Les piments d’Espelette. Mortelle fantaisie au Pays Basque. Octobre 2016

Couv Les piments dEspelette

Les piments d’Espelette

éditions Les trois clefs

collection Thrillers

publié via Bookelis

 photo de couverture : Pixabay- tous droits réservés

 

J’ai tout mangé le chocolat
J’ai tout fumé les Craven A
Et comme t’étais toujours pas là
J’ai tout vidé le Rhum Coca
J’ai tout démonté tes tableaux
J’ai tout découpé tes rideaux
Tout déchiré tes belles photos…

Fallait pas m’ quitter tu vois
Il est beau le résultat
Je fais rien que des bêtises
Des bêtises quand t’es pas là

Sabine Paturel, Les bêtises

 Je vais maintenant vous relater une histoire, une bien triste histoire, en vérité, que l’on m’a relatée il y a deux ans, alors que je me trouvais en vacances avec mon amie à Saint-Jean de Luz, et elle me parait tellement véridique que je n’ai aucune raison de mettre en doute sa véracité, aussi vais-jevous la servir telle que l’on me l’a racontée, et cela jusque dans ses moindres détails. Tout d’abord, il faut que je vous dise, la jeune Agurtzane, dont le prénom, loin d’être représentatif du séduisant phénomène qui le portait si mal, signifie La Vierge Marie, en Basque, était une grande brune assez mignonne, cependant elle était particulièrement agitée, et passablement dégingandée, aussi ! Elle arborait un très léger duvet au-dessus de la lèvre supérieure, tandis que de fins poils noirs, sensiblement plus abondants, parsemaient ses bras agréablement bronzés aux muscles joliment dessinés, mais elle n’était pas une jeune femme aux traits simiesques pour autant, rassurez-vous, tout simplement parce que ce petit excédent de pilosité, qui était certainement dû à ses lointaines origines espagnoles, mis à part, elle serait plutôt charmante, sacrément sexy-toy, même, comme le reconnaissaient volontiers les gars du village, les jeunes, mais aussi les moins jeunes. Son mec était, quant à lui, un grand type brun, bronzé et musclé, un gars à la démarche chaloupée, qui était presque toujours vêtu d’un jean et de son éternelle chemise à gros carreaux rouges et bleus. Il travaillait au garage du pays. Mi mécano, mi carrossier, il était l’homme à tout faire de la boutique, puisqu’il servait aussi l’essence, il faisait les vidanges, et il confectionnait même les sandwiches l’été, mais seulement quand il avait les mains bien propres, lui avait fermement intimé son patron, qui était un homme respectueux des consignes d’hygiène, ce mal nouveau, mais certainement nécessaire, avec lequel on ne plaisantait plus, de nos jours où tout et son contraire pouvait arriver. Tout le monde au pays l’appelait Marlon, pour son étrange ressemblance avec le grand Brando, bien qu’il se prénommât en réalité Gillem. C’était un prénom qui signifiait « Le protecteur intransigeant », et qui lui allait parfaitement, tant il veillait avec efficience sur le bien-être et le bonheur de sa pétillante petite copine.

Son amie Bélangéra, qui pour sa part portait un prénom qui signifie l’esprit de l’ours, toujours en Basque, était, quant à elle, une jolie petite blonde qui venait tout juste de fêter en fanfare ses 21 balais, en s’offrant pour cette occasion une folle soirée de bringue et de sexe avec son homme, ainsi bien entendu que quelques amis très intimes dans le seul club échangiste de la région, la célèbre Locateria. C’était une jeune fille plutôt avenante, une blonde aux yeux bleu lavande un petit peu rondelette, peut-être, surtout des fesses, mais sans qu’elle puisse être targuée pour cela d’être une grosse fille. Son mec, qui était un type plutôt effacé et timide, travaillait à l’agence locale du Crédit agricole de Bayonne. Il aurait, quant à lui, un peu tendance à ressembler à François Hollande, vous savez, quand il était plus jeune, tel qu’on le voyait parfois à la télé. Est-ce pour cette raison, ou pour son caractère plutôt mollasson et flegmatique, qu’on l’avait surnommé Mimolette, bien qu’il se prénomme en réalité Menaut. Il serait, si l’on en croit son charmant patronyme, celui qui appartient au Seigneur!

On pouvait souvent croiser les deux jeunes femmes dans les rues populeuses, perpétuellement encombrées de touristes, surtout dès le retour des beaux jours, de ce plaisant village Basque d’Espelette. Elles déambulaient généralement main dans la main, en parlant fort, parfois en riant, mais en affichant toujours une formidable et inébranlable complicité, et en ayant toujours l’air de s’amuser comme des petites folles ! Elles étaient souvent habillées de rouge, que ce soit d’un chaud pull l’hiver, ou d’une charmante petite robe légère l’été, et c’est en partie pour cette raison, associée à leurs caractères vifs et piquants, qu’elles se sont vues un jour surnommées « Les piments» par un quarteron de petites vieilles qui bavardaient et tricotaient inlassablement avec leurs amies sur les bancs de la place, juste à côté de la boulangerie Ariztuy. Ce surnom qui leur va si bien a tellement fait mouche qu’il est, depuis, solidement resté accroché à leurs jupes virevoltantes.

Elles sont deux jolis piments, donc, des êtres facétieux, dynamiques, enjoués, sexys, adorables et arrogants à souhait.

