Elle est innocente ! Octobre 2017 version intégrale

couv Elle est innocente

Jean-Paul Dominici

Elle est innocente !

 

éditions Les trois clefs

collection Thrillers

photo de couverture :Sternstunden /fotolia.com

 

Cette nouvelle a été primée  par le jury du concours international Florilège.

 

 

Floriane Ginoux, épouse Sébastiani pour l’état civil, est, sans qu’aucune contestation ne soit possible, une très belle jeune femme ! Car depuis sa prime jeunesse elle est un être gracieux, élégant, lumineux, et surtout elle est d’une féminité exacerbée ! C’est une ravissante brunette à la peau claire, un peu comme si, voyez-vous, elle serait l’alter ego de Blanche-Neige ! Elle est dotée d’une longue et soyeuse chevelure de jais qui flotte harmonieusement en retombant avec grâce sur ses charmantes épaules, dont le galbe émouvant est souvent dénudé, surtout l’été, quand il fait si chaud, au pays de Fontvieille ! Son visage, au centre duquel est fiché un ravissant petit nez, est éclairé par deux grands yeux d’un délicat bleu délavé. Tout le monde s’accorde pour la trouver superbe, et même solaire, et par dessus tout, elle jouit de la réputation d’être une femme particulièrement sérieuse !

Ses jambes interminables battent allègrement le pavé de la longue rue Grande, lorsqu’elle emmène ses deux enfants, Guillaume et Laurent, le matin, à l’école du village.

Le maître de Guillaume, l’aîné de ses garçons, l’a toujours regardée avec une indéfectible admiration, mais il est surtout animé par le plus inavouable des désirs, ne puis-je m’empêcher de penser, surtout quand il pense à la terne et morne épouse qui l’attendra en ronchonnant, ainsi qu’elle le fait toujours, le soir à la maison.

La maîtresse de Laurent, qui est une femme aigrie et d’une nature acariâtre, pense, pour sa part, qu’il s’agit là, et sans le moindre doute, d’une de ces détestables mangeuses d’hommes dont les honnêtes femmes comme elle ont tant et tant à redouter !

Et elle en donne pour preuve, qu’elle, l’étrangère débarquée de Saint-Rémy, une ville qui est pourtant distante de plus de quinze kilomètres, n’a-t-elle pas réussi à épouser l’un des plus beaux partis de Fontvieille, à savoir le prospère et séduisant menuisier Marco Sébastiani, dont l’atelier florissant trône au beau milieu de la place de la République, en plein centre du village, fièrement établi entre le Crédit Agricole et le très chic, et très cher, salon d’esthétique Vénus beauty.

Le couple Sébastiani possède, entre autres, une grande et magnifique villa entourée d’une petite pinède, au cœur du quartier chic des Confignes, ce qui ne manque bien sûr pas de lui attirer de multiples jalousies.

Car par les chauds après-midis d’été il n’est pas rare d’apercevoir la belle brune, lorsqu’elle se baigne dans sa vaste piscine à traitement écologique, alors qu’elle se croit bien tranquille, réfugiée à l’abri des haies de thuyas, avec son amie Émeline, qui est depuis quelques années la charmante, mais hautement sulfureuse, factrice du village. Car cette dernière est une de ces délicieuses rousses hyper sexyes, dont les doux yeux verts sont surmontés de longs cils veloutés, qu’elle laisse volontiers papillonner en présence des hommes, qui ne se lassent bien entendu pas de l’admirer, mais aussi de la taquiner affectueusement. Leurs gracieuses fesses pommées, et si joliment bronzées, frisent ainsi avec insolence à la surface de l’eau, aux heures les plus chaudes de l’après-midi, quand qu’elles agitent avec vigueur leurs longues jambes fuselées, alors qu’elles sont accompagnées par le chant lancinant, et un brin mélancolique des cigales, qui sont comme d’habitude surexcitées par l’intense chaleur ambiante.

La charmante Floriane est artiste-peintre, cela, je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit. Elle peint peu mais elle peint régulièrement, avec bonheur et constance. Elle peint pour l’essentiel les paysages colorés et lumineux de sa Provence natale. Un mas avec un cyprès, parce que c’est le modèle de tableau qu’elle vend le mieux, un champ planté d’une merveilleuse lavande intensément bleutée, le Pont du Gard, un monument qu’elle adore, surtout quand il est généreusement éclaboussé de soleil, le charmant port de pêche des Saintes-Maries de la mer, et le Moulin de Daudet, bien sûr, cette emblématique et incontournable bâtisse implantée aux abords de son village, que des touristes férus de littérature française, venus du monde entier, se pressent pour admirer, et ce à longueur d’année.

