ton sommeil. Puis la Stryge se retourna lentement et leva le bras afin de lui désigner de son index tendu le sommet rocheux de la colline dans lequel se dessinait l’entrée d’une grotte profonde dont le porche était à demi dissimulé par quelques arbustes rabougris et de hautes herbes.

— Vois, je suis descendue de tout là haut, lui dit-elle, tout spécialement pour venir passer quelques instants auprès de toi.

Fidelis resta muet devant la splendeur inégalée de son affriolant postérieur. Ce n’est pourtant pas sur cette vision ensorcelante que ses yeux incrédules se fixèrent.

Car le dos de la jeune femme portait un élégant duvet soyeux mais surtout, au niveau de ses omoplates, deux grandes ailes porteuses de délicates et longues plumes blanches prenaient naissance.

— Une Stryge, Ciel, par tous les dieux du Panthéon ! Mais que me veux-tu donc, espèce de monstre? Carna, à moi, à moi, Carna ! Ici il me semble utile de vous rappeler qui était cette fameuse Carna : La déesse Carna veillait sur les gonds des portes des maisons. Elle avait en ces temps troublés pour fonction d’écarter les monstres grâce à des incantations magiques.

— Pourquoi te croies-tu obligé de te montrer si désagréable avec moi, ravissant garçon?

Ainsi il serait vrai que vous, les hommes, vous ne nous aimez guère.

Le berger éleva la voix, car il tremblait maintenant d’une rage difficilement contenue.

— C’est normal que nous ne vous aimions pas, parce que vous arrachez nos nouveau-nés, la nuit, à la réconfortante chaleur leurs berceaux, pour aller les dévorer avec sauvagerie au fin fond de vos maudites grottes.

— Oh, ce n »est cela, qui t’effraie ? C’est la terrible réputation que nous avons, en effet, mais sache, mon joli, pour ton édification personnelle, que rien n’est plus faux que cette mauvaise fable, que t’a racontée je ne sais trop qui.

— Le prêtre du temple d’Apollon, voilà qui me l’a racontée, et pour ma part je ne pense pas qu’il s’agisse d’une fable !

Mais…nous ne sommes pas ces monstres que les mauvaises langues se plaisent à décrire, cela je peux te l’assurer, mon amour, bien loin de là, même. A la vérité, nous ne sommes que de paisibles et innocentes créatures, et nous ne nourrissons que de poules et d’agneaux bien tendres cuits à point, en fait nous mangeons comme tout le monde, quoi !

Ces agneaux qui disparaissent mystérieusement la nuit de vos pâturages, et dont vous accusez les loups de vous les avoir volés. Ce qui vous permet, entre parenthèses, de vous octroyer le droit de les exterminer sans merci et sans vergogne.

— Veux-tu bien me regarder, s’il te plaît, regarde-moi, mais tourne donc la tête, et dis-moi franchement, entre quat’zieux, est-ce que j’ai vraiment l’air d’un monstre sanguinaire?

Elle lui adressa alors un adorable sourire qui se voulut des plus désarmants, dévoilant deux adorables rangées de petites dents, des ravissantes quenottes nacrées que Fidelis trouva particulièrement fines et bien alignées.

— Regarde un peu mes jolies dents. Crois-tu que je pourrais déchiqueter un enfant d’homme, dont la chair est si ferme et résistante, et cru, en plus, avec ces outils-là?

Mais bien sûr que non, voyons, et tu ne le sais que trop bien ! Alors fi des fake news car je ne fais qu’emmener les agneaux que je capture dans ma grotte, et là, je les fais lentement rôtir à la broche, tout simplement, et je les déguste accompagnés de figues fraîches également rôties.

Excuse moi, mais je t’en ai d’ailleurs volé un, oh un tout petit, rassure-toi, que j’ai dégusté avant de venir te trouver, parce que j’avais un petit creux. Il en faut, de l’énergie, pour voler de nuit comme je le fais, le sais-tu, cela, mon mignon ?

Tiens, veux-tu sentir mes doigts, délicieux éphèbe ?

La stryge introduisit sans tergiverser son majeur dans la bouche du berger. Il reconnut immédiatement le bon goût de l’agneau de lait rôti. Il suça longuement le doigt de la créature et promena voluptueusement autour de lui la pointe de sa langue.

