Mon autobiographie : Une vie au XXème siècle

  Chapitre I. Ma Tunisie, ce beau pays qui m’a vu naître

 

Je suis né en Tunisie, au grand hôpital de Ferryville, une ville moyenne, située entre Bizerte et Tunis, appelée aujourd’hui Menzel Bourguiba, à l’aube du 3 juin 1950. Mon père, un beau brun sympathique, mais un peu macho, fils de boulanger, était lui-même ouvrier pâtissier, tandis que  ma mère, qui était une ravissante petite blonde issue de la petite bourgeoisie, était vendeuse dans la même pâtisserie, chez Christin à Bizerte, qui sera de ce fait leur témoin de mariage. Ils se sont mariés le 7 juin 1949 à Bizerte. Juste après la guerre, donc.

Ils vivaient dans une seule pièce, rue de Savoie, quand je suis né. Mon père, Louis, est né en Tunisie, à Ferryville lui aussi, le 19 juin 1924.  Ma mère, Josette, est née pour sa part à Toulon, le 23 octobre 1926.  Elle a vécu pendant toute la guerre à Toulon, chez son oncle Louis Magne, ancien officier de marine relativement fortuné, qui était en fait l’époux de sa tante, et aussi son parrain. Elle n’est partie en Tunisie qu’à la fin de la guerre pour rejoindre ses parents. Son père, Guillaume, était deuxième maître portuaire dans la marine à Bizerte. Il était né à Saint Marc, quartier Saint Paul, dans le Finistère, le 10 septembre 1899. Cette commune est aujourd’hui un quartier de Brest. Son père Paul était boulanger, tandis que son épouse était née Marie-Anne Simon. Ma mère a rencontré mon père à la pâtisserie où ils travaillaient et ils se sont rapidement mariés. Pour ma mère, ce fut le moyen le plus radical qu’elle avait trouvé pour échapper au foyer étouffant au sein duquel elle ne s’est jamais sentie aimée.

Elle n’était pas satisfaite du métier de mon père et, en bonne fille de marin, elle l’a avec fermeté poussé à s’engager dans l’armée… de terre ! N’ayant aucune instruction, car il n’est jamais allé à l’école, il finira avec le modeste grade de caporal chef, et ne sera promu sergent que quelques mois seulement avant son départ à la retraite. Une bonne manière que le lui a faite le colonel Spinner, car ces deux-là semblaient s’adorer au-delà du raisonnable !

Ce sera d’ailleurs le fils de ce même colonel qui sera mon parrain de confirmation et il m’a à cette occasion offert mon premier beau stylo à plume !

Nous habitions dans un petit ensemble militaire, le Camp Fourquet, à quelques kilomètres de Bizerte. Il y avait là quelques maisons entourées d’une palissade en béton blanc, avec quelques pins et des petits jardins. Je me souviens que le soir, avec une lampe de poche, nous allions avec mon père faire des cartons à la carabine à plombs sur les moineaux perchés sur les chevrons, sous les toits. Nous nous régalions alors en les dégustant et en suçotant les minuscules os  de leurs petites carcasses rosées. Le dimanche nous prenions souvent  le caricolo, une petite calèche à cheval qui faisait office de taxi, pour aller déjeuner chez mon grand-père et ma grand-mère maternels. Ils possédaient un beau tourne-disque noir, à manivelle ! J’ai un souvenir solide de la musique passionnée de l’opéra «Paillasse » » que j’écoutais souvent. Mon grand-père Guillaume nous invitait immanquablement  à nous mettre à table par un tonitruant « à cheval ! » ou encore :« A cavalescado !:».

A cette époque seul mon frère Michel était né, André ne viendra que plus tard, en 1956.

J’allais à l’école dans le camp. C’était une classe à plusieurs niveaux. Mon grand plaisir était d’écouter les leçons des classes supérieures.

J’allais souvent à la caserne où j’étais émerveillé par les gros hélicoptères « Sikorsky » et les énormes camions « Pacific ». qui y pullulaient, au milieu des jeeps et autres engins de travaux publics.

Puis mon père fut envoyé faire la guerre en Indochine. Il en reviendra avec un fort penchant pour la bière blonde, lui avant cela n’avait jamais bu une goutte d’alcool ! Et une détestation des « niakoués », ainsi qu’avec de bonnes connaissances en mécanique qui feront de lui, quelques années plus tard, un instructeur apprécié de tous, mais certainement pas un champion de l’orthographe. Pour lui, le point mort haut, c’était le point Moreau, comme je pus le constater avec effarement en relisant ses corrigés d’exercices.

Nous avions une employée de maison, que l’on appelait la fatma, qui apparaissait toujours sous ses voiles écrus.

Un jour l’instituteur nous a emmené en 4 chevaux Renault visiter ce que l’on appelait le volcan. Je vomis dans la voiture et éprouvais à cette occasion la première grande honte de ma vie.

Quelques années plus tard mes grands-parents sont rentrés en France, et un jour de 1957 ma mère m’annonça qu’elle devait partir voir mon grand-père qui était très malade, à Veaugues, près de Bourges. Je fis des prières au petit jésus pour son rétablissement car je l’aimais beaucoup. J’appendrai des années plus tard qu’il s’était en fait suicidé d’une balle dans la tête le 8 décembre 1957.

A propos de ses parents, ma mère m’avait raconté que son père, ayant décidé d’épouser une fille de « l’autre mer », à savoir d’Audierne dans le Finistère sud alors que lui était du Finistère nord, ses parents étaient boulangers à   Lampaul Plouarzel près de Brest ; sa mère lui dit un jour «si tu épouses une fille de l’autre mer,  je te chasse, je te maudis et je te déshérite ». Ce qu’elle fit en léguant tous ses biens à l’église. Ils partirent tous deux penauds pour Toulon où ils se marièrent le13 Août 1925. Ma grand-mère s’appelait Joséphine Madeleine Hascoët et était née le 1er février 1901. Jusqu’où la haine de « l’étranger » peut-elle aller se nicher ?

Je voyais peu mes grands-parents paternels, Antoine et sa femme Anne, née Langelotti. Je voyais rarement les frères de mon père. Pierrot avait épousé Vincente, ils vivront plus tard à Marseille. Philomène avait épousé Conception, dite Conchette ; eux iront s’installer à Ajaccio. Sauveur avait épousé Georgette, il sera plus tard plombier zingueur à Fréjus, Angelo était le plus jeune. Je ne connus pas « le « pauvre Gaspard » qui a sauté sur une mine pendant la guerre d’Algérie. Je voyais parfois  le frère de ma mère, mon oncle Guy, qui était mon parrain. Je me souviens qu’un jour il m’offrit une petite voiture.

Un des rares souvenirs que j’ai de la famille de mon père à cette époque est un repas organisé par une de mes tantes.  Elle avait fait cuire les pâtes pour la nombreuse famille dans une lessiveuse, ce qui scandalisa ma mère au point qu’elle en parlera pendant des années.

En jouant entre les maisons du camp, je fis un jour la rencontre d’un nid de guêpes qui me couvrirent le visage de douloureuses piqûres.

Nous allions parfois à la plage et une fois sommes allés pécher dans le canal de Bizerte où je fus très fier de pêcher une belle rascasse rouge.

Mon goût pour la lecture est né à cette époque. J’avais reçu des Tintin, Objectif lune et On a marché sur la lune lors d’une distribution des prix à l’école dont j’étais plutôt un bon élève.

Je me souviens de mon amour de l’époque que je n’ai jamais oubliée, la petite Luce Roubaud, fille d’un instituteur, et d’un épisode traumatisant en allant à l’école quand un petit tunisien m’a effrayé en me menaçant avec un couteau. C’était le début des évènements qui devaient aboutir à l’indépendance, qu’Habib Bourguiba obtiendra le 20 mars 1956.

Il proclamera alors la république dont  il deviendra le premier président le 25 juillet 1957.

Nous quittâmes la Tunisie en 1959 pour aller nous installer à Avignon, où mon père avait été muté.

Dans l’ensemble ce fut une période plutôt heureuse.

 

 

II  AVIGNON

Nous quittâmes la Tunisie  le 11 Mars 1959 à bord d’un Breguet deux ponts pour cette grande aventure. Arrivés à Avignon nous fûmes logés dans un petit hôtel de la place du palais des papes. Nous allions manger le midi dans un restaurant de la place des corps saints. A table je lisais les aventures de mon héros préféré, Jim Taureau, l’homme au maillot rayé.

Au bout de quelques mois nous aménageâmes dans le F3 HLM qui nous avait été attribué dans le quartier Saint Ruf sud, bâtiment A, escalier B, au quatrième étage.

Puis le 13 Juin est née ma petite sœur Isabelle.

J’allais au catéchisme le jeudi et à la messe le dimanche avec mon frère Michel. Les piécettes destinées à la quête disparaissaient dans la caisse d’un commerçant sur le trajet où nous achetions des pétards ou des articles de pêche.

Je fis ma communion solennelle. Quelques années plus tard j’avais été embauché par le curé pour encadrer les groupes de petits du catéchisme, au grand désespoir de ma mère qui me voyait déjà entrer dans les ordres.

Mais je réglerai bien vite la question de Dieu à l’adolescence, en devenant un athée confirmé.

Je me souviens du 2 décembre 1959. Ce jour là se produisit la catastrophe de Mal passet. Nous n’avions pas encore la télévision à cette époque et nous suivions cet évènement, pendus à notre vieux poste de radio, un ancestral et magnifique super hétérodyne à lampes. Nous n’aurons un transistor que des années plus tard.

Cette catastrophe nous concernait car mon oncle Joseph habitait Fréjus, ainsi que mes grands-parents Antoine et Anna.

Dans la nuit la voûte du barrage céda, après de violentes précipitations, et une vague de 40 mètres emporta tout sur son passage jusqu’à Fréjus, faisant plus de 400 morts.

Cette catastrophe fut vraiment exceptionnelle car la solidité de l’ouvrage n’était pas en cause. Ce sont des failles indécelables dans la roche support qui ont joué au moment de la mise en eau et le barrage s’est ouvert dans la nuit comme un livre.

Plus tard mes parents feront l’acquisition de notre première télé, source de crises de nerfs pour mon père, car bien entendu, nous n’avions pas un sou, et l’objet de nos désirs nous fut livré avec un minuteur pour le payer. Minuteur que l’on devait activer régulièrement avec des pièces de un franc. Comme on peut s’en douter le téléviseur s’arrêtait toujours au mauvais moment pour réclamer sa pièce, notamment pendant les matchs de catch dont nous raffolions. Je me souviendrai toujours des spectaculaires affrontements entre l’ange blanc et le bourreau de Béthune.

Je fus inscrit à l’école primaire Jean Henri Fabre toute proche.

Je me fis vite un ennemi et des copains. Le vilain s’appelait Mandeville et mon père, bagarreur notoire m’enjoignait de lui casser la figure, mais j’étais plutôt pacifique, à son grand désespoir. C’est à ce moment que je fis la connaissance de Serge Hébrail, qui est encore, 50 ans plus tard, mon meilleur ami.

J’aimais bien,mon instituteur, Monsieur. Dufay. Il avait eu la bonne idée d’installer une bibliothèque dans la classe, dont je faisais largement usage. J’étais convaincu des bienfaits de l‘instruction et j’essayais de faire lire quelques ouvrages à mon père, mais il était vigoureusement allergique à cette activité, lui qui ne rêvait que plaies et bosses. Pour me calmer il me disait : tu as raison, je vais m’instruire, mais bien sûr il n’en fit jamais rien.

C’était par contre un excellent pâtissier et  je garde un souvenir alléché des Noëls à l’occasion desquels mon père ne manquait jamais de préparer sa fameuse bûche à la crème au beurre, sur la base d’un biscuit roulé imprégné de rhum et de confiture. Elle était garnie de sa crème jaune et  marron et de petites fleurs roses ainsi que de petites feuilles vertes. Nous finissions allègrement les bols de crème qui restaient au frigo et nous en léchions les doigts.

A cette occasion,il faisait aussi cuire une dinde que nous ne mangions, nous les enfants, que le lendemain du réveillon car ma mère avait décrété qu’il fallait attendre minuit pour manger, heure à laquelle nous étions bien évidemment couchés. Elle a toujours eu des idées bizarres.

La paye de mon père arrivait très irrégulièrement. Nous connûmes ainsi une période de disette pendant laquelle nous nous nourrissions essentiellement de rations le l’armée, que mon père ramenait de la caserne.. Ce fut l’époque du corned beef et des sodas en poudre, et surtout des inoubliables pois au lard, petits cubes que l’on mettait à dissoudre dans de l’eau chaude avant d’y tremper notre pain.

Je ne sais plus par quel miracle nous avions pu rapatrier de Tunisie notre voiture, une Juva 4 Renault qui bénéficiait d’un moteur refait, et que mon père entretenait à sa façon, avec moult fil de fer. Néanmoins elle nous servit à quelques escapades. Ma mère avait entendu parler d’un lieu appelé Fontaine de Vaucluse où elle s’imaginait trouver une belle fontaine, et qui est en réalité une source. Nous allâmes aussi à Toulon, rendre visite à son oncle Magne, qui l’avait élevée et dont elle nous laissait entendre que c’était un monstre, peut-être parce qu’il s’était opposé à sa relation avec un certain Jean-Pierre, qu’elle recherchera ensuite  pendant des années.(Voir les extraits de son journal)

Mes parents s’étaient fait une solide réputation de « gueulards » dans le quartier car on les entendait se disputer sans cesse.

Je me souviens des longues soirées passées derrière la fenêtre de la chambre à guetter l’arrivée de mon père avec sa Juva qui avait toujours eu quelque panne mystérieuse. Ma mère soupçonnait, peut-être avec raison, qu’il y avait une femme dans sa vie. Je ne crois pas mais à mon avis il aurait mieux valu que ce fût vrai car ma mère n’était pas vraiment drôle. Elle me montrait des photos qu’il avait ramenées d’Indochine, dont celle d’une jeune fille, sans doute une employée d’un bar à hôtesses dont elle soupçonnait que c’était sa fille et que c’était pour elle qu’il lui demandait de l’argent, car c’est elle qui tenait les cordons de la bourse. Cependant le pauvre avait à peine de quoi se payer une bière avec ce qu’elle lui donnait.

 

Ma mère allait voir régulièrement des assistantes sociales pour demander des « secours », et aussi des voyantes. Un jour l’une d’elle lui donna ses numéros de chance, le 4, le 9 et le 12, que mon père jouait assidûment au tiercé tous les dimanches. Même pendant les trop nombreuses périodes de vaches maigres il allait « faire son 4-9-12 ».

Ma mère avait eu la bonne idée de nous abonner à l’encyclopédie « tout l’univers ». C’était une source inépuisable d’inspiration. Je dévorais tous les articles qui me servirent de base pour construire toutes sortes de maquettes, des châteaux forts avec leurs armées en papier d’aluminium et leurs catapultes , ainsi qu’une flottille de bateaux sur une base d’épingles à linge et un théâtre son et lumières avec la cour d’honneur du palais des papes recréée dans une boite en carton.

Ma mère connut à ce moment-là les premiers symptômes de la maladie qui devait l’empoisonner toute sa vie, une sorte de dépression délirante.

Elle s’imaginait que son oncle Magne la faisait suivre.  Un jour de grève à la radio elle regardait consternée son transistor muet et me dit  « Tu vois, ils savent que je n’ai que ça comme distraction et ils me l’enlèvent ».

Malgré tout elle s’intéressera plus tard à mes études, notamment en me donnant de sérieux coups de main pour mes rédactions. Elle avait du goût pour l’écriture. Elle était très fière que sa lettre au maréchal Pétain, pendant la guerre, ait été retenue par l’école et envoyée au grand homme.

Je fis une honorable scolarité et entrais sans problème, à part des problèmes d’argent bien sûr, en sixième, au collège des cités Louis Gros.

C’était le début d’une autre aventure, celle de l’adolescence !

III L’adolescence

La période de la liberté et de tous les rêves.

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que je fus un jeune garçon plein de rêves !

Déjà, enfant, avec mon frère Michel, nous faisions des explorations approfondies du quartier, munis de ce que nous appelions nos provisions pour l’hiver, des morceaux de sucre et des biscuits chipés  à la maison. J’avais envie d’aventures. Aujourd’hui encore je me réjouis quand un Indiana Jones est programmé à la télé.

Nous avions aussi une grande activité avec mon frère Michel, la pêche à la ligne dans la Durance. Ablettes, gardons, goujons, ça frétillait et le soir nous roulions nos prises dans la farine avant de les faire frire.

Nous allions aussi à la chasse aux escargots, que l’on mettait à jeûner dans la cave avec de la farine et du thym, avant que ma mère les prépare en sauce tomate. Un régal, mes premiers émois culinaires, avec les lentilles à la saucisse, que j’adorais.

Mes premiers fantasmes étaient liés aux incas, qui me faisaient rêver . Je m’étais fabriqué une panoplie de grand inca avec des bouts de ficelles, du carton, des brins de roseau et du papier crépon, sans doute impressionné par Tintin et le temple du soleil. J’ai lu tous les tintins que j’empruntais le jeudi à la bibliothèque de l’église.

Bien plus tard je me passionnais pour l’Afrique dont j’avais acheté une grande carte routière. Puis ce fut l’Islande et les USA, dont j’avais aussi de superbes cartes. Mes premiers voyages furent immobiles sur les murs de ma chambre.

Parfois nous recevions de la visite.  Mon oncle Pierrot et ma tante Vincente venaient nous voir de Marseille. A cette occasion on m’envoyait acheter une bouteille de bière chez Blanquet.

Cet épicier nous faisait crédit et à la fin des courses je lui disais souvent : « vous le marquez ».

J‘ai un souvenir fort du rayon bonbons dans lequel nous puisions gaillardement en oubliant parfois de payer. Il y avait là des rouleaux de réglisse, des Lollis, les caramels à un franc, des roudoudous et aussi les fameux Mistral gagnants.

Ma cousine Marie de Marseille est venue passer quelques jours chez nous. Je tombais follement amoureux de cette jolie brunette habillée en noir et blanc, avec son grand chapeau. Je l’emmenais au bord du Rhône pour de chastes flirts. Je la reverrai quelques années plus tard hurlant comme une furie sur ses petits frères. Cassée l’image de la douce colombe.