Avec l’éducation de ses deux enfants, cette paisible activité occupe suffisamment ses journées et elle n’a par conséquent jamais cherché un autre emploi. Et comme Marco gagne plus que correctement sa vie, tout va pour le mieux dans son petit monde, qui est ainsi aussi heureux que serein.

Elle occupe alors rationnellement, et le plus sainement possible, son esprit et ses mains en faisant de la gym et du yoga ou en participant aux activités culturelles proposées par la MJC de Saint-Rémy de Provence, dont elle est une habituée, car elle y expose parfois ses œuvres. Elle participe notamment à l’atelier de fabrication de bijoux, qui est animé par le séduisant Thierry Garnier, l’artisan installé au Val d’Enfer, sur la commune voisine des Baux de Provence. Celui-ci a au fil des années, soutenu par la presse et les radios régionales, exposition après exposition, acquis une certaine et bienveillante notoriété grâce à sa gamme de bijoux d’été en argent incrustés de pierres bleues, vertes et jaunes qu’il a baptisée « Rivages Insulaires ». Les améthystes y côtoient en effet les saphirs, les émeraudes, les turquoises, l’ambre et les chrysoprases dans une chaleureuse harmonie. On peut trouver ses créations dans les plus belles boutiques de la région, et même dans quelques commerces chics de Paris, Lyon, Bruxelles, et même Genève ! Son amie Émeline possède, quant à elle, un caractère indéniablement plus trempé. Ne la voit-on pas souvent, pendant la saison, accompagner les hommes à la rude et dangereuse chasse au sanglier ? Et, un jour que son chien Balthus s’était gravement blessé en sautant avec une vigueur excessive dans un profond fossé, elle n’avait pas hésité alors à l’abattre elle-même d’une balle de gros calibre qu’elle lui avait virilement logée entre les deux yeux. Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles pour tous les acteurs de ce drame jusqu’au jour où ce qui devait arriver finit un jour par arriver, et cela se produisit par une belle après-midi d’été, car telle est la dure loi du destin. Qui séduisit l’autre, vous voudriez peut-être le savoir, pour vous faire une idée sur le degré de félonie de la ravissante brunette ? Mais je dois ici vous avouer qu’il m’a été impossible de répondre à cette épineuse question, malgré l’enquête minutieuse que j’ai menée à postériori. Toujours est-il que la belle Floriane et le non moins charmant Thierry devinrent amants, et qu’ils s’aimèrent même le plus tendrement et le plus passionnément du monde !

Peut-être avait-elle tout simplement craqué face à sa sensibilité toute féministe d’artiste joaillier, peut-être bien, oui !

Toujours est-il qu’on pouvait parfois les apercevoir, vous savez, quand ils se promenaient avec nonchalance dans la garrigue qui entoure le village touristique des Baux, toujours accompagnés du grand chien noir du garçon, qui était un berger des Pyrénées, je pense, mais jamais, au grand jamais, on ne les vit se toucher, ne serait-ce que du bout des doigts ! Car, quand ils avaient décidé de se toucher, et même un peu plus que ça, cela se passait inévitablement dans le secret de l’alcôve protégée par un épais rideau de velours qui est située au fond de l’atelier de Thierry, aux Baux, bien loin du village de Floriane. Là, ils pouvaient en effet donner en paix libre cours à leurs irrésistibles pulsions amoureuses, et cela se faisait toujours dans la discrétion la plus absolue. Ils baisaient, donc, et ils s’en donnaient même à cœur-joie, car il advenait régulièrement que la charmante et sculpturale Floriane accorda à son amant de cœur des privautés, que je me refuse à vous exposer en détail, n’étant pas un auteur pornographique, mais il s’agissait quand même de privautés qu’elle refusait avec la dernière énergie à son époux, comme celle de se laisser langoureusement prendre par son passage secret, par exemple, ou encore de le faire paisiblement jouir dans sa bouche, qui se faisait pour l’occasion aussi tendrement chaude que résolument câline, et elle le suçait alors comme elle l’aurait fait d’un téton, ou mieux, d’un clitoris !

Comme quoi, pour une femme qui jouissait de la réputation d’être une épouse et une mère de famille particulièrement sérieuse et irréprochable, elle avait habilement su manipuler son monde. La seule qui savait était la séduisante rouquine Émeline, l’amie et confidente de toujours, puisque les deux amies se connaissaient depuis l’école maternelle, et qu’elles n’avaient jamais eu aucun secret l’une pour l’autre, cela s’était perpétué jusqu’à ces jours maudits dont je m’apprête à vous conter l’histoire, qui est une histoire qui s’est réellement déroulée, bien entendu, mais cela ce fut il y a quelques années, maintenant, pas loin de dix ans, en fait !