— Veux-tu bien arrêter de faire des polissonneries pareilles, coquin, parce que tu es ni plus ni moins qu’en train de m’exciter comme une folle, là, Ainsi ce serait vrai ce que m’ont dit les copines, que vous seriez tous intenables, d’un point de vue sexuel, vous les petits d’hommes!

Elle retira son doigt en le faisant glisser lentement entre les lèvres du jeune garçon et elle resserra soigneusement ses admirables ailes dans son dos.

— Pourrais-je m’allonger un instant près de toi, beau berger, rien que pour prendre le temps de bavarder un peu, dis? Ainsi nous pourrions faire plus ample connaissance. Sais-tu que l’on a toujours beaucoup moins peur de ce que l’on connaît bien, et par ailleurs, es-tu conscient que j’aimerais beaucoup t’apprivoiser, pour ma part.

Fidelis lui jeta un regard chargé d’inquiétude et lui demanda tout de go :

— Pourrais-je vraiment te faire confiance, mon bel oiseau de nuit?

— Mais oui, mon gros bêta, mais de quoi as-tu donc si peur?

— Ben, cette blague, je crains le pire, c’est à dire que tu ne me dévores, pardi!

La jeune femme ailée adopta alors un drôle d’air, fait d’une attitude extrêmement déstabilisante, mi amusée, mi féroce !

— Te dévorer ! Oh grands dieux, çà je ne le sais pas encore, il faut que j’y réfléchisse, vois-tu, laisse-moi un peu de temps pour ce faire, mais je suis bien obligée de t’avouer que j’aurais bien envie de te manger tout cru, oh ça oui, dit-elle en plongeant ses étonnants yeux saphir dans ceux du berger, qui en trembla aussitôt de tous ses membres.

— A moi, Dieux du ciel, à moi, Carna, hurla-t-il, emporté par une intense frayeur, tu vois bien que j’ai de bonnes raisons de me méfier, car le naturel ne finit-il pas toujours par reprendre le dessus, et plus rapidement qu’on ne le croit généralement.

— Serais-tu encore un de ces petits garçons assez timoré pour être effrayé par les inoffensifs êtres de la nuit que nous sommes, lui demanda-t-elle en lui adressant un merveilleux et rassurant sourire d’ange?

La lune brillait comme brillerait un milliard de lucioles réunies dans les cieux limpides. La brise soufflait, douce et légère, tiède et parfumée, tandis que les grillons stridulaient dans les hautes herbes qui bruissaient de toute une vie aussi mystérieuse qu’invisible.

La stryge s’allongea avec désinvolture et volupté près du jeune garçon, puis elle étira lentement et avec soin ses longues jambes aux cuisses fuselées, puis elle étendit ses ailes enchanteresses aussi blanches que le lait.

— C’est une superbe nuit, lui dit-elle. Une nuit qui me semble propice à faire voler en éclats tous tes préjugés imbéciles, parce que j’ai la désagréable impression, vois-tu, beau berger, que tu me prends pour une autre, pour une de ces espèces de chimères. Elles, oui, je suis d’accord avec toi, ce sont des sales bêtes, d’affreuses créatures, de vraies néfastes, et elles sont terriblement malfaisantes, en plus ! La preuve en est qu’elles ont des plumes merveilleuses, mais aussi des dents aiguisées et des griffes partout, et surtout, comme tu le sais sans doute, elles crachent à longueur de journée toutes les flammes de l’enfer! Mais nous?

La reine de la nuit saisit la tête du garçon entre ses mains et elle colla ses lèvres pulpeuses tout contre les siennes. Il les trouva étonnamment douces, pour être celles d’un monstre présumé sanguinaire, ce qui eut pour effet de le rassurer. A tort ? Ne bougez pas, car nous allons observer ce qui va se passer.

Le charmant et fantastique oiseau de nuit l’agaça de la pointe de sa langue fraîche et rose avant de caresser d’une main experte sa poitrine résolument glabre et elle soupira enfin :

— Dieux, que c’est doux, et comme c’est agréable, cette plaisante peau de jeune homme, tu sais que je ne regrette pas le voyage, moi!

Nous, vois-tu, affectionné berger, nous ne sommes que d’innocentes créatures, et nous ne sommes que trop souvent et trop injustement calomniées !