Vers dix sept ans je passais de longues soirées avec mon ami Serge dans le petit salon de sa villa. Comme tous les jeunes de notre âge nous refaisions le monde en parlant passionnément de littérature, de religion. La grande question était celle de l’existence de Dieu.

J étais plutôt littéraire mais je me passionnais pour l électronique, surtout la radio dont j’appris les rudiments avec les ouvrages de vulgarisation Ignotus et Curiosus. Je construisis ainsi mon premier récepteur ondes courtes avec lequel je fus très fier de capter les émissions en français de radio moscou.

Mon BEPC en poche, c’est donc presque naturellement que je m’inscrivis en 2eme au lycée technique dans une classe d’électronique qui devait y être créée. Mais catastrophe, j’appris le jour de la rentrée que cette classe n’existerait pas et qu’on m’avait inscrit  en technique industrielle. Je n’avais aucun goût pour les vis, les boulons et les travaux sur étau limeur, même si ça m’amusait de fabriquer des perforateurs et des pistons. Un jour la prof de sciences naturelles me mit un zéro totalement immérité. Déçu par cette injustice je quittais le lycée pour entrer en apprentissage chez un marchand de machines à calculer et à écrire qui ambitionnait de s’orienter vers les machines électroniques, dont c’était les débuts.

Hélas, je ne vis pas beaucoup les machines électroniques mais pour l’essentiel je nettoyais de vieilles machines à écrire Underwood. A l’occasion de Noël je reçus un billet de 50 francs dont je fus très fier. Mon premier revenu ! Je l’investis au marché aux puces dans l’achat de disques, et aussi de matériel de radio d’occasion, dont j’étais toujours friand : transistors, diodes, résistances, condensateurs variables. Ohms, picofarads, tout cela m’émerveillait toujours. Je suivais des cours en vue du CAP à la chambre des métiers où je brillais surtout en français.

Je commençais à me révolter contre le monde du travail qui m’apportait si peu de satisfactions.

Un jour un ami me dit qu’il avait trouvé du boulot dans une station service ESSO, chez le père Bonnet, pas déclaré et payé aux pourboires. J’abandonnais l’apprentissage pour me lancer dans ce qui m’apparaissait être la vie active. J’y passais quelques années, dans une certaine euphorie. A cette époque, les pourboires étaient généreux et me rapportaient plus que le salaire de mon père lui rapportait. Ce fut donc la grande vie. J’allais souvent dans notre pizzeria préférée avec Serge pour un bon repas arrosé au Gigondas.  Je fis l’acquisition d’ une moto d’occasion.  Une 250 Jonghi sur laquelle je fis installer un biplace et des sacoches, car j’envisageais bien entendu de voyager avec. Une de mes premières expéditions fut un voyage à Grenoble par la route Napoléon avec un copain.

Mon père, retraité de l’armée, avait obtenu un emploi aux pompes funèbres Roblot. Je me souviens toujours de son désespoir chaque fois qu’il « faisait un jeune »comme il disait. Sous des dehors bourrus, c’était un cœur tendre.

A ma demande, il me construisit une bibliothèque avec du chêne destiné à la fabrication des cercueils, que je conservais très longtemps.

J’ai de nombreux souvenirs de la station, notamment du voisin américain, Mr Coulohares, dont nous avions badigeonné le mur d’un méchant « yankee go home ». C’était la mode en cette période d’après guerre où les américains étaient encore nombreux en France et pas toujours très appréciés.

Je revois le père Bonnet assis sur son poêle, comme pour se sécher les fesses.

Un jour je lavais la Mercedes d’un client qui buvait tranquillement l’anisette avec le patron sur la terrasse,.Je voulus sortir la voiture mais j’avais laissé la portière arrière ouverte et elle fut arrachée dans un grand sraaatch. L’anisette a dû avoir du mal à passer.

Nous étions quelques copains livrés à nous-même le week end dans cette station. Tous les dimanches soirs je ramenais la caisse à la maison, le patron et sa femme étant dans leur maison de campagne, mais dans l’ensemble tout s’est toujours bien passé. Un jour je me suis engueulé avec le père Bonnet parce qu’il ne voulait pas me déclarer et décidais d’aller planter ma tente ailleurs. Heureuse époque où il y avait autant de travail que de poissons dans les rivières. Je me fis embaucher par une boite d’intérim à l’usine Electro réfractaire, qui fabriquait des pierres spéciales pour les fours à verre. J’allais travailler avec ma moto qui devait réveiller tout le quartier à trois heures du matin. Je faisais les 3×8.

C’est à cette époque que je fis ce qui m’apparût comme un grand voyage, une escapade en train à Barcelone avec mon ami Jean-Pierre. Hôtel et bons restos, visite d’un monastère sur les hauteurs et surtout l’image d’une petite fille dans le train qui répétait sans arrêt « tchic tchic la Barcelona ! » qui devint notre cri de ralliement.

A 18 ans, je chargeais ma petite tente sur le porte bagage de ma moto, et en route pour l’Espagne. Je m’arrêtais pour camper à Tossa de Mar où une jeune écossaise qui avait le même prénom que ma grand-mère, Madeleine, me fit connaître mes premiers vrais émois amoureux.

A l’électro réfractaire je travaillais au service des expéditions et je me souviens des plantureux petits déjeuners que l’on faisait.-On commençait tôt, à quatre heures du matin. pour moi c’était un camembert, du pain, et une bouteille de bière. Je fis la connaissance d’un jeune type qui m’encourageait à reprendre mes études, et me conseilla les cours par correspondance. Il pratiquait aussi le yoga avec un professeur de la place des Carmes, M. Reboul. Cela m’intéressait beaucoup et je décidais de m’inscrire. J’ai été un pratiquant assidu.

Ma mère à qui je parlais des cours par correspondance me conseilla plutôt intelligemment de m’inscrire en seconde au lycée Mistral, et elle eut la bonne idée de faire les démarches à ma place. Je quittais donc l’usine pour aller semer la terreur au lycée avec ma « grosse » moto. A l’époque une moto, engin relativement rare, était toujours grosse dans l’esprit des gens. C’est vrai qu’elle attirait les regards quand je la garais devant le bar américain, rue de la République, où nous avions nos habitudes.

Me voilà de nouveau sur les bancs du lycée, mais en lettres cette fois, ce qui me convenait parfaitement, vu mon goût prononcé pour la lecture. J’ai été satisfait de mes profs, je développais mon goût pour la langue italienne et garde un souvenir ému de Simone Bourgeat, ma prof de français. Je fus si bon élève qu l’on me dispensa de classe de première et j’allais directement en terminale. Ce n’était peut-être pas une très bonne idée car bien sûr j’avais des lacunes, surtout en maths, ma bête noire. Mais enfin à part ça j’étais assez bon et intégrais la terminale sans problème. Plus tard j’aurai mon bac avec « 1 » en maths et »19 » en français, mais qui me demandait mieux?

Mai 68 était passé par là, dont je garde des souvenirs amusés. Coincé aux Saintes Maries de la Mer avec Serge, car il n’y avait plus d’essence pour ma moto. Je fis la connaissance d’un couple de parisiens qui m’invitèrent à monter les voir, ce que je fis en stop, à bord d’une magnifique citroen  DS21, je fus reçu par la famille, des juifs qui me régalèrent de boulettes et m’aventurais jusqu’au quartier latin où j’assistais aux derniers jours d’occupation de la Sorbonne.

Mai 68 bouscula beaucoup nos vies.

Au lycée, nous fumions pendant les cours, nos cheveux poussèrent, les miens étaient magnifiques.

Je participais à quelques défilés, car nous étions tous d’accord pour dire : « De Gaulle, dix ans ça suffit ! », même si mon père considérait le grand homme son père, ce qui horripilait ma mère qui lui disait « ton père c’est Antoine », jusqu’au jour où ma grand-mère Anna lui dit  «  Louis n’est pas le fils d’Antoine », qui était son second mari. Il avait reconnu mon père avec ses autres enfants lors de sa naturalisation française. Il était né Italien.

Le général De Gaulle, ancien chef de la France libre pendant la seconde guerre mondiale, quitta le pouvoir suite à un référendum perdu, le 27 avril 1969.

Mon grand-père Antoine fumait beaucoup, mes parents lui envoyaient régulièrement les cartouches de cigarettes « troupes » que mon père recevait avec sa paye. Il est mort d’un cancer de la gorge. Ma grand-mère Anna, qui souffrait d’une descente d’organes devait décéder d’une hémorragie cérébrale.

c’était l’époque de la mode beatnik Je m’habillais aux surplus de l’armée américaine.

Je passais mon permis et ma mère en profita pour se faire conduire à Toulon à bord de notre vieille 4 chevaux. Elle faisait mille démarches auprès des autorités militaires pour retrouver la trace du fameux Jean- Pierre, son amour de jeunesse.

Quand son oncle décéda il ne restait rien de sa fortune passée, à part quelques meubles, des bibelots… Mais disparus les 10 millions qu’il avait un jour montrés à ma mère en lui disant que ce serait son héritage et dont j’ai entendu parler toute mon enfance.

Mon frère Michel retrouvera plus tard la trace de la femme de Jean-Pierre qui lui apprit qu’il était mort pendant la guerre et qu’elle n’était pas étonnée que ma mère ait été amoureuse de lui car c’était un très bel homme. Exit Jean-Pierre dont j’avais vraiment beaucoup entendu parler.

Commença alors pour moi une période agitée.

Mon bac en poche, je m’inscrivis à la fac, en lettres modernes bien sûr. Je gagnais un peu d’argent en donnant des leçons de français ou en travaillant dans une station service, voire chez un paysan mais je m’ennuyais un peu en cours. L’année suivante je changeais d’orientation. Afin de satisfaire mon goût pour l’aventure et je m’inscrivis en géographie. On ne se cultive bien que par amour.

J’ai beaucoup aimé ces deux années d’études, pendant lesquelles je pratiquais assidûment la spéléologie à un bon niveau. Je découvris les merveilles du monde souterrain, les incroyables excentriques, concrétions bizarres, les cristaux d’aragonite, les rivières souterraines et leurs magnifiques gours de calcite. Je participais même à une émission de télévision, à la suite de la découverte par le club d’une liaison inconnue entre un aven et la grotte de la Cocalière, très touristique. Ces deux années se soldèrent  par l’obtention d’un DEUG. Un prof de géographie physique surtout me fascinait, Michel Barbe, membre de l’OCI, l’Organisation Communiste Internationaliste. Il nous embringua, ma copine Sylvette et moi, dans un cycle de cours révolutionnaires. Le jour où il nous demanda de passer à la pratique en allant coller des affiches, je refusais, ne me sentant pas vraiment militant. Sa femme lui dit qu’il perdait son temps avec nous, et les cours cessèrent aussitôt.

J’avais trouvé un petit job à la fac. En qualité de « moniteur » je m’occupais des prêts de cartes.

Par la suite je trouvais un emploi plus lucratif de chauffeur livreur à mi-temps dans une société de matériel de bureau.

A cette époque je décidais de créer un local rue de la grande monnaie, dans une ancienne menuiserie que nous avions sommairement retapée pour y mener des activités culturelles.

Ce ne fut pas un grand succès mais j’avais attiré l’attention de Gérard Gélas, le directeur du théâtre du Chêne Noir. Il venait souvent avec des petits groupes pour organiser des manifestations, notamment autour de la situation en Espagne alors sous la coupe du dictateur Franco.

Il  voulut mettre la main sur notre local et monta une association pour le gérer. Il nous mit à la porte et comme nous étions 3 ou 4 à habiter là, il fallut trouver un appartement. Un copain, ancien maoïste devenu écologiste laissait justement le sien. Nous l’adoptions rapidement et eûmes quelques démêlés avec le voisin du dessous, un rabbin.

Il faut dire qu’en cette période d’après 68, cet appartement était vite devenu une sorte d’annexe du bon secours où de nombreux routards venaient passer une ou deux nuits. Je fis la connaissance d’individus bizarres, un s’était fait un collier avec ses dents, un autre lacérait les capotes des 2 chevaux et autres décapotables, d’autres avaient fugué. Tout ce beau monde se retrouvait  sur la place de l’horloge pendant le festival et se refilait notre adresse.

Nous avions un ami plus âgé que l’on appelait Dédé l’ancien qui venait nous voir souvent. Il attira l’attention sur nous car mon père, qui par son métier avait des relations dans la police fut un jour interpellé par le commissaire qui lui dit que son fils menait une vie louche et lui montra un gros dossier. Le pauvre en fut traumatisé.

Pourtant j’étais bien sage à l’époque, même si ça ne devait pas durer.

Nous avions pris l’habitude avec un copain marginal de piquer des bouteilles d’alcool dans les supermarchés pour les revendre à bon prix ; Ce qui devait arriver arriva, nous nous fîmes prendre et j’écopais de 3 mois avec sursis, ce qui devait avoir des conséquences importantes sur ma vie.

A cette époque j’étais plutôt tenté par les aventures qui sortaient des sentiers battus. Un beau soir nous allâmes avec un ami dans un restaurant de la place de l’Horloge où travaillait un copain. Nous lui avons emprunté un sac de pommes de terres vide et avons escaladé les grilles du rocher des doms. Arrivés en haut, cap sur le bassin des cygnes. Nous capturons l’un d’eux et le fourrons dans le sac. Re-escalade des grilles pour sortir avec notre butin qui ne fit pas de bruit. Nous chargeons la bête sur la moto et traversons le pont en direction de la piscine de la Barthe lasse. Nous escaladons le mur et déposons notre prise dans le grand bassin. Je ris encore  de la lecture du journal du lendemain qui relatait la stupéfiante découverte et d’une photo des pompiers dans la piscine armés d’un filet. Une autre photo montrait le gardien du rocher qui expliquait que l’animal, un cygne blanc muet de Sibérie avait dû quitter son bassin pour voler jusqu’à cette étendue d’eau qui l’avait attiré. Nous avions l’explication du silence de la bête : un cygne muet !

Quelques temps plus tard, j’entrepris avec mon copain Robert un voyage à Amsterdam avec la très vieille 4 chevaux de mon père, peinte en marron sale au pinceau. Robert m’initia à la fumette du haschich dans un célèbre club d’Amsterdam, le Paradiso, installé dans une ancienne église. Je découvris alors la musique psychédélique et les lights shows. Nous dormions comme tous les jeunes sous les ponts du centre ville autour de la place du Dam. Nous étions réveillés le matin par le service du nettoyage. Un jour j’entendis quelqu’un m’interpeller « Jean-paul ! »Je fus surpris, ne connaissant personne à Amsterdam. Je me retrouvais face à un grand barbu rouquin qui me sourit en me disant « je suis Omar,tu ne me reconnais pas ? ». Je l’avais connu quelques années plus tôt lors d’un camp d’adolescents en Savoie auquel ma mère m’avait inscrit. C’était à l’époque un jeune marocain de Fez au caractère lunaire dont nous nous moquions joyeusement. Il était venu avec son frère Majid, leur père étant un amoureux de la France.

Peu de temps après je décidais avec un copain d’aller m’installer à Paris mais une fois sur place je renonçais bien vite et poursuivis ma route en stop jusqu’à Amsterdam, où je retrouvais Omar dans un coffee shop. Désargenté, je faisais comme tout le monde, la manche pour me payer une bouteille de Cacolac ou un repas au resto chinois, riz cantonais exclusivement, le plat le moins cher. Les jours de fête je m’offrais un cornet de « frites met mayonnaise » ou une barquette de poisson cru. Je ramenais Omar chez moi où ma mère fit bon accueil à ce garçon charmant.

Omar consommait toutes sortes de produits prohibés. J’apprendrai des années plus tard qu’il était mort d’une overdose, et son frère Majid mort aussi, dans un accident de voiture.

A cette époque ma mère eut un coup de folie, plus grave que ses lubies habituelles. Elle se mit le feu sur le palier de son appartement et finit à Lyon, au service des grands brûlés, où elle fut sauvée in extremis.

C’est à ce moment que je fis la connaissance d’une étudiante en architecture aux beaux arts d’Avignon. Elle était originaire de Châteaurenard. Elle était très attachée à sa ville qui était pour elle une sorte de centre du monde.  Elle s’appelait Marie-France.

Elle m’emmena dans sa famille par qui je fus bien reçu. Ils vivaient dans un mas au confort sommaire. Ses parents, Jean et Célina Pauleau, étaient des gens charmants. Les bons repas du dimanche, coquilles saint jacques ou tranche de gigot copieusement arrosés par la cuvée des amours de la cave de Noves, nous faisaient oublier les restrictions de la semaine et les repas économiques du genre riz au jus de merguez.

Le père de Marie France était chasseur et pêcheur. Par la suite, j’irai de très nombreuses fois à la pêche avec lui. La friture était pêchée dans la Durance, les brochets et les muges dans le rhône.

Un bébé fut vite attendu et nous décidâmes de nous marier pour pouvoir prétendre aux allocations familiales, réservées à l’époque aux couples mariés. Ma fille Corine est née le 6 septembre 1973.

L’adolescence était maintenant bel et bien terminée, place à la vie active.

IV  Je suis un adulte, maintenant !

Je me destinais à l’enseignement et obtins un poste de surveillant dans un collège de la région, mais à cause de mon casier judiciaire je fus rapidement viré, malgré mes protestations, j’étais père de famille, étudiant honorable.

Un copain m’amena à l’ANPE, ancêtre de pôle emploi où on me conseilla de passer des concours. Ils n’avaient rien à me proposer, à part une société de traitement des charpentes, qui réalisait aussi des revêtements de façades en enduit synthétique. Elle cherchait un commercial. Je n’avais pas envie de m’enfermer dans un bureau enfumé et choisis cette option pour vivre au grand air, encouragé par une phrase de l’un des Beatles, qui avait dit que le commerce était une activité noble, puisque basée sur l’échange. Je fus donc embauché par Mauricette et Jean-Pierre Colavito à la CTC. Ce furent mes débuts dans le commerce. J’étais ravi. Je gagnais rapidement le salaire d’un prof de fac en fin de carrière. J’avais l’impression d’avoir pris un fameux raccourci.

Nous nous étions mariés dans le dénuement propre à deux étudiants mais très vite notre situation devint enviable. J’étais un excellent commercial.

Nous connûmes quelques années de prospérité.