Malgré ses loisirs éminemment virils, vous devez savoir qu’il ne pouvait pas y avoir plus fleur bleue au paisible pays de Fontvieille que cette trentenaire, qui était toujours célibataire, bien qu’elle soit ardemment courtisée par bon nombre d’hommes du village, qu’ils aient été déjà mariés ou qu’ils soient encore libres.

Mais, si elle s’occupait relativement peu d’elle et de son bien-être au quotidien, elle était une personne profondément, radicalement, altruiste, et ainsi, elle était avant tout admirative du profond et surnaturel amour que se portaient Floriane et Thierry, et elle fondait littéralement d’émotion lorsqu’il lui arrivait de les accompagner, au cours de leurs longues et paisibles promenades dans la somptueuse et odorante campagne des Baux de Provence. Elle pensait, en son for intérieur, que c’était une vraie pitié que de devoir brider un si bel amour, et qu’en conséquence, ce serait une chose tellement merveilleuse si le destin se mêlait de donner un petit coup de pouce à cette si belle histoire d’amour, afin de la faire avancer dans ce qu’elle considérait, toujours en son for intérieur, être le bon sens, à savoir l’union sans retour de la gracieuse Floriane et du beau Thierry, et alors, ce serait tant pis pour Marco ! Cependant, bien qu’elle soit profondément, et même viscéralement, altruiste, elle ne se montrait pas spécialement inquiète pour lui car elle se disait qu’il finirait bien par en trouver une autre, celui-ci, avec sa belle gueule et tous les sous qu’il avait accumulés au fil des années, grâce à sa petite entreprise qui marchait si bien !

Qu’en était-il de la jolie brune, allez-vous certainement me demander maintenant ? Eh bien, ce que je peux vous en dire, c’est qu’elle n’avait bien entendu aucune envie de cette sorte, notre ravissante brunette ! Car sa vie lui convenait parfaitement telle qu’elle était, alors qu’elle se plaisait à se sentir confortablement lovée, entre son mari, son amant, ses enfants et ses amies, dont certaines devenaient parfois, elles aussi, bien que ce ne soit que très occasionnellement, des amantes de passage, pour une ou deux après-midi de folie douce et sensuelle par semestre, par exemple ! Car je peux vous le dire, maintenant, c’est ce genre de relation qui faisait réellement mouiller la séduisante Floriane ! L’amour physique avec une fille, et naturellement, elle était profondément malheureuse que sa tendre amie Emeline soit pour sa part une indécrottable hétérosexuelle !

Car, sans l’aimer plus que de raison, et maintenant nous savons pour quelle raison, elle appréciait beaucoup Marco, ce descendant d’un maçon Piémontais qui était arrivé à Signes un beau soir du début du siècle et qui avait engendré une nombreuse descendance. Tous travaillaient dans le bâtiment, qu’ils soient carreleurs, plâtriers, maçons, menuisiers, peintres, et certains devinrent même des maîtres d’œuvre recherchés pour leur expertise.

Le garçon s’était paisiblement rendu maître de sa virginité alors qu’elle était encore toute jeunette, dans une très jolie chambre de la très chic Auberge de Noves, à l’issue d’un long et fin dîner gastronomique.

Ils se connaissaient bien, car ils avaient très souvent dansé ensemble et flirté, plus ou moins longuement. Ils s’étaient ainsi déjà longuement embrassés et caressés à de nombreuses reprises. Aussi, lorsqu’ils se furent allongés sur le lit king size, dans l’intimité de leur nouveau et provisoire refuge, Marco avait entouré la jeune fille qu’elle était encore de ses bras et il lui avait donné mille longs baisers fougueux tout en lui prodiguant les plus savoureuses et les plus enivrantes des caresses.

Celle-ci, toute émoustillée, n’avait alors pas tardé à penser : « Et si je la perdais, ce soir. Parce qu’il me semble quand même que j’ai le bon âge pour ça, non, parce que je ne vais quand même pas rester dans cet état, pucelle, et encore pucelle, jusqu’à trente ans  ?! »

Elle glissa alors avec volupté sa petite main aux doigts longs et fins, dont les ongles, soignés, sont soigneusement colorés d’un rouge vermillon métallique et brillant, sous la chemise du garçon et elle caressa tendrement sa poitrine légèrement velue.

— Oh, doux Jésus, comme c’est doux, et même merveilleusement doux, murmura-t-elle sous le coup de la tendre émotion qui la submergea, tout en promenant sa main sur le fin duvet frisotant. C’est aussi doux que le sexe d’une fille, pensa-t-elle !