La brune Agurtzane vivait dans un grand deux pièces, tenu de façon un peu bordélique, soit d’une manière parfaitement conforme à son caractère, du centre-ville, et elle était animatrice des ventes chez Anton, le prestigieux chocolatier local, celui qui a inventé le caliente chocolat au piment, qui est spécialement délicieux, d’ailleurs !

La petite blonde vivait, quant à elle, dans un studio propret et lumineux, et elle travaillait dans une importante agence immobilière de Saint-Jean-de Luz, où elle s’occupait pour l’essentiel des locations à l’année. Rédiger les annonces, recevoir les propriétaires et les locataires, organiser les visites, faire les états des lieux, tel était son immuable quotidien, au point qu’elle ressentait bien souvent l’envie de le bousculer de la pointe du pied mais, portée par son ambitieux projet de s’établir un jour à son compte, elle visait d’abord le statut de cadre dans une agence plus importante et en attendant, elle soignait aux petits oignons ses clients et toutes ses relations, qu’ils soient propriétaires, syndics, ou tout bonnement locataires.

Son patron était un homme charmant, plutôt bien portant et jovial, qu’elle ne se lassait pas de taquiner gentiment, mais il était, selon elle, bien mal marié à cette grande brune sèche et autoritaire, pas spécialement jolie de plus, et qui possédait en outre une bouche aux lèvres pincées qui étaient toujours un peu de travers et, pour aggraver son cas, elle employait souvent un ton désagréable et pète-sec, qui lui semblait certainement devoir seoir à une patronne qui tient avant tout à se faire respecter de tous.

Elles allaient souvent au lac de Saint-Pee sur Nivelle l’été, parce qu’il y avait bien moins de monde qu’à la mer, mais elles faisaient quand même, de temps en temps, un peu de surf à Guéthary avec leur bande de copains, une troupe de joyeux gaillards rieurs et bronzés, ou alors elles traînaient longuement sur la plage jusqu’à ce qu’elles s’en fassent chasser par la marée portée par les rouleaux écumants qui arrivaient du large en alignant inlassablement leurs remuants dos de baleines argentées.

Un jour elles installèrent leur barbecue près du lac avec dans l’idée de déjeuner paisiblement au soleil, pour y faire griller des sardines et une épaisse tranche de jambon de Bayonne, mais c’était bien sûr formellement interdit, ce dont elles ne se souciaient guère plus que de leur premier soutif ! A la suite de l’intervention inopinée du belliqueux garde-champêtre, une baderne ventripotente qui voulut bien accepter de fermer les yeux et ne pas verbaliser, à la condition expresse que ces charmantes demoiselles se montrent gentilles avec lui, et qu’elles veuillent bien accepter à leur tour de le gratifier d’une petite, et innocente, gâterie buccale ; la brune lui a alors lancé un sévère regard d’acier puis elle s’est brusquement dressée sur ses ergots, telle un héron blessé et combatif, pour rabattre vivement la tête vers l’avant afin de claquer une grosse bise sonore sur le front du gardien, qui en fut  tout à la fois ravi et estomaqué, tout en lui lançant, pliée en deux et en se marrant comme une mouette hystérique : «  J’espère que ça vous ira, ça, monsieur, en guise de gâterie buccale ! Je sais que c’est bien peu par rapport à ce que vous attendiez, n’est-ce pas, par rapport au méchant film porno que vous vous étiez déjà fait, je suppose, espèce de pervers, de gros dégueulasse tout mou et puant sûrement du gland, mais ce n’est déjà pas si mal, vous savez, passe que tous les gars du pays n’en ont pas eu autant , eux! Et ne vous avisez surtout pas de parler de notre gentil barbecue à qui que soit, sinon, nous, on ira le voir, monsieur vot’ maire, pour lui raconter, entre quat’ zieux, comment vous faites des propositions mal-indécentes à de pauv’jeunes filles, et qui sont quasiment vierges, de plus, qui viennent paisiblement pique-niquer dans son beau parc !

Agurtzane, nous l’avons vu, travaillait chez Anton, le célèbre chocolatier, qui se trouvait être l’un des plus gros employeurs du pays.

C’est elle qui était chargée d’accueillir les cars de touristes venus du monde entier qui se précipitaient dans cette célèbre fabrique pour y faire le plein de douceurs brunes, sucrées ou amères, mais toujours délicieusement fondantes et parfumées.

Il vous aurait fallu voir comme elle se démènait, notre adorable animatrice des ventes, dans le vaste hall surpeuplé garni de paniers, de sachets colorés, de bocaux, de tablettes et de bonbons chocolatés de toutes sortes, afin de faire déguster ses savoureux produits aux foules bigarrées et haletantes, sitôt redescendues de la mythique montagne de la Rhune, et à peine sorties des bus.

« Par ici, approchez-vous, approchez, s’il vous plaît, m’sieurs-dames, c’est ici que ça se passe ! Vous avez dans cette belle boite de collection tout un délicieux assortiment, et dans ces sachets, là, devant moi, ce sont nos célèbres bonbons de chocolat au piment, il y en a pour tout le monde, rassurez-vous, des doux pour les dames et des durs pour les hommes, n’est-ce pas messieurs, que vous êtes bien des durs, hi hi hi, et je crois bien que c’est ainsi que vos p’tites dames vous préfèrent, même si elles ne sont certainement pas contre un peu de douceur, mais de temps de temps, seulement, d’accord ! Passe que l’amour c’est comme le chocolat, c’est pas extra extra quand c’est fondu ! C’est pour cette raison que nous mettons à vot’ disposition, presque gracieusement, hé oui, des jolis sachets isothermes pour emporter vos gâteries à la maison, alors, n’hésitez pas, faites le plein de bonheur pour la semaine ! Ce sera meilleur que des cahouètes pour grignoter en regardant la télé et en se pinçant les fesses avant d’aller au lit, allez, allez, allez, en voilà du vrai booonheur pour tous, c’est ici qu’il est vendu, lâchez-vous, et en plus c’est vraiment pas cher pour c’que c’est, parce que ce qu’on vous vend, c’est rien que de l’extra, et c’est même de la primera qualidad, car tout chez nous est fait main, et avec amour !

Et ici vous avez notre pâte à tartiner, ultra douce et parfumée, et sans, sans, sans, sans quoi ? Sans huile de palme, bien sûr, parce que ça ne pousse pas dans notre beau pays, cette saloperie, et sans colorant, bravo, madame, je vois qu’y a des connaisseurs, parce que chez Anton c’est comme ça, on y vient un jour, et on y revient toujours !

Prenez les mini-spatules pour déguster cette petite merveille, elles sont là », ajouta-t-elle en brandissant une petite boite rectangulaire garnie de milliers de lichettes en plastique blanc.

On pourrait à priori se demander ce que fait un chocolatier à Espelette, si loin de la Belgique et de la Suisse, mais ce serait oublier un peu vite que c’est par le Pays Basque que le chocolat est entré en France au seizième siècle, et que la tradition s’y est depuis solidement maintenue.

 

On admettra qu’au XIX° siècle Bayonne puisse revendiquer le titre de « capitale du chocolat, puisque la ville à elle seule recensait à son apogée en 1856, 33 fabriques de chocolat » qui employaient 130 ouvriers chocolatiers, ce qui semble considérable. Le déclin vint avec la concentration des ateliers ; en 1898 il n’en restait plus que neuf

Rappelons que c’est en 1842 que le chocolat Menier, plus grande fabrique de chocolat en France, s’établit à Noisiel, à l’est de Paris, sur 1500ha !

Dans l’arrière pays, c’est à Cambo que cette tradition du chocolat fut la plus florissante, notamment avec Jean Fagalde qui s’y installa en 1802.

En 1792, dans un acte de succession de Joannes Fagalde de Macaye, est cité Jean Fagalde « chocolatier à Bayonne ». Par ailleurs, en 1804, dans un acte de mariage concernant son fils, un autre Jean Fagalde, frère du chocolatier Bayonnais, est cité comme « chocolatier à Hélette », activité qu’il exerce fort probablement depuis un certain temps car il a alors 55 ans. Enfin, un autre fils de ce Jean, lui-même prénommé Jean, quitte Hélette en 1802, âgé de 25 ans, pour s’installer à Cambo, muni seulement d’une pierre à chocolat, portant la date de 1787.

Les branches chocolatières de Hélette et Bayonne s’étioleront rapidement, par contre la branche de Cambo se montrera prospère et ce Jean Faglade et ses successeurs conduiront une des plus importantes chocolaterie du Pays Basque au début du XX° siècle. Ce Jean Fagalde sera également celui qui relèvera les Thermes de Cambo de l’abandon total dans lequel ils avaient sombrés.

Dans le courant du XIX° siècle, il apparaît, dans divers documents de livraison aux chocolatiers sur la place de Bayonne, que la fabrication lourde du chocolat, torréfaction et broyage des fèves, est dorénavant séparée de la confection des chocolats fins, et qu’elle est réalisée justement par les manufactures de Cambo, essentiellement Fagalde, Berho fondée en 1849, Harispe en 1836, puis Noblia en 1863.

Pascal Noblia, né en 1828 à Hélette dans la maison grand-maternelle, bien que ces parents demeurassent à Mendionde, fut employé ouvrier chocolatier chez Jean Fagalde à Cambo. L’année de son mariage avec Marie Etchart de Macaye, à l’âge de 45 ans, il créa son propre atelier de fabrication, dans la petite maison qu’il occupait sur la terrasse au-dessus de la Nive, juste en face de l’usine Fagalde.

Maintenue par son fils Dominique, puis ces petits fils Louis, Sauveur, Jean-baptiste et Félix (grand-père de Mattin Noblia restaurateur propriétaire à San francisco, la chocolaterie prospèrera confortablement, puisqu’elle rachètera l’usine Fagalde vers 1938 et restera la dernière en activité sur Cambo, de façon prospère, et ce jusqu’à dans les années soixante.

La concentration de la finance dans l’industrie assignera la dernière « petite » chocolaterie de Cambo et du Pays Basque à des marchés mineurs.

La chocolateri Noblia n’a définitivement fermé ces portes qu’en 2001.

En conclusion sur la question qui se posait, il s’avère que Bayonne et le Pays Basque ont bien connu une activité importante de fabrication de chocolat qui lui vaut son titre de capitale du chocolat en France, même si aujourd’hui cette activité se réduit à de la simple confiserie fine, mais qui est fort réputée !

S’il faut attribuer aux immigrés portugais de Saint-Esprit, et non aux Basques de Bayonne, la principale raison de ce glorieux titre, reconnaissons qu’il paraîtrait que certains Basques qui circulaient la nuit au travers des montagnes, selon une fantaisie bien établie chez eux, peut-être même sur la fin du XVI° siècle, dans le fond, auraient tout de même participé à cette petite histoire. Enfin, il paraîtrait….

Pour la jeune femme ambitieuse et dynamique qu’elle se targuait d’être, cette promotion, pour elle qui avait si longtemps travaillé à la production, était du pain béni, puisqu’elle la propulsait, alors qu’elle n’avait pas su trouver le courage nécessaire pour se lancer dans de longues études, après qu’elle eut pourtant brillamment obtenu son bac ; cette promotion donc, la propulsait ipso-facto au rang de l’élite de la boîte, qui était constituée par les commerciaux, ces filles et ces garçons courageux qui étaient tous les jours sur les routes afin de remplir leurs carnets de commandes, et fournir par la même occasion du travail à plus de cinquante salariés, des commerciaux au statut envié de VRP dont elle espérait bien sûr rejoindre un jour les rangs prestigieux.

L’an dernier elles avaient vécu une prodigieuse aventure dans les rues toujours encombrées et animées de Saint-Jean-de-Luz, puisqu’elles avaient eu le bonheur, et mêmel’insigne honneur de se retrouver propulsées au rang envié et sacramentel d’actrices. Oh, certes pas d’artistes de premier plan, mais elles avaient bel et bien tourné dans un vrai film. Elles y avaient tenu des petits rôles, peut-être, des modestes rôles de silhouettes, mais c’étaient des rôles parlants, tout de même, pour lesquels elles avaient dû longuement répéter avec des professionnels, afin de prononcer quelques phrases bien senties devant les caméras. Agurtzane, grâce à son intarissable bagout, avait été recrutée comme poissonnière, tandis que Bélangéra, pour son apparence sage et surtout, pour son extrême élégance une fois que ses adorables petites fesses rondelettes avaient esthétiquement enveloppé une selle de vélo, était elle aussi sortie du rang des figurants anonymes et elle avait hérité, sans la moindre difficulté, du rôle envié de la jolie factrice un tantinet rebelle.

C’était lors du tournage du film d’Aymeric Duret, Meurtres au Pays Basque, qui avait vu tout le pays d’Espelette scotché devant son écran de télévision, début 2014, afin d’admirer ses enfants, ces éphémères, mais pourtant bien réelles, gloires du pays !


 

J’ai tout démonté le bahut
J’ai tout bien étalé la glu

Comm’ t’étais toujours pas rev’nu
J’ai tout haché menu menu
J’ai tout brûlé le beau tapis
J’ai tout scié les pieds du lit
Tout décousu tes beaux habits
Et mis le feu à la pend’rie

Fallait pas m’ quitter tu vois
Il est beau le résultat !
Je fais rien que des bêtises
Des bêtises quand t’es pas là…

 

Elles auraient très bien pu appartenir à l’ETA, nos amies, il me semble, parce qu’elles en avaient le profil. Elles portaient en effet, solidement ancrée dans leurs petits cœurs, la fierté d’appartenir à ce peuple exigeant et dynamique, doublée d’une certaine détestation de l’occupant Français, mais elles s’étaient satisfaites jusque là de manifester leur mécontentement face à la « francisation » des noms des communes basques, en rejoignant des jeunes indépendantistes pour voler des panneaux d’entrée de villes, notamment à Bayonne, Biarritz et Espelette, jusqu’au jour…

Jusqu’au jour où « Déguisés en clowns sanguinaires, des adolescents et des jeunes gens s’amusent à effrayer les passants de notre ville en s’inspirant de vidéos vues sur Internet. Analyse d’un phénomène qui est pris très au sérieux par la police.

On connaissait le clown drôle et le clown triste, on découvre maintenant avec effarement le clown maléfique », afficha en gros titre le journal local.

Car son nom est inscrit en lettres d’or au Guinness Book des records. John Wayne Gacy détient en effet un impressionnant record, celui du plus grand nombre de condamnations : 21 peines de prison à perpétuité et pas moins de 12 condamnations à mort. C’est en 1994 qu’il a reçu l’injection létale ayant mis fin à ses jours de tueur en série.  D’où lui venait son surnom, celui de Clown tueur » ? Du fait que dans les années 70, John Wayne Gacy se déguisait pour aller gentiment divertir les enfants malades dans les hôpitaux, et aussi, accessoirement, pour amadouer en douceur ses 33 futures victimes. Qui aurait pu penser, en effet, que derrière cet amusant nez rouge se cachait un épouvantable violeur doublé d’un dangereux psychopathe ?

A partir de ces ingrédients puisés sur Internet, la mayonnaise avait hyper bien pris à Espelette, aussi les deux amies étaient-elles aux anges en parcourant les pages en couleurs des journaux locaux, et en constatant qu’elles et leurs facétieux amis avaient été érigés au prestigieux rang d’ennemi public N°1. Jusqu’au jour où la plaisanterie avait failli mal tourner. C’était un soir, au lac de Saint-Pee, où la petite bande avait pris à partie deux paisibles pêcheurs d’un certain âge dans le but soi-disant écologique de rejeter leurs malheureux poiscailles à la baille et que l’un deux, un peu plus allumé que les autres, avait frappé l’un des braves compagnons de la gaule Saint-Péenne à la tête avec une longue et épaisse barre de fer.

L’homme était rentré chez lui la bouille en sang, effrayant tout le monde sur son passage, et depuis, la police nationale et la gendarmerie étaient sur les dents, ainsi il était devenu extrêmement difficile, voire impossible, d’organiser des sorties, de se livrer à de véritables expéditions punitives, contre tel ou tel citoyen qui avait eu le malheur de commettre une grosse et inacceptable bévue, ou fait montre d’une insupportable faiblesse dans son patriotisme local.

La fête était désormais finie et bien finie, et il leur avait bien fallu se rabattre sur un autre sujet de distraction, sur une autre façon agréable et utile de kiffer leur life!

Bien heureusement pour elles, l’île leur ouvrait grands ses bras ensablés. Car sur ce petit coin de France règne encore, et ce le plus officiellement du monde, un monarque. Un authentique monarque, issu de notre belle et exemplaire République, qui sait si adroitement concilier les extrêmes, le seul, le véritable monarque 100% Français, le très officiel vice-roi de l’île des faisans !

Les deux amies se passionnaient depuis toujours autour de l’épineuse question qui consistait à savoir qui serait nommé le nouveau vice-roi de l’île des faisans, cet îlot situé sur la Bidassoa, le 1er août prochain.

Car il se trouve que cette terre du Pays Basque jouit d’un curieux statut, qui la rapproche un peu de celui de la principauté d’Andorre.

En effet, les deux états, le Français et l’Espagnol, se partagent la souveraineté sur cet îlot désertique de 3 000 m² situé sur la Bidassoa, en application de l’article 27 du traité des limites, qui fut signé entre les deux pays à Bayonne en 1856 : « propriété par indivis à la France et à l’Espagne » et de la Convention du 27 mars 1901 qui fixa son statut particulier. L’île où fut signé en 1659 le Traité des Pyrénées par le cardinal de Mazarin et Luis de Haro est en effet à présent une espèce de condominium. Il demeure six mois sous l’autorité d’un des deux pays, représenté chacun par un vice-roi, qui se trouve être, en principe, alternativement, l’officier de marine commandant la base navale de l’Adour ou son homologue de Fontarabie et de Saint-Sébastien.

Un des prestigieux prédécesseurs, sur la Bidassoa, du commandant de la Marine à Bayonne fut le lieutenant de vaisseau Julien Viaud, qui est plus connu sous son nom de plume de Pierre Loti, qui y écrivit son célèbre roman Ramuntcho au cours de son affectation.
On pouvait dès lors se demander, qui donc, côté Français, serait nommé au titre prestigieux de vice-roi de l’Île des Faisans ?

Bélangéra, pour sa part, espérait toujours que ce serait son grand ami le commandant de la marine, le beau et élégant capitaine de frégate Mathieu Peticut, qui l’invitait souvent, depuis qu’ils avaient fait connaissance, un soir de fiesta et de folie plus ou moins douce, dans un bar musical de Bayonne, en écoutant le groupe de rock à la mode The Rusty Bells, aux fastueuses réceptions qu’il organisait dans sa royale villa de fonction avec piscine, une demeure qui jouissait d’un magnifique emplacement sur la plage de Saint-Jean-de-Luz, qui serait conduit ou reconduit dans cette glorieuse, bien qu’honorifique, fonction. Parce qu’il y avait bien entendu de nombreux candidats, Because être vice-roi, même en République, ce n’était quand même pas rien ! Emmanuel macron lui-même n’est-il pas co-prince de la principauté d’Andorre, et qui donc pourrait raisonnablement penser qu’il s’en soucie comme de sa première culotte courte ? La jeune fille faisait donc preuve d’un prosélytisme débordant en parlant le plus possible autour d’elle des grands mérites, et des qualités réputées être universellement reconnues, de diplomate et de meneur d’hommes, de son élégant et séduisant ami Mathieu Petitcut.

Même si ‘Île des Faisans n’est qu’une petite île fluviale de 6 820 m2, il s’agit tout de même d’une authentique curiosité, à savoir du seul exemple dans les relations internationales contemporaines d’une souveraineté alternée sur un même territoire ! Si son accès est en principe interdit au public, il est bien sûr autorisé aux amis du vice-roi, qui y organise parfois d’aimables sauteries autour de son célèbre mémorial, où l’on dresse de grandes tentes militaires afin d’y accueillir avec cérémonie les convives venus en barque des deux pays.

Car il est important de savoir que la frontière conventionnelle passe sur l’îlot même. L’Île des Faisans n’est qu’un simple dépôt d’alluvions de peu d’étendue, que le fleuve aurait fait disparaître depuis longtemps déjà si on ne l’avait amoureusement entouré d’une palissade et de solides empierrements, à cause des importants souvenirs historiques qui s’y rattachent, et que personne ne souhaite voir aliénés.

Car en l’année 1615, les ambassadeurs Français et Espagnols firent dans l’île des Faisans l’échange de deux fiancées royales, Élisabeth, fille d’Henri IV, qui était alors roi de France, promise à Philippe IV d’Espagne, et la sœur de celui-ci,  Anne d’Autriche, infante d’Espagne, qui était destinée à Louis XIII, frère d’Élisabeth de France et fils d’Henri IV.

Néanmoins, l’événement le plus fameux qui se déroula sur ce petit espace de vase desséchée eut lieu en 1660, quand Louis XIV, alors tout jeune roi de France, et son oncle Philippe IV d’Espagne se rencontrèrent pour les noces du premier avec la fille unique du second, Marie-Thérèse d’Autriche.

Un monument commémoratif de la conférence de 1659  a été élevé en 1861 sur l’Île des Faisans par les deux pays limitrophes.

Il ne faut pas non plus oublier que l’Île des Faisans a déjà été la plateforme de rencontres binationales, ce qui ajoute encore à sa réelle, bien que modeste, notoriété ! Ainsi, y a été signée, le 6 février 2008, une convention sur le rejet des eaux usées entre l’agglomération Sud Pays Basque, constituée des villes d’Hendaye, Biriatou, Urrugne et Béhobie et la Mancomunidad de Txingudi.

Le grand Jean-de-la-Fontaine lui-même n’a-t-il pas ajouté à la notoriété de cet îlot en faisant une allusion à la célèbre rencontre de 1660 dans sa fable des « Deux chèvres ».


 

« Dès que les chèvres ont brouté,
Certain esprit de liberté
Leur fait chercher fortune : elles vont en voyage
Vers les endroits du pâturage
Les moins fréquentés des humains :
Là, s’il est quelque lieu sans route et sans chemins,
Un rocher, quelque mont pendant en précipices,
C’est où ces dames vont promener leurs caprices.
Rien ne peut arrêter cet animal grimpant.
Deux chèvres donc s’émancipant,
Toutes deux ayant patte blanche,
Quittèrent les bas prés, chacune de sa part.
L’une vers l’autre allait pour quelque bon hasard.
Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche.
Deux belettes à peine auraient passé de front
Sur ce pont ;
D’ailleurs, l’onde rapide et le ruisseau profond
Devaient faire trembler de peur ces amazones.
Malgré tant de dangers, l’une de ces personnes
Pose un pied sur la planche, et l’autre en fait autant.
Je m’imagine voir, avec Louis le Grand,
Philippe Quatre qui s’avance
Dans l’île de la Conférence

Le 1er février 2012, la passation de pouvoirs a pour la première fois donné lieu à une belle cérémonie sur l’île, avec musique, groupes folkloriques et petits fours, cérémonie à laquelle nos deux amies furent cordialement invitées par leur grand ami Mathieu Peticut, le vice-roi entrant.

Bélangéra fit à cette occasion une vraie fête au ministre Français des Affaires étrangères, lui envoyant pendant tout l’après-midi, avec un absolu irrespect, du « Lolo » tout en lui claquant à plusieurs reprises de grosses bises sonores sur son crâne dégarni. Elle a même essayé d’embarquer avec lui sur la barque du retour, car elle aurait volontiers terminé la journée dans le lit de l’homme d’état, notre ravissante blondinette, tant pour le plaisir que pour le prestige que lui aurait apporté une relation intime avec un ministre, et pas n’importe lequel, un ancien premier ministre, pensez donc ! Mais elle fut gentiment, mais fermement, refoulée par le chauffeur de l’Homme d’Etat, qui veillait au grain. Elle réussit cependant à lui arracher une bise au coin des lèvres au moment de le quitter.

 

 

Ce fut par une triste et grise journée de septembre, parce que c’était un dimanche, elles décidèrent, afin de changer un peu d’air, d’aller faire faire un petit tour à leurs bottines toutes neuves, et après avoir embarqué dans la petite Citroën DS3 noire et blanche de Bélangéra, elles empruntèrent la pittoresque petite route qui mène à Saint-Jean-Pied-de-Port.

L’été qui venait de se terminer avait été bien pourri et la météo ne donnait pas l’impression de vouloir s’améliorer, car, à peine avaient-elles garé leur voiture sur le parking situé à l’’entrée de ville que la pluie se remit à tomber à grosses gouttes.

Elles enfilèrent prestement leurs K-ways rouges, car il n’était pas question de se laisser briser dans son élan par quelques malheureuses gouttes de flotte.

Elles remontèrent paisiblement la Grand-rue en direction de la célèbre forteresse Vauban.

—Tu sais que je devais avoir à peine 12 ans, la dernière fois que je suis venue ici, dit Bélangéra en serrant fort les doigts frigorifiés de sa copine dans la paume de sa menotte.

— Pareil pour moi, ça fait vraiment un bail, je m’en souviens à peine. La dernière fois que je suis venue, c’était avec mes vieux et j’avais certainement pas 12 piges, peut-être 10, à tout casser, oui c’est ça, pas plus de 10 !

— C’est sympa, quand même, comme petite ville, il me semble que rien n’y a changé, depuis le Moyen-âge.

Donibane Garazi, Saint-Jean-Pied-de-Port en basque,  doit son nom à sa situation au pied du port de Roncevaux, situé en territoire espagnol. La ville est située au confluent de la Nive et du Laurhibar.

Ancienne capitale politique et administrative de la Basse-Navarre d’« Ultrapuertos » (c’est-à-dire d’« Outre-monts »), c’est aujourd’hui un centre d’échanges et d’activités culturelles et sportives basques.

Notons quand même qu’en 2016, la commune a été admise à rejoindre l’association « Les Plus Beaux Villages de France ».

«

 

Comme elle disait cela un gros éclair déchira le ciel et de grosses gouttes se mirent à crépiter autour d’elles, transformant rapidement la paisible rue pavée en authentique torrent.

C’est alors qu’une véritable canonnade fit vibrer les sommets environnants ainsi que les vitrines des boutiques.

Un petit groupe de touristes Chinois tentait sans grand succès de trouver un abri en se serrant frileusement sous l’auvent d’un magasin de souvenirs.

Agurtzane leur fit de grands signes tout en leur désignant avec insistance la montée pavée de la forteresse.

Elle essaya de se faire comprendre d’eux, tout en continuant à avancer, en mettant ses mains au-dessus de sa tête en forme de toit de pagode pour leur signifier que là-haut ils trouveraient un abri salutaire.

Les Chinois leur adressèrent de francs et lumineux sourires en joignant leurs mains devant leurs poitrines et tout en se balançant comme des métronomes, ce qui les amusa beaucoup.

Confiants dans l’assurance dont elles faisaient preuve, les Chinois ne tardèrent pas à les suivre tout en se serrant sous leurs parapluies.

Une fois franchie la haute porte d’entrée, Agurtzane se dirigea avec assurance vers un ensemble de bâtiments situé sur sa gauche. Le site était manifestement en travaux, puisque un peu partout des échafaudages jouxtaient des bétonneuses, des seaux, des tas de pierres et des échelles, lorsqu’elle aperçut enfin ce qu’elle cherchait, une porte métallique peinte en bleu sur laquelle un imposant panneau annonçait « Entrée strictement interdite ! »

— C’est là, hurla-t-elle en faisant de grands moulinets avec ses bras musclés, c’est là, venez vite !

Et elle poussa d’un énergique coup d’épaule la lourde porte, qui s’ouvrit sans lui opposer la moindre résistance.

— Sauvés, on est sauvés, dit-elle en s’avançant dans l’obscurité relative du lieu, qui se présenta sous la forme d’un long couloir tortueux qui n’était éclairé que çà et là par des petites loupiotes fixées contre les murs humides.

Les filles s’avancèrent, et elles furent suivies de près par leurs protégés, qui n’avaient pourtant pas l’air d’être plus rassurés que cela, mais qui semblèrent toutefois faire une confiance aveugle à leurs guides improvisés, qui venaient tout de même de leur éviter une douche cataclysmique.

Ils arrivèrent bientôt dans une petite salle voûtée entourée de margelles en pierre sur lesquelles tout ce beau monde put s’asseoir afin de se laisser tranquillement égoutter et commencer à sécher dans la tiédeur relative de leur accueillant abri.

Bien heureusement la température était clémente et personne ne semblait avoir vraiment froid. Une grosse dame, très sympathique et follement amusante, vêtue d’une ample robe jaune canari, se tenait, elle, résolument les côtes et se marrait comme une démente!

Quand tout le monde eut l’air d’avoir repris ses esprits, et après qu’une bouteille d’eau eut tourné afin de réhydrater tout le monde, mais de l’intérieur, cette fois, Bélangéra, qui avait comme des fourmis dans les jambes, sonna d’une voix forte le signal du départ : « C’est pas tout ça, mes bons amis, mais j’ai pas envie de coucher ici, moi, alors on va se bouger le cul, et on va avancer un peu, maintenant », maugréa-t-elle avec un petit sourire qui recouvrit ses dents serrées.

La petite troupe reprit alors son cheminement chaotique, qui fut ponctué par les exclamations de surprise et les rires de la grosse dame en jaune chaque fois que son visage heurtait une toile d’araignée, à la recherche d’une hypothétique sortie.

Au bout d’une dizaine de minutes d’errements le long des couloirs relativement secs ils arrivèrent face à une autre porte peinte en bleu charrette, sur les contours de laquelle brillaient de timides rais de lumière : C’était la sortie !

Bélangéra poussa de toutes ses forces la porte, qui céda pour leur laisser entrevoir qu’ils se trouvaient bien à l’extérieur, mais ils se retrouvèrent à flanc de coteau, cette fois!

Devant eux, le vide immense et inquiétant se déployait, qui prit la forme fantasmagorique d’une profonde ravine pentue, mais sur laquelle le soleil semblait briller à nouveau.

Car même si c’était timidement, il luisait bel et bien, le grand Mahomet !

Bélangéra avança la tête pour faire le point sur la situation. Sur sa droite, elle vit un chemin apparemment propre et dégagé, tout au moins empruntable, même s’il était loin d’être sec, qui s’avançait, coincé entre la muraille et le vide sidéral, qui était parsemé d’arbres de toutes tailles et de toutes essences. Une douce fragrance de maquis se dégageait de ce paysage fantasmagorique.

La jeune fille s’avança à pas de loup, car elle n’était pas plus rassurée que cela, sur cet improbable No man’s land, qui était lisse et glissant comme un trottoir de marbre mouillé, suivie par Agurtzane, qui entraîna sans hésiter à sa suite ses nouveaux amis venus de l’Empire du milieu. Les membres de la petite troupe avancèrent prudemment tout en se cramponnant solidement aux herbes et aux racines qui se trouvaient sur leur droite afin d’éviter d’être irrémédiablement happés par le vide qui se déployait, impressionnant, et immensément menaçant, sur leur flanc gauche.

Les Chinois bavardaient gaiement, ils piaillaient, même; tant ils semblaient à la fois heureux de cette curieuse aventure non prévue à leur programme, qui avait été soigneusement élaboré par leur tour-operator, mais aussi terrorisés par le vide affolant qu’ils devaient longer de si près, en n’ayant à leur disposition, pour assurer leur improbable sécurité, que de l’herbe et des racines !

La grosse dame, pour sa part, semblait follement s’amuser, car elle riait de plus belle en émettant à gorge déployée de drôles de vocalises, quand tout à coup la modulation de sa voix changea radicalement de registre, et ce fut cette fois pour exprimer la terreur, et même la plus franche des épouvantes !

Car les sons quelle émettait s’atténuèrent bizarrement, et ils semblèrent même s’éloigner, un peu comme si elle venait de s’envoler !

Bélangéra regarda instinctivement vers le ciel, mais quand elle se retourna, ce fut pour voir les Chinois le nez pointé vers les profondeurs du ravin, alors elle comprit tout du drame qui venait de se jouer. La grosse dame venait en effet de leur fausser brutalement compagnie pour entreprendre une longue glissade vers les profondeurs du ravin, autant dire vers les enfers ! Ils l’appelèrent, ils hurlèrent à pleins poumons, mais jamais personne ne leur répondit. Agurtzane, qui avait l’esprit pratique, sortit aussitôt son mobile pour tenter de joindre d’hypothétiques secours.

Les gendarmes du PGHM d’Oloron, rapidement héliportés sur les lieux, ne purent que constater, après une longue nuit de recherches intensives, leur impuissance à retrouver la malheureuse victime.

*****

Le vieux Paul et son épouse Amélie, dont le visage fané était perpétuellement éclairé par un miraculeux sourire, quittèrent ce jour-là leur vieille ferme pour aller, comme ils en avaient l’habitude depuis maintenant de longues années, se dégourdir les jambes dans la montagne, car, pensaient-ils, là se trouvait le secret du bien vieillir. Lire, faire des mots-croisés, et surtout, marcher, marcher inlassablement, au lieu de passer ses dimanches après-midis à s’abrutir devant l’émission de Michel Drucker, qui lui, faisait régulièrement du vélo, afin de se maintenir en pleine forme. Ils avaient pris leur chemin habituel, mais Amélie, qui, depuis qu’elle était toute jeunette, ne s’était jamais lassée d’aller voir ce qu’il y avait « de l’autre côté », proposa, afin de varier un peu les plaisirs, de prendre cette fois un autre itinéraire, qui les mènerait certainement vers le bas de la ravine, ce qui ne devrait donc pas leur occasionner une trop grande fatigue musculaire.

Ils avancèrent avec bonheur et enthousiasme parmi la végétation qui reprenait peu à peu le dessus après ce trop long et paresseux hiver, en essayant toutefois d’éviter les épaisses plaques de neige qui résistaient encore et toujours, ça et là, au retour des beaux jours.

Tout à coup Paul s’arrêta. Il affichait un air intrigué.

–Viens donc voir ça, Mélounette chérie, on dirait-y pas un drôle de tas de fringues, là, sous ces arbres ?

Amélie s’approcha à petits pas et elle aperçut un effet un grand morceau de tissu jaune qui semblait recouvrir des vieilles branches mortes blanchâtres, qui dépassaient des deux côtés.

A leur grande surprise, ils venaient de retrouver les ossements de cette grosse femme Chinoise qui avait mystérieusement disparu à la toute fin de l’été dernier.

Les vautours s’étaient à priori attaqués à la dépouille mortelle bien avant leur arrivée et ils n’avaient laissé subsister de la grosse femme rigolarde que quelques lambeaux de chair brunâtre, qui étaient restés accrochés aux os comme des champignons. Selon les secouristes, c’était la deuxième fois que ce macabre scénario se produisait dans les Pyrénées Atlantiques.

En lisant le journal, alors qu’elles étaient amoureusement serrées l’une contre l’autre, et tout en se pelotant, riant et s’embrassant à bouche le veux-tu, Bélangéra et Agurtzane en eurent réciproquement des sueurs froides. Si, si, puisque je vous le dis !

— Je crois bien qu’on a un peu déconné, ce jour-là, sembla sincèrement regretter la grande brune en serrant amoureusement son amie dans ses bras et en posant un tendre baiser au coin de ses lèvres.

— Comment ça, on aurait déconné, s’offusqua Bélangéra, on n’a voulu que leur rendre service, c’est tout, y a vraiment pas de mal à ça, que je sache ! Et puis, je vais te dire, moi, une Chinoise de plus ou de moins, y sont tell’ment nombreux, ces gens-là, que ça va pas vraiment se voir dans le paysage, tu sais…

Les adorables piments d’Espelette venaient de commettre leur tout premier meurtre, par inconscience et par imprudence, d’accord, mais ne risquait-il pas d’être suivi par d’autres forfaits, qui seraient moins pardonnables, ceux-là, parce qu’elles en avaient manifestement le potentiel ?

Mais cela, c’est l’avenir qui nous le dira !

Car petit poisson deviendra grand, comme l’a si judicieusement écrit Jean de La Fontaine !

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