Nous sortions peu, mais nous avons fait un grand voyage en voiture, avec Corine, qui était petite. Nous sommes allés au club Méditerranée à Reggio de Calabre, dans le sud de l’Italie. Je partirai, seul avec d’autres vacanciers, pour une mémorable excursion au sommet de l’Etna, alors en éruption. C’était un spectacle vraiment grandiose que ce cratère grondant  dans les brumes du petit matin, duquel fusaient des bombes incandescentes.

Bientôt nous eûmes la joie d’accueillir Guilaine, le 8 janvier 1976.

Mes deux filles sont nées à Villeneuve les Avignon, où nous habitions, dans de bonnes conditions.

C’est l’époque de la naissance de Julien, le 13 mars 1980, qui fut particulièrement chaotique.

Car non seulement il était né prématurément à sept mois de grossesse mais un gros problème dont je n’ai jamais vraiment très bien compris la nature nécessita une césarienne. Marie-France ayant absolument tenu à accoucher à la petite clinique de  Chateaurenard, la ville où elle est née, et à laquelle elle était viscéralement attachée. Je me souviens encore du visage ahuri du médecin qui nous avait envoyés passer une échographie à Avignon, quand il nous a vus débarquer, une heure plus tard, et qu’il nous lancé d’une façon un peu agressive :  » mais, qu’est-ce que cous faites là, vous ? » tellement il était persuadé que nous filerions à l’hôpital d’Avignon en voyant les résultats catastrophiques de l’échographie. Les conditions de l’intervention furent bien sur très loin d’être optimales et elle a bien faillit  terminer sa jeune vie ce jour-là !  Julien fut bien entendu mis en couveuse à l’hôpital d’Avignon. Ainsi, sa mère ne le verra pendant longtemps que sur les photos que nous lui ramenions de l’hôpital.

Il fallut vendre la maison, ce qui ne posa pas de problèmes vu la qualité de la bâtisse et des importants travaux que nous y avions fait réaliser mais attrista le père de ma femme, et nous prîmes une petite villa en location.

Ma société fut cédée à un confrère du même secteur d’activité qui me paya chichement en marchandises diverses. Je dus donc m’installer comme brocanteur pour récupérer mon argent. Je vendis aussi « les « bijoux de famille », bouquins, meubles. Je travaillais surtout sur les marchés, et je me fis une petite spécialité de cartes postales anciennes et de monnaies. Je me souviens du froid mordant en hiver, malgré les caleçons et les après-skis que je portais pendant les jours d’intense froidure. J’exerçais ensuite la profession de VRP multicartes pour des entreprises de bijoux, de cadeaux, de diététique et de produits naturels.

Je me souviens que j’étais en route pour le marché de Montpellier quand j’ai appris que François Mitterrand avait été élu président de la république. J’avais voté pour lui et étais donc satisfait même si je ne pensais pas qu’il fallait en attendre de grands bouleversements, ce en quoi je ne m’étais pas trompé. Cependant l’abolition de la peine de mort ne fut pas un fait négligeable. J’avais toujours été opposé à cette pratique, depuis le lycée où j’avais déjà fait une intervention remarquée dans ce sens.

J’en ai eu rapidement assez de me geler sur les marchés et d’être tout le temps sur la route.

C’est alors que je me souvins de mes longues années de pratique assidue du Yoga, que j’avais un peu délaissé, et je pensai qu’il y avait peut-être là un débouché acceptable. J’achetai les bouquins d’André Van Lisebeth, bien connu pour ses ouvrages forts bien documentés, notamment « ma séance de yoga » et « prânayama », je m’abonnai à sa revue, et m’entraînai sérieusement à la bonne pratique des postures ainsi qu’à la meilleure façon de les enseigner.

Je me lançai alors  dans l’activité de professeur de yoga, qui devait sans grandes difficultés me nourrir avec ma petite famille pendant quelques années, puisque mes cours étant appréciés des pratiquants, je ne manquai pas d’élèves attentifs et bourrés de bonne volonté.

Soucieux d’exercer cette nouvelle activité en véritable professionnel, je m’inscrivis à l’école française de yoga de la Sainte Baume, sur laquelle régnaient le réputé professeur Aixois Boris Tatzky et les frères Dominicains. Je vivrai de mes cours et de stages qui auront beaucoup de succès.

V  Professeur de yoga

Je n’eus pas beaucoup de problèmes pour trouver des lieux où exercer. On se souvient que quelques années plus tôt j’avais été VRP multicartes.

J’’avais dans ma clientèle des kinésithérapeutes à qui je vendais des crèmes de massage. Ils constitueront ma base de départ. Ils furent ravis de m’accueillir dans leurs salles de gym et ainsi d’offrir une nouvelle activité à leurs patients. Je mis ensuite à profit mes qualités de commercial pour prospecter les maisons des jeunes et les centres culturels aux alentours d’Avignon. Ainsi je pus rapidement trouver un nombre suffisant de lieux ou exercer et bénéficier ainsi d’un revenu correct.

J’avais  beaucoup aimé mon activité de fabricant de bijoux. Je n’en aimerai pas moins celle de professeur de yoga.

J’avais pour l’essentiel un statut de salarié vacataire dans les MJC, tandis que chez les kinés c’était moins structuré, les conditions de notre coopération s’évaluant au cas pas cas.  Mes cours fonctionnaient bien. J’avais des élèves fidèles qui revenaient d’année en année. Plus tard j’organiserai des petits stages sur les techniques de purification telles que : Vamana dauti, le nettoyage de l’estomac, Shank prakshalana, le nettoyage des intestins, le sommeil, l’alimentation, et j’enregistrerai des cours, notamment de relaxation, sur cassettes, que je vendrai à mes élèves. Je fus même contacté par une société qui me proposa de les commercialiser, mais je ne donnai pas suite car c’était vraiment trop peu rémunéré.

J’enseignais un yoga de bon sens, basé sur la pratique des postures (hatha yoga) la maîtrise du souffle (pranayama) et une initiation à la méditation ainsi qu’à la concentration ((Rajah yoga).

Par la suite, afin d’augmenter mon nombre d’heures de cours, j’étendrai avec succès mes activités à la gymnastique féminine, du type aérobic et stretching, des disciplines qui étaient très à la mode à cette époque.

C’était un milieu très féminin, même si j’avais heureusement quelques hommes dans ma clientèle.

Je fis la connaissance, lors d’un cours, d’une jeune femme récemment divorcée.

A l’opposé de Marie-France, elle était féminine jusqu’au bout des ongles. J’en tombais follement amoureux. Elle s’appelait Véronique.

Je n’avais pas grand chose à reprocher à Marie-France, à part justement un fait qui me gênait beaucoup ! Elle n’était pas assez féminine, à mon goût. Mais ça je le savais quand je l’avais épousée, j’aurais donc dû l’accepter, mais la raison ne commande pas à l’amour, car l’amour est ainsi fait qu’il frappe souvent quand on ne l’attend pas. Et là j’ai été frappé par surprise, voire dans le dos, car Véronique me fit rapidement comprendre que pour elle, c’était tout ou rien. C’était une jeune femme passablement perturbée, amatrice de romans à l’eau de rose et d’extraterrestres, mais c’est bien connu, la folie attire…

Je ne suis pas très fier de la façon dont je dis un jour à Marie-France : « Je m’en vais » pour aller m’installer chez Véronique, dans le centre de l’Isle-sur-Sorgue, sans même dire au revoir à mes  enfants. Désormais je ne les verrai plus que le mercredi et les week-ends, et parfois pendant les vacances.

Bien sûr il fallut divorcer, et ce fut un divorce dit par « consentement mutuel ». Je m’engageai à verser à mon épouse une pension alimentaire qui était bien au-dessus de mes moyens, surtout qu’il allait falloir équiper la petite villa que nous avions louée pour abriter notre nouveau couple.

Cette histoire n’a pas duré longtemps. Véronique, qui était décidément très perturbée, péta bientôt les plombs et il fallut que les pompiers viennent la chercher pour l’emmener à l’hôpital psychiatrique.

J’étais toujours professeur de yoga, mais seul, et désormais dans la dèche.

Je vendis la vieille Mercedes, souvenir de mon passé prospère pour faire l’acquisition d’une deux chevaux Citroën d’occasion.

J’étais tellement dans la dèche à cause de la pension que je payais que je cherchais une solution pour en sortir. Me vint alors une idée : et si je reprenais mes études, que j’avais abandonnées à bac+2 pour essayer de trouver un bon job, et qui surtout  serait plus rémunérateur !

Mais ma situation financière ne le permettait pas. J’allais donc trouver Marie-France pour lui faire part de mon projet et lui demander de trouver un travail afin de me soulager. Après tout, j’avais bien assuré la vie de la famille pendant plus de dix ans, je pensais avoir droit à un petit coup de main.

J’allais donc m’inscrire à la fac en licence de géographie, et bien m’en pris car c’est grâce à ce bac + 3 que je pourrai par la suite connaître une carrière dans le monde de l’informatique qui s’avérera être plus que correcte !

Je conservai quelques cours de yoga mais je consacrai dès lors l’essentiel de mon temps à mes études.

C’est ainsi que s’est terminée la première période de ma longue carrière de professeur de yoga.

Vous pourrez consulter les articles de presse relatant cette expérience en vous rendant à la fin de mon autobiographie, section Annexe photos

VI La Faculté de géographie d’Avignon

J’étais bien entendu le plus vieux de la classe, mais je m’entendais bien avec les autres étudiants.

Je mangeais au resto U, le restaurant universitaire, ce qui arrangeait bien mes finances malmenées. Je déménageais dans un HLM modeste, à Sorgues.

Parmi mes profs se trouvait Jean-Louis Guigou, le mari d’Elisabeth, qui sera plus tard ministre de la justice de François Mitterrand. Il m’aimait bien et c’était réciproque. C’était un haut responsable de la DATAR, organisme en charge de l’aménagement du territoire et ses cours étaient toujours intéressants. Un jour il nous parla des bretons qui aimaient le vin mais n’en produisaient pas. Il nous dit que  nous serions bien inspirés d’essayer de leur vendre nos Côtes du Rhône. Je me souviendrai de cette suggestion.

Une soirée dans une discothèque était organisée le jour de la Saint Valentin. J’avais des vues sur la jeune Pascale, de 14 ans ma cadette, dont j’entrepris de faire la conquête. Ce fut une réussite et je l’arrachais à son quasi fiancé. L’année se passa bien, je fus accepté par les parents de Pascale et obtins ma licence. Se posait néanmoins le problème d’avoir une activité suffisamment rémunératrice. Je me souvins alors des propos de Jean-Louis Guigou sur les bretons et le vin.

J’avais des origines bretonnes par ma mère et Pascale était bretonne. Mais je n’avais pas un sou! Pascale me proposa d’utiliser son compte épargne et nous allâmes à la cave de Châteauneuf-e-Gadagne acheter quelques dizaines de bidons de vin en vrac. La maison des Vins d’Avignon nous fournit une bonne quantité de dépliants et d’affichettes. J’achetais une paire de tréteaux, deux planches et une remorque. Ma Renault six rendit l’âme. Le père de Pascale nous prêta sa vieille BMW et nous voilà partis pour Rennes où nous nous inscrivîmes  à la fac, ce qui nous permit d’obtenir un logement pour étudiants.

 

VII Rennes

Enfin sur la terre de mes ancêtres maternels.

Et nous voilà installés à Rennes !

Pascale y avait une tante qui tenait une boutique de troc chic, nous n’étions donc pas totalement isolés.

Je commençais rapidement à faire les marchés pour vendre mon vin avec une relative réussite.   Après quelques semaines je louais un entrepôt aux magasins généraux pour y installer une cuve, et ainsi faire venir mon vin en vrac par camion citerne afin d’améliorer la rentabilité de notre petite affaire. Mais cela restait trop modeste et nous vivions bien chichement.

Sur un marché je fis la connaissance d’un collègue qui nous damnait le pion avec son camion et ses bidons de vin rouges. Ses clients étaient nombreux à passer devant notre stand. Il était en fait gérant d’une cave de Rennes dont le propriétaire, Albert Rivé, un ancien éleveur de poulets avait installé une superbe cave à Bédée, dans les environs de Rennes. Le collègue nous fit part de son désir d’abandonner cette gérance et il cherchait quelqu’un pour prendre sa suite. Il avait trouvé.

Nous rencontrâmes Albert Rivé, qui  s’avérera par la suite être « un parfait gros con », mais nous fîmes quand même affaire avec lui. Nous voilà installés dans la cave, qui bénéficiait d’un appartement au dessus, d’une tournée de marchés et d’un stand aux halles centrales. Loin d’être riches, nous gagnions modestement notre vie, mais nous avions peu de besoins. Nous fîmes l’acquisition d’une Lada d’occasion. C’était une voiture russe bon marché, qui nous permit de vadrouiller. Nous allions régulièrement à Cancale, à Saint Malo, et chez les  grands-parents de Pascale à Morlaix, je suis même allé sur la terre de mes ancêtres à Lampaul Plouarzel, où j’ai vu au cimetière de nombreuses tombes au nom de Jézéquel, le nom de ma mère.

Je m’initiais à la dégustation des huîtres, des tourteaux, des langoustines, des palourdes  et des coques que nous allions pêcher à marée basse dans la baie de Morlaix.

La tante de Pascale m’initia aussi à la cueillette des champignons. Je fis connaissance avec les bolets, les cèpes, les golmottes, les chanterelles, les coulemelles et autres pieds de mouton.

Il y avait une bonne ambiance sur les marchés de Rennes. Tous les matins nous cassions la croûte avec le marchand d’huîtres et le producteur d’andouilles. Bien entendu je fournissais le muscadet, tenu au frais dans une glacière.

Nous avions pris comme comptable  celui de la tante, et il sut m’initier à la bonne gestion, pour laquelle j’avais tant de lacunes.

Je développais ma gamme de vins en ajoutant des Côtes du Ventoux de la cave de Caromb, du Châteauneuf du Pape, que j’achetais directement au producteur. Mais cela n’était toujours pas très rentable.

C’est alors que je me souvins de mon ancienne activité de grossiste en bijouterie fantaisie. Pourquoi pas tenter ma chance à Rennes ! Nous partîmes pour Paris afin de constituer une gamme de bijoux que nous vendrons en parallèle au vin, ainsi que des articles cadeaux. Je commençais par une gamme de produits dits laser, qui donnaient l’illusion du relief, et renouais avec mes anciens fournisseurs de bijoux fantaisie. Toujours bon commercial, je constituais rapidement une bonne clientèle et achetais mon premier ordinateur, dont je fis peu d’usage.

Je développais surtout un excellent concept de vente de bijoux plaqué or et or auprès des comités d’entreprise. Je changeais de voiture pour acheter une 405 Peugeot, louais un nouveau logement, achetais un canapé en cuir, et finalement je plaquais « le gros con » qui avait largement mérité cette appellation.

Le 26 avril 1986 eut lieu l’accident nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine.

La fusion du cœur d’un réacteur  a conduit au relâchement de radioactivité dans l’atmosphère et à la formation d’un nuage qui couvrit l’Europe. Il fut recommandé de ne plus ramasser les champignons, même si le magnanime nuage était sensé s’être arrêté aux frontières françaises, ce qui fut contesté par la suite.

Un jour de janvier 1986 nous avons appris la mort du chanteur Daniel Balavoine dans un accident d’hélicoptère, lors du rallye Paris Dakar.

Quelques mois plus tard c’est mon père qui mourut des suites d’une hémorragie cérébrale.

Ce fut l’occasion de revoir avec émotion ma fille Guilaine que Marie-France avait eu la bonne idée d’amener à l’enterrement. Il y avait bien longtemps que je ne l’avais pas vue.
Cela restera un grand regret de ne pas avoir vu grandir mes enfants pendant cette période d’éloignement..

Il faut dire que Marie France n’a pas fait beaucoup d’efforts pour maintenir le contact entre eux et moi, et Pascale qui était jalouse comme une teigne, même d’eux. Je sais qu’il ne faut pas humilier son adversaire sous peine de représailles, et je pense que Marie-France avait dû se sentir très humiliée de mon départ. Il ne fallait pas attendre grand-chose après ça.
La vie à Rennes se déroulait assez bien, mais Pascale n’en était pas vraiment satisfaite et elle passa un concours pour entrer à la poste qu’elle réussit. Elle fut nommée en région parisienne.

Il fallut liquider l’entreprise tant bien que mal. Il restait quelques dettes à régler et je fis une grosse déprime qui m’obligea à prendre des médicaments.

Les effets de ces médicaments étaient bizarres car j’alternais les périodes de désespoir et les périodes d’euphorie avec des projets pharaoniques plein la tête. Pascale partit de Rennes la première pour rejoindre son affectation à Issy les Moulineaux. Elle trouva un appartement et je la rejoignis quelques mois plus tard.

Ce fut la fin de mes aventures bretonnes.

 

VIII  Paris

Une nouvelle vie commence…

Commence alors la période professionnellement la plus faste de ma vie.

Pascale avait été nommée à la poste d’Issy les Moulineaux et nous habitions un petit appartement dans le quartier.

Issy est une petite ville très agréable, qui  bénéficie de la proximité du grand parc de l’île Saint Germain sur la Seine.

Je cherchais immédiatement du travail en faisant les petites annonces qui concernaient les commerciaux. J’eus bientôt la joie de venir au bureau de poste annoncer à Pascale que j’avais trouvé un emploi.

J’avais été embauché comme commercial dans  une petite société de services informatiques, Sitinfo, gérée par les frères Sitbon. Mon passé de chef d’entreprise avait favorablement impressionné Gilles. Je ne connaissais pratiquement rien à l’informatique, surtout les grands systèmes Bull, IBM et Vax qui constituaient le fond de commerce de la société.

Le génie des deux frères était d’avoir constitué une base de données des grands utilisateurs, banques et grosses sociétés, qui servait à la prospection téléphonique et à lancer de fructueux mailings, aux taux de retour impressionnants. La petite société s’accroissait rapidement. Je découvris avec enthousiasme  le monde des banques, Renault, Sofinco, les Ciments français… J’apprenais vite,signais de nombreux contrats et percevais de belles commissions

J’avais découvert avec étonnement le principe de fonctionnement d’une SSII, Société de Services et d’Ingénierie Informatique. Cela consistait à recruter de bons techniciens et ingénieurs et à les placer comme prestataires auprès des services informatiques des grandes sociétés, moyennant un prix de journée qui laissait une marge confortable.

Tout reposait ensuite sur la qualité de la prospection et la satisfaction que les clients retiraient de nos équipes.

Un métier complexe donc mais vraiment passionnant.

Les événements internationaux avaient une grosse influence sur les effectifs de ces sociétés. Il y avait là des roumains qui avaient fui la dictature de Ceausescu, des libanais, et des cambodgiens qui avaient réussi à échapper au tyran Pol Pot qui avait déclaré la guerre aux élites de son pays.

Une de mes premières décisions pour utiliser mon argent, fut de reprendre le paiement de la pension alimentaire des enfants, que j’avais interrompu lors de mon entrée à la fac.

Je reçus la visite de Guilaine, Julien, et plus tard Corine.

Au salon de l’auto, je fis l’acquisition d’une Renault 5 d’occasion qui nous permettra de visiter les environs de Paris, jusqu’aux châteaux de la Loire.

Les frères Sitbon, juifs tunisiens, fils d’un chauffeur de taxi, et étaient certes de bons commerçants mais leur culture générale avoisinait le zéro.

Un jour que le journal 01 informatique titrait « les neurones attaquent », faisant référence à une nouvelle technologie, Gilles entra en trombe dans le bureau d’Hervé en hurlant, « Hervé, regarde, les neuronesses y zattaquent ! ».

Une autre fois Gilles devait faire une déclaration d’accident au cours duquel il s’était cassé une dent. Il vint me voir et me demanda « Jean Paul, comment ça s’appelle ces dents  là devant ? –des incisives, Gilles, – oh tu sais pour moi tout ça c’est des chicots ».

J’avais signé un contrat aux ciments français qui avaient installé leur siège dans une carrière désaffectée somptueusement aménagée. J’en fis part à Gilles qui alla trouver son frère et lui dit fièrement «  tu sais où ils sont les ciments français ?   Dans une carrière désinfectée ! »

Il y avait une joyeuse ambiance dans cette boite.

J’avais un collègue commercial, Ahmed   Baktaoui, que les frères avaient rebaptisé Alain, plus « gaulois » pour les clients. Rachid devint ainsi Richard et Karim,  Eric , sans vergogne aucune.

Ahmed, plus expérimenté que moi, m’initia aux déjeuners clients, que je devais pratiquer assidûment. Les meilleures tables de Paris n’eurent bientôt plus de secret pour moi.

Je fis l’acquisition de magnifiques costumes et cravates.
Gilles surtout m’aimait bien, il m’emmenait partout. Il disait souvent « Jean-Paul rassure »

Bref, tout allait bien. Impressionné par le succès des frères, j’ai envisagé de créer ma boite, mais échaudé par mes précédentes expériences, j’y renonçais, heureusement.. De toutes façons je n’étais pas prêt. On verrait bien, plus tard…

Je profitais bien de mon argent, Nous nous offrîmes de nombreux week-ends à Deauville, au Touquet, à Amsterdam,je visitais les châteaux de la Loire, Chambord, Chenonceau, Amboise.

Je fis mon premier voyage en Afrique, depuis le temps que j’en rêvais ! J’allais tremper mes fesses dans le lac rose, au Sénégal, pour tester l’extraordinaire portance de l’eau, qui n’est pas une légende. Au sortir de l’eau nous eûmes droit au  rinçage à l’eau douce par le « directeur de la source ».

Je louais un 4×4 et nous embarquâmes avec nous un couple de vacanciers pour une virée à Dakar où nous fûmes ennuyés par un petit groupe dont le chef voulait absolument me faire un cadeau et exigeait le sien en retour. Nous réussîmes à nous en dépêtrer et prîmes le chemin du retour à travers les baobabs et leurs chèvres qui broutaient dans les arbres.

Ce fut le seul voyage  important que je fis avec Pascale.

Une collègue commerciale avait démissionné et s’était faite embaucher dans une autre SSII, Prestor. Son directeur commercial, à qui elle avait parlé de moi, m’invita à déjeuner et me fit une proposition alléchante. Je démissionnais donc et rejoignis mon nouveau bureau , rue Paradis. Cette société avait connu des difficultés et devait se ressaisir. J’ouvris de nouveaux clients. Je percevais alors de très confortables salaires mais je compris vite d’où venait le problème. La patronne, Catherine, une juive elle aussi, était une sorte de cougar qui adorait les petits jeunes. A son livreur de fleurs elle avait acheté une somptueuse boutique dans le XVI ème arrondissement et elle envisageait d’épouser un de ses anciens commerciaux. Mariage pour lequel elle avait prévu une descente des Champs Elysées en carrosse. Tout cela, malgré d’incontestables qualités commerciales nuisait à la bonne marche de la boite, qui se retrouva bien vite en difficultés et elle dut la céder à Philippe Dunoyer de Ségonzac, patron du groupe Lincoln, basé près des Champs Elysées. Il ne lui resta qu’une maison à Barbizon du temps de sa splendeur.

Me voilà donc sur les Champs. Grâce à un collègue je m’améliorais grandement dans l’utilisation d’un micro-ordinateur et je vécus quelques temps dans une ambiance mitigée. Le nouveau patron s’occupait peu de sa dernière acquisition. Il était manifestement plus intéressé par sa « nièce » qu’il emmenait souvent au Georges V, palace du quartier. Catherine passait de temps en temps pour nous faire partager ses délires. Elle avait obtenu un rendez-vous avec son ancien commercial qu’elle avait eu l’intention d’épouser et nous dit  « je vais enfin savoir ce qu’il vaut au lit. » Ah bon,  ça n’avait donc toujours pas eu lieu. Nous apprîmes que ce garçon était en couple et heureux de l’être. En fait il n’en voulait  qu’à son argent. La vie de cougar n’est pas drôle tous les jours.

Pendant cette période j’avais « ouvert » un nouveau « compte », la CDC, Caisse des dépôts et Consignations auprès de qui j’avais « placé »deux prestataires.

La collègue qui m’avait fait rentrer chez Prestor me dit un jour qu’elle avait refusé l’offre d’une grosse boite basée à Issy les Moulineaux, DATAID.

 

La division finances recherchait en effet un ingénieur commercial. C’était le titre un peu ronflant des commerciaux dans cette profession.

J’obtins un rendez-vous avec la DRH à qui je fis part de mon expérience réussie dans le domaine bancaire (J’avais travaillé avec la BNP, la banque San Paolo, Sofinco et surtout la CDC)

Je fus engagé par le directeur, Claude Wolf, avec un salaire fixe très correct et des perspectives de variable intéressantes.

J’appris beaucoup chez Dataid, qui était une grosse société bien structurée. Le patron, juif comme beaucoup d’autres dirigeants dans cette profession, s’appelait Pierre Benhamou. C’était un homme courtois qui ne manquait jamais de saluer tout le monde, y compris la femme de ménage.

Un de mes premiers succès fût de rapatrier mes deux collaborateurs de la CDC avec leurs contrats, après moult négociations avec le service juridique, opposé au détournement de collaborateurs de sociétés concurrentes.

Cependant cela se fit et me permit de développer mon activité à la CDC.

Ma réputation commençait à s’établir dans la boite. Le directeur des ressources techniques, Pierre Hurpy, s’occupait du suivi du compte BNP en plus de son activité et il souhaitait s’en dégager.

Tout naturellement il pensa à moi et je fus présenté aux  chefs de services de cette banque.

Mon activité connut un franc succès et mon chiffre d’affaires s’accrut si bien que je devins le premier fournisseur de la BNP, dans laquelle j’ai même failli avoir un bureau.

Mon activité s’accrut si bien que je gagnais bientôt de nombreux forfaits, prestations complexes,comprenant un cahier des charges remis par le client, une réponse dite proposition technique et financière et la mise en oeuvre d’une équipe de prestataires sous la responsabilité d’un chef de projet.

Je remportais le forfait pour la gestion des assemblées générales d’actionnaires, un gros projet mettant en œuvre plusieurs micro-ordinateurs, des lecteurs de codes barres, et une petite armée d’hôtesses. Projet sensible aussi car la bonne organisation de l’assemblée est garante de la bonne image de la banque.

Ce jour là je vis pour la première fois une femme verte, la responsable du projet côté BNP quand nous avons lancé le processus de lecture des résultats. Mais Dieu, ou un saint influent veillait sur nous et tout a bien fonctionné. Ma réputation fit le tour de la banque.

Je gagnais ensuite, grâce à cette prestation réussie, le plus gros forfait lancé par la BNP en ces années, Panorama, un outil de gestion de patrimoine qui nécessita la mise en place  de 6 équipes avec 6 chefs de projet, affaire énorme donc qui fit exploser mes résultats et me rapporta beaucoup d’argent.

Tout allait bien donc côté professionnel mais moins bien côté sentimental.

Pourtant j’avais voulu rassurer Pascale en lui proposant de l’épouser, ce qu’elle accepta avec plaisir. Nous fîmes un beau mariage en 1991 pour lequel nous avions invité sa famille et deux amis à moi, mon ancien collègue Ahmed et mon ami d’enfance Serge.

Ma fille Guilaine me reprochera plus tard avec raison de ne pas l’avoir invitée, mais Pascale n’ayant pas d’enfant, je décidais ne pas inviter les miens pour conserver l’équilibre des situations. Cette journée devait rester une fête pour elle et je ne voulais pas prendre de risque. J’invitais tout le monde au château de Dampierre dans la vallée de Chevreuse. Ce fut une belle journée.

Tout se passa bien pendant les mois qui suivirent.

Pascale avait réussi un concours interne à la poste et elle fût nommée conseiller financier dans un bureau du XVI éme arrondissement. Le receveur lui fit une cour assidue et un jour je me rendis compte qu’elle entretenait une liaison avec lui. Je fis bien entendu une grosse colère et la mis à la porte. Elle alla s’installer chez son bellâtre qui avait quitté sa femme.

Nous entreprîmes bien sûr une procédure de divorce qui aboutit rapidement, n’ayant pas d’enfants. Nous ne fûmes mariés q’un an. Je restais néanmoins en contact avec elle et j’appris un jour qu’elle était enceinte. Quelques mois plus tard nous nous vîmes pour régler les détails de notre dernière déclaration d’impôts commune. Je lui souhaitais bonne chance pour la dernière ligne droite avant l’accouchement.

Un matin de bonne heure, le téléphone sonna. C’était la tante Jeannot de Rennes. Elle m’apprit que Pascale était décédée. Un cancer foudroyant du pancréas avait provoqué une grosse hémorragie qui l’avait emportée.

Je me retrouvais donc célibataire, quasi veuf.

 

Divorcé deux fois, avec trois enfants, je pensais avoir des difficultés pour trouver une nouvelle compagne. Ce ne fut pas le cas. Grâce au minitel, ancêtre d’Internet, je fis bientôt la connaissance de Brigitte, professeur de musique divorcée avec deux petites filles, avec qui j’aurai une relation de quelques années. Julien l’aimait beaucoup.

Nous nous sommes offert un voyage en Tunisie, le pays de ma petite enfance, que j’avais très envie de revoir.

A Menzel Bourguiba je visitais avec émotion l’hôpital de ma naissance. Sur la route de Bizerte je retrouvais le Camp Fourquet, où j’avais vécu enfant. Il était occupé par l’armée tunisienne. Nous visitâmes Hammamet, Sidi Bou Saïd, le mausolée de Bourguiba à Monastir dans lequel il ne pénétrera que le 6 avril 2000.  Nous visitâmes le somptueux musée du Bardo à Tunis, mondialement célèbre pour ses mosaïques romaines et paléochrétiennes. Nous vîmes aussi le grandiose amphithéâtre romain d’El Jem, le mieux conservé d’Afrique du nord. Nous poussâmes vers le sud jusqu’à Matmata pour visiter les célèbres habitations troglodytes.

 

 

En 1994 je fis la connaissance de Joëlle, dont le fils militait pour la candidature de Jacques  Chirac à l’élection présidentielle de 1995. Ce que je ne pouvais pas comprendre. Pour moi qui avais toujours voté à gauche, un homme de droite ne pouvait pas séduire un jeune. Il avait pourtant réussi avec son fameux slogan sur la fracture sociale. Avec Joëlle j’allais à Naples pour un réveillon du nouvel an agité. Toute la soirée et toute la nuit, les Napolitains  font péter d’énormes et nombreux pétards qui dégagent une épaisse fumée âcre. Ce sera l’occasion de visiter les magnifiques ruines de Pompeï, détruite par l’éruption du Vésuve du 24 août 79. Le temple d’Apollon, la maison des Vetii, la maison du faune, la villa des mystères et autres merveilles nous ont occupé une grosse journée.

Je gagnais un concours chez Dataid et nous nous envolâmes tous frais payés pour Marrakech, la perle du sud, au pied de l’Atlas marocain. Nous fûmes charmés par la place DJemaa el Fnaa, les merveilleux riads qui  abritent de superbes restaurants autour d’une piscine, les toits terrasses sur lesquels nous prenions l’apéritif, le magnifique jardin Majorelle, le souk,ainsi que par la virée en 4X4 dans un village de l’Atlas par des routes escarpées.

J’emmènerai aussi Joëlle à Venise, ville célèbre pour ses canaux, sa place Saint Marc et son palais des Doges. C’est vraiment un endroit sympa, entièrement piétonnier où les bus et les taxis sont des bateaux.

Nous fîmes aussi un séjour en Corse prés d’Ajaccio où je reviendrai l’année suivante avec Guilaine et Julien qui se sont éclatés ; initiation à la plongée et parapente   furent au programme.

J’avais abandonné mon ancien appartement pour un immeuble récent en zone piétonne, près de la mairie et du marché.

Julien vint faire un stage chez Dataid quand il était en 3ème, auprès de l’inénarrable Martine Canaque. Il eut un accrochage bête avec Joëlle qui fut à l’origine de notre séparation quelques semaines plus tard.

 

Je fis alors la connaissance de Florence, une gentille guadeloupéenne qui avait deux petites filles,puis de Marie-José, professeur de français avec qui je m’entendais bien.

Au cours d’une soirée chez une amie, je ferai la  connaissance de sa cousine Cécile, DRH chez Renault, avec qui j’aurai une petite histoire.

Je ferai avec elle mon premier voyage aux Antilles et je découvrirai à cette occasion la Guadeloupe, ses plages, sa forêt luxuriante et le célèbre volcan de la soufrière.

Nous fîmes la traversée en bateau pour la charmante île des Saintes

Avec Cécile, mon ami Serge, sa femme Carmen et sa fille Estelle, nous louâmes une maison de vacances dans le sud de la France, au lac de saint Cassien. Guilaine et Julien se joignirent à nous.

Je faillis noyer Julien en faisant la traversée du lac en voilier, que je ne maîtrisais pas très bien. Il avait peur de tomber à l’eau dans ce lac réputé pour abriter les plus gros poissons d’eau douce du monde, les silures, redoutables carnassiers aux dents acérées.

Nous fîmes une mémorable partie de pêche au cours de laquelle Serge perdit tous nos poissons au cours d’une manœuvre douteuse de notre petite embarcation.

Ce fût aussi l’occasion de « déguster » un fameux tiramisu fièrement préparé par Carmen, la femme de Serge. En goûtant la première bouchée, Cécile s’exclama : « c’est la première fois que je mange un gâteau qui sent des pieds ! Carmen s’était simplement trompée de mascarpone en utilisant du bleu au lieu du blanc. Pas très bon donc !

J’avais une bande d’amis à Issy les Moulineaux. Nous nous réunissions souvent dans la station Shell de l’un d’eux, Ange.

Ils étaient allés ensemble en Thaïlande où ils s’étaient liés d’amitié avec un jeune organisateur de voyages, Sha.

Une année ils envisageaient d’y retourner et me proposèrent de faire partie du voyage.

J’avais très envie de connaître l’Asie et acceptais avec plaisir.

Partis en bœing 747 d’air thaï de Roissy nous atterrissons une douzaine d’heures plus tard à Bangkok.

Accueillis par Sha et Jumbo, un chinois massif, le chauffeur du minibus, nous élaborons le programme du séjour.

Bangkok pour commencer, qui ne manque pas d’attraits.

C’est une ville de 18 millions d’habitants située à 2 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui explique les fréquentes inondations. Elle est sillonnée de nombreux canaux qui l’ont faite surnommer Venise de l’Asie.

Nous visitons LeVinanmek, l’ancien palais royal devenu musée, le plus grand bâtiment en teck doré au monde etle wat Arun ou temple de l’aube, au bord du fleuve, qui a la forme d’un prang de style khmer, haut de 85 mètres,ainsi que de nombreux autres temples.

 

Bangkok a deux réputations. D’abord sa vie nocturne avec ses bars et ses « go-go girls » (notamment à Patpong) tandis que l’autre attraction est celle des marchés flottants, où les petites barques en teck servent à la fois de moyen de locomotion et d’étal. Ce sont généralement les femmes, coiffées d’un chapeau de paille pour se protéger du soleil, qui vendent les produits de l’arrière-pays aux acheteurs qui se pressent.

On y trouve aussi de nombreux centres commerciaux avec leurs pittoresques restaurants en self service qui servent toutes sortes de spécialités locales. La salade de papaye, vraiment très épicée, les boulettes farcies, le satay (différentes viandes marinées et grillées), les nouilles de riz frites et croquantes servies avec une sauce douce et épicée, et le rouleau de printemps.
La sauce des salades thaïes, appelées « yam« , est à la fois aigre, douce, et salée.
Pour la viande, les fruits de mer, les légumes et les salades à base de fruits, l’assaisonnement est préparé avec de la sauce de poissons, du jus de citron vert, et un soupçon de sucre.
Le piquant vient du petit piment oiseau..

La Thaïlande est également réputée pour ses salons de massage.

Le massage dit médical est très sérieux. Après avoir choisi la masseuse, celle-ci vous installe sur un mince matelas pour vous prodiguer toutes sortes de pressions et d’étirements avant de vous servir une bière fraiche.

Le massage dit « amical » est quand à lui bien moins sérieux, pratiqué dans de grands établissements avec un restaurant où les thaïs viennent parfois en couple.

Sur des gradins derrière une vitre, les masseuses qui sont proposées aux clients arborent un badge avec leur numéro.

Une fois la masseuse choisie et la prestation payée à la caisse, elle vous emmène à l’arrière dans une petite pièce au sol carrelé au centre de laquelle se trouve un matelas à eau.

Le client et la masseuse se déshabillent. La masseuse asperge alors généreusement le matelas d’eau savonneuse et pratique sur le client béat  un délicieux massage de tout son corps, c’est le fameux body body.

Dans un angle de la pièce se trouve un matelas pour le client qui désire à la fin un rapport plus intime, compris dans le prix.

J’irai deux fois en Thaïlande avec mes amis. Je visiterai ce pays du nord au sud.

Nous sommes allés à Pattaya, importante station balnéaire au sud de Bangkok Le centre de la ville est le siège d’une activité frénétique, due notamment à ses nombreux bars qui proposent toutes sortes de jeux, ainsi que les inévitables « go-go girls »

Mais nous avions envie d’un peu de calme et Sha nous dénicha une petite hôtellerie au confort sommaire sur une île, déserte dès la tombée du jour. Ce fut l’époque des nuits mystérieuses sur la plage abandonnée. Nous dégustions nos fruits de mer, crabes et gambas au son des singes s’agitant dans les arbres.

Nous sommes allés à Chiang Maï, la rose du nord, pour les réjouissances de la fête de l’eau lors du nouvel an bouddhiste.

Ces fêtes durent plus d’une semaine dans une joyeuse ambiance où tout le monde s’asperge. Sha nous avait loué pour l’occasion un pick up équipé de tonneaux  et de pompes. Juchés sur la plate forme, nous aspergions à qui mieux mieux tout ce qui passait à notre portée.

Située au cœur d’un massif montagneux,  Chiang Maï est également connue pour ses troupeaux d’éléphants en semi liberté. J’eus le bonheur de faire une promenade sur le dos de l’un de ces pachydermes, et ainsi apprécier son pas très sûr le long des chemins escarpés.

Puis nous avons embarqué dans le minibus pour une longue route vers Phuket, dans le sud, où nous avons essuyé une grosse pluie de mousson.

Nous fîmes une excursion en bateau sur la merveilleuse île de sable blanc Phi Phi Island

Phuket sera dévastée par le tsunami du 26 décembre 2004

Nous avons aussi passé une soirée au fameux pont de la rivière Kwai, immortalisé par le film culte de David Lean.

Nous y avons assisté à un feu d’artifice évoquant l’explosion du pont.

Aujourd’hui un petit train permet de parcourir 77 km sur l’ancienne voie à travers une végétation luxuriante.

A 80 km de Bangkok, nous avons visité l’ancienne capitale du royaume de Siam, Ayuthaya, où l’on peut voir de magnifiques temples khmers.

Avant de rentrer en France, nous faisions une large provision de beaux tee-shirts de contrefaçon et de montres. A ma grande surprise tout cela était de bonne qualité.

Tout allait donc pour le mieux.

C’est alors que se produisit un évènement inattendu.

Pierre Benhamou, le PDG de Dataid, avait mis la société en vente.

Elle fût cédée à une filiale du géant américain AT&T et prit le nom d’AT&T Istel.

Commença alors une période de turbulences.

D’abord nous vîmes débarquer les «pieds nickelés », trois individus à la réputation sulfureuse de liquidateurs sans scrupules. Ils occupaient les postes clés.

Une de leurs premières décisions fût d’obtenir pour la nouvelle société la certification qualité ISO 9000, ce qui eut des conséquences désastreuses. Il devenait impossible de vendre les prestations sans harceler les clients de procédures complexes et  incompréhensibles, peu adaptées à notre métier, et aussi d’émettre les factures pour les prestations qui ne respectaient pas le process.

La société fut aussi sommée de prendre le virage « Internet » et à cette occasion nous fûmes tous réunis à Nice pour une grand messe où on nous fît chanter à tue tête « We are AT and T, a big and happy family ! »

Il y eut peu de conséquences heureuses de ce changement d’actionnaire.

Je m’accrochais avec un supérieur qui me demandait de vendre des prestations pour lesquelles je n’avais aucune compétence et comme l’ambiance était plutôt à la  réduction d’effectifs, je fus rapidement licencié.

Néanmoins je me débattis comme un lion, faisant l’admiration de nombreux collègues. Je fus certes licencié mais avec une très confortable indemnité transactionnelle que je mis  à l’abri à la banque.

C’est à ce moment que j’entamais une relation avec Patricia, une des anciennes secrétaires de mon service. Elle était récemment divorcée et avait deux jeunes enfants.

Je n’étais pas dans la misère car je percevais une confortable indemnité de chômage, mais il fallait penser à retrouver un emploi.

Sur le marché d’Issy je rencontrais un jour mes anciens patrons, les frères Sitbon. Ils me proposèrent de venir travailler avec eux pour les faire profiter de mon expérience, mais en qualité de consultant indépendant.

J’avais entendu parler des sociétés de portage salarial, qui transforment les revenus des travailleurs indépendants en salaire et contactais la plus connue, Valor.

J’étais indépendant, mais avec un statut de salarié et pouvais donc prendre mon nouveau poste chez Sitinfo.

J’étais une sorte de directeur commercial, et fus chargé de mettre en œuvre le plan qualité de l’entreprise, process alors très en vogue. J’évitais les erreurs que j’avais pu observer chez AT&T et mis en place un plan qualité sur mesures bien adapté à l’entreprise.

Les frères me confièrent alors une mission particulièrement intéressante.

Il s’agissait de prendre en charge le  magasine trimestriel de l’entreprise, qui s’était magnifiquement développée depuis que je l’avais quittée 6 ans auparavant.

Je pris un énorme plaisir à ce travail de rédacteur en chef, qui nécessitait des qualités d’enquêteur, d’interviewer et de rédacteur.

Je m’étais équipé d’un ordinateur DELL, d’une imprimante et d’un scanner, et j’avais de nombreuses réunions avec l’imprimeur pour la mise en page.

Je réalisais quatre numéros pour la rédaction desquels je pris un immense plaisir. Ce fut  l’occasion de découvrir d’autres entreprises, parmi lesquelles Etam et Ray Ban.

J’avais pris goût au travail d’indépendant mais j’hésitais toujours à créer une véritable entreprise, conscient de mes lacunes en matière de gestion qui m’avaient déjà joué des tours.

Nous fîmes, avec Patricia, un beau voyage en Chine, organisé par La Maison de la Chine, qui me ravit. A Pékin, nous visitâmes la cité interdite.  C’est un ensemble très impressionnant donnant sur la majestueuse place Tian’ anmen.

Cet ancien palais impérial s’étend sur une superficie de 72 ha. C’est aujourd’hui un musée.

Au sud de la ville, le temple du ciel doit son origine au fait que l’empereur était « le fils du ciel ». C’est un ensemble de temples aux formes de rotondes.

Au nord de Pékin, la grande muraille est le plus important ensemble architectural jamais construit par l’homme.

Ce fut aussi l’occasion de déguster le véritable canard laqué. C’est un canard gras à la peau croustillante découpé de façon théâtrale, servi avec des petites crêpes et des cébettes.

Nous allâmes ensuite à Shanghai, la ville la plus importante de Chine, avec plus de vingt millions d’habitants

Une promenade sur le Bund, la visite d’un célèbre jardin et de la grande  pagode, précédèrent un repas  dans le plus extraordinaire restaurant que j’aie jamais vu. Les plats sont présentés vivants, eh oui ! Putois, tortues, serpents attendent dans des cages que le client vienne faire son choix, et sont aussitôt préparés.

Nous prîmes ensuite l’avion pour Xian, où le site le plus extraordinaire à visiter est le mausolée de l’empereur Qin,  célèbre pour son armée enterrée composée de 6 000 guerriers et chevaux en terre cuite de grandeur nature. Vieille de 2 000 ans, elle ne fut découverte qu’en 1974 par des paysans alors qu’ils construisaient un puits.

Nous partons ensuite pour Guilin pour la traditionnelle descente de la rivière Li, qui serpente au milieu de merveilleux paysages de karst, qui ont tant inspiré les artistes chinois.

A Canton nous visitons un marché extraordinaire. Il faut savoir que pour les cantonais, qui ont longtemps vécu dans la misère, « tout ce qui a quatre pattes se mange, sauf les tables ». Toutes sortes de produits étaient présentés sur ce marché très animé. Les inévitables serpents,des chiens,des chats, des tortues, des blattes, des bottes de mille-pattes géants séchés. Nous avons même vu des vendeurs de scorpions qui présentaient leur marchandise dans des bassines en plastique orange. Les ménagères faisaient leur choix en saisissant les petites bêtes avec des baguettes et en leur examinant surtout le ventre pour juger de leurs qualités.. Le scorpion fait partie de la pharmacopée chinoise qui lui attribue de nombreux mérites.

Un beau voyage donc qui se termina par une journée à Hong Kong.

 

L’année suivante nous nous envolerons pour le Sri Lanka.

La population de cette île est répartie entre les cingalais et les tamouls, qui à ce moment s’affrontaient violemment. La  plus grande ville et ancienne capitale Colombo était truffée de militaires et de nombreux points de contrôle protégés par des sacs de sable. Cela ne nous empêchera pas de nous promener dans les rues de la ville.

Nous allâmes jusqu’à Kandy, dans la montagne, pour visiter le célèbre temple de la dent de Bouddha et une plantation de thé.

Kandy s’enorgueillit de posséder un exceptionnel jardin botanique où nous eûmes la chance d’assister à l’envol spectaculaire d’un groupe important de vampires, énormes chauves-souris.

Le dernier voyage que je fis avec Patricia nous emmena à l’île de la Réunion.

Cette île merveilleuse culmine à 3 071 mètres d’altitude au sommet du piton des neiges et abrite par ailleurs l’un des volcans les plus actifs de la planète : le piton de la fournaise, environnement minéral lunaire garanti.

J’ai été particulièrement impressionné par les spectaculaires cirques de Mafate, Cilaos  et Salazie, d’accès difficile. Mafate, le plus sauvage, n’est accessible qu’à pied ou en hélicoptère.

Nous ferons d’ailleurs un spectaculaire survol de l’île en hélicoptère.

Il y a peu de plages à la Réunion et nous prîmes un avion pour sa voisine l’île Maurice qui abrite de splendides lagons.

Nous nous sommes malheureusement querellés pendant ce beau voyage, et nous nous séparâmes une fois rentrés à Paris.

 

 

 

 

 

4est alors que je contactais  l’agence pour l’emploi des cadres : l’APEC, dans le but de trouver une formation en gestion.

Grâce à mon Bac +3 et à mon expérience professionnelle, je fus admis à la prestigieuse université de Paris Dauphine pour un troisième cycle d’études.

Cette université est leader en Europe dans les domaines du management et de la gestion.

J’intégrais le cursus « Economie et Stratégie d’Entreprise », dans le cadre de son programme de formation continue.

Me voici pour la troisième fois sur les bancs de l’université. Je me familiarisais donc avec la lecture des bilans, l’analyse financière et l’utilisation des outils informatiques, comme Internet, Excel et PowerPoint.  Ainsi qu’avec les bonnes pratiques pour la création d’une entreprise.

La formation d’un an se terminait par un stage. Je contactais un de mes anciens collègues de chez AT&T qui avait créé son entreprise pour lui proposer une analyse financière gratuite, ce qu’il accepta.

Mais auparavant je décidais avec Julien d’aller voir Guilaine aux états unis, où elle était jeune fille au pair.

Quelques années plus tôt j’étais allé la voir en Allemagne avec Joëlle.

Cette fois nous nous envolons pour Boston, découvrir le nouveau monde.

J’avais loué une Chevrolet Malibu. Nous trouvâmes Guilaine dans sa fantasque famille américaine, où tout le monde semblait un peu chtardé, y compris les deux chiens, sous Prosac, qui passaient leurs journées enfermés dans des cages au milieu de la salle de séjour.

Nous partîmes en expédition avec la Chevrolet pour voir d’abord les fameuses chutes du Niagara, dont je découvris avec surprise qu’elles sont situées en pleine ville. Grandiose quand même.

Nous fîmes un tour au canada, à Montréal, avant de ramener Guilaine à Boston et de partir en voiture avec Julien pour New York, visiter Central parc, Broadway, little italy et la statue de la liberté, où nous avons retrouvé les traces du passage des Dominici qui avaient émigré aux Etats-Unis.

Nous sommes  montés au sommet de l’empire state building, où nous avons rencontré un couple de jeunes américains avec qui nous avons passé un bon moment..

Ce fut une  sympathique virée, pendant laquelle j’imitais Omer Simpson en avalant force donuts.

A mon retour j’allais faire mon stage chez mon ancien collègue Robert Cohen.

Je fus surpris de découvrir une société prospère, avec une bonne clientèle, un petit service commercial efficace. Je fis donc mon travail que je présentais à Dauphine.

J’étais maintenant adoubé par la prestigieuse université.

Je persuadais Robert de m’embaucher afin de créer une nouvelle activité spécialisée dans les gros logiciels de gestion que l’on appelait ERP pour Enterprise Ressources Planning. J’encadrais aussi les commerciaux que je présentais à mes anciens clients.

Robert était un garçon bizarre, petit homme chauve et agité qui souffrait d’une haleine de chacal. Son rêve avait été d’être présentateur météo.

Il m’obsédait avec ses fantasmagories permanentes au point que j’avais commencé à écrire une petite nouvelle intitulée : « Tout sur Robert ».

Un jour il m’expliqua que les gens ne savaient pas conduire ; pour tourner à gauche ils roulaient sur la file de gauche, alors que lui, « bon conducteur » serrait sur sa droite pour tourner à gauche au dernier moment, klaxonné par tous ces « connards qui n’y comprennent rien à la bonne conduite ! ».

C’est à cette époque, au mariage de mon frère André, que je devins intime avec Elisabeth, la meilleure amie de ma soeur.

Je ferai avec elle un beau voyage en Grèce  au cours duquel nous séjournâmes sur plusieurs îles des Cyclades,baignées par la mer Egée, Mykonos, très jolie avec ses petites maisons blanches et bleues,fréquentée surtout par de pittoresques couples d’homosexuels. Nous vîmes aussi Andros, la plus verdoyante des Cyclades, et Délos.

Au moment où j’écris ces lignes, soit février 2012, la société Logiway existe toujours et se porte bien. Le bougre s’en est bien tiré, comme quoi on peut être très bizarre et réussir dans la vie.

Je fis mon travail au mieux, et surtout je développais une base de données clients sur le modèle de celle des frères Sitbon.

Mais les accrochages avec Robert étaient nombreux et il finit logiquement par me licencier en évoquant que la société n’avait plus les moyens de payer mon salaire, ce qui était faux bien sûr. Il serait plus juste de parler d’incompatibilité d’humeur.

Il me versa une bonne indemnité.

Les frères Sitbon avaient fini par vendre Sitinfo à un groupe anglais comme c’était la mode à l’époque. Mais Gilles s’ennuyait dans sa luxueuse villa de La Varenne, et il avait créé une autre société : Feel Europe Telecom. Il recherchait un directeur des ressources humaines pour faire face au principal problème qui se posait à l’époque, trouver des salariés compétents.

Je fus rapidement embauché, pour la troisième fois, par Gilles Sitbon.

Il s’était installé dans le même immeuble de bureaux où je l’avais connu en 1989, rue du Helder, près de la place de l’opéra, un des plus beaux quartiers de Paris.

Tout le monde se souvient où il était le 11 septembre 1991, moi j’étais là quand a eu lieu l’incroyable attentat qui vit les tours jumelles du World Trade Center de New York percutées par deux boeings, s’effondrer et faire des milliers de morts, ce qui déclenchera une guerre en Irak et en Afghanistan qui dure encore aujourd’hui.

Je passerai quelques mois agréables chez Feel Europe. J’avais un salaire correct, une voiture de fonction…

Cette année là, le 22 mars, naquit mon premier petit-fils, Matthias, que j’allais voir à Lons le saunier, où vivaient ses parents, instituteurs tous les deux.

Quelques années plus tard ils viendront tous les trois à Paris. Nous irons à Disneyland où Matthias sera très impressionné par « « le vrai dragon ! » aux yeux rouges menaçants du château de la belle au bois dormant.

Depuis ma formation à Dauphine, l’envie de créer ma propre entreprise me chatouillait.

Je négociais avec Gilles un départ sous la forme d’un licenciement, en lui faisant part de mes intentions.

Il accepta et j’allais m’inscrire à l’agence pour l’emploi, première étape de mon plan.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IX  2iDS

 

fin 2001, j’allais donc me lancer pour la troisième fois de ma vie dans la grande aventure de la création d’entreprise. Ce n’était pas l’argent qui m’intéressait. J’avais surtout envie de me lancer un défit personnel : Créer une entreprise qui fonctionne, après plusieurs demi-échecs.

 

A ma grande surprise, Julien, qui ne voulait pas entendre parler de Paris jusque là m’a un jour téléphoné pour me dire qu’il avait trouvé un emploi par Internet près de chez moi. Il en avait eu marre de glander sur Avignon et avait posé sa candidature par internet. Il fut donc convoqué pour un entretien d’embauche dans une société de support  informatique spécialisée sur matériel HP, Windows… Il avait un goût certain pour ce métier. Un monde que je connaissais peu,  la micro-informatique. J’avais surtout travaillé sur les environnements grands systèmes.

Il fut embauché et vint s’installer chez moi jusqu’à ce que, grâce à une amie qui travaillait dans une société de HLM nous lui trouvions un appartement sympa à Saint Maurice. Je lui fis un petit prêt pour financer son installation et m’attelais à mon grand œuvre, la création de ma société, que je décidais d’appeler 2IDS.

2i pour ssii, D pour Dominici et S pour Sans Domenech, le collègue informaticien de chez Logiway qui avait accepté de s’embarquer avec moi dans l’aventure.

J’avais beaucoup appris à Dauphine et contactais une structure de la chambre de commerce spécialisée dans la création d’entreprise afin d’avoir le maximum d’assistance.

J’étais au chômage donc j’avais droit à certains avantages,  entre autres un chéquier « services » qui me permettrait de me faire aider par des professionnels compétents, et surtout, mes allocations de chômage seraient maintenues pendant les premiers mois d’activité, ce qui était confortable.

Je réalisais d’abord un business plan pour le présenter à ma banque et obtenir le petit financement de démarrage.

Grâce à la structure de la chambre de commerce je rencontrais un expert comptable qui acceptait les fameux chèques dont je disposais.

Séduit par mon projet, il accepta de s’occuper de moi et monta les statuts de la société à moindres frais. Ce serait bien sûr une SARL, société à responsabilité limitée. Je puisais le capital de 7500 euros dans mes réserves.

J’inscrivis Guilaine et Julien comme actionnaires, ainsi  bien sûr que mon collègue Emmanuel.

La loi permettait alors de domicilier une jeune entreprise à son domicile personnel. C’est ce que je fis. J’envoyais une lettre recommandée à ma propriétaire pour l’informer et je collais fièrement le nom de 2ids sur ma boite aux lettres en dessous du mien.

Je me fis aider par Julien pour créer le logo, ce qu’il fit avec plaisir.

J’avais conservé une copie de la base de données clients que j’avais créée chez Logiway, et à partir de celle-ci créais ma propre base.

J’avais un bon ordinateur, un téléphone, j’étais donc prêt à démarrer.

J’achetais un nom de domaine et Julien réalisa le premier site Internet de la société.

Il ne manquait plus que les premiers salariés.

J’avais de bons contacts pour Emmanuel, qui avait une spécialité prisée, les machines à traitement de chèques.

Je contactais donc un prospect spécialisé dans ce domaine et signais mon premier contrat. Emmanuel serait donc le premier salarié de  2IDS.

Ce fut Julien qui fournit les salariés suivants en faisant une offre à quelques collègues de sa boite spécialisés en environnement Windows. L’activité de la société était donc trouvée, ce serait le support sur micro-ordinateur auprès des grandes sociétés, métier en fort développement à cette époque.

C’est donc dans mon appartement que je reçus mon premier candidat, le jeune Julien, un collègue de mon fils.

Je réalisais mon premier mailing en envoyant son Cv avec un courrier d’accompagnement à tous les services informatiques présents dans ma toute nouvelle base de données.

Je reçus un jour un appel téléphonique de la société BP, qui se montrait intéressée. Nous prîmes donc le RER pour aller présenter Julien au responsable. Sa candidature fut acceptée et je signais avec jubilation mon deuxième contrat.

J’avais fabriqué tous les documents nécessaires : contrats, fiches de présence, factures, grâce à mon expérience et la connaissance que j’avais acquise dans l’utilisation du tableur Excel. Mon expert comptable avait monté les contrats de travail, selon les toutes nouvelles normes des 35 heures.

La société avait démarré, il me fallait maintenant trouver de vrais   locaux professionnels.

J’avais retenu la règle de bon sens, mais trop souvent oubliée : Les ressources d’une entreprise doivent être supérieures à ses dépenses.

J’avais des ressources réduites, il fallait donc que les dépenses le fussent aussi.

 

Mon comptable, qui disposait d’un bon réseau, me présenta au responsable de la pépinière de Saint Cloud, près d’Issy les Moulineaux. Il accepta ma candidature et j’intégrais rapidement la structure.

La pépinière d’entreprise est une invention merveilleuse. Gérée par une association para municipale, elle  offre au créateur d’entreprise des locaux à bas prix, tout équipés, le matériel de base : photocopieuse, fax, machine à affranchir, ainsi que des salles de réunions. La pépinière était située près du tramway, donc d’accès facile. Un grand parking à proximité complétait les éléments de confort. De plus, elle était située près du centre ville, donc proche de tous les commerces.

J’installais 2iDS dans un petit bureau où j’apportais deux tréteaux et une porte de l’armoire de ma chambre, sur laquelle j’installais mon ordinateur, et dont je fis mon premier bureau ; économies toujours…

C’est là qu’un jour je reçus la représentante d’une école qui formait des secrétaires de direction. Elle me présenta une jeune fille candidate à une formation en alternance, pas chère donc, et qui me fit très bonne impression. C’est ainsi que j’embauchais ma secrétaire, Adélaïde. L’effectif de la société a vite augmenté. D’autres collègues de Julien furent embauchés, avant que lui-même décide de rejoindre la société. Je m’étais abonné à un site de recrutement spécialisé qui me permit de varier mes embauches. J’embauchais successivement Sorina, une jeune roumaine douée pour les langues, et Lamia, une jeune marocaine.

J’ai investi le petit prêt que m’avait octroyé la banque dans l’ achat de mobilier de bureau chez IKEA et créais un environnement sympathique et fonctionnel pour la société.

Il fallait trouver du travail pour tout ce beau monde. Je continuais mes mailings et m’étais attelé à la prospection téléphonique, qui est la base dans ce métier.

Je décrochais ainsi un client dans le domaine de la soupe  industrielle : le groupe Campbell, qui possède une usine à Avignon. Je descendis un jour pour un projet de base de données qualité et fis à cette occasion la connaissance de du compagnon de Guilaine, mon futur gendre Cyrille.

Ensuite je signais un contrat de maintenance pour une caisse de retraite interprofessionnelle et un contrat chez EADS, le constructeur d’avions.

J’eus surtout une excellente idée. Il existe dans ce métier des sites Internet qui mettent en relation les sociétés de service et organisent une bourse d’échange des compétences. Je n’avais pas peur de recruter, sachant le marché très demandeur mais ce n’était pas le cas de toutes les sociétés. Certaines étaient plus frileuses et faisaient appel à la sous-traitance pour des missions pour lesquelles elles avaient la commande mais pas le collaborateur.

Je plaçais ainsi indirectement des collaborateurs auprès de PSA, Schneider, AXA, BNP, BMW…tant et si bien que la société atteignit rapidement les 30 salariés. J’étais en train de gagner mon pari. J’étais surtout très fier de l’excellente santé financière de mon bébé. Pour moi, l’ancien cancre en gestion, c’était une source d’intense satisfaction.

J’organisais régulièrement des repas pour réunir mes salariés et créer ainsi une bonne ambiance entre eux.

J’étais vraiment satisfait de ma secrétaire Adélaïde, une jeune fille compétente et sérieuse. Lorsqu’elle eut fini sa formation et obtenu son diplôme, je l’embauchais définitivement.

Je repris alors contact avec l’école qui me l’avait présentée dans le but de prendre deux stagiaires en formation commerciale. L’école me présenta deux jeunes filles dont une ivoirienne qui se révèlera fantasque, Abi.

J’avais pris des locaux plus grands dans la pépinière pour loger tout le monde.

Un jour je reçus un coup de fil d’un commercial de chez Sitinfo avec qui j’étais resté en relation. Il ne s’entendait pas avec les frères Sitbon et cherchait du travail.

Je l’embauchais donc. C’était une sorte de Grand Duduche qui, handicapé par sa grande taille, était maladroit et se cognait partout. Il n’était pas mauvais commercial et décrocha même quelques affaires.

Malheureusement il eut avec la jeune Abi un comportement déplacé et je dus le licencier pour faute grave.

Je pris aussi une stagiaire haut de gamme en formation de directrice des ressources humaines, Sarah. Elle générera quelques contrats mais surtout gérera  très efficacement une grosse affaire que j’avais gagnée avec un laboratoire pharmaceutique qui diffusait un stylo optique à mémoire pour le monde médical, qui nécessitait une équipe très mobile.

Les affaires marchaient donc de façon satisfaisante.

J’avais fait la connaissance de Corinne, sympathique blonde divorcée, un peu plus jeune que moi.

Elle avait deux grands garçons agréables.

Corinne travaillait chez Air France et avait des possibilités de voyager à prix très réduit.

Nous fîmes une première escapade à Vienne, en Autriche, où elle avait vécu quelques années plus tôt. Nous fûmes reçus par un couple de ses amis qui nous fit découvrir la ville et ses nombreuses guinguettes où on peut déguster le petit vin blanc local.

Nous visiterons le château de Schönbrunn où le souvenir de l’impératrice Sissi est toujours. Présent.

Un deuxième voyage nous emmènera en Turquie, à Istanbul.

La ville, située de part et d’autre du détroit du Bosphore, à cheval sur deux continents, recèle de nombreux  trésors. C’est la plus grande agglomération du pays avec près de 16 millions d’habitants.

Nous y visitons l’église Sainte Sophie, transformée en mosquée

La construction, célèbre pour ses mosaïques à fond d’or,

est couverte d’une coupole à quarante côtés ayant un diamètre de trente mètres et une hauteur de 55 mètres.

Nous enlèverons ensuite nos chaussures pour visiter la mosquée bleue.

Cette mosquée est la seule à être entourée de 6 minarets.

L’intérieur de la mosquée encadre une cour de 54 x 75 mètres, éclairée par 260 fenêtres.

Ce sont ses nombreuses faïences de couleur bleue, verte et blanche,  qui lui ont valu le nom de mosquée bleue.

Nous n’avons pas vu Topkapi, mais par contre nous avons visité le fabuleux grand bazar, qui fut pendant des siècles le plus grand marché ouvert du monde.

On peut s’y perdre facilement. Avec ses 66 ruelles, ses 2500 échoppes, ses innombrables ateliers, c’est une ville dans la ville qui ferme ses 19 portes à 19 heures.

 

Le voyage suivant nous emmènera à Cuba.

Cette île présente plusieurs particularités amusantes, parmi lesquelles sa monnaie.

Deux monnaies coexistent. Le peso cubain pour les autochtones et le peso convertible pour les étrangers.

Nous séjournerons dans la station balnéaire de Varadero pour profiter de la plage puis dans un hôtel du centre de La Havane pour visiter cette ville  extraordinaire.

Une partie de la ville, non restaurée, est dans un état de délabrement avancé. Les anciens palais de l’aristocratie coloniale sont occupés par des familles pauvres, qui n’ont pas les moyens de les entretenir. Beaucoup de maisons le long du Malecon, la promenade du bord  de mer, sont dans un triste état.

On rencontre régulièrement dans ses rues de grosses voitures américaines, des vestiges de l’avant révolution de 1959. Soigneusement entretenues elles roulent toujours après plusieurs dizaines d’années de service.

Il y a dans la partie restaurée du centre ville quelques restaurants qui servent surtout de la langouste, production locale largement disponible et bon marché, alors que le pays manque de tout.

Nous avons bien entendu fait une petite visite dans une usine de cigares pour ramener les célèbres « habanos » : Cohiba, Roméo et Juliette.

Nous avons beaucoup apprécié ce pays, sa population métissée, pauvre mais fière.

 

 

Nous fîmes ensuite un voyage à la Martinique, au François,où nous avons profité de la baignoire de Joséphine, un fond blanc en pleine mer où on a de l’eau jusqu’à la taille.
L’équipage du bateau nous a servi de généreuses rasades de rhum pendant notre baignade.

Nous sommes aussi montés à la montagne pelée, où nous avons essuyé un orage sévère.

L’éruption de la montagne pelée le 8 mai 1902, a détruit entièrement Saint Pierre, alors préfecture, faisant 30 000 morts.

Nous avons aussi passé une journée à la splendide plage des salines, où de nombreux pièges guettent les délicieux crabes matoutous. Gare toutefois aux mancenilliers, ces arbres toxiques par temps de pluie.

La société fonctionnait bien. Adélaïde assurait efficacement le secrétariat, je pouvais donc poursuivre ma découverte du monde. Grâce au téléphone portable et aux cybercafés, je restais en contact permanent avec Saint Cloud.

Les deux voyages suivants nous emmenèrent en Guyane où Corinne avait vécu quelques années et où son fils Cédric avait sa petite copine.

Ce pays, département français d’outremer, est parmi les plus riches du monde en matière de biodiversité tant animale que végétale.

5 500 espèces végétales ont été répertoriées, dont plus d’un millier d’arbres, 700 espèces d’oiseaux, 177 espèces de mammifères, plus de 500 espèces de poissons et 109 espèces d’amphibiens.

Une de nos premières visites sera pour les îles du salut au large de Kourou.

Une fois débarqués du catamaran qui nous y a emmenés, nous grimpons vers les anciens bâtiments du bagne. Les agoutis, ces gros rongeurs bizarrement faits, courent de toutes parts à notre approche, tandis que dans les arbres de la partie la plus sauvage, des singes à l’agilité exceptionnelle sautent de branche en branche.

Le souvenir de Guillaume Seznec, qui y passera 23 ans dans les années 20, est toujours vivant.

Le capitaine Alfred Dreyfus y a aussi laissé sa marque.

Nous ferons de nombreuses virées en forêt dans cet environnement exceptionnel et vîmes, dans une réserve, des animaux non moins exceptionnels, les bruyants jaguars et l’incroyable aigle Harpie féroce, gros comme un chien, à la tête surmontée d’une huppe noire et blanche et aux énormes et redoutables serres . Notre aigle royal à fait côté figure de merle.

Nous faisions de nombreuses promenades en forêt. Un jour nous eûmes la peur de notre vie.

Nous nous promenions dans un endroit où on savait que des jaguars avaient été vus, quand nous entendons près de nous les hurlements de plusieurs animaux qui semblent se battre et nous pensons naturellement qu’il s’agit de jaguars.

Le père de Dorothy, à qui nous avons raconté l’histoire, nous dit que ce n’était pas impossible,mais qu’il s’agissait plus certainement de singes hurleurs,les animaux les plus bruyants de la forêt guyanaise.

Nous ferons une excursion en pirogue dans la remarquable réserve naturelle des marais de Kaw.

En fin de soirée, nous nous engageons sur la piste en latérite qui mène au petit embarcadère où nous attend notre guide. La barque s’engouffre alors tout doucement dans la pénombre, s’éloignant peu à peu du groupe de réverbères qui illumine le hameau. Deux à trois centaines de mètres sont parcourus avant que le guide, équipé d’une lampe frontale, voie se détacher des roseaux sombres deux petits points rouges phosphorescents, les yeux d’un caïman. De quelques signes, tel un agent de la circulation, il indique au piroguier les manœuvres à effectuer pour s’approcher discrètement de la bête. Hypnotisé par la lumière artificielle, le jeune caïman ne s’échappe pas. Le guide se penche et d’un geste précis et rapide capture l’animal en s’assurant de bien lui serrer la gueule pour éviter qu’il ne se débatte et surtout qu’il ne le morde. En effet, toute la difficulté consiste à maîtriser l’animal en lui bloquant la mâchoire et de maintenir cette pression. Il est installé au fond de la barque, où nous pourrons le toucher et ainsi apprécier son incroyable douceur.

Dans l’ouest du département nous allâmes à Saint Laurent du Maroni, où se trouvait un autre célèbre bagne.

Dans les anciens bâtiments aujourd’hui réhabilités, on peut voir la cellule où le célèbre Papillon a séjourné et dont il s’évada pour aller se réfugier sur l’île des lépreux, difficilement accessible, sur le Maroni.

Pour quelques francs nous embarquons dans une grosse pirogue qui nous fait traverser le Maroni pour nous emmener au Suriname, l’ancienne Guyane hollandaise.

Il n’y a pas grand-chose  à voir dans la capitale Paramaribo, sinon son architecture coloniale où prédomine la brique rouge.

Nous pousserons ensuite notre petite voiture de location ,par une infernale piste en latérite,  jusqu’à la petite ville de Saint Georges de l’Oyapock,où j’eus la surprise de croiser dans les rues,au  petit matin,des indiens avec leur baguette sous le bras, comme à Paris.

Là nous traverserons le fleuve pour faire une incursion au Brésil dans la petite ville d’Oiapoque, célèbre pour ses bars et ses lieux de plaisir où les guyanais viennent en masse chaque fin de mois dépenser l’argent du RMI et des allocations pour profiter des prix plus bas qu’en Guyane. Les  orpailleurs clandestins brésiliens de Guyane viennent aussi  y vendre leur or.

L’activité des chercheurs d’or en Guyane pose de nombreux problèmes parmi lesquels le moindre n’est pas l’importante pollution des fleuves par le mercure, métal utilisé pour amalgamer l’or.

Cédric causait des sueurs froides à sa mère à cause de ses fréquentations douteuses au village Saramaca.

Les Saramacas sont un peuple constitué de descendants d’esclaves noirs fugitifs, originaire du Suriname, et dont une importante communauté vit à Kourou.

 

Lors du deuxième voyage, nous aurons la chance, après plusieurs reports, d’assister à Kourou au spectaculaire lancement de la fusée Ariane 5.

Une autre attraction majeure de la Guyane sont les tortues de  mer, et  parmi elles la fabuleuse tortue luth. Ces tortues viennent pondre sur les plages en fonction des marées.

La tortue Luth n’a pas de carapace mais une sorte de cuir pour la protéger. Elle peut peser 500 kg pour une longueur de 2 mètres.

Nous essaierons plusieurs fois de les voir, à la tombée de la nuit, mais nous ne vîmes que des tortues vertes, qui pèsent quand même dans les 100 kilos.

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Quelques temps plus tard nous nous envolerons pour le Mexique.

Une première étape nous permettra de découvrir Mexico.

Dans le centre historique nous ferons une promenade sur une des plus grandes places du monde, le zocalo.

Sur une place près de l’hôtel nous aurons l’occasion de rencontrer les fameux groupes de mariachis, qui chantent la sérénade aux passants.

Nous prendrons un bus pour aller voir l’extraordinaire cité précolombienne de Teotihuacan,où l’allée des morts permet d’accéder à l’énorme pyramide du soleil,et à sa petite sœur la pyramide de la lune,tout en admirant les quelques peintures murales qui ont survécu.

Nous sauterons ensuite dans un avion en direction de la célèbre station balnéaire de Cancun. Là, je louais une voiture et nous partons pour Playa del Carmen, ville réputée plus calme et disposant de très belles plages.

Nous fûmes surtout enchantés par notre séjour à Xel-ha, à proximité.

Cette localité dispose d’un magnifique parc aquatique semi sauvage.

A l’aide d’une grosse bouée on se laisse dériver dans une calanque  vers l’océan en admirant les nombreux poissons multicolores. Je me rappelle encore mon émotion quand je me suis trouvé face à un requin.

Nous partirons ensuite à travers la jungle pour découvrir les fabuleux sites mayas de Chichen Itza,  Tulum et Uxmal.

A Chichen Itza, nous apprécierons particulièrement la magnifique grande pyramide et le grand terrain de jeu de balle. D’autres édifices plus modestes méritent qu’on s’y arrête.

A Tulum nous avons pu admirer les splendides fresques mayas.

A Uxmal nous apprécierons l’impressionnante pyramide du devin,et le quadrilatère des nonnes, le plus achevé des édifices d’Uxmal avec ses longs bâtiments décorés à l’intérieur comme à l’extérieur de splendides sculptures.

De nombreux autres bâtiments sont à découvrir à Uxmal, parmi lesquels la maison des tortues.

 

Le 2 Novembre 2004 naquit Noam, mon deuxième petit fils, et le 29 décembre, j’eus la joie d’apprendre la naissance de Charlyne, ma première petite fille.