Pourquoi ? Parce que nous sommes différentes, voilà tout. Est-ce simplement pour cette raison que nous vous faisons si peur ? Car tout ce qui diffère de votre quotidien ne vous inquiète-t-il pas au-delà du raisonnable, vous les humains?

Fidelis, rassuré et attendri, se rapprocha petit à petit de sa visiteuse. Il commença à se détendre et il n’hésita pas à s’emparer avec douceur des deux globes d’ivoire prolongés d’une succulente fraise vermillon quelle lui présenta sans la moindre pudeur, puis il saisit entre ses lèvres un de ses affriolants mamelons, qu’il aspira avec délectation et avec lequel il entreprit de jouer. Après l’avoir longuement suçoté et l’avoir voluptueusement fait rouler sous sa langue, il l’abandonna bientôt au profit du second, qu’il titilla lui aussi longtemps avant de se décider à l’aspirer à son tour.

La sympathique caresse que le bourgeon frétillant provoqua sur ses papilles déclencha un long frisson qui arpenta l’entièreté de son corps, de ses reins à la base de sa nuque, pour venir y exploser comme une fusée de feu d’artifice.

— Finalement, tout me semble bon, délicieux, même, chez cette adorable stryge, pensa-t-il, tout en promenant inlassablement ses mains câlines sur le duvet chaud et soyeux de son ventre. C’est alors qu’il constata avec émotion que le bel oiseau en eut la chair de poule !

Lorsqu’il atteignit son adorable entrejambes, qu’il trouva tiède et humide à souhait, il ressentit comme une mini décharge électrique qui remonta le long de sa moelle épinière pour venir mourir comme une vaguelette à la base de son crâne.

— C’est pourtant vrai qu’elle n’a pas l’air aussi féroce qu’on le dit, et c’est tout aussi vrai que je ressens une folle envie de le câliner, moi, ce gracieux volatile. Ainsi, c’est sans hésiter le moins du monde qu’il parcourut le corps de l’être mi-femme mi-oiseau de ses lèvres gourmandes, arpentant sans hésiter la totalité de la surface de sa poitrine et de son ventre avant d’écarter doucement, du bout de ses doigts tremblotants, les plumes légères, inefficaces gardiennes de son intimité, dans laquelle il introduisit aussitôt sa langue, qui se fit coquine et caressante, afin d’ explorer avec bonheur et gourmandise les moindres replis de sa délicieuse bonbonnière et d’en laper sans retenue les sucs fleurés qui s’en dégagèrent.

— C’est tout aussi vrai que ce sensationnel nid d’amour n’a vraiment rien à voir avec le sexe d’Agrippina, ma bonne amie, pensa-t-il. Car celui de cette stryge possède un parfum infiniment plus subtil et envoutant tandis que sa cyprine en est aussi plus fluide et translucide. elle me fait penser à cette nouvelle épice qui a récemment été ramenée d’orient par les caravaniers, Ah ! Comment l’appelle-t-on, déjà? Mais oui, la cannelle, avec laquelle on parfume exquisément le lait chaud !

— Tu veux bien venir sur moi, mon bel oiseau? l’implora-t-il en lui ouvrant grands ses bras.

A sa profonde satisfaction la stryge ne se fit pas prier plus longtemps. Elle referma avec soin ses ailes dans son dos et se pencha afin d’approcher sa bouche du corps du berger. Alors, sans plus de préavis, après avoir longuement parcourut la peau lisse et glabre de son torse et de son ventre, elle s’empara avec autant de gourmandise que de délicatesse de son sexe, qu’elle aspira avec une infinie douceur de ses lèvres charnues, avant de les laisser lentement descendre le long de la hampe qui s’était fièrement dressée. Quand elles atteignirent les juvéniles balloches du garçon, elle les fit remonter tout aussi lentement, avant de réaliser un arrêt sur l’extrémité arrondie du gland, que le sensuel oiseau léchouilla longuement et qu’il finit par mordiller le plus tendrement et le plus amoureusement du monde.

Le berger fut alors persuadé que c’était la toute dernière fois qu’il sentait la présence de son membre viril entre ses jambes quand il entendit :

— Oh, Dieux, mais quelle merveille c’est, cette érection ! Priape en personne serait-il avec toi, s’exclama l’oiseau en aspirant le sexe du berger dans les profondeurs de sa bouche, avant de l’enjamber et de se mettre résolument à califourchon sur lui !