Marco, pendant ce temps, avait entrepris de caresser avec passion ses longues cuisses fuselées dont la peau lui avait toujours étée particulièrement agréable au toucher, depuis le jour où la destinée avait voulue qu’il la rencontre enfin, celle dont il avait tout de suite compris qu’elle deviendrait la femme de sa vie. Il l’avait croisée alors qu’il sortait du Stax, la célèbre discothèque à la mode de Châteaurenard tandis qu’elle, elle, elle y entrait, et il avait bien sûr tout de suite fait demi-tour !

— Oh, mais toi aussi tu es super douce, ma chérie, lui dit-il à son tour d’une voix tremblotante.

Elle déboutonna ensuite très lentement la chemise du garçon.

C’est alors que la folie commença à s’emparer d’elle. « « Au point où j’en suis, se dit-elle, il n’est certainement pas question de reculer, alors courage, ma fille, c’est parti pour le grand saut dans l’inconnu, et il me semble que c’est même bien parti ! » Elle saisit les bords de son polo et elle le retira d’un geste preste pour apparaître en juvénile soutien-gorge à petites fleurs bleues aux yeux émerveillés de son compagnon.

Marco commença aussitôt à s’affoler et sa main, qu’il ne contrôlait déjà plus, était déjà remontée jusqu’à la fine culotte de son amie. Il sentit alors sous ses doigts que le léger tissu de dentelle en était légèrement humide. Cela l’excita encore plus et il et se jeta sur sa compagne pour s’emparer de ses adorables petits seins afin de les masser avec jubilation, avant de se mettre à les téter amoureusement, puis à les mordiller, animé comme il l’était d’une infinie gourmandise.

La main de Floriane avait, semblait-il, elle aussi, gagné sa pleine indépendance, car elle était allée se poser, le plus naturellement du monde, sur le renflement qui venait d’apparaître sous le tissu du pantalon du garçon, juste au niveau de la braguette.

Elle avait beaucoup lu, elle avait longuement bavardé de ces choses-là avec ses amies, elle avait vu aussi de nombreux films, dont un était même pornographique. Elle savait donc exactement ce qui allait lui arriver dans les minutes qui suivraient, et qu’elle appelait ardemment de ses vœux, alors même que toutes les circonstances pour « le faire », lui semblèrent être enfin réunies !

Elle caressa affectueusement le renflement, qui fut rapidement agité de comiques soubresauts, ce qui manqua de peu de la faire éclater de rire.

Alors Marco se déshabilla calmement, refusant de se montrer trop pressé, puis il enfila prestement, mais avec soin, un préservatif à haut pouvoir sensitif.

Floriane lui sourit d’une façon chaleureuse et elle pensa qu’il serait peut-être bon de l’encourager encore un peu, et pourquoi pas, se dit-elle ?

Elle embrassa donc une nouvelle fois le garçon, faisant tourner avec passion et agilité sa petite langue rose autour de celle de son partenaire, puis elle défit sa jupe légère et elle fit lentement glisser le long de ses longues jambes sa jolie petite culotte, qu’elle balança à l’extrémité du lit, d’un mouvement vif et gracieux de la pointe du pied, avant de se tourner lentement, et avec une infinie volupté, sur le côté droit.

Maintenant est venu le moment de vous dire que le bel Marco fut quasiment parfait, ce soir-là. Les fesses affriolantes autant qu’affolantes qui s’offrirent à sa vue firent encore monter son désir, qui était pourtant déjà particulièrement intense, paroxystique, même… Il ne fut néanmoins pas avare de longs et délicieux préliminaires, auxquels il se livra avec le plus grand soin, en usant sans retenue de ses mains et de sa langue. Après un dernier et long baiser, qui fut particulièrement coquin et enfiévré, qu’il donna à la source même du plaisir, il pénétra avec mille précautions la jeune fille puis il l’aima longuement et paisiblement, sans brutalité, avant de finalement se libérer, et de jouir dans un long spasme qui fut accompagné d’un aimable et infiniment discret gémissement de bonheur et de satisfaction.

La jeune et ravissante Floriane s’allongea alors sur le dos puis elle attira le jeune homme dans ses bras pour lui avouer, tout en se sentant quand même un peu gênée de le faire, alors qu’elle était elle-même étonnée de ce qui venait de lui arriver : « je… je crois que j’ai, mon amour…tenta-t-elle timidement de lui exprimer. »

— Oh mon dieu, c’est, c’est pas vrai, tu as joui, mon amour, tu as joui, c’est vrai ?! Mais, tu sais que c’est une super nouvelle, ça, oh mon tendre, mon grand, mon fol amour ! Tu sais que c’est rare, ça, de jouir, pour une fille, quand c’est la première fois qu’elle… ! Parce que c’était bien la première fois, n’est-ce pas ?

— Oui, oui, oh bien sûr que oui, mais pour qui me prends-tu, espèce de… fit-elle mine de le morigéner en martelant sa poitrine de petits coups de poing rageurs.

— Oui mon amour, j’ai joui, et j’ai même longuement, et superbement, joui, mais cela n’a pas été explosif, comme je pensais que ce le serait ; je suis tout simplement montée au paradis, tu sais, j’ai tout simplement quitté la Terre pour me perdre dans l’azur de ce mythique septième ciel, dont je n’étais pas tout à fait sûre qu’il existât, surtout dans les bras d’un homme, ajouta-t-elle mentalement, rien que pour elle ! Mais me voilà rassurée pour le restant de mes jours, maintenant, et cela grâce à qui, mais grâce à toi, bien sûr, Marco Sébastiani, le plus grand, le plus fort, et le meilleur de tous les amants de la terre !

Ils étaient bien ensemble, ainsi que vous avez certainement pu le constater, car ils étaient unis par une réelle et intense complicité ! Alors, comme elle n’avait quand même pas l’intention d’épouser une femme elle n’hésita pas plus longtemps et elle répondit « oui » quand il la demanda en mariage et ils se marièrent, bien entendu, après avoir reçu la bénédiction des parents de la jeune fille ! Dans les années qui suivirent deux beaux enfants vinrent alors illuminer leur jeune foyer et par là même consolider leur union.

Et c’est ainsi qu’ils vécurent parfaitement heureux pendant de longues et paisibles années.

****

 

 

En cette lumineuse matinée de printemps, le temps était particulièrement radieux. « Comme d’habitude, en cette saison », pensa Marco en chAntton nant, alors qu’il travaillait au montage d’une charpente sur un grand mas, qui avait été récemment acheté par un couple de Belges aisés, et qui était actuellement en cours de rénovation, quand un coup de feu claqua dans les collines. Ce fut un BANG sec et bref, mais qui résonna et fit longtemps vibrer l’air entre les rochers, et qui serpenta longtemps, longtemps, parmi les bois et les ravines.

Le menuisier s’effondra, car sa belle gueule venait d’être définitivement réduite en une bouillie sanglante.

Alerté, le jeune commissaire Mathias Polvérino, qui était basé en Arles, arriva rapidement sur les lieux du drame. Il pensa alors qu’il s’agissait d’un banal accident de chasse, d’une de ces balles perdues qui fusent parfois à tort et à travers dans tout le pays, en cette saison, du moins.

Le corps atrocement supplicié du malheureux fut transporté à l’institut médico-légal d’Avignon aux fins d’autopsie.

Le légiste avait extrait la balle responsable de la mort du menuisier. C’était une de ces munitions pour carabine Remington 280 à lunette utilisée pour la chasse au sanglier. Avec ce type d’arme on avait clairement souhaité ne laisser aucune chance d’en réchapper à la victime.

Ce genre de fusil, qui était extrêmement courant dans cette région où les chasseurs étaient si nombreux, ne serait certainement pas des plus faciles à identifier.

Floriane était effondrée, naturellement, et c’est peu dire qu’elle versa toutes les larmes de son corps dans les bras qu’elle trouva comme d’habitude grand ouverts de son amie Émeline !

Celle-ci, qui semblait si forte, resta imperturbable face à ce drame épouvantable qui venait de frapper sa meilleure amie. Elle chercha néanmoins à la consoler du mieux qu’elle put.

— C’est effroyable, c’est terrible, bien sûr, mais songe que par bonheur il te reste Thierry, ma petite chérie ! pense un peu à lui, s’il te plaît. Ce qui t’arrive est affligeant, je te le concède volontiers, mais considère que maintenant plus rien ne peut s’opposer à votre si bel amour. Ressaisis-toi, s’il te plaît, et essaie donc de voir le bon côté des choses, bon sang, et surtout, secoue-toi! Et pense aussi à tes enfants, car, que tu le croies ou non, que tu en aies envie ou non, la vie va quand même continuer, pour eux et pour toi…

Le commissaire Polvérino, quant à lui, était plongé dans la plus intense perplexité, car vu la configuration des lieux, il avait bien été obligé d’écarter l’hypothèse de l’accident de chasse pour ne retenir que celle du tir délibéré, c’est-à-dire de l’assassinat avec préméditation, en fait !

Mais, comment diable allait-il s’y prendre pour mettre la main sur ce mystérieux assassin, qui semblait protégé par la plus opaque des invisibilités, car absolument aucun indice ne pouvait lui indiquer la direction à suivre pour remonter jusqu’au coupable.
Un juge d’instruction fut diligenté afin de prendre en charge cette enquête, qui s’annonçait si difficile.

Les cigales continuèrent à chanter avec allégresse, et le soleil à briller, toujours avec la même arrogante intensité tandis que les touristes étaient toujours aussi nombreux autour du Moulin de Daudet, mais une famille jusque là heureuse et sans histoires se trouvait plongée dans le deuil et le plus noir des désespoirs.

Toutes les hypothèses furent envisagées. Toute la journée on éplucha les comptes d’Marco, et aussi ceux de Floriane, puis on interrogea les voisins, le garde-champêtre, les commerçants, les chasseurs, et aussi les cinq employés du menuisier, mais ce fut sans le moindre succès.

« Un client qui aurait été mécontent, ça existe, bien sûr, comme dans tous les commerces, mais au point de le tuer, non, là, non, je ne vois vraiment pas » affirma un des jeunes employés du prospère menuisier.

On était même allé jusqu’à fouiller avec soin, et même de fond en comble, les nombreuses caravanes du camping, toujours à la recherche de cet hypothétique fusil, car, bien entendu, dans l’esprit de chacun, ce ne pouvait être qu’un individu étranger au pays qui avait fait le coup.

Au bistrot « Chez Zézé », pendant ce temps, les conversations des habitués allèrent bon train.

Une carabine pour la chasse au sanglier ? Mais ! N’était-il pas de notoriété publique que la sulfureuse Émeline en possédait une, bien entretenue et en parfait état de marche, de surcroit, si on considérait le nombre incroyable de ces grosses bestioles qu’elle avait gaillardement descendues la saison précédente, avec son dangereux jouet!

Mais le principal problème, c’est qu’il était aussi de notoriété publique qu’elle ne portait pas spécialement le menuisier dans son cœur, sans que l’on sache très bien pourquoi, d’ailleurs. ! Alors, de là à voir en elle ce meurtrier aussi discret qu’insaisissable, il n’y avait qu’un pas à faire, et il fut fait plus rapidement que ce que l’on aurait cru possible.

Gaspard Donadieu, l’imposant fabricant d’huile d’olive de la plaine, vola alors sans hésiter au secours de la jeune et séduisante accusée.

— Ce matin, à l’heure du meurtre, elle était chez moi, je vous dis, bande d’abrutis, Abrutis, avec un grand A, même ! Elle me remettait mon courrier, les recommandés, comme d’habitude, quoi, alors, j’en mettrais sans crainte ma main à couper, je suis certain qu’elle est innocente, cette petite ! C’est pourtant vrai que vous badez tous après elle comme des puceaux énamourés, mais comme vous savez que vous ne l’aurez jamais, vous préféreriez bien sûr la savoir en prison, à croupir pendant des années, c’est çà, où je me trompe, ajouta-t-il dans un tonitruant éclat de rire qui clôtura efficacement et bien heureusement cette sordide conversation.

Rien d’essentiel ne se produisit jusqu’au soir même de cette éprouvante journée, qui vit Robert Santoux, un type basique et un peu frustre, qui avait la réputation d’être un abruti de tout premier ordre, venir frapper avec insistance à la porte d’Émeline.

Celle-ci lui ouvrit la porte en grand tout en lui adressant un petit sourire curieusement fuyant.

— Ca y est, c’est fait, s’exclama-t-il d’une voix joyeuse. Alors, voilà, je viens chercher ma petite récompense, comme c’était prévu, quoi !

— Entre, Robert, je t’en prie, l’encouragea d’une œillade la belle factrice.

Elle fit asseoir son visiteur dans un vieux fauteuil en cuir fauve et elle lui servit sans tarder un bon verre de pastis, une généreuse momie, bien tassée, comme il se doit, mais elle la lui servit dans un grand verre à bière!

La jolie rousse, qui n’était vêtue que d’une petite robe verte particulièrement sexye, qui laissait ses épaules et ses cuisses dénudées, passa ensuite dans la salle de bains en disant : « tu m’excuses une seconde, mon beau ». Elle fit couler l’eau quelques instants et elle en ressortit presque aussitôt. A la seule différence qu’elle était maintenant entièrement nue, tandis qu’une de ses mains, la gauche, resta pudiquement posée en conque sur son sexe, et ce fut peut-être pour tenter d’en masquer l’insolente et affolante incandescence.

Puis elle se dirigea à petits pas vers la fenêtre, dont elle tira soigneusement les rideaux d’un geste sec et nerveux.

Robert la regarda passer sous ses yeux et il ne put naturellement pas se retenir de lui donner une petite tape amicale sur la fesse droite.

Elle revint ensuite d’un pas chaloupé vers le canapé en traînant un peu des pieds et elle s’y allongea lascivement sur le dos. Elle entrouvrit alors ses jambes avec une indicible langueur puis elle dit du bout de ses gracieuses, mais un peu boudeuses, lèvres roses, à son visiteur :

— Une chose promise est une chose due, Robert, et c’est même quasiment une chose sacrée, c’est une chose due, m’a sans cesse répété ma pauvre mère alors que je n’étais encore qu’une petite fille sage, alors, ainsi que je te l’ai promis, je suis à toi, mon gros ! Tu peux donc te servir, et me prendre à la manière qu’il te plaira et surtout, je t’en supplie, profite, régale-toi bien, et oui, je t’en supplie, éclate-toi un max, parce qu’on ne sait jamais ce que cette chienne de vie peut nous nous réserver, tu sais ; demain, ou même aujourd’hui, on pourrait tout aussi bien se retrouver morts, nous aussi, et alors, c’en serait fini et bien fini, n’est-ce pas, de ces délicats plaisirs de la vie !Tu veux que je reste comme ça, sur le dos, ou que je me mette à quatre pattes, c’est comme tu voudras, mon amour.

Robert, je vous l’assure, avait les yeux qui semblaient vouloir à tout prix quitter leurs orbites afin de se carapater au plus vite vers la chatte flamboyante de la ravissante petite rousse et il lui dit « c’est bon, reste comme ça, comme tu es ! »

Il ôta rapidement ses chaussures, puis il se débarrassa tout aussi rapidement de ses chaussettes négligées, puis il se défit tout aussi vite de son treillis, et enfin de son slip douteux, puis, dès qu’il fut entièrement nu, il s’allongea lourdement sur Émeline, après qu’elle lui eut fermement refusé la petite fellation qu’il lui avait pourtant gentiment demandée, afin de le mettre en condition, lui avait-il dit.

Puis il la pénétra, ce qu’il fit plutôt brutalement, pour tout vous dire ! Il suait à grosses gouttes et il la regarda intensément, avec des yeux fous, pendant qu’il lui faisait l’amour sans la moindre douceur, et même avec une sorte de bestialité, dans une action qui aurait pourtant dû être un acte d’amour, un moment de tendresse partagée !

Lorsqu’il se fut enfin soulagé, dans un long et détestable grognement il lui annonça :

— Je reviendrai, et je reviendrai même tous les jours, ma petite chérie. Parce que c’est vraiment trop bon, ça, de te faire l’amour comme ça, aussi librement, oh mon dieu oui que c’est bon, et c’est même super extra bon, ajouta-t-il en bavant un peu ! Et surtout parce que ça le vaut bien, non ? Pour ce beau travail que je t’ai fait, bien propre, nickel, et surtout sans bavures, je suis bien le meilleur, non ? !

La jeune femme fit langoureusement papillonner ses cils puis elle lui adressa un étrange sourire de vampire tout en glissant mine de rien sa main sous le canapé afin d’en extraire discrètement un large couteau de cuisine, qu’elle brandit soudainement et qu’elle planta sauvagement, à trois ou quatre reprises, tout en poussant des cris rauques, dans le dos gras de l’homme, qui s’affala aussitôt sur elle.

« Bien sûr que non, gros balourd. Tu ne reviendras pas, jamais, oh que non, jamais, au grand jamais! » ajouta-t-elle en enfonçant vigoureusement le couteau entre ses côtes.

Elle s’efforça de respirer le plus calmement et profondément possible, puis elle dégagea lentement le corps inerte de Robert. Ensuite elle se leva pour aller tranquillement rincer avec soin le verre qui était encore posé sur la table puis elle se dirigea d’un pas tranquille vers le téléphone. Et elle appela la mairie.

— Venez vite, s’il vous plaît, c’est grave, parce que je viens de tuer quelqu’un, il y a un mort chez moi, je vous dis, alors, magnez-vous un peu le cul, s’il vous plaît !

Le garde-champêtre fut là dans l’heure et il appela aussitôt le commissaire Polvérino.

Ce dernier arriva le plus promptement possible en disant : « mais, que se passe-t-il encore, ici ? Ah, Fontvieille, Fontvieille ! Vous avez décidé d’avoir ma peau, vous autres, dans ce fichu patelin, ou quoi, alors, que se passe-t-il encore, ici? »

Ce fut Bernard, le garde-champêtre, qui prit la parole :

« Voilà, monsieur le commissaire, madame, ici présente, venait de sortir de sa douche quand le sieur Robert Santoux, le mort, dit-il en désignant de son index tendu vers le sol le cadavre sanglant qui y gisait, a pénétré dans sa maison, qu’elle avait sans doute mal fermée, puis il s’est jeté sur elle en hurlant de terribles insanités, et il l’a sauvagement violée.

— Est-ce bien ainsi que cela s’est passé, madame, demanda Mathias, qui, pour sa part, sembla particulièrement incrédule?

— Oh oui, et je peux même vous dire qu’il avait l’air d’un fou furieux, et que j’ai eu la peur de ma vie ! Les yeux lui sortaient littéralement de la tête, monsieur le commissaire ! Pour moi, il avait dû boire un coup de trop avec ses copains, au café, avant de venir. D’ailleurs, il pue encore le pastis, tenez, sentez-le. Quel malheur, lui qui était si aimable, et si gentil, d’habitude. Oh mon Dieu, l’alcool, les ravages que ça peur faire, cette saloperie !

Pour les nécessités de l’enquête, on perquisitionna chez Robert Santoux. A leur grande surprise, les enquêteurs découvrirent, bien cachée dans le garage, derrière de vieux cartons usagés, une carabine Remington 280 à lunette. Après examen, il s’avéra que c’était bien l’arme qui avait servi à abattre Marco Sébastiani.

Il y avait bien sûr une explication des plus simples à cette surprenante découverte, comme c’est souvent le cas, dans les affaires qui nous semblent les plus inextricables. Alors la voici, parce que je n’ai vraiment pas le cœur à vous faire attendre plus longtemps.

Il se trouve qu’Émeline, cette incorrigible fleur bleue, en avait eu plus qu’assez d’attendre le petit coup de pouce du destin qui permettrait à son amie de s’unir pour la vie à son amant de cœur. Elle avait alors pensé qu’il relevait de son devoir de meilleure amie se sacrifier pour elle. Elle était donc allée trouver Robert, son soupirant le plus assidu, mais pas le plus intelligent, et lui avait déclaré, tout en lui adressant un sourire des plus enjôleurs :

— Tu as gagné, mon beau Robert, parce que figure-toi que j’ai finalement décidé de me donner à toi.

Robert en avait immédiatement perdu la boule.

— C’est pas vrai ? Oh ma puce, oh ma chérie, mon cœur !

— Seulement, avant, j’aimerais que tu me rendes un petit service, Robert, avant de t’offrir ce corps que tu désires tant, et que tu désires même depuis si longtemps, mon pauvre amour !

Et que croyez-vous qu’il lui répondit, ce malade mental ?

— Demande-moi tout ce que tu voudras, ma petite chérie.

— Tout ?

— Absolument tout. Je serais même prêt à tuer, si tu me le demandais.

— Vraiment ?

— Oh que oui, vraiment. Oh, ma chérie, je t’aime tant, si au moins tu savais comme je t’aime. Comme ça, fit-il en écartant largement les bras !

N’était-ce pas un peu trop tentant, cette aimable proposition ?

— Alors, partagée entre sa nature profondément altruiste et son désir de faire le bonheur de sa meilleure amie elle lui dit « voilà, j’aimerais beaucoup que tu me débarrasses d’Marco Sébastiani, d’une manière ou d’une autre ! Ce gros nullard, ce balourd, qui me fait une cour de tous les diables, figure-toi, en cachette de sa femme, bien sûr, et ça me gonfle, tu peux pas savoir comment ça me gonfle…. Il m’emmerde trop, en fait. Je n’en dors quasiment plus, et ma beauté, cette fragile fleur sauvage, que tu sembles tant apprécier, va finir par s’étioler, ça c’est sûr.

— Considère que c’est comme si c’était fait, mon amour, lâcha l’homme dans un souffle.

— Alors tout est parfait, dans ce cas, mon bel ange gardien. Reviens me voir seulement quand tout sera réglé, mon chéri, mais pas avant, n’est-ce pas ?

Une chose était sûre cependant, c’est qu’elle se méfiait comme de la peste du grand Robert. Me tirer une fois ne lui suffira certainement pas, à celui-là, tel que je le connais, avec son trop-plein chronique de mauvaise testostérone !

Aussi n’avait-elle pas hésité une seconde avant de prendre toutes les précautions afin de l’accueillir en fanfare. Les amours de Floriane et Thierry ne méritaient-ils pas un petit sacrifice…

Car c’est bien l’amour qui gouverne le monde, non ?

Ainsi le mot de la fin se devait immanquablement de lui revenir, et ainsi la morale, une fois de plus, serait sauve !

 


 

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