2ids continuait à bien se porter. Julien avait obtenu des postes valorisants. Je lui pris une voiture de fonction pour remplacer la sienne qui avait beaucoup souffert.

Julien venait souvent manger à la maison où je le régalais d’entrecôtes épaisses fort appréciées d’un adolescent au solide appétit. Parfois nous allions manger au restaurant chinois près de chez moi.

Je voyais régulièrement mon médecin qui me disait que ma santé était bonne, à l’exception d’un excès de tension qui l’inquiétait.

Il me dit qu’il faudrait envisager un traitement.

Mais je me sentais bien, je n’avais pas de maux de tête, et je ne me décidais pas à me faire traiter.

Un jour Abi nous a joué un vraiment mauvais tour.

Elle avait en effet dépose une plainte aux prud’hommes pour des faits imaginaires. Il était question d’heures supplémentaires, qu’elle n’avait jamais effectuées, qui ne lui auraient pas été payées et d’autres fantaisies de ce genre.

Sarah s’est battue pour monter un dossier de défense et je dus prendre un avocat. Tout cela me désolait au plus haut point.

Je me présentais à la convocation du tribunal où l’avocat d’Abi fit savoir qu’il n’était pas en mesure de plaider et demanda un report.

Je reçus la visite de Guilaine, Cyrille et Charlyne qui nous invitèrent au baptême de ma petite fille. Je ne savais pas que Guilaine puisse être attachée à cette cérémonie, elle-même n’ayant pas reçu d’éducation religieuse.

 

Cela me rappelle une anecdote. Quand les filles étaient petites, ma grand-mère Madeleine vint à Avignon et elle nous déclara « pour moi tant que les enfants ne sont pas baptisés, c’est comme des petits animaux », ce qui choqua Marie-France.

Mais ce baptême avait lieu à la demande des parents de Cyrille.

Nous partîmes donc pour Avignon en train, et je louais une voiture à la gare, et nous sommes partis nous balader à Vaison la Romaine, avant de rentrer à l’hôtel où devait aussi se trouver Julien avec sa copine.

J’ai peu de souvenisr de cette soirée. Je me suis réveillé le lendemain dans un lit d’hôpital, après une nuit peuplée de cauchemars, où il était question d’un banquier agressif et de couloirs sombres encombrés de vieux vélos.  J’appris que je me trouvais à Marseille et que j’avais été victime d’un accident vasculaire cérébral hémorragique, mal dont étaient morts mon père et ma grand-mère Anna.

Je crois que c’est Corinne qui a suggéré à Guilaine de me faire transférer à Paris, et je me retrouvais à l’hôpital des invalides où je fus très bien soigné. Toute une équipe de rééducateurs s’occupaient e moi, parmi lesquels se trouvait la charmante Sylvia qui m’emmenait à la piscine au sous-sol. On me fit toutes sortes d’examens et on m’envoya à l’hôpital européen Georges Pompidou rencontrer un spécialiste qui décela une hyper tension sévère, à l’origine de mon AVC. Il me donna un traitement efficace que je suis encore aujourd’hui. J’aurais dû écouter les conseils de mon médecin, on ne peut pas dire que je n’avais pas été prévenu. J’en profite pour passer ce message à mes enfants et petits enfants, surveillez votre tension et surtout n’hésitez pas à vous faire soigner en cas de besoin.

Je recevais souvent des visites à l’hôpital. Corinne, Marie-José et Julien passaient régulièrement me voir,et parfois aussi un collaborateur de 2IDS.

Julien m’emmena un jour au bureau où je revis avec plaisir Adélaïde et Sarah.

L’affaire avec Abi s’était terminée pendant mon hospitalisation et elle se fit envoyer sur les roses par les prud’hommes.

Julien reprit la gérance de la société et pendant quelques temps il fit ce qu’il put pour la diriger, mais ce n’était pas son métier.

Il trouva néanmoins un repreneur, mais je ne vis jamais d’argent. Le montant de la vente avait été absorbé par les soldes de congés payés et ceux des caisses de retraite.

La réussite de cette entreprise restera quand même un objet de fierté.

Julien sera embauché par le repreneur qui lui trouvera un bon poste à la salle des marchés de Natixis, et lui donnera les formations nécessaires.

Un jour l’hôpital convoqua un conseil de famille pour décider ce qu’on allait faire de moi, dont l’état était jugé assez satisfaisant pour sortir.

Guilaine me proposa de m’installer chez elle, ce qui était très gentil, je n’étais bien sûr pas en état de retourner chez moi.

Nous avons donc quitté les invalides en direction d’Avignon où j’allais m’installer chez ma fille, dans un logement de la caserne des pompiers. J’y resterai quelques mois et profiterai des qualités de cordon bleu de Cyrille.

C’est à ce moment que j’instaurais ce qui allait devenir une petite tradition, mon repas d’anniversaire. J’invitais mes frères, mon ami Serge et sa femme, et bien sûr Elisabeth. Je dois remercier Guilaine qui se chargeait des repas.

Guilaine et Cyrille me trouvèrent rapidement un appartement dans la résidence où j’habite encore aujourd’hui.

Ma fille s’occupa d’organiser mon déménagement d’Issy les Moulineaux et je retrouvais bientôt mon environnement familier.

J’avais fort heureusement souscrit une assurance collective pour 2IDS qui couvrait les arrêts de travail et bénéficierai en conséquence d’un revenu suffisant pour vivre jusqu’à ma retraite.

J’ai bientôt retrouvé ma petite Elisabeth, qui est ma compagne aujourd’hui.

Guilaine s’est démenée comme un beau diable pour clôturer la société proprement. Elle y est parvenue, non sans mal, dirigeant à distance Julien qui faisait les démarches pratiques à Paris.

J’aurai bientôt le plaisir d’assister au mariage de Guilaine et Cyrille, qui feront un beau voyage de noces aux Maldives.

La société clôturée, mon déménagement réalisé, je n’avais plus qu’à attendre la retraite. Prévue pour juin 2010.

 

 

X LA RETRAITE

 

 

Les vrais enterrements viennent de commencer.

Georges Brassens

les quat’z’arts

 

 

L’année de ma retraite, 2010, a été marquée par l’évènement le plus heureux qui soit , la naissance, le 8 juin, de ma deuxième petite fille, qui répond au doux prénom de Naïa.

Je la verrai la première fois au mois de juillet.

J’avais organisé un repas dans une auberge des environs pour mon soixantième anniversaire. Il y avait là Guilaine, Cyrille,Charlyne, Corine et Sébastien,Matthias,Noam,la petite Naïa dans son porte bébé,Julien et Céline, Elisabeth,mon frère André et sa femme Véronique, mon ami Serge et sa femme Geneviève.

Il n’y avait pas mon frère Michel . Le pauvre, dépressif depuis plusieurs mois, s’était suicidé par pendaison chez lui quelques mois plus tôt. Selon ses souhaits il a été incinéré.

Ma mère habitait alors chez lui et il a fallu lui trouver une place en maison de retraite. Ce fut André qui s’en occupa.

Elle-même devait décéder paisiblement au mois de novembre d’un arrêt du cœur.

 

Guilaine m’a bien aidé pour monter mon dossier de retraite.

A ma grande surprise, la sécurité sociale avait conservé la trace de toute ma vie professionnelle, pourtant bien agitée.

Aujourd’hui je peux bénéficier d’une retraite convenable, en grande partie grâce à mon activité de cadre, à Paris. Je perçois même une centaine d’euros par mois de ma période d’artisan. Rien ne se perd…

J’ai par chance peu de séquelles de mon AVC, excepté un problème bizarre, une  hémianopsie, qui fait que je ne vois pas ce qui se passe sur ma gauche. C’est amusant, mais je ne vide jamais mon assiette, le côté gauche reste intact.

Bien sûr cela est un handicap, qui m’empêche surtout de conduire. Mais Guilaine s’occupe bien de moi, et m’emmène régulièrement faire mes courses.

Pour les sorties du week end, je m’en remets à Elisabeth, qui vient de changer sa voiture.

L’été dernier nous sommes allés à Sanremo passer quelques jours bien agréables. Nous avons vu de très beaux jardins et sommes montes au Monte Bignone, voir ce qui reste de ce qui fut le plus long téléphérique du monde. Nous avons découvert des restaurants bien sympathiques.

Nous avons embarqué dans le bateau d’une association qui organise des visites dans le parc marin où vivent de nombreux cétacés, baleines et dauphins. Nous n’avons pas eu la chance de voir les baleines, mais un important groupe de dauphins nous a longtemps suivis. Leurs corps argentés bondissaient hors de l’eau dans l’écume du bateau, et c’était un spectacle féerique.

 

 

Aujourd’hui, 22 novembre 2011, Danièle Mitterrand est morte. Cette disparition signe la fin d’une époque. Elle fut celle dont le mari porta l’espoir d’une génération. Toute sa vie elle a combattu toutes les formes d’injustice. Sa grande force était d’aimer la vie, et cela la rendait optimiste, malgré les inévitables difficultés en tout genre qui accablent l’humanité.

 

Une ou deux fois par mois, j’organise un repas à la maison pour Guilaine, Cyrille et Charlyne.

 

Tranches de chorizo pour l’apéritif, Charlyne adore ça.

Ensuite une petite salade et le plat.

J’ai mes spécialités.

Osso bucco à la milanaise avec sa gremolata, le plat préféré de Guilaine,

Poulet basquaise ou coq au vin,

Parfois un gratin dauphinois avec des côtes d’agneau,

Et enfin le dessert, avec presque toujours une glace pour Charlyne, quoique maintenant elle aime aussi le millefeuille.

De temps en temps on va déguster un plateau de fruits de mer dans un restaurant de poissons. A ma grande surprise Charlyne se régale avec les huîtres, ou une marmite de moules.

 

Je n’ai pas grand-chose à faire, alors les journées sont longues.

Quoi de mieux pour les occuper que la lecture, dont j’ai toujours été friand.

Je me suis abonné au bibliobus qui passe une fois par semaine et j’emprunte ainsi deux ou trois livres par mois.

J’ai aussi lu avec plaisir des ouvrages qui figuraient dans ma bibliothèque depuis longtemps :

Le banquet, de Platon,

Les lettres persanes, de Montesquieu,

L’œuvre poétique de François Villon,

Les affinités électives, de Goethe,

La divine comédie, de Dante.

J’avais acheté ces ouvrages quand j’étais adolescent. Ils m’ont miraculeusement suivis jusqu’à aujourd’hui, à travers mes pérégrinations. Comme quoi,  dans ce monde, rien ne se perd vraiment, tout transite d’un point à un autre, en définitive.

 

J’ai la chance inouïe –touchons du bois- que mes enfants et  mes petits enfants soient en bonne santé. Ce n’est pas le cas pour tout le monde, hélas. Aussi tous les ans je fais un don au Téléthon et au sidaction. Il y a tant de malheureux.

Ma nièce Catherine en fait partie. Sa première fille, Zoé se porte bien, mais la deuxième non. Elle est née avec une maladie rare, le syndrome de Pierre Robin, doublé, nous venons de l’apprendre, du syndrome de Stickler. Cette petite aura des problèmes toute sa vie…

Cette année 2012 nous sommes allés en vacances à Belle île en mer, en Bretagne.

Les paysages sont grandioses et les spécialités locales succulentes : conserves de poissons, biscuits bretons, et bière !

Je suis passé voir  Cathy hier pour lui donner son chèque pour Noël. A cette occasion j’ai récupéré le journal de ma mère, dont je livrerai quelques extraits dans le prochain chapitre. On pourra ainsi voir dans quel état d’esprit elle était.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XI  Extraits du journal de ma mère.

 

 

 

 

Lundi 17 Avril 1967 Clinique LES PINS

Je commence ce journal aujourd’hui. Je veux le continuer jusqu’à mon dernier jour. Cela m’occupera et m’empêchera de faire des sottises. Je ne veux plus penser qu’aux miens, c’est-à-dire mon mari et mes quatre enfants. Je ferai quand même du bien quand je le pourrai, surtout aux pauvres. Nous avons connu des moments tellement difficiles, jusqu’à ne plus avoir trente centimes pour acheter un morceau de pain. Je suis descendue à Avignon pour passer le dimanche avec ma famille. Je leur manque tant. Nous avons eu la surprise de voir arriver mon parrain de Toulon. Il m’a donné un peu d’argent, j’en ai tellement besoin.

 

18 Avril

 

J’ai reçu la réponse de mme Soubeyrand qui fait le catéchisme à André. Il doit être confirmé le 7 mai. Ce sera sans doute son frère Jean-Paul son parrain de confirmation.

Mon mari est venu me voir, je suis contente.

Aujourd’hui je vais couper la robe de ma fille. J’aurais pu lui faire tant de choses, moi qui sais coudre. Mon mari m’avait acheté la machine à coudre pour la fête des mères il y a au moins cinq ans. Il a raison quand il dit que je ne m’en suis pas servi.

J’ai écrit à Jean-Pierre et à sa femme. Pourvu que ma lettre arrive.

 

 

Vendredi 21 Avril

Je n’ai pas coupé la robe à ma fille hier, je vais essayer aujourd’hui mais je suis seule je n’y arriverai pas.

Je suis allée à la messe de 5 heures, la pierre est très dure pour communier. J’avais très mal. Puissent ces petits sacrifices amener la paix dans le monde.

 

22 avril

Ce matin je me suis réveillée à 5 heures moins le quart, j’avais mal à la jambe droite ; j’ai l’impression d’avoir eu une de ces crises dont je n’ai jamais eu l’explication ; j’ai sonné, Mlle Péraud est venue. Quand elle est entrée dans ma chambre, j’ai cru voir un ange,avec ses longs cheveux blonds sur ses épaules, elle est belle, elle chante bien et elle le sait.

 

22 Avril

Il y a 3 mois que je suis arrivée ici. Je devais y rester un mois, mais moi je savais que j’y resterai davantage. Que cette madame Giraud est méchante, il n’existe aucun comprimé pour ça. Je me rappelle du cimetière de Bizerte, si impressionnant. Là est enterrée ma petite belle sœur que je ne connaîtrais pas, Isabelle Dominici, morte à l’âge de 7 ans faute de soins pendant la guerre. Mon beau-père est devenu presque fou de chagrin et s’est mis à boire. Il y

a longtemps qu’il est mort lui aussi, tout comme ma belle-mère. C’est triste tout ça. Il faut que je pense à ma famille qui m’attend.

 

24 Avril

Je viens de passer comme toutes les semaines le dimanche et le lundi chez moi. Beaucoup d’ennuis m’ont attendu. Je n’ai pas le courage d’écrire. Je n’ai retenu qu’une chose, mes enfants veulent m’acheter quelque chose pour la fête des mères. Mais est-ce que je le mérite vraiment. Trop de scrupules me hantent.

 

Mardi 25 Avril

Encore une journée de passée. J’ai eu des nouvelles de mon fils. Tout va bien. J’ai reçu une lettre de ma mère. Elle commence à s’inquiéter de mon séjour prolongé à la clinique ;

presque tout l’après-midi nous avons regardé l’enterrement du chancelier Adenauer. Spectacle grandiose mais combien triste et trop souvent répété. Le général De Gaulle avait l’air fatigué.

Madame Cadi, notre infirmière  socio thérapeute a l’air de m’en vouloir par moments, mais c’est sûrement un effet de mon imagination maladive encore. Comment une infirmière pourrait-elle vouloir du mal à une malade ?

 

Mercredi 26 Avril

L’assistante sociale va s’occuper de mon fils aîné, il m’inquiète. Il aurait besoin de repos lui aussi. Je ne veux pas qu’il finisse mal.

 

27 Avril 1967

Mon mari a pris un jour de repos. Ils vont venir cet après-midi. Je me sens presque tranquille. Non, il faut que j’attende le facteur. La lettre qu j’ai écrite à Jean-Pierre m’est revenue. J’ai écrit à l’assistante sociale.

 

Vendredi 28

Mon mari a l’air toujours soucieux quand il vient me voir. Il ne me parle que de paperasses. J’aurais sûrement besoin qu’on me cause un peu d’autres choses. Aurais-je des nouvelles de mon parrain aujourd’hui et de ma filleule de Corse ? Mon fils aîné ira-t-il se faire couper les cheveux ?

Je regarde par la fenêtre, il y a un grand pin, bien droit. Il me fait penser au général De Gaulle.

 

Lundi 1er mai 1967

Il pleut à torrents. Temps triste, gris, à donner le cafard aux plus optimistes. Je suis allée passer les deux jours chez moi. Beaucoup de travail, de rhumes. Mon dieu, faites que je vive assez pour élever ma fille et mes fils. J’attends la réponse de Jean-Pierre et peut-être de sa femme ou de sa fille Hélène, mais quand ?

 

2 mai

Hier j’ai apporté le disque d’Edith Piaf « Non je ne regrette rien ».C’est toute ma vie qui se résume là.

J’ai rêvé que ma belle-sœur Vincente de Marseille m’avait donné pour quelques jours son bébé.

 

3 Mai

Je quitte la clinique demain. Il fallait s’y attendre. On m’a changé de chambre pour la dernière nuit. Je recommencerai ce journal chez moi.

 

4 mai 1967 Jeudi de l’ascension

Il fait très beau, le bon Dieu a écouté les prières de ces pauvres malades. Je n’ai pas de réponse de Jean-Pierre, et s’il était vraiment mort pendant la guerre. Alors je porterai le deuil éternel.

Mes enfants et mon mari vont être contents, mais moi je pleure comme quand j’ai quitté le pensionnat du Beausset. Les paroles du docteur Aubergier me reviendront toujours à l’esprit : « Votre conscience, vous l’emmènerez toujours avec vous ». Mais qu’est-ce que j’ai fait de mal, j’étais malade, il l’a reconnu lui-même.

 

 

 

6 Mai

Depuis Jeudi je suis rentrée chez moi. C’est tout juste si j’ai le temps de respirer. Je ne voulais pas sortir mais je suis obligée. Hier avec mon fils André, aujourd’hui avec l’aîné Jean-paul pour lui acheter son costume pour la confirmation. J’ai reçu une gentille réponse de Corse, comme j’aimerais y aller !

J’ai porté la montre de mon père à arranger, c’est une Lip, il en était si fier, elle sera pour Jean-Paul.

 

8 Mai

Anniversaire de l’armistice de 1945. Tant de gens ont souffert, sont morts. Est-ce que j’aurai la réponse de Jean-Pierre ? André a été confirmé hier, cérémonie grandiose, que de monde !

 

9 Mai

Aujourd’hui je dois aller au conseil des prud’hommes pour le contrat de mon fils aîné. Il n’a pas fini de me faire courir celui-là.

17 Mai

La lettre de Jean-Pierre m’est retournée. Inconnu à bord du porte-avions Clemenceau.

19 mai

Aurais-je le courage de quitter définitivement Avignon, Non, je ne le crois pas.

20 Mai

J’ai passé 5 jours à Toulon avec les deux plus jeunes. Ils ont été infernaux, mon oncle a beaucoup changé, beaucoup de remords le hantent, lui qui a tant accusé les autres de dépression nerveuse, il en fait à son tour, mais de la vraie. J’ai encore essayé de joindre Jean-Pierre. La semaine prochaine je vais aller en Corse, chez un des frères de mon mari, pour assister à la communion  de ma filleule Anne-Marie.

22 Mai

J’ai reçu une lettre de ma mère ce matin qui m’a laissée assise. Elle croit que j’ai touché ma part d’héritage (de ma marraine). Décidément on croit au père Noël à tous âges ; je lui répondrai demain, elle sera servie. J’attends toujours une réponse de Jean-Pierre, mais hélas. Trois de mes enfants m’ont déjà fait un cadeau pour la fête des mères. J’en suis heureuse, cela prouve que malgré mes défauts ils m’aiment bien.

31 Mai

Nous venons d’arriver d’Ajaccio, mon fils Michel et moi ; N’ayant plus beaucoup d’argent, pour ne pas changer, nous avons fait le voyage de retour en 4ème classe par le Fred Scamaroni. Nous avons rapporté beaucoup de souvenirs de napoléon. Je n’ai pas de nouvelles de mon parrain, aucune réponse de Jean-Pierre. Ce soir nous allons voir Blanche Neige.

 

1er Juin 1967

Le mistral souffle avec violence, on l’entend de partout. Nous sommes tous abrutis par la voix forte de mon mari. La voix grave de Jean-Pierre raisonne encore dans mes oreilles,je pleure, je ne sais pas pourquoi. Il faut que je lutte pour mes enfants. Comprendront-ils un jour le sacrifice que je fais. J’ai envie de partir et Avignon me retient,mais quelqu’un me manquera toujours.

2 Juin

Ma mère a envoyé 100 francs pour l’anniversaire de mes deux enfants, Jean-Paul demain et Isabelle le 13 Juin. Je sens que ses fonds commencent à diminuer,ou alors elle sait quelque chose au sujet de la succession et elle préfère garder tout pour don fils. Demain c’est l’anniversaire de mon fils, il aura 17 ans, ça compte. Il me semble que c’est hier qu’il est né dans cet hôpital où il a failli mourir.

3 Juin

Anniversaire de Jean-Paul,17 ans. Mon mari est arrivé tard pour ne pas changer Aucune nouvelle de mon parrain, pas de réponse de Jean-Pierre, pourquoi tout ce silence ?

Mon mari doit avoir le foie malade, un jour ou l’autre il va m’arriver des bricoles,que deviendrais-je avec mes quatre enfants ?

10 Juin

Le 7 Juin c’était notre anniversaire de mariage ; Aucune joie,j’ai gâché ma vie. Si au moins mes enfants avaient la santé. Le 6 mon mari a eu un accident de mobylette, il aurait pu se tuer.

 

12 Juin

C’est la fête de mon frère,il n’a pas répondu à la carte que je lui ai envoyée de Corse. Est-ce que lui non plus n’aurait pas la conscience tranquille envers moi. C’est lui qui m’a dit un soir que j’étais en danger à Toulon ; Pourquoi ?

17 Juin

Il y a eu l’anniversaire de ma fille, 8 ans. Je l’ai beaucoup gâtée.

12 Juillet

Ma fille est partie en colonie de vacances comme l’année dernière à Boulouris. Mes deux fils aînés sont partis passer la journée à Cassis. Je pense à mes vacances au bord de mer quand j’étais enfant. Cette mer que j’aime tant, pourquoi me l’a-t-on enlevée ? J’aurais voulu aller en Bretagne aussi, tout mon passé revient. Je n’ai pas eu de réponse de Jean-Pierre. C’est une grosse peine pour moi.

19 Juillet

Je pense à la mer bleue en ce moment,à Collobrières,plein de calme et d’air pur. Cette voisine qui a l’air de s’occuper de tout,pour qui travaille-t-elle ?

20 Juillet

Il est à peine 7 heures et il fait déjà chaud. Hier je voulais partir, aujourd’hui ça me fait un peu peur. Mes deux fils qui restent à la maison s’ennuient. Ils ne sont pas heureux, pourvu que le destin tourne.

8 Août

Mon fils Michel a commencé à travailler. Cela me fait trois hommes à nourrir,je me sens dépassée.

16 Août

Ce matin j’ai acheté une mobylette à mon fils Michel. Je ne me sens pas courageuse, moi qui avais tant de volonté avant. Le logement trop petit y est sans doute pour quelque chose. Comment faire comprendre que je n’ai pas l’habitude de ça.

Décembre 1967

Nous avons déménagé. Il n’y avait que la rue à traverser. Nous sommes bien logés, nous resterons donc à Saint Ruf. J’aime ma chambre,elle donne sur un petit jardin. Il y a une statue de la sainte vierge. Mon fils aîné m’a prêté l’argent nécessaire.

31 Janvier 1968

Nous avons passé de bonnes fêtes de Noël et du jour de l’an. Quelle différence avec l’année dernière où j’avais été si malade.

Tous les matins en ouvrant les fenêtres,je vois la statue de la vierge Je la prie pour qu’elle fasse arrêter la guerre au Vietnam. Un oiseau chante, je pense aux « pins » .

Févier 1968

Mireille Mathieu a eu un accident. Son ange gardien l’a sauvée parce que ce n’est encore qu’une enfant qui travaille trop.

Mars 1968

Bientôt le printemps,j’ai hâte de voir le beau jardin qui va se transformer

Ce matin j’ai recommencé à aller faire du ménage chez une dame,elle est gentille.

Le 29 février j’ai vu une ombre derrière la statue du jardin,c’était la sainte vierge à genoux,comme dans les crèches.

1er Septembre 1987

Je vais finir mon 6ème séjour à la clinique des pins A. Je vais habiter toute seule à Montfavet.

1987 a été dramatique.2 séjours en CHS et la mort de Louis Dominici. Deux en qui j’avais un peu confiance dans la maison*

 

*sa fille et son compagnon de l’époque Patrick Chatelet

Ont signé pour un million 3000 francs sur mes carnets de chèques.

J’ai laissé ces carnets pour voir jusqu’où iraient leurs cerveaux machiavéliques.

Adrien et Catherine, que vont-ils devenir ?

2 septembre 1987

Je pense sans arrêt à Catherine, que vont-ils lui raconter ? Je voudrais qu’elle soit avec moi et qu’elle respire l’air des pins. Personne ne peut comprendre qu’elle et moi,nous sommes liées par une enfance dramatique et marquées pour la vie.

3 Septembre 1987

Il ya 2 ans jour pour jour, André et moi sommes allés au Grau du roi ; Nous avons rencontré Manitas de Plata.

Je ne pouvais pas savoir que le lendemain Chatelet viendrait me dire qu’Isabelle et Catherine allaient vivre avec lui.

9 Septembre 1987

Je suis dans mon appartement. Je me suis décidée beaucoup à cause d’Elsa,ma chienne. Je n’aurais plus eu de repos de la savoir entre les mains d’une brute. Catherine a passé la journée avec moi, Michel, André et Patricia.

16 Septembre 1987

La première semaine chez moi s’achève aujourd’hui. Elsa est heureuse sans doute comme moi. J’ai un peu peur du silence et en même temps je l’apprécie.

23 Septembre

C’était hier le dernier jour de l’été ; J’ai emménagé à Montfavet pas bien loin du cimetière où le 7/4/87 nous sommes venus enterrer mon mari et le père de mes enfants.

27 Septembre

Changement d’heure,les jours vont être plus courts. Je ne réalise pas encore que je suis seule. Vendredi, André et moi sommes allés au cimetière. Cette semaine je vais m’occuper de mettre une dalle. Je veux continuer à faire mon devoir comme quand il était vivant.

29 septembre

Aujourd’hui c’est la saint Michel, c’est la première fois depuis 37 ans que je me retrouve seule. J’ai invité pour sa fête Michel, Nicole, Laurent et Guillaume, à déjeuner.

5 Octobre

A certains moments de la journée la solitude me pèse. Je n’arrive pas à imaginer de vivre en loup solitaire pendant peut-être de longues années.

9 Octobre

Un mois aujourd’hui que nous sommes à Montfavet Elsa et moi. Situation assez positive malgré la solitude. Nous sommes allés au cimetière poser les dalles et le gravier sur la tombe de mon mari. Il y avait Michel et Chatelet. Je n’arrive pas à réaliser qu’il est en dessous.

2 Novembre

Aujourd’hui nous devons penser à nos morts. J’y pense, il y en a disséminés aux quatre coins de France. Ici à Montfavet il y a celui qui fut pendant 37 ans mon compagnon de tous les jours,avec comme il est dit des jours meilleurs et des jours pires. Jean-Paul m’a téléphoné de Rennes,cela m’a beaucoup touché. Michel est venu avec moi porter un rosier sur sa tombe. Il y avait mon petit-fils Laurent.

3 Novembre 1987

17 ans aujourd’hui que mon parrain est mort à l’hospice  Saint Louis.

Cet après midi je vais faire quelques commissions à Leclerc avec ma belle-fille Nicole. Pour moi c’est du bonheur de pouvoir garder de bonnes relations avec celles qui vivent avec mes fils.

6 Mars 1988

Il y a un an je recevais pour la dernière fois la pension de mon mari. La dernière fois que je lui donnais ses 700 francs.

26 mars 1988

Aujourd’hui à 13 heures, j’ai téléphoné à Rennes à Jean-Paul et Pascale,un an après je me suis excusée de ne pas les avoir bien reçus. J’étais tellement malade…

Je me suis aperçue que j’aime beaucoup Montfavet, il me rappelle Bormes les mimosas.

1er Avril 1988

Il est certain que je vais beaucoup mieux qu’il y a un an et pourtant j’ai encore envie de pleurer en me retrouvant, même pour une visite, aux pins.

J’ai peur de l’avenir, mais il faut que je croie en la présence de Dieu près de moi.

28 Avril

Benjamin est né aujourd’hui. Je suis très heureuse. Celui là j’ai bien failli ne pas le connaître.. Il y a 15 ans,le 28 avril 1973, j’ai connu ce qu’une femme, une mère,peut à peine imaginer. Mon mari avait commis un attentat à la pudeur, devant des fillettes de 9, 10,13 ans. Cette naissance me semble en tant que Chrétienne, un pardon venant de Dieu pour mon mari décédé.

1er Juin 1988

4 anniversaires ce mois-ci, le 19 celui de mon mari décédé,le 7 le jour de notre mariage si on peut dire,le 3 la naissance de Jean-Paul, mon premier enfant,mon premier bébé à moi, le 13 la naissance de mon 4ème et dernier bébé,ma fille Isabelle. J’aurais tant voulu que cet enfant me ressemble,mais il n’en est rien. Cruelle désillusion et pourtant je n’arrive pas à lui en vouloir, ça doit être ça l’amour maternel.

21 Juin

Benjamin est très beau, c’est dommage qu’il soit toujours en pyjama.

23 Juillet

Il fait très chaud,ça me fatigue et puis je repense à la Tunisie,je ne sais plus quels souvenirs je dois garder. La naissance de mes enfants, la vie militaire au camp Fourquet,puis le départ et l’arrivée à Avignon…

1er Août

C’est le mois de la naissance de Catherine,un beau mois. Il y a un an j’étais aux pins. Pour moi cela a été mes premières vacances. C’est ce mois là que j’ai réappris à marcher,à descendre l’escalier seule, le tour de la clinique,regarder les fleurs,entendre les oiseaux,les pies qui venaient jusque sous ma fenêtre,les écureuils qui grimpaient dans les pins.

1er Octobre

C’est le mois où je suis née à Toulon,un samedi, dans une chambre meublée. Enfant non désirée et par la suite maltraitée. Que me reste-t-il de tout ça à 62 ans ?Un équilibre fragile, une sensibilité exacerbée,une émotion intense quand en 1988 sont comme je l’étais.

4 Octobre

J’ai acheté un canari dimanche, c’est un compagnon de plus avec Elsa. Mais que la solitude est dure à supporter quand on n’a personne et qu’on a eu une nombreuse famille.

23 Octobre

Aujourd’hui c’est mon anniversaire,demain celui de Michel,le 26 celui d’Adrien,il va avoir 3 ans.

 

EPILOGUE

20 Juillet 2000

Je vais avoir 75 ans, je suis vieille. Je suis dans un foyer logement depuis 27 mois. Et maintenant que vais-je faire de tout ce temps que sera ma vie, de tous ces gens qui m’indifférent, maintenant que tu es parti. Toutes ces nuits, pour quoi, pour qui. Et ce matin qui revient pour rien. Vous mes amis, vous mes enfants, soyez gentils,vous voyez bien que l’on n’y peut rien.

Et maintenant que vais-je faire,je vais en rire pour ne pas en pleurer,et puis un jour dans un miroir,je verrai bien la fin du destin. Pas de pleurs et pas de fleurs au moment de l’adieu…

Extrait de la chanson de Gilbert Bécaud

Mamie Josette Dominici, née Jézéquel

 

14 Novembre 2000

J’ai décidé cette nuit que je continuerai ce cahier. Aujourd’hui je pense que je suis guérie.

Après avoir eu si souvent envie de mourir, j’ai envie de vivre, de voir grandir mes petits enfants. Si tout va bien je sera arrière grand-mère au printemps, c’est merveilleux. Je viens de téléphoner à mon fils André pour prendre des nouvelles de Sarah.

25 Novembre

La sainte Catherine, la fête de Cathy, ma petite fille. Hier nous sommes allés avec Isabelle faire mes commissions.

26 Novembre

Demain c’est le ramadan, jeûne arabe qui dure un mois. Aujourd’hui c’est dimanche. beaucoup vont dans leurs familles moi je reste là.

29 Novembre

Je suis déçue, cette collectivité est vraiment insupportable. Il y avait le loto dans la grande salle.

30 Novembre

C’est la saint André, fête importante en France,et la fête de mon troisième fils. Je lui ai téléphoné ce matin. Je pense beaucoup à cet oncle André qui était prêtre.

2 Décembre

C’est le mois de décembre, mois que j’aime le moins. Mon père est mort dramatiquement et moi aussi j’ai failli mourir.

14 Décembre 2000

André est venu avec Sarah. Il m’a porté une jolie plante. Véronique m’a invitée pour le réveillon de la nuit de Noël.

14 Décembre

Hier matin j’ai téléphoné à Marie-France, elle a une grosse bronchite. Michel a téléphoné, Jean-Paul aussi.

16 Décembre

C’est ce jour là que monsieur Esposito a été écrasé par un train. Dramatique pour sa famille, inoubliable.

23 Décembre

Au cours du repas  de mercredi avec Michel et Patrick, j’ai appris que Patrick ne souhaitait pas du tout voir Jean-Paul. Il cause de lettres au moment de son procès qui ont été lues et qui auraient contribué à son incarcération. Moi je n’ai été au courant de rien.

27 Décembre

Jean-Paul est venu avec mon petit fils Julien. J’ai encore appris certaines choses concernant Patrick, mais mon opinion est faite. Les fêtes de Noël sont passées, heureuses et avec du bon manger. Beaucoup de cadeaux aussi. Des choses qui sentent bon. J’ai revu les parents de Véronique que j’avais vus quand je ne parlais pas.

15 Janvier 2001

Un jour une gitane m’a dit : tu seras dans une maison où tu seras comme une petite reine, mais ce n’est pas pour maintenant.

26 janvier 2001

Beaucoup de choses cette semaine, qui a dit que je m’ennuyais. Mercredi nous étions 5 pour aller aux baumes écouter de la musique, entendre des enfants chanter. Si on n’est pas sensible, on ne peut pas aimer

27 janvier

Hier j’ai écouté le disque d’Edith Piaf : Non je ne regrette rien. C’est toute ma vie qui se résume là.

 

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FIN DU CAHIER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XII EPILOGUE

 

 

 

Voilà, j’ai essayé de résumer ma vie du mieux que j’ai pu. J’espère que ça intéressera quelqu’un.

 

Comme on a pu le constater, il y a bien sûr du bon et du moins bon, comme dans toutes les vies. Si c’était à refaire il y a sûrement une ou deux choses que je changerais. Mais une vie en vaut une autre, n’est-ce pas ?

Une chose est certaine, elle a été meilleure que celle de ma mère.

Dans notre existence, nous grimpons tous un jour notre Everest. Moi, j’ai l’impression de l’avoir gravi plusieurs fois : Quand je me suis lancé dans la carrière commerciale, quand j’ai décidé de devenir professeur de yoga, enfin quand j’ai créé 2IDS. Une chose cependant  ne m’a jamais pesé, mes enfants, que j’ai toujours aimés depuis le jour de leur naissance.

Aujourd’hui j’ai 62 ans. Ce n’est pas si vieux, et il parait qu’à notre époque on a un avenir à 60 ans. Avec quatre lascars, pour l’instant, et qui vont grandir, la vie ne devrait pas manquer de surprises, espérons seulement qu’elles seront heureuses….

 

ANNEXE PHOTOS

 

Le mariage de mes parents 7 Juin 1949

Avec mon père en Tunisie

En « communiant », avec ma petite sœur Isabelle

 

Ma sœur Isabelle et mon frère André

 

Ma mère en communiante

Marie-France et Corine

Ma grand-mère Joséphine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Professeur de yoga

 

 

 

 

Et professeur de gymnastique

 

 

 

Ma-très-précieuse licence de géographie

 

 

 

 

 

Mon certificat de gestionnaire de la prestigieuse université Paris Dauphine

 

 

Le journal dont j’étais le rédacteur en chef.

Mes patrons, Gilles et Hervé SITBON

 

Départ à la retraite de mon frère Michel

Il a été le plus jeune conducteur de train de France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Categories: Mon Autobiographie. Décembre 2013

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