La stryge amoureuse saisit le membre devenu particulièrement ferme et vigoureux entre ses longs doigts de fée et l’introduisit dans son hypogastre avec allégresse. Son nectar, aussi abondant que subtilement onctueux, inonda alors avec générosité le bas-ventre du berger quand elle posa en douceur son splendide postérieur sur ses cuisses et son ventre.

Puis elle commença à se mouvoir voluptueusement. Elle alla et vint sur lui sur un rythme diaboliquement lent. Elle descendit puis remonta, redescendit, remonta, puis elle redescendit et elle remonta encore tout en émettant les salves de pépiements doux et envoûtants propres à un petit oiseau. Son duvet fut la matière la plus douce que Fidelis ait jamais rencontrée au cours de sa jeune existence. Si la douceur de celui de son ventre l’enchanta, il trouva celui de ses fesses incomparable, aussi il ne se lassa pas de les caresser tendrement et amoureusement cependant que le mythique oiseau de nuit lui fit divinement l’amour.

Il s’agrippa solidement à ses cabalistiques seins quand soudain la stryge darda avec une intensité sur lui ses yeux de lumière. Puis dans un ultime soubresaut elle écrasa ses admirables fesses contre le ventre du jeune homme et elle planta ses ongles violets démesurément longs dans ses épaules tout en poussant un cri strident qui déchira le calme de la nuit : « Yiiioo hii hiiiiooo ouiiiiii…»

Fidelis, vaincu par cette troublante manifestation de sa jouissance se montra incapable de résister à cet ultime assaut, alors il rendit les armes et ce fut ainsi qu’il s’épancha à son tour en elle, qu’il se répandit généreusement dans l’adorable vestibule de l’oiselle-reine, qui finalement s’écroula pour venir s’allonger sereinement auprès de lui.

Elle s’empara de sa bouche pour lui donner le plus long et le plus voluptueux des baisers et elle lui parla en ces termes, lui disant comme à regrets : « Je constate, beau berger, qu’à nous amuser aussi gentiment nous n’avons pas vu le temps passer. Ainsi le jour va bientôt se lever. Il va falloir que je me décide à retourner me réfugier dans ma grotte, si je ne veux pas être la cible de l’arbalète d’un chasseur mal réveillé qui m’aura prise pour une de ces vulgaires oies sauvages qui rôdent en ce moment dans les parages parce qu’elles sont de retour de leur migration hivernale.

Et de plus mes chers petits doivent commencer à avoir une faim de loups. Ça te gênerait si je te prenais un mouton, dis?

Fidelis lui lança un regard humide de reconnaissance pour lui dire : « Sers-toi, mon amour d’une nuit, je t’en prie, et surtout ne sois pas chiche, prends en un bien gras, cette fois.

La créature de la nuit se dirigea d’une élégante démarche chaloupée vers le troupeau où elle saisit une belle bête dans ses bras.

Ses grandes ailes se déployèrent avec majesté dans la nuit et …. Flap, flap, flap, elle prit son envol avec grâce. En s’élevant dans les airs elle salua Fidelis d’un long cri aigu aux envoûtantes modulations :

 « Yiiiieeiiiooooeeeehiaoouu »

Épuisé et ravi, le berger se rendormit paisiblement.

Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Fidelis se réveilla enfin. Il ouvrit lentement les yeux puis s’étira avec soin et volupté avant de regarder tout autour de lui. Il était désormais seul, et bien seul.

Quel songe étrange j’ai fait, pensa-t-il tout en se dirigeant vers son troupeau afin de l’emmener boire au bord du fleuve. C’est vraiment dommage que ces délicieuses créatures de la nuit n’existent que dans nos rêves les plus insensés.

Méditatif, il marcha tranquillement vers ses bêtes quand un petit vent frais se leva. Il fit frissonner sur le sol, à quelques pas devant lui, une forme légère, qui s’envola aussitôt. Il l’observa longuement alors qu’elle s’élevait dans les airs, c’était une grande et belle plume blanche…

Surpris, il lança un regard attentif en direction de son troupeau.

Il lui sembla que le plus gras de ses moutons avait disparu ! Il essaya bien de le repérer, caché parmi ses congénères, mais ce fut en vain.

Et vous, persisterez-vous à avoir peur de ces étrangères, ces envoutantes et mystérieuses belles de nuit ?

Categories: Les éditions de la Sirène, Mes Nouvelles

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *